PRONOSTIC. ET COMPLICATIONS
Ce n’est pas toujours parce que le sujet a vu, constaté son varicocèle; ce n’est pas toujours la contemplation abusive de ses varices qui l’a plongé dans une hypochondrie dont l’esprit aurait l’initiative ou la plus .grande part. Il arrive, plus rarement à la vérité, que l’esprit souffre dans l’ignorance complète d’un mal physique. J’ai donné des soins à un artiste distingué qui avait des idées très mélancoliques ; je fis chez lui la découverte d’un varicocèle peu volumineux dont il igno- ! rail l’existence et qui ne lui causait aucune douleur. L’opération ramena le calme dans son esprit et changea complètement son humeur, qui n’eut plus rien de triste. Depuis cette opération, j’ai eu connaissance d’un autre fait de ce genre : ici le malade sait bien qu’il possède un varicocèle, mais il a ignoré jusqu’à ce jour que les mille maux dont il se plaint et dont l’existence matérielle n’a pu être constatée par aucun médecin, il a ignoré, dis-je, que le point de départ de ses maux était dans l’étal variqueux des bourses.
Ainsi, au point de vue de ses effets sur l’esprit, le varicocèle a une véritable gravité, car il rend la vie difficile, pénible, insupportable même. On a donc pu rai-
isonnablement puiser dans cet ordre de faits une indication pour une opération chirurgicale, surtout depuis qu’il a été prouvé que celle-ci n’est pas grave.
5° L’histoire d’ailleurs nous offre des preuves indirectes en faveur de la cure radicale. La lecture de nos devanciers apprend, en effet, qu’on se livrait autrefois à des opérations très graves pour guérir le varicocèle. Ainsi on a extirpé des veines variqueuses, on les a attaquées par le feu , on a pratiqué des excisions des bourses, et même l’extirpation du testicule. Il est pos-
DU VAIUCOCFJ.E.
sible qu’on n’ait pas toujours opéré, alors, pour des varicocèles, et je ne suis pas éloigné de croire à certaines erreurs de diagnostic de la part de nos premiers maîtres car je ne suis pas de ceux qui admettent leur infaillibilité. Mais je suppose encore moins l’erreur constante à l’endroit de leur diagnostic, et je dis que si des hommes sages et d’un talent incontesté ont souvent pris de graves déterminations pour arriver à la cure radicale du varicocèle, c’est qu’ils 11e manquaient pas de bonnes raisons pour cela.
6° Enfin le varicocèle, étant un cas de réforme, peut briser une vocation militaire. J'ai déjà opéré plusieurs remplaçants, et reçu dernièrement du conseil de révision des hommes d’ailleurs taillés en robustes soldats et qui étaient privés de servir leur pays à cause de leur varicocèle; j’ai pu les rendre à leur drapeau. Le fils d’un officier supérieur languissait humblement dans une carrière très peu en harmonie avec les goûts et les inspirations qu’il avait puisés dans sa famille : il peut aujourd'hui suivre la carrière des armes. Deux hommes qui voulaient entrer au service de l’octroi ne furent admis qu’après le succès de mon opération. L’auteur anonyme (1) des Revues cliniques de la Gazette des hôpitaux, voulant connaître la manœuvre de mon opération, se rendit à l’hôpital du Midi. Au moment de l’opération, il demanda au malade pourquoi il était venu réclamer mes soins : « Monsieur, répondit simplement le malade, je suis boulanger ; avec ce mal , il m’est impossible de travailler pour vivre (2). » Voilà donc encore
(1) Je dis anonyme, sans songer qu’une plume tenue par M. Marchai ne peut être anonyme.
(2) Les boulangers sont très nombreux parmi mes opérés.