‹ De la Cystostomie Idéale (Opération de Poncet modifiéeChapitre 12 sur 26 · OBSERVATION B · texte numérisé non relu

OBSERVATION B

Le nommé Jean-Baptiste C..., âgé de 70 ans, cultivateur, entre à la Pitié, salle Michon, n° 3, le 29 janvier 1893.

Le malade s’est toujours bien porté jusqu’à il y a trois ans, époque à laquelle il s’aperçut de difficultés pour uriner. L'urine mettait longtemps à venir, et chaque miction était précédée d'efforts de plus en plus considérables. Depuis deux

(4) In thèse de Boutan, page 118.

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tot —

ans, le malade était obligé de se lever la nuit deux ou trois fois pour uriner, et dans le jour, ressentait l’envie toutes les deux heures. Il y a dix-huit mois, il fut brusquement pris un matin de rétention d'urine; un médecin pratiqua le cathétérisme-avec une sonde en caoutchouc rouge, facilement et sans hémorragie. Le lendemain, l’urine avait repris son cours; mais les envies restèrent fréquentes et finalement s’accompagnèrent de douleurs, il y a trois semaines environ.

Il entra à la Pitié pour une rétention d'urine datant de quarante-huit heures, avec un mauvais état général; langue et lèvres sèches, soif vive, etc. Le cathétérisme avait été essayé en ville, mais n’avait eu pour résultat que de faire saigner le canal. Le jour de son entrée, M. Tillaux pratique le cathétérisme avec, suivant son habitude, une sonde métallique de calibre ordinaire et arrive d'emblée dans la vessie ; il s'écoule une certaine quantité d'urine sanglante sans odeur notable. — On ne trouve pas de calcul. On remplace la sonde métallique par une sonde de Nélaton, qui pénètre facilement, eton fait un lavage vésical avec l’eau boriquée. Le malade se trouve immédiatement soulagé. — Le soir, cathétérisme assez difficile avec une sonde en gomme qu’on laisse à demeure ; issue d'urine sanglante.

Les 30 et 31 janvier, la sonde fonctionne bien, mais le malade souffre et se voit obligé de vider sa vessie très fréquemment. Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, les douleurs devinrent si intenses que le malade retira sa sonde.

Le 1er février au matin, le malade se plaint beaucoup; il n’a pas uriné depuis quelques heures et cependant les envies sont incessantes. On introduit une sonde en gomme qui passe facilement et donne issue à une petite quantité de liquide sanglant, puis tout écoulement cesse sans que le patient se trouve soulagé. On pousse alors par la sonde une injection d’eau boriquée à 40 c/, pour déboucher l’instrument que l’on croit obstrué par des caillots. L’injection pénètre mais ne sort pas. On pratique l’aspiration au moyen de la seringue

et on arrive à déboucher la sonde qui donne issue à une assez grande quantité de liquide noirâtre,

La sonde est laissée à demeure; mais dans la journée, elle ne fonctionne pas et le malade souffre beaucoup.

Le soir on débouche la sonde par aspiration et l’on fait un grand lavage à l’eau boriquée.

Le 2 février au matin, mêmes difficultés d'évacuation d’une urine sanglante, le malade n’avait pas dormi de la nuit, les souffrances étaient très grandes. On change la sonde ct on en met une autre à demeure, malgré la demande du malade qui prétend ne pas pouvoir la supporter. ;

Dans la journée, vers une heure de l’après-midi, la sonde n’avait pas fonctionné ; les besoins d’uriner étaient incessants.

L'interne de garde appelé, fait une ponction hypogastrique aspiratrice, mais ne retire que peu de liquide.

Soulagement momentané du malade. On n’arrive pas à placer la sonde et les manœuvres provoquent une uréthrorragie assez abondante.

Le soir, l’interne de service place la sonde au moyen du mandrin et fait un lavage boriqué.

Le 3 février, évacuation difficile de l’urine sanglante, douleurs violentes, agitations.

La nuit est très mauvaise; au matin, le malade ne pouvant plus supporter la sonde, la retire.

Le 4 février, en présence des accidents mentionnés plus

. haut, des difficultés du cathétérisme et des douleurs intenses, M. le professeur Tillaux pratique la cystostomie. La température avant l’opération est de 3802.

Le malade est endormi et placé sur le lit ordinaire, sans inclinaison. La vessie distendue remonte à quatre travers de doigt au-dessus du pubis. Par une incision verticale médiane de sept centimètres, on arrive très rapidement sur la face antérieure de la vessie après avoir refoulé en haut le péritoine, qui, d’ailleurs, était déjà suffisamment décollé de la paroi. La ponction du réservoir se fait au milieu de la face antérieure et donne issue à un flot d'urine foncée, à odeur am-

moniacale, et contenant des flocons blanchâtres. Le doigt introduit dans la vessie par la boutonnière ne trouve pas de tumeur, mais reconnait une prostate hypertrophiée dans sa totalité et présentant la forme d'un museau de tanche, avec, au centre, l’orifice du col vésical. — Pas de calculs ni de corps étrangers.

Après une large irrigation du champ opératoire avec la solution boriquée, les bords de la plaie vésicale sont suturés aux bords de la plaie cutanée par six fils de soie plate n° 4 (de T. Leclerc), 3 de chaque côté, et la plaie cutanée ellemême est rétrécie par trois points au crin de Florence. M. Tillaux place les tubes de Périer et un pansement iodoformé recouvert d’une épaisse couche d’ouate de bois au sublimé.

En se réveillant, le malade se trouve très soulagé ; néanmoins, il accuse une légère sensation de gêne. Le pansement est renouvelé toutes les deux heures. Le soir, on fait un lavage à l’eau boriquée. Il n’y a pas de douleurs. Température 3706.

5 février. — La nuit a été bonne ; le malade a dormi quatre

‘heures, ce qui ne lui était pas arrivé depuis huit jours. Pas de douleurs, — Température du matin 36°8. — Les tubes fonctionnent, mais l'urine passe aussi en grande partie entre les tubes et les bords de l’orifice. |

Le pansement est renouvelé.

Le soir, température 37°6. — Les tubes ont été chassés de la vessie; on les remet en place et on fait un lavage. — Le malade se plaint d’une gène de la respiration : râles fins aux deux bases. Ventouses sèches ; potion de Todd avec 4 gr. d'extrait de quinquina.

6 février. — La nuit n’a pas été mauvaise, le malade a dormi pendant trois heures à deux reprises différentes, mais il a eu du délire et de l’agitation. Température du matin, 38, gène de la respiration ; légères douleurs dans la région des reins ;

on trouve les tubes dans le pansement. — L'orifice est très rétréci et n’admet plus à frottement qu'un seul tube. — Lavage boriqué de la vessie et du canal, râles nombreux aux deux bases. Ventouses et potion de Todd, bouillon, lait, Le

MRC

soir, douleurs nulles, température 37e5, — Le tube est encore tombé; on le remet en place. — Lavages boriqués,

7 février. — Température 3702. — Légères douleurs intermittentes; douleurs à la pression au niveau du rein gauche.

Urines un peu troubles ; lavage boriqué et ablation du tube, qui, d’ailleurs, avait été chassé, — Pansement avec la ouate de bois au sublimé, — L’orifice est très rétréci. — Etat pulmonaire stationnaire. — On fait asseoir le malade dans la

journée. — Le soir, température 3801 ; dyspnée, agitation.

8 février. — Température du matin 38. — Facies, terreur, amaigri. L’incontinence n’est pas absolue, car après la levée du pansement une sonde en caoutchouc n° 18, introduite à frottement dans l'orifice, à deux centimètres de profondeur, donne issue à 30 grammes environ d’urine sale, purulente, —

Lavage boriqué. — Dans la journée, diarrhée. Température du soir, 38°, 9 février. — Nuit agitée, it vive, mais pas de douleurs

vésicales. — Dyspnée légère. — Diarrhée et incontinence des matières, langue sèche. — Température du matin, 37°. — Le soir, l’état général devient plus grave ; le malade présente l’aspect des cachectiques urinaires. — Température du soir, 87°8. La nuit est très agitée et le malade meurt le 10 février à quatre heures du matin.

Autopsie. — L’autopsie faite trente heures après la re démontre l'existence de la congestion pulmonaire et de la pyélo-néphrite suppurée. Au point de vue local, voici ce que l’on trouve sur la pièce enlevée par ischio-pubiotomie bilatérale :

La vessie, de forme cylindro-conique, à parois épaisses, était reliée à l’orifice cutané par un cordon de un centimètre de diamètre et long de deux centimètres et demi. Ce cordon s'étendait du centre de la paroi antérieure de la vessie, à l'orifice situé exactement sur la ligne médiane, immédiatement au-dessus du pubis; il était dirigé obliquement de haut en bas et d’arrière en avant, présentait une forme aplatie

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