‹ De la dacryocystite chronique et de son traitementChapitre 5 sur 35 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire de la dacryocystite chronique peut être divisée en deux grandes périodes : l’ancienne, qui va de l'antiquité jusqu’à Anel ; la moderne, de ce dernier à nos Jours.

Les anciens qui ignoraient l'existence des voies d’excrétion des larmes, connaissaient cependant bien la tumeur lacrymale. Ils la considéraient comme une maladie du grand angle de lPœil et la rattachaïent généralement à une altération de l’unguis. Suivant qu'elle était ou non compliquée de fistule, ils la désignaient sous le nom d’œgilops ou d'anchilops. S'il se formait

do

du pus, ils y voyaient un abcès : l’apostème ou bien un kyste : le méliceris. Ilest même intéressant deremarquer, avec M. le professeur Panas, qu’en dépit de leurs erreurs sur l’origine, le siège et la nature de l’affection, ils ne laissaient pas cependant de lui opposer un traitement véritablement efficace : la cautérisation par le fer rouge, méthode préconisée pour la première fois par Celse, et à laquelle tendent à revenir aujourd’hui un grand nombre d'ophthalmologistes. Ils avaient aussi assez souvent recours aux caustiques potentiels (préparations de cuivre); quelquefois, mais assez rarement, au plomb fondu.

La période moderne a succédé à la découverte des voies Jlacrymales par André Vesale et Fallope. Elle commence avec Anel qui, pour la première fois en 1713, pratiqua à Gênes, le cathétérisme du conduit lacrymonasal. Mais c’est Maitrejean qui, vers l’année 1717, conçut le premier une idée très précise de la maladie. Il considéra la tumeur lacrymale comme le résultat d’un obstacle siégeant sur le trajet des voies d’excrétion et gênant le cours des larmes. Cette théorie, toute mécanique, compta après lui, de chaleureux défenseurs, et depuis cette époque, malgré le rôle qu’on devait plus tard faire jouer à l’inflammation dans la pathogénie de la dacryocystite chronique, elle n’a jamais été complètement abandonnée. De 1734 à 174%, J.-L. Petit consacra à l'étude de cette affection de nombreux et importants travaux, et soutint la même idée d’obstruction. Dès lors, tous les procédés de traitement employés par les chirurgiens contre la dacryocystite, en France du moins, n’eurent d'autre but que de rétablir la perméabilité des

voies d’excrétion.

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Vers l’année 1801, le célèbre chirurgien de Pavie, Scarpa, inaugura une révolution. Pourlui, pas de rétrécissement du canal, pas de sécrétion de la muqueuse du sac. Les produits morbides qui s’y accumulent, viennent de la conjonctive enflammée, et ont été aspirés par les points lacrymaux.

C’est là l’origine de la théorie inflammatoire de la dacryocystite.

Depuis Scarpa, presque tous les auteurs en France, en Angleterre et en Allemagne, se sont attachés à rendre à l'élément phlegmasique l’importance qu’on n'avait pas su lui reconnaître dans les affections des voies lacrymales.

La théorie de l’inflammation est celle qui rallie à l’heure actuelle la plupart des ophthalmologistes.

ÉTIOLOGIE

La fréquence des inflammations des voies lacrymales est bien connue. Sur un total de 20,210 malades, le D' Esmérian a trouvé que les affections des voies lacrymales représentaient 6 0/0.

Toutes Les statistiques s'accordent à signaler la préférence marquée de la dacryocystite pour le sexe féminin, fait que M. de Wecker dit tenir probablement à la conformation des os de la face et que M. le professeur Panas explique par le [ymphatisme.

L'âge exerce aussi une influence manifeste. C’est chez l'adulte que la dacryocystite a son maximum de fréquence, c’est-à-dire de 20 à 60 ans. Elle est rare chez

l'enfant avant la septième année. Quant à la dacryocystite des nouveau-nés, dont il existe un assez grand nombre d'exemples dans la science, et dont la bénignité est le caractère distinctif, on l’attribue généralement à une imperméabilité temporaire des voies d’excrétion. Cependant dans quelques observations, la syphilis héréditaire semblait bien être en cause.

Arlt à insisté sur la conformation particulière de la face caractérisée par l’aplatissement du dos du nez et l’écartement des pommettes. Il en résulte un rétrécissement physiologique du canal nasal dans le sens antéropostérieur qui créerait une prédisposition au catarrhe. D'autre part, M. de Wecker voit dans une conformation diamétralement opposée, caractérisée par une forte saillie des os propres du nez, jointe à la profondeur du creux sous-orbitaire, une autre prédisposition à la maladie. Cette conformation semble impliquer, dit-il, un aplatissement latéral excessif du canal nasal. C’est à cette cause que l’auteur attribue la fréquence de la dacryocystite chez les Israëlites qui présentent le type facial que nous venons d'indiquer.

Pour en finir sur ce point, disons que c’est encore par l’étroitesse physiologique du canal nasal gauche, qu’on a expliqué la préférence marquée de l'affection pour ce. côté.

Le professeur Badal, de Bordeaux, a le premier appelé l'attention sur l'influence qu’exercent les vices de réfraction et particulièrement l’hypermétropie, sur le développement de la dacryocystite. Suivant le D' Dransart, cette influence est plus grande qu'on ne l’a cru jusqu’à ce jour.

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Signalons rapidement les traumatismes des voies lacrymales, les déchirures de la muqueuse qui peuvent être suivies de coarctations fibreuses, les fractures des os du voisinage et les exostoses qui en sont la suite, les corps étrangers, les dacryolithes, etc. Ce sont là des causes incontestables, mais exceptionnelles de dacryocystite.

Dans la très grande majorité des cas, celle-ci est due à une inflammation soit primitive, soit secondaire de la muqueuse du sac lacrymal.

De la conjonctive, l’inflammation peut se propager au sac. Nous avons la preuve de la possibilité de cette propagation dans la dacryocystite granuleuse, quelquefois primitive, mais presque toujours consécutive à une conjonctive de même nature.

M. Abadie a signalé la coïncidence de la carie dentaire et du catarrhe des voies lacrymales, et il pense que l’ostéo-périostite alvéolo-dentaire peut gagner le canal nasal. Mais, c’est surtout du côté des fosses nasales qu’on a recherché, dans ces dernières années, la cause de la dacryocystite.

Que l’inflammation de la pituitaire soit, dans un certain nombre de cas, la cause du catarrhe nous l’admettons facilement ; mais nous croyons qu’on a beaucoup exagéré le rôle de la rhinite chronique, et Bressgen nous semble dépasser tout à fait la mesure quand il prétend que tout larmoiement persistant dérive des affections des fosses nasales et que le traitement revient au rhinologue plus qu'à l’ophthalmologiste. Pour notre part, dans le plus grand nombre de cas de dacryocystite où nous avons

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