HISTORIQUE
En 1856, Sédillot, dans son Traité de médecine opératoire, conseille « dans les cas où le passage d'une
bougie a échoué, où on ne parvient pas à découvrir l'urdthre au niveau ou en arrière d'un rétrécissement, .
de pratiquer l'ouverture de la vessie dans la région hypogastrique ». Cette opération n'était pour lui qu’un moyen de pratiquer le cathétérisme rétrograde, et il ne désirait nullement créer un orifice permanent.
Plus loin, l'éminent chirurgien raconte avoir pratiqué la taille hypogastrique chez: un vieux prostatique dont la vessie renfermait des gaz et quatre litres envi-
ron de sang puiréfié, Il ajoute : « Le malade se réta-
blit parfailement et conserve une canule Eypogastrique qui le met à l’abri de nouveaux accidents de rétention». L'observation complète a été publiée in extenso dans là thèse inaugurale de N, Garcin. | En créant ainsi involontairement un orifice permanent, permeltant l'écoulement des urines, Sédillot avait réalisé une sorte de cystostamie,.
Thomson, en 1869, avait « dévié d’une façon perma-
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nente » le cours de l'urine, pour sauver un prostatique, voué, selon lui, à une mort certaine. Il avait incisé la vessie au-dessus du pubis sur.une grosse sonde introduite par l’urèthre et munie d’un mandrin boutonné. Ensuite, il remplaça ce mandrin par un tube élastique de 8 à 10 centimètres de long, qu’il fit pénétrer dans la vessie en retirant la sonde, et qui dut rester à demeure au-dessus du pubis.
En 1886, il eut de nouveau recours à la taille hypogastrique chez un prostatique ; l’orifice sus-pubien amena la guérison du malade, avec persistance d’une fistule. Mais dans aucun de ces deux cas, il n’est question d'établir un canal artificiel, dont le fonctionnement permette à la vessie de contenir l’urine pendant un certain temps. |
Pour la première fois en France, M. le professeur Poncet pratiqua, au mois d'avril 1888, l’opération qui porte aujourd’hui son nom. La cystostomie sus-pubienne est l'ouverture permanente de la vessie et l’établissement d’un urèthre contre nature dans la région hypogastrique. Cette opération se distingue complètement de la taille hypogastrique telle que la pratiquaient les chirurgiens en ce qu’elle établit, de parti pris, un canal destiné à remplacer l’ancien hors d’usage. C’est, pour ainsi dire, suivant l'expression de M. Boutan, une mise à la retraite d’un fonctionnaire devenu incapable de remplir sa fonction.
Le 4 février 1889, M. le professeur Poncet lut, à la Société de médecine de Lyon, un mémoire où se trou-
vent résumées cinq observations. Depuis lors, il a pra-
tiqué un grand nombre de cystostomies et précisé les
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indications de son opération dans une série de publications (Mercredi médical, 4 novembre 1891. Bulletin . médical, 6 avril 1892) et en a fixé le manuel opératoire.
Il fut d’abord à peu près seul à pratiquer cette opération ; aussi est-ce à juste titre que M. H. Petit a proposé de donner à la cystostomie sus-pubienne le nom de «opération de Poncet ». |
Au Congrès français de chirurgie de 1892, M. Poncet fit une communication importante sur ce sujet, et en 1893, au Congrès des Sociétés savantes, à Paris, il ex- [ osa les résultats éloignés de la cystostomie.
En même temps que M. le professeur Poncet, en France, le docteur Mac Guire, de Richmond (Virginie), avait songé à créer un urèthre artificiel chez les prostatiques atteints d'accidents. Son premier travail a été lu à la Société médicale de Virginie le 24 octobre 1888. L'auteur indique nettement qu'il s'efforce d'établir un urèthre contre nature et rapporte quatre observations. Dans le deuxième mémoire, publié le 17 mai 1890, il signale huit tailles hypogastriques chez les prostatiques qui n'avaient pu être améliorés par aucun moyen. Il insiste sur la présence de calculs trouvés chez ses malades après la taille, qui n’avaient pas été soupçonnés avant l’opération. Tous ses malades ont guéri et urinent par la voie hypogastrique.
La simultanéité des recherches de M. le professeur Poncet et de Mac Guire est une preuve de l'excellence de la cystostomie, qui mérite le nom de « opération de Poncet-Mac Guire », qui a d’ailleurs été universellement adopté par le monde chirurgical.
Le premier travail d'ensemble qui ait paru sur la
cystostomie sus-pubienne est la thèse du D' Bonan (Lyon 1892), ouvrage inspiré par M. Poncet.
Il rendcompte de vingt-cinq observations de malades traités par cette opération. Sur les vingt-cinq opérés, douze sont-morts de quelques jours à trois mois après l'opération. Sur les treize survivants, cinq ont un urèthre contre nature, qui leur permet de conserver leurs urines pendant plusieurs heures, quatre ont une incontinence à peu près complète et deux seulement ont une continence parfaiie, mas avec le port d’appareil. Enfin, chez les deux derniers, le méat hypogas-
trique s’est oblitéré, et la miction se fait par la voie naturelle.
L’année suivante, en 1893, M. le D° Boutan, dans sa thèse inaugurale, arrivait aux conclusions suivantes : d’après lui, les deux tiers des cystostomisés,
soit huit sur douze, gardent leurs urines pendant plu-
sieurs heures, soit spontanément, soit au moyen d’un appareil, et près de la moitié, soit cinq sur douze, ont un urèthre artificiel très convenable.
Il termine son travail par les réfexions suivantes : « L'idéal serait d'obtenir, par la cystostomie, un canal disposé comme celui de M. Diday. Dès lors, cette opération deviendrait le traitement de choix des prostatiques, car on substituerait à leur ancien canal un urèthre nouveau, réduit à sa portion postérieure et privé de sa prostate.
« Nous ignorons complètement par quel procédé opératoire, ou mieux, dans quelles conditions il faut pratiquer la cystostomie pour obtenir ce résultat désirable. »
de
M. Wassilieff proposa alors de créer un canal artificiel aussi semblable que possible à l’urèthre normal en formant un sphincter lisse à son extrémité vésicale, et un sphincter strié à son orifice cutané. Pour obtenir “ce résultat, il pensa qui! suffirait d'attirer la muqueuse vésicale seule, en la détachant du plan musculeux sous-jacent et en la suturant à la peau. Il a donné à cette variante de l’opération de Poncet le nom de Cystostomie idéale
Dans un article récent, M. le D' Curtillet, chef de clinique, attaché au service de M. le professeur Poncet, a exposé les résultats qu’il a obtenus chez deux malades opérés par lui d’après le procédé conçu par M. Wassilieff; il a depuis pratiqué une troisième fois cette opération et chez un malade dont il nous a donné l'observation. Ce sont, croyons-nous, les seuls cas où on ait appliqué le manuel opératoire de M. Wassilieff.
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