RIRE
une nécrose complète. Plus en dehors, subitement, on tombe en tissu sain. « Ce passage du mort au vif est brusque, sans transition. » Le début de la nécrose est déjà visible macroscopiquement, 40 heures après le début de l’irradiation. Cette nécrose varie suivant plusieurs facteurs : 1° L’étendue de la lésion croît « avec l'intensité du rayonnement, jusqu’à une certaine limite au delà de laquelle elle reste constante, malgré l’augmentation de l'intensité ; 2° Les expériences montrent que la nécrose commence, pour une intensité d’autant plus faible, que le filtre utilisé est plus mince ».
Action sur l'ovaire. . — Une troisième théorie, soutenue par les uns, combattue par d’autres, déclare que les succès attribués au radium dans le traitement des hémorragies des fibrômes et des métrites, sont dus à son action localisée sur les ovaires.
Les expériences d’'Heimann (août 1914), sur des ovaires de cobayes, montrent chez les animaux sacrifiés, une atrophie marquée de la glande, avec des lésions analogues à celles décrites dans la thèse de Lacassagne.
Nous empruntons encore à ce même auteur les lignes suivantes, au sujet de ses expériences déjà citées : « Les lésions provoquées à distance, par le rayonnement du foyer intra-musculaire, présentent les caractères principaux suivants
« 1° Elles sont électives. Elles portent sur certaines formations de l’organe, les follicules, à l'exclusion des autres, glande interstitielle et corps jaunes notam-
ment ;
« 2° Elles sont proportionnelles à la dose reçue dans les conditions d'expériences indiquées, au-dessous d’une certaine dose, correspondant environ à 10 millicuries détruits, quelle qu’ait été l'intensité du foyer, il persiste un certain nombre de follicules primaires, susceptibles de reprendre ultérieurement leur évolution. En dépassant la dose de 10 millicuries, quelles que soient les conditions de l’irradiation, on obtient la stérilisation complète de l’ovaire ;
3° Elles sont indépendantes du degré de filtration du rayonnement : l'effet produit sur les follicules, au moyen des mêmes doses administrées soit par tubes nus, soit avec une filtration de 1 millimètre de platine, est le même, à condition que la distance du foyer à l’ovaire soit suffisante et rigoureusement égale dans
les deux cas. »
Enfin, plus récemment, Kotzareffet Mollow, de Genève, ont déclaré qu’il fallait au moins 2 millicuries d’'émanation et 72 heures d’exposition pour donner des lésions perceptibles sur des ovaires de cobayes.
Ces lésions consistent en : « 1° Dégénérescence vasculaire, granuleuse ou hyaline des éléments parenchymateux ou embryonnaires ; 2° Exsudats dans les cavités et infiltration d’éosinophiles dans les tissus ; 3° Nécrose au voisinage immédiat de la source d'irradiation ; 4° Hypérémie et foyers hémorragiques; 5° Prolifération des éléments conjonctifs.
Action sur les vaisseaux et sur le sang. — Il semble
donc bien que l’action sur l’ovaire n’est pas la cause déterminante de l’hémostase dans l’hémorragie uté-
ASE, CRE
rine : il y a aussi une action sur les vaisseaux. Il s’agirait d’une endartérite oblitérante, comme celle qu’on observe sur les angiomes si sensibles au radium. Ricker et Thiess, par leurs expériences, paraissent prouver que l'énergie radio-active paralyse d’abord les vaso-moteurs et qu'après une courte phase d’hyperémie, il se produit de la stase, une thrombose et une endartérite oblitérante.
Mais l'attention semble se porter de plus en plus sur les altérations du sang, dont Dominici avait déjà entrevu l’importance. Kœnig, dans son rapport, en fait une courte étude : radio-sensibilité considérable des éléments du sang, surtout pour les lymphocytes, leucopénie passagère qui suit constamment l’application de radium.
Nous en tenant donc aux résultats de la clinique, où l’on voit le radium arrêter les hémorragies survenant après une double ovariotomie ou après la ménopause, nous admettrons une action combinée des rayons. Du reste, tel paraît être l’avis de différents auteurs, de Kœnig, de Letulle, quoique ce dernier insiste particulièrement sur les lésions nécrotiques de la muqueuse, lésions, dit Lacassagne, que l’on ne doit plus voir se produire avec une filtration élective.