‹ De la décadence de l'Angleterre (volume 2)Chapitre 11 sur 28 · L AMERIQUE · texte numérisé non relu

L AMERIQUE

Le fanatisme insensé des Sluarls avait produit, en Angleterre, comme la révocation de ledit de Nantes, en France, une forte éniigialion de prolestants : presbytériens d'Ecosse , puritains de CroniN^eil , quakers de Guillaume Penn étaient partis par centaines pour l'Amérique septentrionale, et dans moins d'un siècle, treize colonies, sorties de ces familles éparses, s'étaient presque élevées aux proportions d'un royaume qui aurait pu devenir la richesse et l'orgueil de la métropole.

Les treize États, divisés en comtés comme la mère-patrie, lui constituaient déjà, vers 1760, un débouché, pour ses marchandises, de six millions de livres sterling. L'Angleterre avait le monopole du commerce et de la navigation dans ce nouveau monde qui venait d éclore au delà des mers, et les taxes qu'elle y percevait annuellement sur les hommes et sur les choses, lui formaient un véritable trésor d'empire.

Les sujets américains payaient, en effet, dixhuit pences par livre sterling de revenu sur leurs biens et sur leurs personnes. Pour les professions, offices et trafics de toutes sortes, la taxe s'élevait à une demi-couronne par livre, sans compter les impôts extraordinaires pour les ci iconstances difficiles, et les droits qu'ils acquittaient au fisc anglais sur les denrées d'importation.

L'Amérique était donc une véritable terre de labour pour la Grande-Bretagne, et fort précieuse à conserver; mais l'insatiable avidité du gouvernement anglais l'entraîna, comme toujours, aux convoitises extrêmes, et la scission éclata bientôt.

Sous le nom d'acte du timbre, la métropole essaya d'abord d'astreindre les treize États américains à se servir, pour toutes leurs transactions, d'un papier marqué, délivré par le fisc et portant impôt.

Réunis en congrès dans la ville de New-York, les députés des colonies déclarèrent, en 1765, qu'ils ne se soumettraient jamais à la taxe du timbre; ils en appelèrent à la couronne dans une pétition remarquable, et, joignant l'action à la parole, par une ligue de non-impor talion entre eux arrêtée, ils mirent le commerce anglais au ban de ses colonies.

L'Angleterre marchande eut peur : elle céda : mais trois ans après, elle renouvela sa tentative par un impôt indirect sur les objets de consommalion qui venaient de la métropole, tels que le verre, le papier, le cuir, les couleurs et le thé. Nouvelle résistance de l'Amérique du Nord. Le Massachus-

sets convoque une assemblée extraordinaire sous le nom, si célèbre depuis, de Convention. La ligue nationale contre l'importation anglaise se relève, et des fabriques américaines sont fondées par souscription, préparant ainsi le dernier affranchissement et les rivalités futures.

L'Angleterre hésita de nouveau quelques instants; elle retira toutes ses prétentions, excepte sur le thé ; mais la trêve de son orgueil ne fut pas longue, et, déclarant que le droit de la métropole à taxer ses colonies était absolu , souverain , aiin d'assurer l'exécution de ses arrêts fiscaux et de ses vengeances , elle s'inféoda la justice américaine ; elle la plaça, comme la haute administration, sous sa dépendance, en se réservant Tinvestiture et le traitement.

C'était là fonder la servitude, toute la servitude ; car le principe de la spoliation par l'impôt à taux facultatif étant posé d'une part, comme le droit de la métropole, et la justice étant, d'autre part, à la solde et à la volonté de l'Angleterre, l'Amérique du nord, qui n'avait pas de délégués au parlement métropolitain, était condamnée, comme l'esclave, à travailler pour ses maîtres, sans droit et sans recours.

Cette usurpation monstrueuse fut la cause véritable de la grande révolte américaine. Ainsi, c'est encore un crime qui sert ici de préface à cette guerre infâme de l'Angleterre contre des colonies sorties de son tlanc et qui la nourrissaient dans sa fastueuse indigence.

Et quels furent les caractères de cette expédition

118 DE LA DÉCADEiNCE

impie, fille d'un orgueil stupide et des plus basses concupiscences? Ouvrez l'histoire du dix-huilième siècle : l'Angleterre ne cherche pas d'alliés parmi les grandes nations, pour consommer son attentat; elle va recruter en Allemagne , dans les bas-fonds des tavernes et des corps de garde, des assassins à gages, des condottieri qu'elle achète , à prix débattu, dans les cours des petits princes besogneux et dans les villes libres. Il y a pour ce commerce de forbans, des bazars publics où la marchandise humaine est exposée, comme le ballot, aux enchères , et pour intéresser les chefs de maison , les princes, devenus marchands, on stipule d'avance, en leur faveur , vingt livres sterling par chaque tète de soldat qui resterait en Amérique, ce qui faisait dire à l'un d'eux , le landgrave de Hesse- Cassel, après l'affaire de Trenton : « Vous né pou- « vez-vous figurer la joie que j'ai ressentie, en « apprenant que, de mille neuf cent cinquante « Hessois qui se sont trouvés au combat , il n'en

« EST ÉCHAPPÉ QUE TROIS CENT QUARANTE - CINQ ; « CE SONT JUSTEMENT MILLE SIX CENT CINQUANTE

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