RARES
Ainsi donc, l’un des premiers phénomènes produits par l’inflammation est un gonflement de la tunique muqueuse. Celle-ci trop à l'étroit dans l’enveloppe qui l’enserre se plisse; mais au fur et à mesure que le sac se distend, les plis s’effacent, et la muqueuse s’amincit en même temps que la surface devient lisse et unie. Reste maintenant à expliquer comment s'opère la distension du sac. Pour Arlt, le ramollissement inflammatoire des tissus contigus à la muqueuse et des parties molles de la paroi antérieure serait pour beaucoup dans le mode de production de cette dilatation. Nous ne partageons pas la manière de voir de ce savant. Nous sommes d'avis que l’ectasie est uniquement la conséquence de la pression que les produits sécrétés et retenus dans le sac lacrymal exerce sur ses parois. L'action mécanique nous paraît devoir être seule invoquée ; car sur des coupes de sacs fortement dilatés on ne note pas d’altération bien manifeste de la tunique élastique, et d'autre part, la clinique nous apprend que la dilatation atteint un degré d'autant plus considérable que les poussées inflammatoires du côté du sac et des tissus voisins sont plus rares et moins intenses.
Cette Zimilation du processus inflammatoire nôus explique la rareté relative de l'infection du tissu cellulaire (dacryocystite aiguë) en comparaison du grand nombre de dacryocystites chroniques que l’on rencontre.
La dilatation du sac se fait principalement vers les points où la distension rencontre le moins de résistance c’est-à-dire en avant, en bas et en dehors. Elle se ma-
nifeste d’abord par une faible saillie du tégument au-
LME
dessus et au-dessous de ligament palpébral RP Peu à peu, l’ectasie du sac devient plus facile à apprécier, et les contours de cette cavité se dessinent en relief sur les téguments. Le sac dilaté forme alors une tumeur plus ou moins gênante pour le malade.
Maintenant que nous connaissons les lésions du catarrhe du sac lacrymal et la façon dont elles évoluent, passons en revue les autopsies.
Celle-ci sont peu nombreuses. Les détails en ontété résumés par M. le professeur Panas dans ses leçons sur les affections des voies lacrymales. C’est à cet ouvrage que nous empruntons ce qui Va Suivre.
« Janin est le premier qui ait laissé la description détaillée de l’autopsie d’une tumeur lacrymale ancienne et volumineuse. [Il rapporte que les parois du sac étaient amincies, non ulcérées ; les follicules mucipares engorgés et remplis d’une humeur jaunâtre, formant de petites tumeurs de la grosseur de grains de pavot blanc occupant l’épaisseur de la muqueuse ; leurs pores excréteurs étaient élargis ; le canal nasal était libre et normal sauf à sa jonction avec le sac où il y avait coarctation d’un tiers de ligne d'épaisseur. À cet endroit, la muqueuse était plissée à la manière d’un poignet de chemise. Les conduits lacrymaux étaient dilatés.
«Auzias-Turenne a eu l’occasion de disséquer les deux sacs lacrymaux chez une femme atteinte d’une double dacryocystite. Du côté gauche, il y avait une véritable tumeur et la moindre pression faisait refluer par les points lacrymaux un liquide ténu et purulent. A la dissection, il trouva dans l’intérieur du sac un muco-pus
abondant ; la muqueuse était véritablement enflammée et des concrétions muco-purulentes en tapissaient l’intérieur. Les conduits lacrymaux correspondants étaient parfaitement libres ; par contre, la partie inférieure du canal nasal se trouvait bouchée par la membrane muqueuse qui formait tampon.
€ Du côté droit, il n'y avait pas de tumeur à proprement parler. Cependant, le sac s’est montré à l'ouverture aussi æniple que celui du côté opposé, et la-muqueuse qui le tapissait, offrait les mêmes lésions. Malgré cela, Le canal nasal était libre et n'avait subi aucune altération matérielle. Les conduits lacrymaux étaient entièrement bouchés à leur entrée dans le sac.
« Des détails anatomiques qui précèdent, Auzias-
Turenne a été conduit à conclure que dans ce cas particulier, l’inflammation des voies lacrymales du sac aussi bien que l’obstruction du canal nasal à gauche et des conduits lacrymaux à droite, devaient être considérés comme consécutive à la phlegmasie.
__ « Béraud qui s’est occupé beaucoup de l'anatomie normale et pathologique des voies d’éxcrétion des larmes, fit de 1853 à 1855 diverses communications intéressantes à ce sujet. On y trouve relatées diverses autopsies dont voici le résumé. ù
«À. Voisin disséqua une fistule lacyrmale du côté droit remontant à 22 ans et qui n'avait subi aucun traitement. Il constata que l’ouverture commune des conduits dans le sac était oblitérée et que le sac vide et rétréci de volume offrait des parois friables ; qu'enfin, 11 y avait une obstruction complète de l’orifice de communication
Hope
du sac avec le canal nasal; ce dernier était sain dans tout Le reste de son étendue. à
« Dolbeau examina dans une autopsie une tumeur lacrymale du volume d’une noisette et non enflammée. La peau était saine. La tumeur dure et transparente ne se vidait pas par la pression, caractères qui indiquent suffisamment qu'il s'agissait d’une mucocèle. Voici l’état des parties à la dissection : canal nasal perméable, mais uniformément rétréci dans foute sa longueur au point qu’il n'avait que un à deux millimètres dans son plus grand diamètre ; son orifice de communication avec le sac oblitéré ; amincissement par distension de la gouttière lacrymale qui paraissait profondément creusée ; contenu du sac, liquide d’une couleur eitrine; paroi interne de ce dernier, lisse et ressemblant à une séreuse ; enfin oblitération complète de l’orifice de communication des conduits lacrymaux avec le sac.
«Béraudrelatel’autopsie d’unetumeur lacrymale droite dont le début remontait à 15 mois. Dans ce cas, les conduits lacrymaux étaient normaux. Le sac vivement enflammé offrait des parois épaisses, rouges, fongueuses et lardacées. La muqueuse renfermait dans son épaisseur des glandes remplies d’un liquide visqueux, jaunâtre. Le canal nasal se montrait absolument sain sans trace de rétrécissement. La muqueuse des fosses nasales était également saine.
«Dans un autre cas, Béraud eut à examiner un catarrhe du sac sans luméfaction extérieure siégeant à droite. Par la pression on faisait refluer du mucus à travers les conduits lacrymaux. A l'ouverture, l’auteur constata