L INDE
Vers les premières années du dernier siècle, quelques marchands de Londres , spéculateurs à l'aventure , s'établissaient modestement sur les côtes de l'océan Indien, et y jetaient, sans le savoir, les premiers jalons de ce vaste empire qui, depuis, a, tour à tour, absorbé tant de beaux royaimies, depuis Calcutta jusqu'à Delhi.
Ces humbles commencements d'une fortune, aujourd'hui si haute, furent protégés et favorisés par les guerres d'extermination que se faisaient les deux peuples, alors maîtres du pays et qui n'y pouvaient vivre en paix, étant profondément séparés par la race, parla tradition, par des cultes ennemis.
Les pâles héritiers d'Aurengzbeig et leurs rahjahs amollis étaient partout en lutte avec les successeurs de Thamas Koulikan, musulman venu de la Perse et vainqueur de l'Inde. Il n'y avait plus que des tronçons d'empire, dans ces contrées à l'infini divi-
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sées, et (X' fut grâce à lous ces morcelieinents, à lou tes ces luttes iiiteslines, que les avenluiiers anglais purent planter leurs tentes sur quelques points des côtes et des rives.
Que demandaient-ils, d'ailleurs? Un peu déplace au soleil pour y élever leurs chétifs comptoirs , et la protection des chefs , nababs et rahjahs , pour leur petit commerce à l'intérieur des terres!
Mais laissez s'élever ces comptoirs inaperçus et le fort montera bientôt derrière la boutique, et, bientôt la frégate anglaise viendra samarrer au fort. Laissez les relations commerciales se nouer, s'étendre dans le pays, et fussiez-vous empereur, grand mogol, roi des rois, vos ministres, dans peu, deviendront rétifs, vos officiers insolents, vos conseillers prévaricateurs. Vous garderez encore les honneurs officiels du commandement, mais vous aurez cessé d'être le maître dans votre empire. L'invisible main de l'étranger écrira lous vos ordres, toutes vos volontés, jusqu'à votre testament.
C'est ainsi que les Anglais procèdent, quand ils ne sont pas en force pour la conquête insolente, violente, sauvage, el, dans l'Inde, comme ailleurs, tels furent leurs premiers débuts.
En moins de trente ans, ils avaient relié tous leurs comptoirs en une fédération puissante; par linlrigue, ils touchaient à tout dans le pays; ils étaient un gouvernement, et ils rêvaient déjà la domination absolue.
Leur ambition fut merveilleusement servie par deux hommes dont la cupidité savante ne recula
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jamais (levant le crime, el dont il sulïira do résumer ici rhisloire, en quelques traits saillants, pour donner à tons une preuve nouvelle et décisive de l'immoralité britannique.
Le colonel Clive commnndait les établissements anglais des bords du Gange, et convoitait les riches provinces du Bengale , où régnait un soubah , feudataire, à peu près indépendant, du grand Mogol. Que fait le commandant pour assouvir son ambition et celle de ses marchands? Il invente un prétendant légitime qu'il tenait en fourrière, il achète le premier ministre du soubah régnant; il se fait livrer sa capitale, et le vol consommé, le prétendant installé, l'honnête lord Clive, maître d'un royaume, refuse d'acquitter le contrat de la trahison ; il nie sa signature , n'oubhant pas toutefois de se faire compter cinq miUions de francs pour ses honoraires personnels par le soubah nouveau, sa créature de la veille et son esclave du lendemain.
Autre expédition à la Carthaginoise : Un des nababs du Bengale ayant refusé de reconnaître le nouveau chef, le colonel Clive se jette sur sa province avec ses troupes, et le condan ne à céder à la compagnie le revenu de trois districts , se réservant, sur cette riche aubaine, une annuité personnelle de près d'un million. Pour ceux qui connaissent les manœuvres commerciales de la politique anglaise , il est inutile d'ajouter ici que le colonel Clive avait stipulé, pour première condition, dans son contrat avec le prétendant vassal , que tous les articles de commerce seraient soumis à des
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taxes énormes , avec exemption el privilège pour les seuls négociants anglais. Ainsi, l'on avait, h la fois, par les tributs et par les marchés, tous les revenus du royaume. 11 n'y avait plus que la terre à prendre, et cette dernière spoliation s'accomplit bientôt.
De pareils hauts faits étaient d'excellents titres à la reconnaissance de la compagnie , qui encaissait les plus gros bénéfices de ces vols. Aussi le colonel Clive s' étant rendu dans la métropole, y fut-il investi, par le haut conseil, du pouvoir supérieur avec toutes ses attributions, et, de retour à Calcutta, le puissant gouverneur put reprendre, en maître absolu, la direction des affaires.
l.e grand Mogol, chassé de son trône, renié par ses puissants vassaux, et presque prisonnier de l'un d'eux, n'était plus qu'une ombre impériale. Dans cette détresse , le soleil du monde vint un jour s'abattre au milieu des établissements anglais et demander protection au gouverneur.
Quelle admirable fortune pour lord Clive et ses commettants ! Le gouverneur s'empresse autour du roi des rois ; il lui tient l'étrier d'une main, et, de l'autre, il lui montre un traité stipulant, au profit de la compagnie, la perception à perpétuité des revenus de trois provinces : Orissa, le Bengale et Bahar.
Le soleil donne sa signature; son vassal le plus puissant, le Nabab d'Oad, cède aussi les revenus de sa riche province, après avoir payé 12 milhons, pour frais de la guerre ; ces traités conclus sous l'épée de Clive leur gouverneur, les agents de la compagnie prennent , pour la première fois , cette
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splendide signature sociale pour leurs ballots et correspondances :
« Les magnifiques Marchands de la compagnie « des Indes Orientales , percepteurs des inagnifi- « ques provinces du Bengale, de Bahar et d'Orissa, « serviteurs du magnifique empereur Sahah-Alum ! »
Les excellents serviteurs que ces magnifiques marchands ! Ils venaient de s'assurer, par leur perception, 30 millions et demi de levenus annuels.
Kl cela , pourtant, ne devait pas suffire à leur insatiable cupidité. Récolter l'impôt n'était qu'une des lormes, un des moyens pratiques de leur exploitation savante : il leur fallait le monopole des marchés, il leur fallait les terres. Les articles de consommation les plus répandus , le sel , le tabac et le bétel , furent soumis à des droits énormes , dans les provinces de leur perception ; les Anglais seuls ne payaient point de taxes et ruinaient, ainsi, toute concurrence. Quant aux propriétaires du sol, ils furent expropriés comme ceux d'Irlande, par une vérification de titres qui n'était jamais qu'une annulation , et les domaines du Zémindars furent livrés à la folle enchère.
La spoliation étant complète , et le riz ayant manqué, par une mauvaise récolte, la famine sévit sur l'Inde. Les Hindous, qui ne mangent pas de viande par esprit de religion, périrent par millions, après avoir donné leur dernier or, et le pays étant ruiné, la perception ne trouva rien à récolter. Après le pillage et la famine, on venait de tomber en plein paupérisme.
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Les magnifiques marchands de Calcutta s'émurent alors, et les directeurs de Londres prirent l'alarme. On s'oublia même jusqu'à porter une accusation contre lord Clive qui avait , disait-on , des coffres pleins d'or et du sang à ses mains.
L'intègre gouverneur se disculpa facilement; ses richesses n'étaient que des présents des Nababs, et n'avait-il pas donné des terres et des privilèges immenses à la compagnie, un royaume à l'Angleterre !
On ferma l'accusation par la proposition suivante : « Lord Clive a rendu à son pays des «services signalés; il a bien mérité de l'Angle- « terre! »
Et l'histoire, que dira-t-elle? Elle a déjà répété les énergiques paroles prononcées alors par un membre du parlement:
« Sans doute, disait ce dernier, les fortunes im- « menses amassées par les officiers de la compagnie « ont toutes une origine honorable. Les propriétés « des indigènes sont enlevées par la violence; on « vous dit que c^est un droit de la guerre. — Sont- « elles extorquées par la ruse ? C'est une compensa- « tion pour d'illustres services. — Sont-elles ravies « par le monopole? C'est un acte de commerce! Toutes « ces subtiles distinctions entre des exactions et « des présents, entre un pillage et une récom- « pense , peuvent satisfaire les magnifiques mar- « chauds de la com-pagnie, mais elles sont indignes « d'être écoutées par des législateurs. »
Voilà le jugement de 1 histoire et l'éternelle condamnation de lord Clive, dont les iniquités s'effa-
cent pourtant devant les crimes d'un nouveau Verres, de Warren-Hastings.
Warren-Hastings fut le premier oificier-génëral publiquement investi par la couronne du gouvernement des Indes. Les magnifiques marchands avaient gardé, jusque-là, toutes les attributions du pouvoir souverain, et c'est à peine s'ils payaient une redevance de quelques millions à la métropole, quand la banqueroute imminente les força d'implorer la grâce d'un emprunt et de subir la haute initiative de la couronne dans la distribution des emplois publics, y compris l'éminente charge de gouverneur-général .
Warren-Hastings allait donc engager directement l'honneur de son pays, et le délégué de la métropole entraînait, cette fois, dans sa responsabilité, tous les pouvoirs royaux ou parlementaires.
Eh bien, voici comment fut représentée la mèrepatrie :
1" Deux ministres indiens, jadis les clients des Anglais, mais tombés en disgrâce depuis qu'ils étaient riches, furent accusés de malversations par le proconsul et jetés dans les fers jusqu'à rançon payée.
2" Les Mahrattes, qui sont les Arabes de l'Inde, ayant envahi la province d'Oude et le territoire des Rohillas, ces derniers appelèrent les Anglais et le plus puissant des nababs voisins, s'engageant à payer 10 millions pour cette alliance. Le danger passé, ils oublièrent leur parole ou ne purent s'exécuter, ayant trop souffert dans la lutte.
Que fit Warren-Haslings? 11 fit exterminer les ftohillas par le nabab d'Oude et exigea de lui les 10 millions, ne laissant à son allié que les joies du sang. C'était ainsi, du reste, qu'entre eux avait été réglé le contrat des vengeances.
Ainsi, pour quelques sacs d'argent, le gouverneur anglais livra tout un peuple à la destruction, et l'exécqtion fut telle, que les officiers anglais employés dans ces boucheries, avaient horreur d'euxmêmes ! Qu'importait au proconsul?
«Je veux, écrivait-il aux directeurs de la com- « pagnie, faire tomber dans votre caisse des « sommes vraiment royales, et amener le nabab « plus près de la frontière des Mahrattes, ses en- « nemis, afin que la terreur qu'ils lui inspirent le « mette encore plus dans votre dépendance. »
Meure donc ce peuple innocent et malheureux ; que les enfants, les femmes, les vieillards se tordent dans l'agonie des tortures; que la flamme dévore les maisons et que les animaux eux-mêmes périssent, il faut de l'argent et des otages à Warren- Hastings pour ses marchands de Calcutta!
3" Le grand Mogol, déjà pensionnaire des Anglais, avait mis deux de ses dernières provinces sous leur patronage. Ilaslings les confisque à son profit, les vend au nabab , exterminateur des Rohillas, et non content de voler deux fiefs au Mogol. d lui supprime son traitement.
4" Le nabab d'Oude étant mort, Hastings fait liquider l'héritage au profit de la compagnie , déclare au successeur que tous les engagements à
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titre onéreux sont nuls, reprend au fils les deux provinces qu'il venait de vendre au père, et ne les concède de nouveau . que moyennant cession de souveraineté sur le territoire de Benarès; le prince de cette contrée est par lui soumis à payer un tribut annuel, en sus de trois réquisitions forcées et successives qui remplissent les coffres d'Hastings,sans assouvir sa (aim, car pour dernière infamie, il envahi t Benarès, dépose le prince, investit de l'au torité un de ses clients et, sous son nom, dévaste, ruine le pays, à tel point qu'il ne laisse derrière lui que la misère, entre le percepteur et le bourreau.
Il n'a garde, d'ailleurs, de s'oublier dans ce partage de dépouilles. Ainsi, la veuve du nabab d'Oude, instituée par lui régente, lui paie, à titre de don gracieux, 150,000 roupies; il en touche 40,000 sur la perception du d'Hougley; son secrétaire a, comme le chef, un compte ouvert sur tous les livres de perception ou d'intendance , et les primes soldées par la corruption ou la peur font aux simples officiers du gouvernement britannique la fortune d'un roi.
Que si quelques-uns l'accusent dans le conseil des directeurs ou parmi les indigènes, il répond aux premiers, en annulant leurs décisions, et il traduit les autres devant ses tribunaux où des délateurs subornés leur imputent des crimes imaginaires, et les font condamner par celte justice vassale, ruinant ainsi la preuve et le témoin, à la grande gloire et au profit du vice-roi prévaricateur.
C'est ainsi que fut pendu le rahjah Nundiomar coupable d'avoir accusé Warren-Hastings devant le conseil et d'avoir prouvé que ce concussionnaire avait volé plusieurs millions, par vente de places et trafic d'influences.
Le Verres anglais avait, du reste, des agents qui le secondaient à merveille et qui sont dignes de partager sa renommée : Voici ce que disait Burke des excès commis par un des subalternes de Hastings.
« Ceux des laboureurs auxquels on soupçonnait « de l'argent caché étaient soumis à d'atroces « tortures : on leur serrait les doigts avec des a cordes, jusqu'à ce que les quatre doigts de la « main fussent pour ainsi dire soudés ensemble » et ne fissent plus qu'une seule masse de chair : « on les séparait ensuite avec des coins de fer et de « bois.
« D'autres étaient attachés deux à deux par les « pieds et jetés à travers une barre de charpente « où ils restaient suspendus les pieds en l'air. « Puis, on les frappait à coups de bâton sur la fi plante des pieds, jusqu'à ce que leurs ongles « fussent enlevés : on les frappait ensuite sur la « tête jusqu'à ce que le sang sortît par le nez, la « bouche et les oreilles : ils étaient aussi flagellés « avec des épines, des cannes de bambou et des « verges vénéneuses qui les brûlaient à cjiaque « coup, comme des lames ardentes.
« La cruauté du monstre qui ordonnai', ces sup- « plices savait tourmenter l'esprit ainsi que le
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« corps; il faisait souvent lier ensemble le père '< et le fils : on les fouettait ensuite jusqu'à ce que « leur peau tombât en lambeaux, et il avait cette « satisfaction infernale de savoir que chaque coup « aurait son effet , car si le fils ne le recevait « pas, il n'en souffrait pas moins, en sachant qu'il « était tombé sur son père, et le père souffrait les « mêmes angoisses, en sentant que chaque coup « auquel il échappait retombait nécessairement « sur son fils.
« Il est impossible de décrire les souffrances des « femmes arrachées des retraites les plus secrètes « de leurs habitations, que la religion du pays res- « pectait comme des sanctuaires. Elles étaient « exposées nues aux yeux du public : les vierges « étaient traînées dans les cours de justice, et, là, « violées à la face des magistrats , à la face des « spectateurs épouvantés, à la face du ciel et de la « terre!
« D'autres femmes eurent l'extrémité des ma- « melles mise dans un bambou fendu et cruelle- « ment arrachée de leur sein : ce que la pudeur " prend soin de cacher chez toutes les nations , ce « monstre le dévoilait à tous les yeux et le consu- M mait par un feu lent. Bien plus , quelques uns « des valets de ce bourreau ont poussé l'infamie, « la profanation, jusqu'à boire dans les sources « mêmes de la vie ! »
Ainsi parlait Hurke, en pleine chambre des communes, et ce misérable dont il dénonçait les crimes était un agent officiel, un serviteur exécutant les
volontés du gouverneur-général des Indes, et ce gouverneur était lui-même l'agent officiel , le serviteur investi, le représentant de la couronne, et le parlement, au nom de l'Angleterre outragée, deshonorée, ne brisait pas, ne rappelait pas l'instrument de ses hontes!
Non : il fallait d'autres crimes, sans doule, et la mesure n'était pas comble. Mais la cupidité de Warren-Hastings et des magnifiques marchands ne pouvait pas être arrêtée pour si peu; cependant, à force d'énormilés, la coupe fui bientôt pleine.
Épuisée jusqu'à la dernière obole et jusqu'à la dernière goutte de sang, la province d'Oude se révolta; les Begums du précédent nabab furent accusées (il leur restait des trésors et des domaines) d'avoir fomenté la révolte et de la servir. Le fds de l'une de ces femmes, nabab au compte des Anglais, prit parti contre elles sous la menace d'Haslings, et les deux princesses, livrées sans défense à leurs ennemis, furent condamnées pour crime de trahison contre le prince et ses alliés. Elles avaient ouvert elles-mêmes, protestant tout haut de leur innocence, les portes de la ville qui leur servait de refuge; mais il fallait qu'elles fussent coupables. Hastings convoitait leurs richesses, et les deux victimes, dépouillées, nues, frappées à coups de bâton, comme des esclaves, virent leurs trésors confisqués et furent chassées de leurs domaines.
Celte sauvage et dernière exécution contre des femmes réveilla cependant l'opinion jmblique en Angleterre, et, malgré la prolection de Pill, qui
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défendait dans le parleiiieni son exécuteur des Indes, le procès d'Hastings fut enfin résolu.
« Qui de nous, s'écriait Burke, ne se sent péné- « tré d'indignation, à cette froide indifférence du « gouvernement? N'est-ce pas, de sa pari, une « véritable sanction du crime, et ne s'avoue-t-il pas « complice de toutes les iniqu i tés qui se commetten i « par de coupables fonctionnaires? Quant à moi, « j'ai déploré le jour funeste où tant d'horreurs « m'ont été dévoilées, sans que je pusse en faire '« justice. Sans cesse, je me représente les cités « désolées, les provinces dépeuplées, les nations (( anéanties par le monstrueux abus d'un pouvoir " que nous avons fait; les cris des malheureux " Hindous retentissent à mon oreille, et mes nuits « sont troublées par leurs sanglantes images.
« On conteste la réalité des faits de l'accusation, « Pourquoi donc ceux qui les nient, reculent-ils « devant le débat? Oh ! quelles actions de grâces «je leur rendrais, s'ils pouvaient me démontrer " que toutes ces scènes d'horreur ne sont que des « fictions ! Cette découverte serait pour moi plus « précieuse que celle d'un nouveau monde, et je « bénirais ceux qui pourraient enlever à mon pays « cette tache d'infamie.
« .Te conjure donc le gouvernement de provo- « quer une enquête; quand le sang des Hindous « crie et demande justice, je m'étonne de rencon- « trer, chez notre pieniier minisire, une si froide « indifférence, à un âge surtout où tous les senti- « roents généreux ont coutume de se manifester ! »
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Ce fut cette éloquente catilinaire qui décida le rappi^I du gouverneur-général, et Burke ayant, à la session suivante , renouvelé , dans les détails celte fois, sa terrible accusation, force fut à Pilt, qui cherchait d'ailleurs une diversion à la politique de la réforme, d'obéir à l'indignation publique et de consentir au jugement. Quatre orateurs de premier ordre : Burke, Erskine, Sheridan et Fox se partagèrent les rôles dans cette accusation gigantesque, et la cause fut par eux éclairée dans tous ses secrets, dans toutes ses iniquités.
Mais le procès traînant en longueur, grâce à d'incroyables subtilités, à l'influence qu'exerçait le coupable, ami de la plupart des juges, et grâce surtout à la complicité du gouvernement, l'émotion publique tomba bientôt, et l'opinion fut entraînée ailleurs, par les grandes crises révolutionnaires qui marquèrent la fin du siècle ; alors, loin des événements , au milieu des ardeurs d'une lutte devant laquelle tout s'effaçait, car elle n'avait pas eu son égale dans l'histoire, après la trahison de Burke, après sept ans de débals toujours repris et toujours interrompus, la cour des pairs prononça son jugement : elle acquitta Warren-Hastings, engageant ainsi la complicité du gouvernement dans tous les crimes de ce misérable.
Quant aux magnifiques marchands de Londres et de Calcutta, jaloux sans doute de la solidarité que leur gouvernement venait d'assumer devant la postérité, ils accordèrent à leur gouverneur une pension annuelle de J 00,000 francs, avec paiement
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des arrérages, pour tout ie temps de son administration, ce qui fit tomber 3 millions de plus dans le trésor du bourreau des Indes.
Voilà la justice de l'Angleterre !
Je n'ai pu qu'esquisser, encourant, les machinations et les cruautés de la politique anglaise, envers les populations indolentes et dégénérées de l'Hindostan. Que s'il m'avait été possible de développer ici toutes les phases de ce long drame qui a donné tant de cadavres au Gange et tant de crimes à l'histoire, la conscience des peuples aurait entendu des monstruosités que la société romaine ellemême n'a pas connues.
Tout rapide qu'il est, je ne puis cependant clore ce récit, sans dire un mot de la politique de la Grande Bretagne dans ses rapports avec les colonies françaises de l'Inde , et les chefs des populations mulsumanes.
En 1750, sous Dupleix et le commandant Jussy, du sud au nord indien, nous possédions cent-cinquante heues de côtes sur vingt lieues de profondeur, et dans nos villes de Chandernagor , Karibal, 3ïahé, Pondichéry, se concentrait un commerce florissant qui donnait des richesses à la métropole et lui ouvrait un monde. Les comptoirs anglais, alors , étaient loin de rivaliser avec les nôtres ; mais lord Clive ayant pris pied dans le Bengale par la bataille de Plassey, l'intrigue britannique pénétra dans notre gouvernement des Indes, et Lally-Tollendal eut l'habileté de perdre, en deux ans, le vaste empire que Dupleix nous
avait laissé. Il ne sut pas même garder Pondichéry que défendaient des fortifications puissantes, et, livra tout à la discrétion d'un colonel assiégeant : la ville, son armée, sa personne, et l'honneur de la Fr.ance. Après avoir vu raser et fléinolir, jusqu'à la dernière pierre, cette ville opulente, et partir, pour l'intérieur des terres, tout son peuple ruiné, il embarqua ses malheurs, pour ne pas dire ses trahisons.
Chandernagor , Mahé^ Karibal n'étaient plus également qu'un désert, comme Pondichéry, tant l'Anglais jaloux avait hâte d'effacer partout la vigoureuse empreinte de la nation française.
Pondichéry, pourtant, sortit de ses ruines après la paix , et se releva dans sa force, grâce aux gouverneurs Lauriston et Bellecombe, officiers habiles d'un gouvernement au déclin.
Mais l'Anglais, que ce retour de la fortune française inquiétait, profila des hostilités que la révolte de l'Amérique avait fait naître, et vint assiéger notre ville capitale des Indes par surprise , par guet-à-pens, avant que la guerre fût déclarée. Pondichéry fut pris de nouveau, non sans une opiniâtre résistance de Bellecombe, et de nouveau rasé, jusqu'en son plus petit mamelon, à la manière anglaise.
Cinq ans plus lard, cette expédition de pirates aurait pu coûter cher à l'Angleterre, car le bailli de SufTren , après avoir écrasé ses escadres en cinq ou six rencontres, enlevé les plus fortes positions de la côte indienne, et mis ses comptoirs
en blocus, était sur le point d'en finir avec la dernière flotte anglaise dans ces parages, quand l'amiral Hughen, qui la commandait, lui dénonça la paix d'Amérique non encore officiellement ratifiée. Suffren, fidèle à l'honneur, accorda la trêve, et la puissance anglaise fut sauvée.
Je dis sauvée, car Hayder-Aly, chef musulman et maître de Maïssour, opérait, par terre, avec autant do bonheur que le bailli de Suffren sur njer, et si celui-ci avait frappé son dernier coup, Haydejet Bussy, qui maichaient ensemble, fussent entrés en vainqueurs à Madras et même à Calcutta.
Mais le prince de Maïssour, ayant désormais à lutter seul, succomba. Les Anglais, par la corruption, suscitèrent contre lui le soubah de Décan et les Mahratles. Il eut la guerre à soutenir sur tous les points de ses frontières, et il mourut de douleur, laissant à son filsTippoo-Soultan le soin de sa vengeance,
« L'Inde, lui disait-il , dans son testament, a, « depuis le règne d'Aurengzbeig, perdu son rang « parmi les empires de l'Asie : ce beau pays est « morcelé en provinces qui se font la guerre, et le « peuple est à l'anarchie des sectes.
« Les Hindous, amollis par leurs habitudes paci- « liques, sont peu capables de défendre leur terri- « toire qui devient tous les jours la proie des « étrangers. Les musulmans sont plus nombreux - et plus aguerris que les faibles Hindous. C'est à « eux qu'appartient la gloire de sauver l'Hindos- « tan. Mon fils, réunissez tous vos efforts pour* faire
«< triouipher le Coran , et si le ciel seconde cette " noble entreprise, lejour n'est pas loinpeut-être, où « le glaive de Mahomet vous placera sur le trône « de Timour-Senk.
«Le plus grand obstacle que vous ayez à vaincre, « c'est la jalousie des Européens. Les Anglais sont « aujourd'hui lout puissants dans l'Inde , il faut les « affaiblir par la guerre. Les ressources de l'Hin- « dostan ne suffisent pas pour les expulser des « terres qu'ils ont envahies. Mettez les nations de « l'Europe aux prises, les unes avec les autres : c'est « par l'aide des Français, que vous pouvez vaincre « les armes britanniques. »
Ces conseils habiles et qui révèlent un homme d'état supérieur, furent religieusement suivis par le fils et l'héritier du chef du Maïssour. Mais, les alliés firent défaut à Tippoo-Soultan. L'intrigue anglaise, un moment humiliée parle Barbare, rallia contre lui ses voisins jaloux ou pillards, entre autres les Mahrattes, et les Français n'ayant pas relevé leur influence depuis la paix de Versailles qui les avait désarmés au milieu de leurs victoires, le Soultan fut condamné, par la défaite, à signer, en 92, un traité qui le faisait vassal, comme le grand Mogol , celle ombre des ombres. Ce dernier traité leur donna le Carnatio et le Macabar.
Tippoo-Soullan vaincu, Pondichéry qui, grâce a Bussy s'était relevé, succomba pour la troisième lois, et les Anglais, au lieu de chasser les colons dans les terres, les firent juger comme suspects, par des tribunaux d'exception, et les jetèrent sur
leurs pontons tlottants, comme des prisonniers de guerre.
Une dernière étoile, pourtant, parut bientôt à l'horizop. Bonaparte, vainqueur de l'Egypte, annonçait à Tippoo que la vengeance française arrivait, par la voie de Suez, à la côte de Malabar, et le chef du Maïssour recommença la guerre. Mais l'idée de Bonaparte fut tuée par Nelson à la bataille d'Aboukir. Le Directoire ne fit rien, et Tippoo-Soultan fut écrasé, plus heureux pourtant que son père, car il resta parmi les morts sur son dernier champ de bataille : avec lui, tomba la puissance musulmane dans l'Inde.
Quant à la colonie française, elle n'existe plus que par tronçons, et ces tronçons, enclavés dans les vastes lignes anglaises, sont là, non comme des possessions sérieuses, mais comme des monuments funèbres qui racontent à l'Orient nos terribles désastres de 1815, et les orgueilleuses victoires de la perfidie britannique.
Les Français dépouillés, les Rahjahs achetés ou vaincus, les musulmans écrasés^ l'Angleterre n'avait plus d'ennemis sérieux à combattre, et dans l'empire dAurengzbeig, toutes ses cupidités pouvaient désormais s'assouvir à l'aise.
Aussi, pendant trente ans, a-t-elle donné carrière à ses concupiscences, par la perception savante des impôts, par le monopole exclusif du commerce et des industries, par les confiscations légales; elle a concentré toutes les richesses de ce vaste territoire , dans ses mains; elle a ruiné la
terre, affamé le laboureur, cre'é des millions de pauvres comme eu Irlande, et quoiqu'elle ait étendu, jusqu'au delà du Penjab, son influence sinon ses domaines, son armée, ses administralions, ses comptoirs lui coûtent si cher, que l'Inde, bientôt dévastée, n'a pu lui suffire, et qu'elle s'est jetée sur la Chine, ce marché njerveilleux et lointain, où, depuis des siècles, campe et vit, en dehors de notre civilisation et de notre histoire, une population plus nombreuse que toutes les nations de l'Europe ensemble.
Quels furent les préiextes sous lesquels les Anglais, déjà maîtres du Gange, entrèrent dans les eaux de Canton?
Depuis 1796, le libre commerce de l'opium par les étrangers était interdit en Chine. Les princes du céleste empire avaient prohibé la vente de ce poison, dont l'usage, pour leurs peuples, était une cause active et permanente de dépérissement.
Les Anglais, qui cultivaient le pavot dans les plus riches de leurs possessions indiennes, en tiraient, avant l'édit, des revenus considérables, et, pour ne pas perdre une source si riche de profits, ils organisèient une vaste contrebande qui s'infiltra par toules les frontières, sut irouver des alliés jusque parmi les gouverneurs , ei comme elle ne vendait qu'au comptant, réalisa des bénéfices que le commerce libre ne lui aurait jamais donnés. La contrebande, d''ailleurs, savait :i^ir ouvertement et par la force : elle avait ses
docks jusqu'à l'entrée des porls et, lorsque les jonques de surveillance gênaient ses opérations et ses mouvements, elle les écartait ou les coulait bas avec ses barques années en guerre, comme des briks de pirates. Le gouvernement chinois, effrayé des progrès de cet empoisonnement clandestin, promulgua des mesures sévères contre la ( ontrebande, et donna l'ordre à ses mandarins de la traquer partout avec vigueur. Mais les habitudes étaient contractées : le poison était devenu nécessaire à ce peuple enfant qu'enivrait la sensualité des rêves, et les Chinois se firent les complices de leurs empoisonneurs. De quoi, d'ailleurs, se plaint-on à Pékin, disaient les Anglais des colonies et du continent? l'opium ne lue pas et, si l'on en prohibe la vente par contrebande, c'est parce qu'on veut empêcher le numéraire de sortir : il ne s'agit ici que d'une querelle de fmances. Or, voici pour juger la question , quelques extraits d'un ouvrage sur la campagne de Chine : cest un lord qm parle : «Une rue située au milieu de la ville « est complètement envahie par les boutiques « destinées à la vente de l'opium. Là, le soir, lors- « que les travaux sont terminés, on voit une foule « de malheureux Chinois accourir, pour satisfaire « leur abominable passion. Les chambres où ils " s'asseoient et fumeni sont entourées de canapés « de bois pourvus d'un dossier pour reposer la « tête. Â un novice, une ou deux pipes suffisent, « mais un habitué peut fumer pendant des heures « entières.
« Quelques jours de ce redoutable plaisir, sur- « tout s'il est pris avec excès, sufBsent pour don- « ner à la face une pâleur maladive, et aux yeux « un air hagard. En quelques mois, et même en « quelques semaines, l'homme fort et bien portant « sera changé en une créature idiote qui ne vau- « dra guère mieux qu'un squelette.
« La langue n'a pas de mots pour exprimer les « angoisses que ces malheureux souffrent, si, « après une longue habitude, on veut les priver « de ce poison; et c'est seulement lorsqu'ils sont, « jusqu'à un certain point, sous son influence, « que leurs facultés vitales semblent se réveiller. « A neuf heures du soir, dans les maisons où se « consomme leur ruine, on peut voir ces tristes « victimes plongées dans tous les états qui ré- « sultent de l'ivresse de l'opium. Les uns entrent « à moitié fous. Ils viennent satisfaire le terrible « appétit qu'ils ont dû vaincre, à si grand'peine, « pendant la journée. Les autres, encore sous « l'effet d'une première dose, rient et parlent « sans raison, tandis que sur les canapés voisins « gisent d'autres malheureux, immobiles et lan- « guissants, avec un sourire hébété sur la face, « trop accablés par l'influence du poison, pour « faire la moindre attention à ce qui se passe au- « tour d'eux, et complètement absorbés dans leur « aiîieuse volupté. La dernière scène de cette « tragédie s'accomplit dans une pièce écartée, «< véritable chambre des morts où sont étendus, « raides comme des cadavres, ceux qui sont arri-
« vës à cette pleine extase, que les fiimeius d'o- « pium recherchent follement, image du long « sonmieil où leur aveugle passion les jettera « bientôt. »
Nous l'avons dit déjà, ce tableau n'est pas une esquisse crayonnée à plaisir, par un quaker morose, ou par un étianger passionné. C'est l'œuvre d'un Anglais, d'un lord peignant sur place, en plein amphithéâtre et, pour ainsi dire, sur le cadavre. On ne saurait donc, sans mauvaise foi, contester les terribles effets de f opium qui sont l'affaiblisse menl des facultés, l'abrutissement, la mort, résultats signalés d'ailleurs et vingt fois dénoncés par les mandarins, dans leurs rapports officiels à l'empereur.
Enfin, des statistiques étudiées ont prouvé qu'en Chine, la vie moyenne des fumeurs ne dépassait pas quatre ans. Or, dans les dernières années, avant la guerre, le chiffre de l'importation annuelle s'élevait à trente mille caisses d'opium qui servaient à l'approvisionnement d'un million d'hommes. Calculez, sur ces bases, la mortalité probable, et cherchez une guerre, une peste, un fléau de la terre ou des cieux qui laisse, après lui, de pareilles hécatombes !
Mais, qu'importe au gouvernement anglais? Depuis des siècles, il s'est fait la main au nieurtrC; en Irlande, en Amérique, dans les deux Indes, et puisqu'il y a riches profits à recueillir, il faut que la Chine soit empoisonnée.
N'est-il passage, d'ailleurs, d'affaiblir et d'éner-
ver un empire qui a pour provinces des royaumes et que peuplent quelques cenls millions d' habitants? Donc, malgré les remontrances , les édils et les lois, les Anglais poursuivent activement leur commerce clandestin ; leurs navires tiennent magasin dans la rivière de Canton, et, pour se faire livrer les caisses qui donnent la mort, le commissaire chinois est forcé de mettre aux fers le résident anglais : sir EUiot.
Mais, les Anglais, honnêtes commerçants, crient au vol, à la violation du droit des gens, comme si le gouvernement chinois n'avait pas le droit de faire la police dans ses eaux, surtout contre des empoisonneurs publics. Leurs marins pénètrent dans les villages qu'ils dévastent et, parce que les Chinois n'ont pas voulu se laisser empoisonner sans protestation, le 3 avril 1840, le gouvernement anglais , épousant la querelle de ses contrebandiers provocateurs, déclare « que tous les bâ- « timents, vaisseaux et cargaisons, appartenant à (' l'empereur de la Chine ou à ses sujets, seront • « retenus et conservés en garde jusqu'à réparation « complète, pour les intérêts et les griefs des na- « tionaux. » — Stipulant, par surplus, que lesdils vaisseaux, bâtiments ei cargaisons, amenés ou retenus dans les ports, seront confisqués et vendus, si pleine satisfaction n'est donnée !
Locuste elle-même, cette reine des poisons, aurait-elle mieux fait que l'Angleterre marchande demandant réparation pour saisie de marchandise prohibée, et réclamanl, sous peine de confiscation
et de guerre, une indenimlë de 75 millions, pour vingt mille caisses homicides, méchamment séquestrées par ceux auxquels elles portaient la mort !
Les Chinois refusèrent d'acquitter ces traites du crime, et quelques mois après, une flotte anglaise, de trente voiles , mouillait à l'entrée de la mer Jaune , en rade de Chusan. Bombarder la ville , l'envahir, la mettre à sac, et massacrer les vieillards qui n'avaient pu fuir avec la garnison mise en déroule, après un simulacre de combat, telle fui l'opération rapide de la première journée. Les malheureux Chinois, pour toute résistance, avaient jnis en batterie sur le rivage , en guise de chevaux de frise , quelques tableaux de monstres, de dragons ailés, de griffons bizarrement enluminés, et les braves anglais, au lieu d'être désarmés par une si facile victoire, dévastaient et pillaient cette ville ouverte, comme une redoute qui tombe après vingt assauts désespérés : vainqueurs héroïques, ils s'amusaient h tuer des enfants !
Mais, ce ne fut pas là leur seul exploit, dans celte guerre : la ville d'Amoï fut écrasée, ravagée de fond en comble, comme la capitale de Chusan , et le gouvernement anglais ayant refusé de ratifier un traité des plus favoiables signé par son représentant, sir Elliot, une flotte nouvelle, partie du Bengale, incendia les forts de la Bogue, châtia Canton et parut devant Pékin, la capitale du céleste empire.
La nullité militaire des Chinois rendait toute résistance impossible. Ils durent céder et subir les
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rudes conditions de l'étrange r, c'est-à-dire payer les 75 millions , les frais de la guerre et toutes les dîmes de la défaite.
Depuis cette mémorable campagne, l'Angleterre a pris pied enChine ; elle y a desîles, des baies, des ports, un traité de commerce, et des relations directes, des influences organisées qui travaillent l'empire. Dans quelques années, si l'Europe n'y songe, et si l'Amérique ne pousse pas ses concurrences, la Chine, comme l'Inde, ne sera plus quune ferme anglaise. Ce sera pour l'Angleterre une acquisition de prodigue, car elle en est arrivée aujourd'hui à ce que ses guerres et ses administrations lui soient plus dispendieuses que profitables. Qu'importe l'avenir? l'Angleterre ne peut que l'escompter; ce qu'il lui faut, aujourd'hui, c'est placer et produire.
Pour échapper à la responsabilité de celte politique sauvage qui défend le privilège du poison par la guerre, le gouvernement anglais et la compagnie des magnifiques marchands ont prétendu qu'ils ne patronaient pas Ihomicide, et qu'ils ne défendaient que le droit de commerce et de propriété. Vains mensonges, misérable hypocrisie ! comme si la culture du pavot, dans le Bengale, n'était pas un monopole indirect au profit de la compagnie des Indes; comme si une des autorités de la Grande-Bretagne, lord Wellington, n'avait pas publiquement encouragé le commerce de l'opium, déclarant qu'il était nécessaire à la prospérité britannique. Voici ses paroles: «J'ai fait partie d'un comité chargé de
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« diriger une enquête sur les diverses branches K du commerce anglais, et en particulier sur celle « de l'opium, et je déclare que l'un des principaux « objets que le gouvernement avait en vue, c'était « la continuation de ce commerce. » Dans le rapport fait à la chambre des communes par son comité, il fut expressément çnoncé qu'il était à désirer que le commerce de l'opium fût continué.
Cet abominable trafic, d'ailleurs, n'est-il pas toujours en plein exercice, et ne sait-on pas que l'Angleterre, toujours féconde en prétextes, prépare sourdement une lutte nouvelle?