‹ De la décadence de l'Angleterre (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · Dfc] LA i)i:cAi)h:>iîCi · texte numérisé non relu

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rertemenl pour les maîtres honorables, iiion salaire de la semaine montait à près d'une livre (2o francs). Ma femme ne travaillait pas alors. Actuellement, elle travaille en esclave [slave), nuit et jour, tout comme moi, et bien souvent elle a encore moins de repos que moi, car elle est obligée de s'occuper du ménage, quand je suis au lit. A nous deux, en travaillant nuit et jour, et tout le long du dimanche, nous parvenons à peine à gagner les trois quarts de ce que moi seul je gagnais, il y a sept ans au plus, dans les six jours de la semaine, à douze heures par jour. Ma condition et mon salaire peuvent élre regardés comme communs à tous les ouvriers mâles employés à la confection. Noire hien-étre n'a nullement augmenté avec la haïsse des denrées. Le pain, le thé, la viande, le sucre, sont bien meilleur marché qu'il y a cinq ans ; — ils ont diminué de plus de moitié, et cependant, je puis dire que nous sommes tous , deux fois plus malheureux qu'auparavant , car notre salaire a baissé plus que les denrées ; nous et nos femmes, nous travaillons deux fois plus duremenl , el notre travail nous vaut moins de nourriture et moins de romfori. Il y a quinze ou vingt ans, c'était chose iiicoimue qu'un ouvrier tailleur fût obligé de donner caution pour- obtenir de l'ouvrage. Maintenant, moi et les autres, nous ne pouriions avoir un point à faire de première main, si nous ne commencions par fournir la caution d'un homme établi, ou pai' déposer 5 livres (125 fr.) entre les mains du patron. Je connais un patron qui a plus de centcin- (piante cautions de 5 livres entre les mains, de

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sorte que le pauvre peuple se trouve lui avoir fourni 750 livres (18,750 fr.), pour accroître, sans intérêts aucuns, le capital de son exploitation. — Il y a deux ou trois ans , un des maîtres confectionneurs de l'East-end fit banqueroute, elles malheureux perdirent Targent qu'ils avaient déposé comme gage entre ses mains. — Par suite d'un nouveau système généralement en vigueur dans l'East-end , des boulangers , des publicains , des épiciers, des marchands de charbons font métier de servir de caution aux ouvriers de la confection. Les marchands qui deviennent cautions, non contents d'accroître ainsi leur débit, fournissent un article de seconde qualité au prix de la première qualité. Et il est inutile de se plaindre, car les marchands savent qu'il est impossible à l'ouvrier de les quitter, sans perdre son ouvrage. Je n'ai jamais entendu dire qu'un boucher eût fait métier de cautionner, car l'ouvrier confectionneur ne peut manger de viande. — Quant aux amendes, je sais que, la semaine dernière, on s'est mis, dans mon magasin, à retenir uq penny sur la fiiçon de chaque vêtement apporté le samedi après onze heures. Plus d'une livre (25 fr.) a été encaissée de cette façon. Ils imposent tout, jusqu'à la vermine. — li y a une amende de 4 ou 6 pence (40 et 60 cent.; pour un insecte trouvé sur les vêtements, et cependant, les pauvres gens sont obligés de vivre dans de tels taudis, et au milieu d'une telle misère d'enfants, qu'avec de la propreté même, il est difficile de s'en préserver.

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Autre ouvrier. — «Le gouvernement du pays a réellement été cause que les prix sont tombés si bas, qu'un être humain, quelle que soit son industrie, ne peut vivre et être heureux de son lot. Le gouvernement est véritablement coupable de l'introduction du travail des femmes. Pour prouver ce que j'avance^ il suffit de se reporter au taux des prix dérisoires, scandaleux, donnés pour les habillements de l'armée et des autres administrations publiques : la poste, la police, la douane. L'homme qui, dans un chômage, a été forcé de tomber sur ces soites d'ouvrages, en devient si ruiné, si brisé, malsré l'assistance de sa femme et de sa famille, qu'il n'est plus capable d'autre chose. Il est obligé de s'y accrocher, mois sur mois, jusqu'à ce qu'il y perde et le courage et la santé. Peu importe ses souffrances, pourvu que les patrons roulent dans de belles voitures. Ce système, ainsi universalisé, est-il un système équitable, propre à augmenter la force et la prospérité du pays? »

« Autre ouvrier. — Pendant les vingt derniers mois, il y a eu à Londres différents meetings de délégués d'ouvriers , où notre corps a été représenté. Les délégués ont rassemblé des documents établissant qu'il y a au moins deux cent quatre-vingt mille ouvriers h Londres, dont un tiers, seulement, est complètement employé ; l'autre tiers n'a qu'un peu de travail, et le dernier tiers est tout à ûiit sans ouvrage : c" est-à-dire, près de quatre-vingt quinze mille. Ces faits ont été prouvés au gouvernement, ]>rouvés à plusieurs membres influents des deux

chambres du parlement, et l'invariable réponse a été, que le gouvernement sérail disposé à tout faire pour les classes ouvrières, s'il savait comment améliorer leur condition.

« Eh bien, je vais indiquer un point auquel le gouvernement pourrait au moins porter remède. Le système des adjudications est le véritable instrument qui a ruiné le salaire de l'ouvrier. Or, c'est le gouvernement seul qui a engendré ce système d'où est sorti le marchandage. Il y a quarante ans, on ne connaissait d'adjudications que celles du gouvernement, et, à cette époque, elles ne s'étendaient qu'à la confection des habillements delà marine, de l'armée et des esclaves des Indes occidentales. On était loin de songer qu'un tel système pût envahir le haut commerce, au point d'entraîner la ruine du maître et de l'ouvrier. Le gouvernement ayant été la cause du système d'adjudication et, par suite, de celui du marchandage, c'est à lui de les abandonner. Le marchandage a produit la confection et le ticket-stjstem , tous deux protégés par le gouvernement, si bien que la mode, elle-même, leur est venue en aide. La cour les a favorisés. Les armoiries royales, les brevets royaux, ornent la plupart des magasins de confection. Ne serait-il pas plus digne de la cour et du gouvernement de n'accorder ces faveurs qu'à des maîtres payant de justes salaires? — Si l'on pose au gouvernement cette question capitale : — « l'ouvrier après avoir déployé toute son industrie et son activité, doit-il exister sur un salaire inférieur à celui des esclaves

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et doit-il être soumis à un traitement pire que celui des esclaves ?» — Le gouvernement répond que son devoir est de faire justice. — Mais payer 2 shillings 6 pence pour la facondes vestes de la marine, que tout tailleur honorable payerait 10 shillings, estce justice ? — Payer pour les habits et les épaulettes delà marine royale 1 shilling 9 pence, est-ce justice ? — Payer pour une façon de pantalon 2 pence et demi (25 centimes), est-ce justice? — Et cependant, quand un adjudicataire connu pour donner un juste salaire à ses ouvriers, soumit ces observations h l'Amirauté, on lui déclara que l'on n'avait rien à faire à cela. Voici la réponse des lords :

« AiiiiraMlé, 19 mars 1847.

« Monsieur, ayant présenté aux lords commissaires de l'Amirauté votre lettre du 8 courant, qui appelait leur attention sur les prix extrêmement bas payés pour la façon des articles d'habillements du service naval de sa majesté , leurs seigneuries m'ont ordonné de vous apprendre qu'elles n'ont point à s'occuper des salaires. Leur devoir, est de veiller à ce que les articles soient de bonne qu;ililé et bien confectionnés. H. G. W-ard. j>

« Après cela, il n'y a plus qu'à en appeler à la force de l'opinion publique.

Autre ouvrier. — « Je suis un esclave plutôt qu'un ouvrier, car je fais pour une deuii-couronne (3 fr.), des habits qui sont vendus plusieurs livres, et je

travaille seize heures par jour. Voilà cinq semaines que je n'avais mis le pied dehors, parce que je n'avais pas de vêtements, mais j'étais déterminé à venir au meeting, et j'ai trouvé à emprunter les habits que j'ai sur le dos.

Autre ouvrier. — «Le nombre ordinaire d'ouvriers travaillant sous un marchandeur est de six, et le profit du marchandeur est en moyenne de 2 livres ^0 shillings par semaine, sans qu'il ait rien à faire. Très souvent, l'ouvrier est obligé de mettre en gage son habit pour avoir un peu d'argent. Très souvent encore, le marchandeur s'arrange de façon qu'à la fin de la semaine, l'ouvrier lui doive un ou deux shillings. Lorsque l'ouvrier a engagé son habit, il est obligé de rester emprisonné dans le logement du marchandeur, pendant des mois entiers. Dans quelques ateliers, il y a un vieil habit appelé reliever dont se servent, tour à tour, pour sortir, les ouvriers qui n''en ont pas. A prendre une douzaine d'ouvriers des ateliers de Fulwood , du côté de Holborn , je ne donnerais pas 6 pence de tous leurs vêtements. La raison pour laquelle tant d'Irlandais recourent aux maichandeurs , c'est qu'on les attire ici, en leur promettant un salaire élevé et une besogne constante. Les bateaux de Cork les amènent pour iO shillings, et une fois ici, les prix qu'ils reçoivent sont si bas , qu'ils ne peuvent gagner de quoi repartir. Une semaine au plus après leur arrivée, tous leurs habits sont en gage, et ils se trouvent obligés de continuer à travailler pour le marchandeur.

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Àutreouvrier. — «J'ai travaillé pour un inarcliaiideur qui me faisait presque mourir de faim. Le plus petit mangeur n'aurait pas eu assez du triple de ce qu'il donnait. Nous avions seulement trois minces tartines de pain et de beurre, insuffisantes pour un enfant, et le ihé était à la fois mauvais et faible. La faim nous rongeait jusqu'à la moelle des os. — J'ai travaillé pour un marchandeur qui, dans deux chambres , dont la plus grande avait environ huit piedssurdix, logeait avecsa femme, sa belle-sœur, ses quatre enfants et six ouvriers. Je manquai y mourir. L'air vicié que respiraient tant de gens rassemblés, nuit et jour, était suffocant. Presque tous les hommes étaient poitrinaires; moi-même je fus obligé d'aller au dispensaire pour une maladie de poumons. »

Ici, l'auteur de l'Enquête ajoute : « il est étonnant que travaillant et vivant tous ensemble en si grand nombre, et dans de si petites chambres, sur des arrière - cours étroites et sans air, ils ne soient pas emportés par quelque peste. J'ai vu de mes propres yeux une demi-douzaine d'hommes à l'ouvrage, dans une chambre à peine un peu plus grande qu'un lit. Tout ce qu'on pouvait faire, c'était de se mouvoir, entre la muraille et le. lit, quand celui-ci était par terre. Le plafond était si bas, que je ne pouvais me tenir debout. Il n'y avait pas de ventilation, i)as de cheminée ; — seulement une petite fenêtre. Et lorsque celle-ci était ouverte, on pouvait presque toucher le nmr placé en face. Aussi, aurait-il été impossible de voir clair dans la

chambre, si elle n'eût pas été au sommet de la maison. »

On lisait déjà, dans un rapport officiel de \ 844, sur le système du marchandage :

« Quantité de familles de tailleurs, composées pour la plupart de six à sept personnes , sont, h cause de leur misérable salaire, forcées de vivre dans une seule chambre de petite dimension. Lorsqu'une maladie , quelle que soit sa nature, contagieuse ou non, attaque un de ces malheureux, il reste au milieu de la famille, qui, dans celte atmosphère viciée, est exposée à l'influence de la contagion, rendue plus redoutable encore par une nourriture insuffisante, et un travail sédentaire d'une durée de seize heures, sur vingt-quatre.

« Il est certain que les vêtements de laine restent, pendant des journées entières dans ces logements, et parfois en contact avec le corps d'un ouvrier attaqué de la petite vérole, de la fièvre scarlatine ou de toute autre maladie profondément contagieuse. Ces vêtements portent probablement le virus chez les personnes auxquelles ils sont destinés. M. French, un des médecins signataires du présent rapport, a vu un habillement qui, peu d'heures avant d'être livré à un personnage de haut rang, servait de couverture à un individu malade de la petite vérole.

Autre ouvrier. — «En 1844, je travaillais pour les tailleurs honorables. Dans mon magasin, la façon des paletots et des habits de chasse était de 12 shillings. A la fin de la saison, on voulut la réduire

à 9 shillings. Les ouvriers refusèrent ce prix, attendu que d'autres maîtres donnaient jusqu'à 15 shillings pour le même ouvrage. La conséquence de cela fut que la maison renvoya tous les ouvriers, et trouva un Juif des environs de Petticoat-Lane, qui s'engagea à faire faire tous les paletots, à raison de 7 shillings 6 pence la pièce. Le Juif embaucha tous les pauvres ouvriers confectionneurs d'Houndsditch et du voisinage. 11 fait en moyenne cinq cents paletots par semaine, sur chacun desquels il bénéficie de 2 shillings 6 pence, et comme on ne lui accorde pas les fournitures, il force les ouvriers à les payer. La seule économie des fournitures constitue une fortune. En comptant les hommes, les femmes et les enfants, la maison de confection du West-end emploie mille mains. Les fournitures de chaque ouvrier, calculées à 6 pence par semaine, donnent, par an, une somme de 1,300 livres (32,500 francs), prise dans la poche du pauvre. Le Juif qui a fait ce marché n'a jamais été tailleur. Il y a quelques années, il vendait des éponges dans la rue, et maintenant il a équipage. Les profits du Juifsont, par semaine, de 500 demicouronnes ou 60 livres environ, soit par an plus de 3,000 livres (75,000 francs).

« Un des maîtres pour lesquels je travaille, a déclaré publiquement qu'il employait constamment mille mains ; aujourd'hui, dans le commerce honorable, chacune de ces mille mains gagnerait, en moyenne, 15 shillings par semaine : soit par an 39,000 livres (975,000 francs); mais, depuis que les

ouvriers ont été renvoyés, le salaire a e'té diminué juste de moitié, quoique le prix de vente soit resté exactement le même pour le public. Ainsi la réduction seule du salaire donne, par an, un bénéfice de 19,500 livres (487,500 francs). — A chaque quartier de l'année, on nous a coupé quelque chose de notre salaire, si bien qu'il est presque impossible à un homme de vivre par son travail avec sa famille. Littéralement, on mange, non pour vivre, mais pour respirer. Maintenant, pour la première fois, les maîtres prétendent qu'ils s'occupent de l'ouvrier. Ils parlent même de bâtir une école pour les enfants de leurs ouvriers; mais h quoi bon bâtir des écoles, quand ils savent, aussi bien que nous, qu'au taux de leurs salaires, il faut que les enfants travaillent à la maison avec leurs pères. Ils feraient bien mieux de bâtir des ateliers, et d'employer les hommes sur place avec des gages honnêtes, alors l'ouvrier pourrait élever ses enfants sans rien devoir à leur charité. Il demande du travail, et non l'aumône. »

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