CHAPITRE VIIL
LES lîOTTIKRS ET LES CORDONNIERS.
« Le commerce de la botterie et de la cordonnerie, dit l'auteur de l'Enquête, est plongé dans une détresse profonde. Il commande l'attention, à plusieurs titres; d'abord, parmi tous les métiers proprement dits, il est en Angleterre, celui qui occupe le plus de bras; il peut être pris, conséquemment, comme le type de beaucoup d'autres industries; ensuite, les faits ont été précisés, avec une rare intelligence, parles ouvriers de cette profession, et certaines questions ont été posées si nettement, qu'elles s'élèvent à la hauteur d'un intérêt général et des problèmes sociaux les plus importants.
«L'Angleterre ne compte pas moins de deux cent quatorze mille sept cent quatre-vingts individus occupés à la botterie et à la cordonnerie. La métropole, à elle seule, en renferme vingt-huit mille sept cent cinquante-quatre.
« Le salaire, au rapport du secrétaire de l'Union
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(les cordonniers du West-end, resta stationnaire depuis 1812 jusqu'en 1830, époque à laquelle, après des contestations qui durèrent six mois, une réduction frappa la façon des bottes et des souliers. En 1838, une sorte d'égalisation des salaires, payés par les fabricants de chaussures de qualité inférieure, fut tentée avec succès. Depuis ce temps, les choses sont restées, en général, dans le même état pour les magasins de premier et de second ordre, mais ceux de dernier ordre ont toujours été en diminuant le salaire de plus en plus, et le nombre de ces étabHssements n'a cessé de s'accroître chaque jour. »
La majorité des ouvriers cordonniers attribue, en grande partie, l'abaissement de leurs salaires à la diminution des droits sur les chaussures étrangères. — Aussi ne sont-ils rien moins que partisans du libre échange. Pour s'en convaincre, il suffit de lire l'extrait suivant d'un mémoire rédigé par l'association centrale des métiers métropolitains.
« Le seul but visible de ceux qui proposent le nouveau tarif, si aucun but peut être discerné au milieu du nuage d'obscurité qui l'enveloppe, est d'augmenter le revenu de la douane sur ces articles, en encouiageant leur importation, par une réduction considérable de droits. La conséquence de cette mesure sera incontestablement un grand accroissement de revenu pour l'État, c'est-à-dire pour les riches, car lorsqu'une semblable réduction fut opérée en 1826, le revenu, dans le
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rourt espace de deux ans, s'éleva de 645 livres à 12,835 livres. Mais quelles ont été les conséquences de cet accroissement de revenu, en 1828, pour les ouvriers cordonniers? Des centaines et des milliers d'entre eux furent privés de leurs moyens de subsistance et furent réduils h un tel élat de misère, que cent vingt allèrent dans le seul workhouse de la paroisse de Westminster, où, avant la réduction, il ne s'en trouvait que trois. Quelles seront maintenant les conséquences de la nouvelle réduction de droits que l'on propose? Le retonr du dénûment et de la misère de 1828. »
Ces craintes se sont réalisées. Les mens men, — ouvriers qui font les chaussures d'hommes, — en souffrent aulant que les women's men, — ouvriers qui font les chaussures de femmes, — qu'ils travaillent, les uns et les autres, soit pour les bons magasins, soit pour les magasins de confection. Mais on verra que cette misère et ce dénûment sont loin d'avoir pour unique cause la réduction des droits de douane.
« Afin que l'on puisse comparer, dit l'auteur de l'Enquête, la condition actuelle du bottier avec celle qu'il avait dans les beaux jours du métier, nous allons consigner les paroles d'un ouvrier jadis employé par M. Hoby, et maintenant travaillant pour son propre compte.
— «J'entrai chez M. Hoby en 1815; mes camarades me dirent que je n'étais pas né assez tôt pour voir les bons temps ; ce qu'il y a de sûr, c'est que j'ai assez vécu pour voir les mauvais; toujours
est-il que je pouvais gagner et que je gagnais 150 livres (3,750 fr.) par an, c'est à-dire à peu près 3 livres (75 Ir.) par semaine. Et cela dura huit ans, après quoi le iiiélier commença à se gâter. M. Hoby envoyait en Amérique les bottes de rebut, et, dans les temps de chômage, il nous faisait travailler à 7 shillings 2 pence la paire, pour les marchés américains. Jamais, je n'ai chômé faute d'ouvrage, tant qu'a duré le commerce d'exportation. Alors, j'avais 100 livres (2,500 fr.) dans les 4 pour 100, et de 40 à 50 livres (1 ,000 à 1,250 fr.) dans les banques d'épargne. Quelques ouvriers gagnaient encore plus que moi. C'était facile de mettre de côté de l'argent, dans ces jours-là. Hélas! nous ne reverrons plus jamais celle époque ! »
Maintenant, laissons parler les ouvriers employés dans les meilleurs magasins; je mentionnerai plus lard les tristes récits des malheureux exploités par les maisons de confection.
« En 1837, dit un des hommes les plus inlelligenls du métier, délégué de la société du Wesl- End, 17 shillings, par semaine, étaient la moyenne du salaire que gagnaient les ouvriers em})loyés au meilleur travail, par les maisons de premier ordre. Depuis celle époque, les salaires sont tombés de 1 5 pour cent. En outre, l'ouvrage est plus rare, maintenant, qu'en 1838 , à cause du grand nombre de bras. J'oserai dire qu'en prenant tous les ouvriers ensemble, le travail a diminué de 5 pour cent pour chacun de nous , de sorte que la moyenne du salaire, aujourd'hui, n'est pas de plus de 13 shillings
6 pence par semaine. — 1812, c'est l'époqne à laquelle les bottiers recevaient le plus haut salaire. Alors, la moyenne était de 35 shillings par semaine. Cette grande baisse de 33 shillings à 13 shillings 6 pence, qui s'est opérée depuis, est due moins à la diminution des prix de main-d'œuvre, qu'à l'augmentation du nombre d'ouvriers qui a rendu le travail plus rare pour chaque homme. — Jadis, mon ancien maître gagnait, en moyenne, 2 livres par semaine; — depuis des années, je suis sûr qu'il ne fait pas de plus de 15 shillings. J'ai souvent entendu dire qu'autrefois trois hommes , chacun assisté de deux garçons, recevaient de leur maître 21 livres par semaine, ce qui leur donnait, par tête , 2 livres 8 shillings par semaine , ou 8 shillings par jour. Maintenant, non -seulement le salaire est moindre, mais encore l'ouvrage est plus rare. Il y a plusieurs causes à cette grande réduction. Je mettrai, en première ligne, l'importation des chaussures étrangères, l'accroissement des chaussures fabriquées à NorthamptoUjCt enfin la concuirence des maîtres et celle des ouvriers euxmêmes. Voici comment l'importation des marchandises françaises a influé sur notre salaire :
« Les bottes et les souliers fabriqués en France et introduits ici , coûtent moins cher que les nôtres. Nous ne pouvons produire les chaussures à aussi bon marché que les Français, à cause de la différence des loyers et de la manière de vivre en France et en Angleterre. Je le sais, car j'ai moi-même habité quelque temps Boulogne. Là, mon loyer était
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moitié moins cher qu'ici ; et la vie me coûtait infiniment moins. Mon salaire n'était que moitié de celui que j'ai maintenant, et cependant, j'e vivais en France plus heureusement et plus comforlablement. Une autre raison encore qui permet aux Français de produire à meilleur marché, c'est qu'ils n'ont pas l'immense dette nationale qui nous écrase. Tout cela considéré, je maintiens qu'il est impossible à l'ouvrier anglais de lutter contre l'ouvrier français. En outre, il y a une vraie rage pour tout ce qui est français, de sorte qu'il n'y a plus le même travail pour nous. Les marchandises françaises, voilà la mode du jour. Pour démontrer le tort que l'introduction des chaussures françaises a causé à l'ouvrier anglais , il suffit de mentionner ce fait que la réduction des droits a élé immédiatement suivie de celle de nos salaires. En 1842, le tarif de sir Robert Peel fit tomber nos salaires de 15 pour cent. Depuis, ils ne se sont jamais relevés, et le travail est toujours allé en diminuant. D'un autre côté, les fabricants de N©rthampton nous ont nui autant, pour ne pas dire plus. Ils produisent encore à meilleur marché que les Français, en opérant suivant le système manufacturier. La plus grande partie de leurs marchandises est fabriquée par de jeunes garçons , travaillant sous un maître. Aussi, dit-on conmiunément entre nous, qu'à Nortliampton, chaque enfant naît avec un tablier de cuir. Les bottiers de Norlhampton ont presque chassé les Français du marché. La plupart des prétendues bottes françaises, qui se vendent à Londres, sont faites à Northampton, car
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la on produit à meilleur compte, en employant un plus grand nombre d*" enfants qu'en France. De plus, les loyers de Norlhamplon coûtent bien moins cher qu'ici. En fait, ce sont les loyers de Londres qui rongent le peuple. Mais le plus grand mal , c'est la concurrence entre les maîtres. A quelques respectables exceptions près , chacun essaie de vendre meilleur marché que son voisin. Pour arriver à ce bul, les maîtres ont deux moyens: diminuer leurs ])ropres profits, et réduire le salaire de l'ouvrier. Or, vous pouvez bien penser que notre salaire est toujours la première corde qu'ils attaquent.
« La concurrence des maîtres est une des principales causes de la concurrence entre les ouvriers. Le travail étant moins rétribué, l'ouvrier est obligé de produire davantage pour pouvoir vivre. S'il produit moitié plus qu'autrefois, n'en ressort-il pas qu'il y a moins d'ouvrage pour les autres? — De là, réduction de salaire, et plus grand nombre de bras sans emploi. Puis, afin de gagner le nécessaire, l'ouvrier se fait aider par sa femme, et souvent par deux ou trois garçons. Alors, il trouve qu'il peut produire davantage et à moindre prix que les autres. Là-dessus, pour occuper tous ses enfants, il ofire aux maîtres de travailler au-dessous du cours. Voilà comment procède la concurrence, comment le métier court tous les jours à sa ruine, aussi vite que possible. Il finira par y arriver, soyez-en sûr. Souvent, je reste éveillé dans mon lit, et je pense à nos maux, mais jo ne puis trou-
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ver le remède. Je vous le dis, Monsieur, bienlôl on verra régner à Londres le système qui règne à Northamplon. Bientôt rouvrier sera chassé du marché par ses propres enfants ou forcé de tomber au taux de leur salaire. Si nous sommes obligés de faire travailler nos enfants prématurément , ils ne peuvent recevoir aucune éducation, et leur esprit et leur corps s'étiolent et se rabougrissent A coup sûr, cela démoralisera la nouvelle génération. Pour ma part , comme chaque jour le métier tombe de plus en plus, je ne puis songer à y mettre mes enfants, et cependant^ ce que je ferai d'eux, je ne le sais vraiment pas. Mon salaire est si maigre maintenant, mon revenu est si réduit, que je n'aurais pas le moyen de les mettre en apprentissage dans un autre métier. En 1845, 46 et 47, j'étais en bien meilleure situation qu'aujourd'hui. Alors, je pouvais lire les journaux. Cela ne m''est plus possible. En 1843 et 1846, je vivais mieux. Depuis que les vivres sont devenus bon marché, notre bien-être a plutôt diminué qu'augmenté , à cause de la baisse du salaire et de la rareté de l'ouvrage. Si les choses continuent h aller ainsi, nous n'avons d'autre perspective que le workhouse. Mais notre intention est d'aller dans un club cet hiver, et de rassembler des fonds pour émigrer en Amérique, à moins que le commerce ne s'améliore grandement, ce qui n'est guère probable. »
Un bottier de première classe s'exprima ainsi : « Les meilleurs ouvriers sont souvent forcés de chômer. Je crains que le salaire ne tombe encore
plus bas. Beaucoup de membres de l'aristocratie font venir leurs chaussures de Paris ou se fournissent à Londres chez un bottier français. Or, chaque paire de bottes venant de Paris enlève deux ou trois jours de travail à un ouvrier de Londres. C'est ainsi que se produit la surabondance de bras. Alors, les maîtres peuvent dicter leurs conditions, et il faut que les ouvriers les acceptent ou restent sans ouvrage. Tous les maîtres nous disent que le rappel de la loi sur les céréales nous permet de vivre à meilleur marché, et là dessiis de réduire notre salaire. Ainsi, soit à cause du bon marché des vivres, soit à cause de la concurrence à soutenir contre les pioduits français, soit pour toute autre cause, tôt ou tard, ils trouvent toujours à baisser leurs prix. Les salaires tombent aussi vite que le prix des vivres; où s'arrêtera cette fatale tendance? C'est ce que je ne saurais imaginer. »
« J'ai soixante-neuf ans, dit un autre bottier, et je suis dans le métier, depuis l'âge de quatorze ans. — La moyenne de mon salaire est de 14 à 15 shillings par semaine. Je gagne les meilleurs prix payés à Londres. Il n'y a pas une maison qui donne plus que mon maître. A ce travail-là, pour gagner sa vie et celle de sa famille, il faut passer de rudes heures pendant six jours. Oh ciel ! oui ! Je me souviens d'un temps où le métier était bien meilleur. Alors, j'étais employé neuf mois, neuf mois pleins et avec un plus haut salaire. Le grand nombre de boutiques françaises qu'il y a à Londres a été cause de la baisse. C'est mon avis et celui des autres ou-
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vriers et des maîtres. Tout ce qui est français esi à la mode, obtient la vogue. H y a quarante ans, je pouvais gagner 2 livres (50 fr.) par semaine, pendant neuf mois de l'année. Mais presque immédiatement après la paix, le métier commença à dèc'iner. Avant cela, cependant, nous avions déjà perdu la plus grande partie des commandes des Indes Orientales et Occidentales. Des spéculateurs ayant établi de larges fabriques à Madras et dans d'autres endroits de l'Inde^ tout le commerce d'exportation fut perdu pour l'ouvrier. Un grand nombre d'entre nous restèrent) alors, sans iravail. Les Français ne nous nuisent plus autant qu'autrefois. Le mal est fait maintenant. Je pense que la réduction de notre salaire est due principalement h la surabondance de bras : c'est là réellement la cause de la baisse; car, lorsque les bras sont rares, la commande abondante, le salaire est toujours élevé. En 1798, le salaire moula, partie à cause de la diminution de bras occasionnée par la guerre, partie à cause des commandes de l'étranger, qui étaient bien plus nombreuses qu'à présent. Le salaire continua à s'élever jusqu'en 1812. Un homme pouvait gagner 30 shillings par semaine en 1798, et 2 livres, en 1812. Malgré la cherté des denrées, un homme pouvait vivre alors bien mieux que maintenant. Si les vivres devaient redevenir cher, je suis certain que noire salaire n'augmenterait pas de 6 pence. La concurrence des maîtres a bien aussi contribué à la baisse. La surabondance de bras est due à l'accroissement de la population. Chaque paire de pieds qui vient au monde a certainement
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besoin d'une paire de souliers; mais, par malheur, à la manière dont la société est actuellement constilnée , tous les pieds ne peuvent avoir d(^ chaussures. Les pauvres , vous le savez, mulliplient bien plus que les riches. »
« Voilà quatorze ou quinze ans, ajoute un autre bottier, que je prends mon pain chez le même boulanger, et jamais je n'ai pu arriver h ne lui rien devoir. L'hiver est si long et la saison si courte ! Quanta mes habits, Dieu me bénisse ! voilà six ou sept ans que je n'ai pu en acheter im; pendant le même temps, ma femme n'a pu s'acheter une robe. Avec notre salaire actuel^ c'est impossible. Si ce n'était un de mes cousins qui est en place, nous n'aurions rien à nous mettre sur le dos, tout en travaillant au prix le plus élevé, et pour un des meilleurs magasins. Notre salaire a toujours été en baissant depuis 1830. Avant cette époque, ma femme pouvait s'occuper de son ménage. Il m'était facile, avec mon propre travail, de la faire vivre à Taise, elle et la famille. Je pouvais alors payer les dettes de l'hiver avec le travail de l'été. Mais, à partir de la réduction, je n'ai jamais pu m'en tirer. Depuis cette époque, ma femme et ma fille ont été obligées de travailler à border des souliers. Eh bien, avec leur aide, avec leurs salaires réunis au mien, je gagne moins qu'autrefois avec mon seul travail. Je connais au moins cinquante ouvriers dont les familles ont été forcées de se mettre au métier pour ne pas mourir do faim, tandis qu'avant la réduction, l'homme seul
suffisait pour soutenir honorablement sa famille. En 1811, mon oncle et moi, nous gagnions ordinairement ensemble, de 6 à 7 livres par semaine, en travaillant seulement des heures raisonnables; maintenant, dans le fort de la saison, tout ce que je peux faire, c'est de gagner 27 shillings par semaine en travaillant de façon à me tuer. La moyenne de mon salaire n'arrive pas à 14 shillings, et vers 1815 elle était de 2 livres (50 francs), au moins par semaine, tout le long de l'année. Certes, mon bien-être ne s'est point accru à mesure que le prix des vivres a diminué. Del811àl815, /e pain était très cher, 1 shilling 10 pence 1/2 les quatre livres, et cependant je puis dire que fêtais alors bien plusheureux qu à présent. Mors, j'avais tous les jours de la viande à mon dîner, et maintenant bien des jours se passent sans que j'en aperçoive une bouchée. Si les vivres n étaient pas aujourd'hui à aussi bon marché, nous serions absolument réduits à mourir de faim, quoique les maîtres s'appuient sur ce bon marché pour diminuer encore notre salaire. Ce que nous deviendrons avant peu, je ne le sais. Souvent, je me fais cette question à moi-même, et la seule réponse que je puisse trouver, c'est : le workhouse. Telle est l'unique perspective pour nous , si les choses continuent h aller comme elles ont été pendant ces vingt dernières années. Depuis cinq ans, surtout, elles vont pis que jamais. »
Les ouvriers qui font les chaussures de femmes ont vu tomber leur salaire comme les bottiers, mais ils attribuent la baisse qui les a frappés, prin-
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cipalement à la surabondance de bras, produite par l'emploi des enfants.
Les nombreux témoignages recueillis, sur ce point, par l'auteur de l'Enquête métropolitaine, s'accordent tous avec la déclaration suivante qui les résume de la manière la plus complète :
« Le plus grand de tous les maux qui affligent le métier, dit un ouvrier, c'est le système des maîtres en chambre, qui consiste à employer des enfants et des femmes pour nous faire concurrence. C'est là, la principale cause de la surabondance de bras et par conséquent de la baisse du salaire. Voici comment les choses se passent : l'ouvrier gagne un si maigre salaire qu'il ne peut vivre par son propre travail. Alors, il a recours à des apprentis qu'il va chercher dans les workhouses de l'East-End de Londres. Quand il en a un ou deux, il commence généralement à couper pour lui-même, c'est-à-dire à travailler comme petit fabricant et à vendre aux magasins, aux marchands en détail et même aux particuliers. A mesure que son ouvrage augmente, il prend un plus grand nombre d'apprentis et emploie des fdles et des femmes, et n'importe quels bras, au meilleur marché possible. S'il prend un homme, celui-ci est bientôt forcé de s'adjoindre un enfant, et ainsi, peu à peu, le nombre de bras s'accroît indéfiniment, car ces enfants, aussitôt qu'ils ont fini leur apprentissage, adoptent le système qu'ils ont vu pratiquer, et s'adjoignent d'autres enfants. »
Des diverses dépositions que l'on vient de lire,
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il ressort que les ouvriers bottiers et cordonniers, employés par les maisons de premier ordre, attribuent la diminution du travail et du salaire l\ quatre causes distinctes, savoir : 1° la surabondance de bras et par conséquent la concurrence entre les ouvriers; 2" la concurrence entre les maîtres sous la pression du capital ; 5" comme résultat de cette double concurrence, l'introduction sur le marché des femmes et des enfants, qui travaillent autant que les hommes et coûtent moins; i" la concurrence de la France qui peut produire à meilleur compte.
Quant aux ouvriers qui travaillent pour les marchandeurs, toutes leurs dépositions prouvent que l'abaissement de leur salaire est maintenu par les mêmes moyens d'iniquité qui rendent les tailleurs si misérables. J'épargnerai au lecteur le récit de douleurs aussi poignantes que celles des Slop-worhers, qu'il connaît déjà. Il faut noter, toutefois, que la détresse des bottiers-confectionneurs n'est pas due à rimportation de marchandises françaises. Elle n'a point d'autre cause que l'insatiable rapacilé du boutiquier capitaliste qui les exploite.
Le marchandage déguisé sous un autre nom. l'emploi des enfants, des pauvres travaillant dans les maisons de charité, et même des condamnés, tout est mis en œuvre pour obtenir la marchandise à un prix inférieur à celui qu'il faudrait payer à l'ouvrier habile, honnête et indépendant.
— «Que nous importe, disait un maître à Tun des ouvriers interrogés par l'auteur de l'Enquête,
que nous importe que le travail soit fait par des enfants, par des femmes, et par des voleurs. (Juil soit hon marché, voilà la grande affaire! »
Faut-il s'étonner, maintenant, de trouver à cette partie de l'Enquête, cette exclamation d'un ouvrier : « Périsse ce pays d'Angleterre qui nous refuse la seule chose que nous lui demandions : du travail !ï>