CHAPITRE IV
» Symptomatologie.
Quels sont les symptômes que donnent la formation et l'expulsion des membranes vraies”?
Nous mentionnerons tout d'abord la douleur et les hématuries.
Les hématuries sont dues au décolléement, à l’arrachement de la membrane vraie.
Les urines présentent une odeur infecte, fortement ammoniacale, et laissent souvent échapper des lambeaux membraneux sphacélés à odeur repoussante. Ce qui frappe le plus c'est l'intensité des phénomènes généraux, avec fièvre élevée et continue, frissons, anorexie complète, hecticité qui peut aller jusqu’au collapsus.
Si l’on veut pratiquer le cathétérisme, on se trouve en présence de difficultés qui sont dues à ce que le bec de la sonde se trouve brusquement obstrué par un lambeau membraneux. La douleur à la miction volontaire est intense et la malade redoute les efforts de miction, de plus ces derniers deviennent de plus en plus fréquents.
Malgré le cathétérisme la vessie reste volumineuse du fait de la rétention. Il est un symptôme des plus importants qui facilite le diagnostic, c'est l'expulsion hors de l’urèthre de lambeaux membraneux plus ou moins larges à odeur de putréfaction.
Diagnostic.
Etant donnée la gravité de la cystite perforante gangréneuse, un diagnostic précoce s'impose. Dans le cas que nous envisageons, rétroversion de l'utérus gravide, il faut s'attacher à l'examen de l'utérus, au diagnostic de rétroversion et de gravidité. Ceci étant fait, nous savons la gravité des cystites chez les femmes enceintes qui ont un utérus rétroversé et devant l'intensité des phénomènes généraux qui se traduisent surtout par des symptômes de septicémie grave, nous pourrons penser si nous avons eu une rétention brusque ou progressive, si le cathétérisme ramène une urine sale et fétide, à une cystite gangréneuse. Mais si le diagnostic de cystite gangréneuse perforante s'impose, grâce à l'expulsion de membranes dont l'aspect macroscopique suffit souvent à les différencier, il n’en est pas de même lorsque les membranes sont confinées à l'intérieur de la vessie.
« Tout n’est pas fini, dit avec raison le Professeur Guyon ; lorsqu'on à dit, la nature et la constitulion exacte des lambeaux rejetés, il reste encore à savoir si la vessie n’en contient plus. On est renseigné à cet égard et par les caractères de l'urine et par les troubles fonctionnels. Lorsque les uns et les autres, après une période extrèmement orageuse, offrent un apaisement très prononcé, il est permis de croire au débarras complet de la vessie. Au contraire, pour peu qu'ils persistent on est autorisé à penser qu'ils sont entretenus par la présence d’autres lambeaux membraneux. »
De plus, l'état dans lequel l’exfoliation laisse le réservoir urinaire, la péricyste si fréquente, les inflammations de voisinage, l'état des séreuses doivent aussi préoccuper le chirurgien. nee»
Lorsque les escharres ne sont point expulsées, les symptômes qui traduisent l'affection induisent souvent en
DR Dur
erreur. Pépin cite, dans sa thèse de Paris (1893), le cas de Dubar qui, en présence d’un cas pareil, songea à un cancer; de Leston qui, de son côté, pratiqua la taille pensant à un cancer. Le diagnostic est hérissé de difficultés.
Pépin dit : « Voici un malade dont les urines deviennent troubles, noirâtres, quelquefois sanguinolentes, exhalent une odeur de macération anatomique. Son état empire rapidement. La vessie est distensible. On entreprend de la vider à l’aide de la sonde, l'urine jaillit, puis brusquement le jet s'interrompt, l'évacuation ne se fait qu'avec une extrème irrégularité ou bien elle est impossible et cependant on sent que l'instrument à franchi le col, que le globe vésical est rempli. On'veut faire des lavages, le liquide ressort irrégulièrement, en partie seulement ou est retenu en totalité. Le sujet n'a pas la pierre, rien ne peut faire penser à une tumeur de la vessie. On a toutes les chances d'avoir affaire à une Cystite membraneuse vraie, surtout connaissant l’état de gravidité et la rétroversion de l'utérus ».
Guyon dit: «Les irrégularités de l'évacuation par le cathétérisme soit de l'urine, soit des liquides injectés, sont parfois tellement caractéristiques qu’elles imposent le diagnostic ». |