CHAPITRE m
\ iii s r oc. is VT î lî en m m f, h r, i a l e.
Slrabon raconte qu'un pilote carthaginois , voyant arriver un vaisseau romain, se fit échouer pour ne lui pas apprendre la route d'Angleterre , et qu'il en fut généreusement récompensé par le sénat africain.
(Jes deux fières rivales : Rome et (^arlhage, (jui en étaient venues à s'envier une contrée <léserle, ne sedoulaientguère qu'un joiu* où il ne resterait d'elles que le nom, sortirait d'une île inconnue ; lÂiigleterre . le peuple navigateur et mai'chand, héritier de leurs grandeurs.
Sur cette scène des sociétés où tout change , d'où sortira le pavillon appelé h remplacer, à son tour, le pavillon anglais?
C'est là un {)robleme qu'il est peul-èlre dan^ les deslins de l'Amérique de résoudre prochainement. Bon nond)re d'hommes sérieux de l'Angleterre le pensent ainsi , malgré l'assurance un peu présomptueuse que vient de témoigner leur pavs.
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en ouviaiit librement ses ports li toutes les marines (lu monde , et par conséquent à l'ardeur entreprenante des Etats-Unis. Mois, je l'ai dit , c'est par ses plaies intérieures que l'Angleterre, de loin si florissante, est surtout épuisée.
Il y aurait du reste cela d'étrange que l'Amérique aurait été, à la fois , le point de départ et le terme des prospérités maritimes de l'Angleterre , car c'est à dater de la découverte du Nouveau- Monde, que le commerce et les (loties de la Grande-Bretagne ont principalement pris une prodigieuse extension.
Si l'on peut fixer, en etïét, à la première moitié du quinzième siècle, l'époque à laquelle la langue des vaincus remplaça celle des vainqueurs , où l'anglais redevint officiel ; si le règne de Henri VII doit être assigné comme le moment où la distinction des rangs cessa de correspondre à celle des races , on peut dire que la découverte du Nouveau-Monde, développant tout à coup les richesses commerciales, permit à la bourgeoisie de contrebalancer les forces de raristocralie foncière.
Sous quels principes économiques, va se constituer cette puissance nouvelle de la bourgeoisie? Sera-t-elle une démocratie, sera-t-el!e une aristocratie ?
Elle était, à cette époque, enchaînée, pour l'exploitation de son commerce intérieur, dans les liens des corporations et des jurandes, et il y a cela d'incroyable, qu'aujourd'hui encore la ville de Londres est , comme en plein quinzième siècle ,
SOUS le joug cle ces gênes surannées. Le bill de 1835 n'a pas osé s'allaquer à elle , et les jours d'apparat , vous pouvez voir se dérouler solennellement, dans les rues de la cité, les représentants des douze grandes corporations ( Uvenj companies)^ avec leurs costumes éclatants, leurs officiers , leurs bannières, leurs écussons, leurs devises du moyen âge. Si elles n'avaient retenu des vieux jours que ces pompes innocentes,, il serait puéril de le mentionner; mais leurs revenus sont considérables, elles forment des associations d'une grande richesse, souveraines par làmôme dans les questions de salaire et de travail, et puissantes à ce point, que le gouvernement recule devant elles et devant les privilèges séculaires de la cité.
La bourgeoisie, dont l'industrie intérieure vivait à l'abri de chartes et de concessions , va développer, à l'extérieur, sa grandeur commei'ciale sous la protection des privilèges. Le système du dedans aura contribué h aristocratiser le système du dehors , il faut même ajouter que l'éloignement et l'importance de ses colonies naissantes lui aura presque fait, au début , une nécessité d'encourager les capitaux.
Ainsi, les monopoles concédés aux compagnies coloniales, le fameux acte de navigation de Cromwell vont la féodaliser et la façonner à l'instar de la noblesse. Entre elle et le peuple , Cromwell, qui peut choisir, penchera pour elle. Et cependant, ce lueur de roi, qui l'a faite si grande ,
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nohliendra pas même de la bourgeoisie un tombeau ! Liguée plus lard indissolublemeiil avec laristocralie , elle jellera au venl le simulacre du Protecteur, impuissante qu'elle était à y jeter ses cendres. Cromwell se sera préservé de cette profanation, en ordonnant, selon les uns, qu'on l'ensevelît mystérieusement sur son dernier champ de victoire , Naseby, selon les autres, au fond de la Tamise, comme pour présider encore, du sein du lleuve, aux futures grandeurs de son pays.
Maîtrises pour l'industrie intérieure, monopole pour l'exploitation delAmérique, monopole pour l'exploitation des Indes-Orientales , par conséquent, accumulation inouïe de capitaux , telle fut la loi économique qui tendit essentiellement à concentrer en un petit nombre de mains les nouvelles richesses apportées en tribut à la métropole.
Sans doute, dans un pays où les valeurs mobilières ont une aussi grande importance quen Angleterre , on se rend ditficilement compte comment , avec le partage égal entre tous les enfants de ces sortes de valeurs, les capitaux ont pu ainsi s'agglomérer sans cesse. La loi qui régit la succession mobilière étant, en Angleterre, le contre-pied de celle qui préside à la succession foncière, il semblerait que les fortunes commerciales, au moins, auraient dû tendre à s'égaliser. Il n'en est rien cependant, et le capital , comme la terre, a obéi au principe dallraclion. D où vient ce phénomène? On se l'expliquera peut-être, si l'on réfléchit à finsuflisance d'une simple règle de
droit civil en conflit avec une loi économique basée sur des privilèges tellement gigaïUesques, qne Thistoire n'en a jamais connu de semblables.
Quel peuple, par exemple, a eu rien de comparable, en monopole et en puissance, à l'institution de la compagnie des Indes, qui forme cerlainemeni un des plus grands gouvernemenls du monde.
Cette compagnie s'est fondée par actions, au capital primitif de 1,500 millions, réparties entn^ 3,573 personnes.
Les propriétaires de 25,000 fiancs ont une voix. Les directeurs sont nommés par les actionnaiees; })our être directeur, il faut posséder au moin^ 500,000 francs d'actions. Il y a vingt-quatre dii'cc*\ leurs, et toutes les affaires sont distribuées en douz<^ départements; chaque département est dirigé par ,^,:>^
un comité.
Le gouverneiuent a revêtu la compagnie du pouvoir de la haute administration , n condition qu'elle présenterait tous ses actes importants au contrôle d'un conseil particulier, composé de commissaires du roi, pour les affaires des Indes, et présidé par un ministre.
Le gouvernement des Indes reçort-ses -instructions de la Cour des directeurs, eU,cx@st elle qui a le droit presque exclusif de nommer aux emplois dans toutes les branches du gouvernement indien. L'État s'est simplement réservé le choix du gouverneur général des Indes et du général en chef, ainsi que la faculté de sanctionner ou de rejeter les nominations faites dansl'Inde parle gouverneur général.
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Les receltes officielles de la compagnie se sont montées, pour 1847, à 482,694,875 lianes; Ses dépenses, à 445,310,475 francs, l.e département des affaires indiennes coule un million de francs par an, et la totalité des appointements de tous les employés de la comi>agnie 300 millions.
Elle entretient 342,000 hommes de troupes; 30,000 de l'armée anglaise régulière, 12,000 d'Européens, le reste de troupes indiennes, commandées le plus souvent par des officiers anglais.
Son budget de la guerre, en 1842, a dépassé 340 millions, sans comprendre les dépenses spéciales de la guerre de Chine , qui ont été payées par les vaincus. Le territoire anglais , propriété de la compagnie , est de 500,000 milles carrés; le territoire sous sa protection de 600,000 milles ; la population qu'elle gouverne, d'environ 150 millions d'habitants.
Révoltant et immoral contraste! Ce sont, en définitive, quelques actionnaires régnant, du fond d'une boutique, sur 150 miUions d'hommes qu'ils ne connaîtront jamais et pour lesquels ils ne peuvent sentir aucune pitié. — Moins que cela encore, c'est ce qu'il y a de plus impitoyable au monde, l'écu, venant à la lin d'un trimestre toucher son dividende à la hâte, et ne se demandant point si son esclave vit ou meurt, mais combien il rapporte. Aussi quel sentiment de surprise n'éprouverait-on pas, si je raconlais, dès à présent, par quels exécrables moyens, cette compagnie est par-
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venue, en bâlissanl quelques fortunes scandaleuses, à s'endetter, cependant, et à endetter l'État. Nous verrons plus loin cette curieuse et triste histoire; il me suffit de constater que l'essence même du système colonial anglais, que l'établissement (le compagnies exclusives ont allumé, dans les classes commerciales, non cette ambition légitime qui aspire à une modeste aisance, mais cette avidité insatiable qui ne connaît plus d'autre divinité que celle de l'or. C'est sous l'empire de ces passions égoïstes, qu'un peuple en arrive à contenipler, d'un œil indifférent , l'épouvantable famine de l'Inde, iléau factice, créé par l'atroce cupidité de la compagnie, et qui fit périr dix millions d'habitants, en peu de mois.
Le système du dedans, ai-je dit, avait contribué à aristocratiser le système du dehors; eh bien! le spectacle de fortunes soudaines et immenses dans les colonies, l'esprit d'entreprise et d'aventure des pays lointains réagiront à leur tour sur le commerce de la métropole.
De là, ces entreprises formidables pour les diverses branches d'industrie , qui sont , ailleurs, disséminées dans une multitude de mains : par exemple, quelques brasseries de Londres dont l'assurance seulement est de 12 à 13 millions de francs. De là, ces sociétés de capitaux unis [joinistock) si favorisées par la législation, et qui se forment même pour des spéculations de mince importance; de là, enfin, cette tendance de la loi anglaise à amener indirectement de vrais mono-
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pôles dans plusieurs espèces de comnierces où elle n'a point établi directement de privilège,
D où la conséquence que tout petit capitaliste est presque assuré de sa ruine ;
Que la société est partagée en deux camps, sans intermédiaire en quelque sorte; los capitaux lii^ués d'un côlé, les bras exténués et sans défense de. l'autre ;
Qu'il y a, dans Londres, vingt neuf banquiers faisant, dans une seule année, 24 milliards et oO millions d'affaires, et que, le niveau du salaire baissant sans cesse, il y a aussi, en Angleterre, < liaque année, un cinquième de la population qui languit et meurt de consomption, nn nombre d'aliénations mentales deux, trois fois plus grand que dans les autres pays de l'Europe, trois cent mille affamés qui fuient le sol de la patrie, cent mille autres qui se font inscrire, en plus, au livre officiel de la misère.
Ainsi, l'écu devenu, s'il est possible, plus féodal, plus tyrannique que la terre, Vécu éblouissant, au dehors par ses flottes, par ses comptoirs, par ses conquêtes toujours nouvelles, mais tuant froidement à r intérieur, poussant un troupeau d'hommes à ces deux termes : consomption ou folie! Voilà ce que, par une profanation de mois, on est convenu d'appeler /puissance rfe Vafisociation!
Puissance maudite, fais donc entonner, dans les niers lointaines, du haut de tes mats victorieux, le liule brilannia, pour qu il le soit réjMindu, de la métropole, par des cris de misère et de faim î