I. — OPÉRATIONS OBLITÉRANT LES VEINES PAR COAGULATION DIRECTE DU SANG
Nous passerons sous silence le séton, employé par Fricke, de Hambourg, et nous ne citerons que lélectropuncture et les injections coagulantes :
1° Electropuncture.
On sait qu’un courant électrique continu, passant à travers le sang, le décompose ; les lois de décomposition électrolytique sont les mêmes pour les tissus que pour les solutions salines. On observera donc une dissociation des éléments chimiques, les sels seront décomposés, les bases se rendront au pôle négatif, les acides au pôle positif ; ces derniers, à leur tour, exerceront leur action coagulante sur l’albumine du sang. Ces données, utilisées déjà dans le traitement des anévrismes, des varices, des kystes, furent appliquées par Onimus (1) au traitement du varicocèle. En 1877, il exposa ses résultats à la Société de Biologie ; la même année, Percepied (2) soutint sa thèse inaugurale sur ce sujet; en 1880, Bernard (3) étudie de nouveau la question.
Voici le manuel opératoire recommandé par Percepied. On fait marcher le malade avant l'opération, puis, celui-ci étant debout, on comprime le paquet variqueux du côté de l’aine, de facon à rendreles veines turgescentes ; on isole alors le canal déférent, et on introduit dans l’une des veines variqueuses
(1) Onrmus. Société de biologie, 20 oct. 1877. (2) PercEePtED. T'hèse. Paris, 1877.
(3) BERNARD. Id. 4880.
ro re
l'aiguille positive recouverte d'un enduit isolant jusqu’à une petite distance de sa pointe ; le pôle négatif constitué par un tampon de charbon recouvert de peau de chamois est promené sur la peau des bourses. Le temps le plus difficile est l’introduction de l'aiguille positive dans la veine, mais d’après Percepied, il ne faut pas s’y acharner ; la simple application de l'aiguille contre le paquet variqueux suffirait pour produire la coagulation, ainsi qu’il l’a observé dans un cas. La durée de la séance doit être de quatre à cinq minutes; plusieurs séances sont quelquefois nécessaires, dans ce cas elles doivent être espacées de quelques jours.
Bernard conseille de planter dans le paquet variqueux deux aiguilles, l’une nue, et l’autre recouverte d’un enduit isolant ; on met cette dernière en communication avec le pôle positif et l'on fait passer le courant, le pôle négatif étant appliqué sur la peau des bourses ; au bout de deux ou trois minutes, on diminue graduellement le courant, et l’on applique le pôle positif sur la première aiguille, le pôle négatif sur la seconde.
L’électropuncture a été appliquée par Onimus à trois malades, Percepied cite en outre une observation de Gesualdo Clementi (de Catane).
Les résultats obtenus ne sont pas très probants ; l’un des malades, dont l’observation est publiée par Bernard, déclare que l’opération ne l’a pas soulagé ; les trois autres ont quitté l'hôpital guéris. Mais n’est-ce pas là un soulagement momentané ? La récidive n'est-elle pas à craindre? Percepied le reconnaît lui-même, puisqu'il donne comme avantage de la méthode de pouvoir être facilement répétée en cas de récidive. Nous n’insisterons pas sur les dangers possibles d’une embolie, d'uneeschare avec hémorrhagie consécutive ; l’électropuncture est une opération peu recommandable, parce qu'elle est difficile à pratiquer, douloureuse, qu’elle exige parfois plusieurs séances, et surtout parce qu’elle n’assure pas une guérison radicale.
2 Injections coagulantes.
C’est en 1851 que Pravaz découvrit les propriétés coagulantes du perchlorure de fer. Bientôt utilisées dans le traitement des varices des membres, Maisonneuve, (1) en 1866, eut l'idée de les faire servir à la cure du varicocèle. Plus récemment Pinching, de San-FrancisCo, a suivi et mis en pratique la même idée.
Le manuel opératoire est simple : l’opération se pratique dans la station debout. Le malade ayant préalablement marché un certain temps, un aide comprime la racine des bourses avec une bande ordinaire. Le chirurgien ponctionne alors, avec la canule-trocart d’une seringue de Pravaz, une veine, et y injecte de 15 à 20 gouttes de perchlorure de fer à 32°. Cette ponction de la veine est très difficile. Wiart (2) rapporte que Maisonneuve devait s’y reprendre à plusieurs fois, et cite un autre chirurgien de Paris qui n’y put jamais parvenir.
Wiart donne sept observations de malades opérés suivant ce procédé; un seul a été revu au bout de deux ans. La guérison s’étalt maintenue.
Le sulfate de fer, le tannin, l’ergotine ont été employés à tour de rôle comme liquides coagulants.
Très douloureuses, ces injections n’amènent jamais une obstruction complète des veines; le rétablissement de la circulation et par suite la récidive sont toujours à craindre. Fait plus grave, la méthode n’est pas constamment inoffensive. Desgeranges à perdu un malade de phlegmon diffus à la suite d’une injection de 20 gouttes de perchlorure de fer dans les veines variqueuses, et Malgaigne en a vu succomber un autre après une injection de 3 gouttes seulement (3).
(1) MAISONNEUVE. Bulletin de l'Académie de médecine, 16 janv. 1866. — Bulletin de Thérapeutique, 1866, t. LXX p. 167.
(2) WiarT. Thèse. Paris, 1866.
3) Cité par Fozcix. Traité de Pathologie externe, t. VII. p. 398.
NI Se
IL. — OPÉRATIONS DÉTRUISANT UNE PORTION DES VEINES, AVEC OÙ SANS PERTE DE SUBSTANCE SIMULTANÉE DU SCROTUM.
1° Cautérisation.
La cautérisation est un procédé ancien. Celse entre autres, se servait déjà du fer rouge contre les veines dilatées. C’est Bonnet, de Lyon, qui fit revivre la méthode, remplaçant le fer rouge par les caustiques chimiques. D’après lui la cautérisation expose moins à la phlébite :
« Cette immunité, dit-il, est due à l’oblitération de tous les « vaisseaux et canalicules autour des parties mortifiées, qui « Sont ainsi séparées de tout le reste du système circulatoire « longtemps avant que les liquides sécrétés autour d’elles « n'aient eu le temps de se putréfier.. Au moment où les « eschares se détachent, une barrière inflammatoire s’est « formée autour d'elles, et empêche l'absorption. »
Le phlébite serait surtout, avec l’hémorrhagie, l'apanage de la ligature sous-cutanée.
Le point délicat dans la cautérisation du paquet variqueux c'est de ne point atteindre le canal déférent et ses annexes ; pour l'isoler, Bonnet se servait d’une pince spéciale composée de deux baguettes réunies par deux ressorts perpendiculaires.
Voici, d’après Hervier (1), les différents temps de l'opération :
1° Isoler le canal déférent et le refouler en arrière à l’aide de la pince spéciale qui doit rester en place tout le temps de la cautérisation ;
20 Inciser transversalement la peau et les aponévroses afin de mettre les veines à nu ;
( Hervier. Mémoire sur la cautérisation dans le traitement du varicocèle . Guzette médicale, 1848, p. 833.
3° Placer directement sur les veines une couche de pâte de chlorure de zine, qui ne doit être enlevée que quarante-huit heures après l’application.
Hervier donne quatre observations ; dans aucun cas, 1l n’a observé d’hémorrhagie secondaire.
Le procédé de Rigaud, de Strasbourg, ne diffère du précédent que par la nature du caustique employé, et quelques détails du manuel opératoire. Prunaire (1) le décrit ainsi : « On incise le scrotum, on passe sous les veines de la char- « pie, du diachylum ou du carton, puis on barbouille les « veines à plusieurs reprises avec un pinceau trempé dans le « caustique de Vienne réduit en bouillie liquide; on attend « Cinq à dix minutes, on lave les veines avec de l’eau tiède, « légèrement acidulée, pour enlever toute parcelle de caus- « tique et on panse. Les veines touchées se flétrissent, se des- « sèchent, se momifient. L’eschare tombe du cinquième au « huitième jour, et il ne reste plus que deux cordons noueux « qui bourgeonnent chacun séparément aux extrémités de l’in- « cision; entre eux les bourgeons charnus s'élèvent au fond « de la plaie, et celle-ci est ordinairement fermée au bout « d’un mois. »
Prunaire cite six orbservations ; jamais il n’a observé de complications, la guérison n’a jamais manqué. Rigaud cependant aurait eu des accidents : entre autres un cas d’atrophie du testicule, et un cas de mort (varices des jambes).
En 1854, Gaillard (2) publie un nouveau procédé. Comme les opérateurs précédents, 11 incise le scrotum et isole le canal déférent ; 11 passe d’abord sous les veines une bandelette de linge, puis au-dessus de cette bandelette une lame de plomb recouverte de pâte de Canquoin ; on replie le tout de facon à étreindre le paquet variqueux dans une sorte d’anneau garni
(1) PRUNAIRE. T'hèse. Strasbourg, 1851.
(2) GAILLARD. Gazette médicale, 7 janv. 1854, p. 8