POLITIQUE EXTERIEURE DU GOUVERNEMENT ANGLAIS
Depuis les premiers temps historiques , jusqu''à notre période de civilisation, la scène du monde ne fut guère, à vrai dire, que la scène du meurtre, et la force était la seule règle comme la seule sanction des empires.
La communauté des origines et l'identité des natures n'étaient pas plus reconnues entre les peuples qu'entre les personnes, et de même qu'il y avait des esclaves dans les domaines privés, de même il y avait, dans la famille sociale, des nations ilotes, des espèces déshéritées et condamnées fatalement. La diversité des races et des religions était le prétexte, et la hiérarchie des forces la véritable cause de cette profanation de l'humanité , qui livrait le faible au fort , el parquait des peuples entiers dans la servitude.
Certes, dans ces siècles de fer où Tinégalilé des conditions et des rangs, où le préjugé des castes et
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la religion de la force étaient, dans les institutions, dans les mœurs , dans le sang, l'historien moraliste ne saurait s'élonner de rencontrer , à chaque pas , dans le mouvement des empires , les violences sauvages de la conquête armée, les drames sanglants de la politique , toutes les perfidies de la ruse et toutes les cruautés de la guerre.
Mais que dire d'un gouvernement qui, ayant reçu la lumière chiétienne , l'enseignement progressif de la science et l'initiation philosophique dont le dernier terme est l'égalité dans l'unité, a cru devoir, cependant, s'immobiliser dans les aristocratiques traditions et ressusciter, au dehors, la politique d'iniquités de Cartilage et de Rome!
Voilà pourtant ce dont déposera, contre le gouvernement anglais, l'histoire de tous les peuples!
Le monde est grand et l'Anglais a mis le pied partout : eh bien , depuis le canal Saint-Geoi^es jusqu'à la rivière de Canton, depuis l'Euphrate et le Gange jusqu'à la mer Suédoise, cherchez une race, une nation qui porte témoignage, devant ses Dieux, en l'honneur de l'Angleterre; cherchez une côte,une île, un port, qu'elle n'ait point inquiétés, souillés, ravagés ; trouvez-lui, sur toute la surface du globe, non pas un gouvernement serviteur, elle a des clientèles partout, mais une alliance de cœur, une relation fraternelle , si ce n'est peut-être celle des peaux rouges qu'elle a si souvent embrigadés contre ses fils dans les guerres d'Amérique.
Non , l'Angleterre n'a pas de sœurs parmi les
Dt: L'A.NCLKÏKUl'.i;. iTy
jialions ; elle compledes vassaux par iiiiMiuiis.. des sujeis ou clos pupilles, mais elle n'a pas damis. I/Ângletei re , c'est le vanlour isolé dans son aire
Rt eoiniuenl eu serail-il autrement? Dnns les relations iuleiiiationales, quel est le principe qui l'inspire et la gouverne? Kst-ce le respect <les droits, la protection et la pitié pour les laihles, la justice pour (ous, et la hiérarchie des forces? Non, certes; sa justice et toute sa politique sont dans son intérêt mercantile, territorial ou militaire. L'autonomie des races , la souveraineté des peuples, l'indépendance des nationalités, ne sont, à ses yeux, que des abstractions vaines, et le droit international , pour elle, se mesure à la puissance des gouvernements.
A quel moment de l'histoire, et dans quel pays l'a-l-on vue s'anêler, avec ses flottes et ses canons, devant un principe sacré, devant un droit évident, quand il y avait, à pousser la querelle , succès facile et bénéfice certain? Tous ses empiétements, depuis qu'elle est sortie de son île, après avoir lentement assassiné l'Irlande, toutes ses conquêtes, au dehors, ne sont-elles pas marquées au coin de la violence ou du vol; et ne l'a-t-on pas vue tenir les dés, à cette table de 1815, où quelques rois, ses complices soudoyés, se partagèrent les royaumes connue un domaine, et les [)euples comme un troupeau , sans aucun respect pour les nationalités, pour les races, poui' les aflinités historiques, sociales ou naturelles? A cette fournée du grand butin , c''esl la libérale , c'est la religieuse Angle-
lerro qui dictait les conditions et tenait la plume. Que les peuples s'en souviennent?
Mais, si, dans ses relations avec les pays étrangers, elle a toujours violé sans pudeur, selon les nécessités ou les avantages de sa fortune, le droit absolu des souverainetés populaires et des nationalités indépendantes, a-t-elle, du moins, respecté, dans ses guerres, le droit relatif, c'est-à-dire le texte des traités, la lettre des contrats, îa garantie des neutres, et ces lois intermédiaires, ces chartes de la civilisation que tous les peuples ont consenties, pour enlever à la lutte ses violences sauvages, pour sauvegarder les vaincus, les prisonniers et les faibles?
Pour l'Angleterre, — mille exemples le prouvent, — il n'y a pas de traité sacré, s'il n'est fait à son profit comme celui de Methuen qui dure encore, après un siècle de spoliations incessantes, et quand elle a quelque intérêt à rompre, l'interprétation savante de ses diplomates, ou l'habile et rapide intervention de ses amiraux a bientôt fait justice de tous les contrats qui n'ont pas pour eux la haute sanction de la force.
Quant aux droits des neutres, la mer a vu, sur tous ses rivages et sous tous ses vents, les brigandages de l'Angleterre; ports incendiés, vaisseaux capturés, pavillons insultés, cargaisons pillées ou mises en séquestre, équipages surpris et jetés en cale quand ils n'étaient pas massacrés : tels furent, en tout temps, ses exploits. Comme la mer, l'histoire est pleine des ruines qu'elle a faites. Il n'est
pas jusqu'à ses alliés qu'elle n'ait dépouillés en les servant : ainsi de l'Espagne, pendant ses guerres contre l'Empire. Que faisait la légion anglaise, au milieu des armées de Plndépendance? Elle rasait les fortifications, dans ses retraites, elle détruisait les moulins, elle ruinait les métiers, démolissait les usines, les fabriques, les manufactures, et depuis cette fraternelle exécution de ses bons alliés, la pauvre Espagne, impuissante à relever ses industries, végète et meurt sur ses marchés, en se drapant dans les cotonnades de l'Angleterre.
C'est là, dans son vrai jour, la politique constante, je pourrais dire fatale du gouvernement anglais, dans ses relations extérieures.
Quand ce n'est plus la force brutale, insolente qui vous aborde de haut pavillon, c'est la ruse , c'est l'hypocrisie , c'est la trahison boiteuse et masquée qui vous mine, vous énerve ou vous livre.
Ainsi, l'Angleterre qui s'est faite missionnaire au long cours veut, dit-elle, ouvrir le grand empire des Chinois à l'Europe, afin de le rattacher à la civilisation commune, et, pour commencer, elle empoisonne les habitants du céleste empire, elle spécule froidement sur l'assassinat, comme sur une denrée de légitime échange. Elle ne s'es emparée, dit-elle toujours, de l'Amérique, des Indes et de ses cent colonies , dans les deux mondes, que pour y souffler l'esprit nouveau, pour y implanter les institutions libres de son île; et l'on sait avec quelle fureur elle a lutté contre
l'Amérique, qui ne demandait d'abord que les immunités de la métropole, et l'on sait dans quel état de misère et de servitude, elle tient encore r Irlande, l'Irlande qui a de son sang dans les veines ; et depuis un siècle qu'elle a le vieux monde indien en sa puissance, sous le sceptre de ses gouverneurs, elle n'a pas même daigné lui accorder une seule de ses parodies représentatives !
L'Angleterre se glorifie d'avoir, la première, affranchi ses nègres, et cet acte tardif d'émancipation, acte accompli dès 92 par la France républicaine, l'Angleterre ne l'a décrété, dans sa vertu si lente, que pour désorganiser tout à coup les colonies rivales des siennes, et l'histoire du droit de visite qui lui donna la police des mers, nous a bientôt appris ce qu'il y avait au fond de cette largesse britannique !
L'Angleterre, enfin, s'arroge, en Europe, le titre sacré de gouvernement protecteur, à l'endroit des peuples opprimés qui travaillent à leur affranchissement, et lorsque la France, il y a soixante ans, au prix de son sang el de ses trésors, ouvrit sa croisade universelle contre tous les despolismes, FAngleterre fit alliance avec tous les despotismes contre la France, contre le droit, contre les peuples. Et, cette ligue des rois, elle l'a reconstituée de toutes pièces, soldée pendant vingt ans, et c'est elle qui, après la dernière bataille, est venue présider à la distribution des patries, à la vente des peuples!
Liberté, religion, [)rogrès. civilisation, droits sa-
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crés de la conscience ou de la souveraineté, ce ne sont là, encore un coup, que des mots, des prétextes pour l'hypocrisie britannique. Lorsque sa langue les prononce, l'Angleterre blasphème; car elle n'a, dans le cœur, d'autre sentiment, d'autre loi, que la passion du lucre et l'intérêt de sa grandeur. Son histoire elle-même prononce, à chaque page, ce jugement.
N'est-il pas logique, d'ailleurs, qu'un peuple qui, du fait, a tout tiré, ses institutions, ses mœurs, ses pouvoirs, et qui subordonna tout au fait, l'idée progressive, le droit éternel, le droit vivant, les enseignements de l'humanité semant au vent les principes d'égalité et de fraternité, n'est-il pas logique qu'un tel peuple ne comprenne et ne pratique que la ruse ou la force?
Que les nations et les gouvernements y songent, ceux-là, du moins, qui ne veulent pas se résigner, soit à la servitude, soit à léternelle exploitation des marchands !
Avec l'Angleterre, il n'y a pas de droit absolu, ni pour l'indépendance ni pour la souveraineté.
Avec l'Angleterre, il n'y a jamais de droit relatif bien certain, ni pour les contractants, ni pour les alliés, ni pour les neutres.
Quant à la France, je ne devrais pas avoir besoin de l'avertir; car elle n'a pour s'éclairer, pour se tenir en défiance , qu'à relire ses annales.
Sous la monarchie, les ministres de la France la vendaient à l'Angleterre , à beaux deniers comptant, témoin cet exécrable traitant : Dubois,
dont la caisse de Walpole payait les trahisons. — Et sous la République, ne pouvant plus Tacheter, Pitt appelait sur la France la famine et tous les glaives des rois.
Ainsi, assassinai ou corruption, voici, depuis que les temps de la conquête sont passés , la politique de l'Angleterre envers la France. — Le régent ou l'armée de Brunswick, c'est à choisir. Eh bien, entre la trahison et la guerre, que fera la France, quand elle sera libre?
Elle devra se préparer pour la guerre, et si elle garde la paix, en tout cas, elle ne devra pas garder l'alliance.
Jusqu'ici, j'ai raconté les institutions de l'aristocratie britannique et ses crimes au-dehors.
Pourra -t -elle, devant la postérité, atténuer ses forfaits contre les autres nations, en invoquant, comme excuse, l'état de prospérité, de bien-être, assuré au peuple dont elle s'est arrogé la tutelle ?
Le livre qui suit va répondre à cette question.