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Après l’incision de la vessie, faite très bas, ils’écoule d’abord des urines troubles, d’odeur ammoniacale, puis une certaine quantité de pus. La paroi vésicale est très épaisse, la muqueuse est rouge et saigne facilement.
Par le toucher intra-vésical, on sent un énorme bourrelet entourant l’orifice uréthral et rappelant la forme d’un gros col utérin. La lèvre postérieure est particulièrement développée. .
Par les touchers rectal et vésical combinés, on se rend compte que l’énorme lobe gauche, qui fait saillie dans le rectum, est peu développé du côté de la vessie, où la partie médiane postérieure est, au contraire, très volumineuse.
On introduit l’index gauche dans la vessie, et on attire successivement au dehors chaque lèvre de l’incision vésicale, que l’on maintient tendue sur la pulpe du doigt, de manière à pouvoir facilement, sur ce point d'appui, séparer la tunique musculaire de la muqueuse. Tout d’abord quelques légers coups de ciseau détachent, sur la tranche même de l’incision, les fibres musculaires de la muqueuse et amorcent le décollement, puis celui-ci est aisément continué, sans sectionner de nouvelles fibres, avec l'extrémité de ciseaux mousses qui refoulent la tunique musculaire en arrière. Lorsque la muqueuse vésicale est bien dénudée sur une hauteur de 20 à 25 millimètres, sans être nulle part déchirée, on la réunit à la peau par six points de suture avec fil métallique traversant tous les plans de la paroi abdominale.
12 février. — La suture n’a pas tenu. La muqueuse a dû se rétracter profondément et le tissu cellulaire sous-cutané es à nu, recouvert d’un exsudat grisâtre. Une urine d’odeur infecte continue à s’écouler abondamment. ;
20 février. — La plaie, dont les bords sont sphacélés, est agrandie et présente encore un mauvais aspect.
Le malade n'as pas souffert depuis l'opération, mais son état général ne s’est pas relevé.
20 avril. — Peu à peu les urines ont perdu leur odeur ammoniacale et sont redevenues claires; la plaie s’est
détergée et recouverte de bourgeons charnus. Depuis plusieurs semaines déjà, elle est complètement cicatrisée. Le trajet n’étant pas recouvert par la muqueuse, tend même à . se rétrécir rapidement. Actuellement un méat très étroit est constitué, dont l’orifice est situé au sommet d’une petite saillie en cul de poule.
En explorant ce canal avec une bougie à boule, on éprouve, à quatre centimètres et demi de profondeur, un léger temps d’arrêt après lequel la sonde pénètre librement dans la vessie. Le nouvel urèthre parait donc avoir quatre centimètres environ de longueur; il est fortement oblique de haut en bas et d’arrière en avant, et cependant l’incontinence dans la stâtion debout est à peu près continue.
Cette incontinence doit être attribuée à la rigidité cicatricielle des parois du nouveau canal, et à l'absence de l’anneau contractile, habituellement constitué par les grands droits, dont les bords ont dû être ici profondément altérés par le sphacèle du début.
L'état général est d’ailleurs parfait. L’appétit est très bon, et les fonctions digestives s'accomplissent bien.
Le malade reste levé toute la journée. Il quitte l'hôpital avec un urinal, qu’il laisse à demeure pendant le jour et qui recueille ses urines.
Septembre 1894. — Le malade perd toujours ses urines.