‹ De la Cystostomie Idéale (Opération de Poncet modifiéeChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'opération de Poncet, pratiquée chez des malades n'ayant pas atteint un degré de cachexie avancé, donne fréquemment, au bout de quelques mois, des résultats fonctionnels remarquables.

On voit parfois, chez certains prostatiques ayant subi la cystostomie sus-pubienne, l’urèthre normal redevenir perméable par suite d’une décongestion de la prostate, et les malades recommencer à uriner par les voies naturelles. Le méat artificiel, devenu inutile et ne fonctionnant plus, ne tarde pas à se fermer.

C'est là certainement le meilleur résultat qu’on puisse espérer, mais on est en droit de craindre chez ces malades que leur orifice anormal une fois fermé, les accidents qui avaient rendu l’opération nécessaire ne se reproduisent. Le mieux n'est-il pas dans ce cas

- l'ennemi du bien ?

Nous laisserons absolument de côté ces cas trop heureux pour ne nous occuper que des opérés possédant un urèthre sus-pubien fonctionnant comme l’ancien, quand il était sain, c’est-à-dire permettant la contention volontaire de l’urine, et nous exposerons l’état fonctionnel de quelques-uns de ces opérés priscomme types.

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‘Le but idéal de la cystostomie à été atteint chez le vénéré professeur Diday, et l’on peut donner comme type parfait la fonction de son nouvel urèthre. Il s’en félicitait lui-même et en remerciait son opérateur en ces pages écrites quatre mois après Son opération. ;

« Mes trop compatissants visiteurs s’accordent généralement à me plaindre de n’avoir pas encore obtenu le retour de l’urination par les voies naturelles. Je les laisse dire, et je ne fais rien pour hâter ce retour ; car je suis réellement plus satisfait de mon méat hypogastrique que je ne pourrais l'être de mon urèthre agrémenté de la prostate que vous savez. Dès le quarantième jour de l'opération, J'ai récupéré le pouvoir, non pas d’uriner à volonté, mais de retenir mon urine pendant un temps qui, selon ma nourriture, la quantité de boisson, mes occupations, la température ambiante, etc.,. varie de une heure et demie à quatre heures et demie, et, ce qui m'est bien précieux, d’être averti du besoin d’uriner une demi-heure environ avant que l’urine ne coule.

« La sensation qui me procure cet avertissement est, pour sa nature, l’analogue aussi parfait que possible de l’envie d’uriner normale. Quant à ses causes, n'y soupçonnez ni supposez le retentissement de telle ou telle excitation vésicale sur l’innervation de sphincters qui ici n’existent point, Elle dépend purement et sim plement de la distension parvenue à un certain degré de la vessie, telle que l'opération me l’a faite. Mais J’im. portant, je le répète, c’est que : 1° je garde mon urine un certain temps; 2° que vingt-cinq ou trente secondes

d'avance je suis mis en état de prendre mes mesures pour la recueillir sans mouiller mon linge.

« Mais c’est peu — quoique ce soit beaucoup — que cet avantage de simple commodité. Après le choc opératoire, dont tant de soins affectueux m'ont adouci la rigueur, une véritable lransformation n'a pas tardé à . me prouver que j'avais bien choisi ia meilleure part.

Au lieu de l'épuisement fatalement progressif, auquel mon organisme menaçait de succomber, tant que je luttais par le seul cathétérisme contre l’envahissement de la sclérose prostatique... la fièvre vaincue, la calorification languissanie relevée à son type régulier, le sommeil reconquis, le calme moral rendu, les forces réparées, le formidable appétit de convalescent commençant à réjouir de quelque embonpoint un octogégénaire, telssontles bienfaits dont je me crois redevable à la simple transposition du siège de l’excrétion urinaire, « Aussi, tant téméraire soit-il de contester la maxime

Dieu fit bien ce qu'il fit,

tout én louant le cher opérateur qui m'a délivré, je suis porté à quereller la nature qui crée de semblables périls. Des deux unités qui composent l'appareil dit génito-urinaire, voyant la seconde si bien fonctionner chez moi depuis qu’elle fonctionne loin de son congestionné congénère, j'ose poser une question à laquelle moralistes et médecins sont sommés derépondre!Pourquoi les choses n’ont-elles pas été disposées par la Providence —- dontle synonyme populaireest bienveillance —

CouLLAUD 2

de telle sorte que ces deux essentiels services puissent s’accomplir sans que chacun de leurs deux appareils organiques ait à porter d'autres conséquences que celles deses propres maux — ou de ses propre excès. »(1)

On peut donc voir que l’illustre malade avait recouvré la plénitude de son état normal. Un an après l’opération, il publiait un second article dont nous extrayons ce qui suit : (2)

« N'ayant, jusqu’à ces derniers temps, été acceptée par les malades qu'à une période où les accidents de rétention complète et d'empoisonnement urinaire imminent ou réalisé créent un péril sérieux et prochain, la cystostomie ne devrait guère avoir aux yeux des chirurgiens que la valeur d’une ressource extrême. |

« L'opération de A. Poncet a pourtant mieux, beaucoup mieux que celà à offrir aux malheureuses victimes du prostatisme sénile. En les dotant d’une vessie susceptible d'être aisément vidée, elle met fin à l’état anti-physiologique auquel ils étaient réduits (semi-réplétion vésicale permanente); état non seulement pénible, mais dangereux,

« C’est donc un service à rendre surtout aux prostatiques qu'ont déjà effleuré les affres de la deuxième période — et c’est un devoir pour celui qui peut le rendre — de leur montrer, par son propre exemple, ce qu'est cette opération; quels en sont les bienfaits durab'es ; comment, au prix fort peu onéreux de quelques simpies précautions, opéré moi-même, il ya un

(4) Lyon Médical, 13 mars 1892.

(2) Gazette hebdomaire, 4 février 1893.

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