EXPOSITION
Ce livre est-il un paradoxe, ainsi qu'on Ta dit avant même de le connaître ?
Est-ce un pamphlet, est-ce de l'histoire?
Aveuglé par un esprit étroit de nationalité, ai-je fermé les yeux au spectacle imposant des grandeurs de l'Angleterre? — Non, sans doute.
Et qui pourrait nier, en effet, qu'elle n'ait acquis, depuis l'Acte de navigation, la suprématie sur les mers, et que sa puissance navale, militaire ou marchande ne soit aujourd'hui la première du monde?
Qui pourrait nier que l'Angleterre, industrielle et manufacturière, ne soit devenue, sous ses lois, le plus grand pays de production du globe, et le premier intendant,
iO DE LA DÉCXDBNCB
OU lombarde, tîrc, ebaqire année, de sa prodnetion agrteote, par une culture habile et l'élève des bestiaux, un revenu qui se monte à plus de trois milliards six cents millions^ et ce revenu de la métropole est presque doublé par la valeur de la production similaire dans ses annexes et colonies.
Son industrie, son commerce et ses roanufectures lui font une liste civile supérieure à cette première dotation terrienne, et cela, grâce à ses mines inépuisables, à ses richesses naturelles, h son admirable système de circulati<m que facilitent quatre-vingt-six canaux et soixante et dix lignes de chemins de fer.
Le revenu total de l'Angleterre s'élève donc à plus de douze milliards !
Sa puissance parmi les nations se manifeste par le nombre et la grandeur de ses flottes et de ses domaines. — En Europe, elle possède, outre les îlots qui l'avoîsinent : Hélîgoland-, Gibraltar, Malte et les tles Ioniennes; — en Asie : rindoustan anglais avec ses tributaires : Ceylan et ses alliés forcés du Pendjab et du Scinde , c'est-à-dire presque un monde ; — en Afrique : Sierra-Leone avec ses dépendances, rile de France, les Seychelles, Fernando-Pô, le cap de Bonne- Espérance et Sainte-Hélène ; — en Amérique : le haut et le bas Canada, le cap Breton, les petites Antilles, les Bermudes, Terre-Neuve, les Lucaycs, la Jamaïque, la l>ominique, la Guyane, la baie de Honduras et l'île du Prince-Edouard ; — enfin, dans l'Océanie, elle a la terre de Diémen, l'île de Norfolk, la Nouvelle-Ecosse , l'Australie du sud, et ces cent peuples lui font plus de 150 millions de sujets , en y com^ prenant les 27 k 28 millions de ses troià royaumes s^ropo- i
litaitts. '
Quant à sa marine marchande, deux détails suffiront pour la faire connaître : die a près de trente mille navires, soit à voile, soit à vapeur , sans compter les huit mille vaisseaux des colonies , ei^ dans un an , elle exporte pour six ou sept cents millions de eotonnade , ce qui fait pour un s&A détail
BÇ I, ANGLETERRE. 11
un compta de yente plus élevé que tous les comptes réunis de l'exportation manufeeturière de la France!
Telle est l'Angleterre k première vue. -^ Que seraient Garthage et Tyr, et l'ancienae Venise eUe-méme , à côté de ce géant d^^ mers, dont lea grands bras pressent les deux p61es?
La puisj^ance de Gartbage cependant, la puiss&oice maritime de Venise, de l'Espagne, de la Hollande., ont passé vite. PoMrquoi ? Montesquieu l'a dit : u La fortune des empires maritimes ne saurait être longue, car ils ne régnent que par l'expression des peuples, et ts^iidis qu'ils s'étendent au dehors, ils se minent à l'intérieur.
D'un autre côté, il a été écrit par Adam Smith :
« Sous l'influence des principes du laissez-faire et de ta ti concurrence, sous la domination du capital, qui ont « donné, çou& nos yeux , une si vigoureuse impulsion à la u création de la richesse, un jour viendra où le progrès deu vra fatalen^ni s'arrêter et décroître ensuite. A partir de u cette époque , nous verrons une diminution progressive (c daAS la rémunération du trfivail, une génç croissante, H puis le déclin ! »
Le problèQie n'est donc pas de savoir si l'Angleterre est grande, mais si sa grandeur peut durer.
Sans doute, cette grandeur est s£^ns bornes, mais songeons que e'^t à l'apogée de sa puissance extérieure et de sa richesse que Rome fut saisie par la mort.
TertulUen ne faisait-il pas de Rome cette magnifique peinture, qui offre une frappante ressemblance avec l'état de rAngleterre ;
(i Certes, disait-i), le monde devient de plus en plus notre « tributaire ; wcun de ses recoins n'est resté inaccessible ; li tous soi^t connus, fréquentés, tous sont le théâtre ou l'ob- « jet d'affaires. Qui redoute encore une île? Qui frémit detf vaut un écueil ? On est sûr de trouver partout un de nos «( navires, partout un peuple, un État, partout la vie. Nous
(( écrasons le mondede notre poids! Onerosisumusmundo.rt
Et Tertullien avait à peine achevé sa phrase , que cette grandeur matérielle, minée au cœur, s'affaissait sur ellemême; on entendait, dans le lointain, le pas des barbares.
Ce n'est pas de la même façon que finissent tous les empires. Les barbares, pour l'Angleterre, ce sont ces tribus d'hommes qui élèvent vers le ciel des bras décharnés en demandant du pain; c'est tout un peuple dont la vie dépend des chances d'un marché universel qui se fermera demain, soit par la paix, soit par la guerre, car la guerre tue le commerce, et la paix élève des fabriques rivales ; c'est le salaire qui, comme le dit Adam Smith, baisse et baissera sans cesse, jusqu'à ce qu'il ne reste plus, d'un côté , que des monceaux d'argent, et, de l'autre, des monceaux de morts. Voilà les plaies béantes , invétérées , inguérissables de l'Angleterre , plaies dont aucune nation n'offre à l'heure qu'il est un plus lamentable tableau.
Mais n'anticipons pas sur les preuves ; on verra se dérou- ^ 1er plus tard des scènes terribles de désespoir et d'agonie , dont le sombre génie de Dante n'a pas su trouver les traits dans le récit des tortures d'Ugolin. L'Angleterre, en ce moment , se peint elle-même dans une enquête fidèle où l'on entend retentir d'un bout à l'autre le cri lugubre de la faim. Je traduirai simplement : il est des accents de la nature qui vont au cœur , sans que rien au monde puisse les imiter ni même les reproduire. Seulement, je demande, en passant, aux véritables penseurs de ce pays, à ceux dont l'intelligence est assez haute pour ne pas croire au dogme stupide et fatal de la perpétuité du mal en ce monde, je leur demande s'ils auraient jamais cru que les deux féodalités terrienne et financière, eussent épuisé à ce point les forces sociales , et .1
creusé, sous un luxe incomparable, d'aussi effroyables i
abîmes. >
Cette consciencieuse et redoutable enquête se résume, dès à présent, en un mot : l'impôt ne peut monter davantage ni
le salaire descendre plus bas , à peine de trouver aux deux extrémités, la mort : non plus, comme aujourd'hui, la mort lente, partielle, inaperçue, mais la mort fauchant à pleine moisson dans tout un peuple.
Qu'importe alors la culture savante qui fait rendre à la terre tout ce qu'elle peut donner? Qu'importent les moissons fécondes, les gras pâturages, les bestiaux modèles, aux laines longues et fines, si le peuple des campagnes , le salarié de la glèbe meurt de faim? Je ne parle pas seulement de l'Irlande retournant à l'état sauvage , de l'Irlande , où l'animal, ô dégradation ! est préféré à la créature humaine, où le troupeau du seigneur chasse l'homme impuissant et nu; non, je parle des contrées les plus riches de l'Angleterre.
Et pourquoi cette misère du peuple des campagnes toujours croissante? Parce que la terre, régie par le droit féodal, appartient, en fiefs héréditaires, à quelques centaines de familles privilégiées ; parce que le loyer des immeubles et des insti*uments de culture absorbe, h peu près, les produits de la terre et du travail ; parce que la rente à payer au landlord, sans compter les charges de la paroisse , la dime des prêtres et l'aubaine du fisc, dépouille le fermier et le force à baisser le salaire jusqu'à la faim.
Qu'importe encore que l'Angleterre ait des mines à fouiller jusqu'aux entrailles de la terre, des usines nuit et jour haletantes, des produits manufacturés à inonder le monde, si le peuple des villes n'est pas moins misérable que celui des champs; si la ferme est aussi avare que la fabrique ou l'atelier, et s'il est fait aux serfs de la machine, aux esclaves de l'industrie, une vie non moins affamée, et plus courte qu'à ceux de la glèbe?
Or, comment se produit cet étrange et cruel phénomène? où vont s'engloutir toutes ces richesses, fruit d'un labeur sans relâche? Dans les coffres sans fond du capital exploitant la science et les bras, dans la caisse des banques et des
commandites organisées en famille de féodalité eommeiv ciale, et par la puissance du crédit, par raecumulation des forces, se rendant maltresses des salaires, de la circulation et de la vente.
Ainsi le monopole des capitaux fait ici le jeu du privilège féodal dans la production agricole ; il aspire toute la richesse de rindustrie,du commerce et des manufactures, comme le droit du fief aspire tous les sucs du domaine terrien et toutes les sueurs de ses prolétaires : des deux côtés , partout et toujours, c'est Shylock, grand seigneur ou bourgeois, qui suce le sang des travailleurs.
Qu'on ne se révolte point à cette comparaison qu'on re« trouvera mille fois plus énergique dans Tenquéte, quand je ferai la preuve de cette terrible institution de la faim, or* ganisée dans les industries comme dans les terres; car, ici, je ne pose encore que les faits et les problèmes.
Voilà donc le résultat suprême de ce grand système de Tarlstocratie britannique, de ce puissant mécanisme soeial, fondé sur le droit exorbitant de la terre, sur le droit absolu de l'argent, deux privilèges inexorables voyant s'agiter audessous d'eux des myriades de générations qui disparaissent dans le combat à mort d'une concurrence sans frein.
Et ce n'est pas seulement le prolétariat de l'Angleterre qui souffre de ce régime mis en (euvre par ses deux aristocraties; non, la cupidité britannique a ses terres de plaisance, ses peuples vassaux, ses comptoirs dépendants, ses innombrables colonies au delà des mers, et là ses lèvres avides épuisent avec fureur les trésors de la terre, les forces de l'homme, toutes les richesses de la nature et du travail, toutes les énergies du sang et du sol.
Depuis que la Grande-Bretagne a perdu l'Amérique, elle I
s'est jetée sur les Indes, qu'elle a saccagées en un siècle, et la voilà qui cherche maintenant à s'ouvrir les ressources d'un monde nouveau, la Chine ; car elle a stérilisé ses anciens domaines par la prodigalité de ses administrations et
9« l.*AN€ll.|;TE;|taB< «9
par la voradtë de ses monopoles. Les colonies nous ruinent, s'éerie^t^on de toutes parts, il nous faut des marehés, il nous faut des débouehés^ et noq des royaumes mendiants à gou-* verner^à nourrir!
En efifet, vos compagnies souveraines ont fait l'œuvre de la pompe à haute pression \ le travail de vos mUlions d'esclaves ne paye plus le budget de vos armées et de vos flottes; tout est dévoré par vos états^majors de guerre et de eomp-^ toir, par les chenilles maigres de votre arbre féodal, comme a dit un poëte, par les cadets de vos deux noblesses. Mais qu'y faire ? C'est la loi fatale de l'aristocratie et du privilège, c'est le droit anglais qui le veut ainsi.
Et que deviendraient les déshérités de vos familles patricicnnes, que deviendraient les fils de vos riches juiveries bourgeoises, ^'il n'y avait plus, là-bas, de forteresses à garder, d'adn^inistrations à conduire, de tributs à lever, de populations à tenir asservies ; s'il n'y avait plus de fonctionnaires civils ou politiques, de capitaines de place ou de haut bord, de nababs et de gouverneurs?
Ce mot de l'Angleterre : u Les colonies nous tuent, » n'est que trop vrai, pourtant, et contre le régime écrasant et fastueux de l'occupation politique et militaire une révolution se prépare dans les intérêts comme dans les intelligences.
Ainsi, ces possessions qu'elle n'avait pour la plupart acquises que par une série de crimes sans nom et qu'elle n'a conservées, par la violence et la perfidie, que pour les tarir, ces possessions qui faisaient sa puissance parmi les peuples et son orgueil dans l'histoire, les voilà devenues à charge aux maîtres et le tombeau des populations aborigènes.
Or, si les colonies ne peuvent plus nourrir la métropole et ne lui payent pas le revenu qu'elles lui coûtent, à quoi se résoudre? à quoi conclure?
Las abandonner, c'est démembrer la puissance anglaise, c'est l'avilir dsms la majesté de ses forces extérieures, c'est la
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faire tomber au second et peut-être au dernier rang. Essayer d'y introduire des réformes sérieuses, est-ce possible sans déposséder l'aristocratie? et c'est Taristocratie qui gouverne. D'une autre part, conserver les colonies, c'est aller aux deux cataclysmes de la banqueroute et des jacqueries, car la dette inscrite est de 22 milliards; jusqu'en 1849, le budget n'a cessé d'augmenter, et l'enquête dit à chaque page : « L'impAt ne peut plus monter ni le salaire descendre, sans que les bras de l'agriculture et de l'industrie ne succombent épuisés. »
Ne sait-on pas, de plus, pour l'avoir entendu de la bouche de tous les hommes d'État, que le pain du peuple, c'està-dire la vie de l'Angleterre, est à la merci d'une journée de chômage?
La politique la plus implacable s'arrête et prend peur, quand eile se voit ainsi face à face avec une famine régulière. — Une dernière larme du peuple, en effet, et le vase des révolutions déborde. — Aussi la vieille Angleterre, qui né veut abdiquer ni la richesse ni l'empire, cherche-t-elle, depuis quelques années, à sauver l'un et l'autre par des modifications partielles, par des lois de détail qui font brèche à quelques monopoles, mais qui laissent entier l'édifice féodal, ses institutions, ses privilèges.
Ainsi, sir Robert Peel a fait accepter la libre entrée, dans son pays, des céréales étrangères, pour aider et favoriser l'atelier industriel qu'affamait le monopole intérieur. Ce fut une victoire des seigneurs de la manufacture sur les seigneurs de la terre; mais cette mesure ne fit que déplacer et même généraliser le malaise et la souffrance, car la propriété féodale n'ayant pas dégrevé la ferme, l'entrepreneur de culture n'a pu payer la rente qu'en abaissant le prix des journées, et le peuple des villes, d'un autre côté, n'a tiré qu'un mince profit de ce bill d'allégeance. C'est un fait constant que vient de confirmer l'application de la nouvelle loi : le prix de la main-d'œuvre baisse toujours avec
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le prix du pain, et la concurrence des capitaux tenant à merci la concurrence de la faim, on ne règle jamais audessus de la mercuriale du boulanger.
Faire baisser le salaire des campagnes, c'est-à-dire affamer leurs travailleurs, et cela sans profit pour leurs frères des villes, — avilir la production nationale par la concurrence étrangère, c'est-à-dire ruiner le fermier, — et frapper le landlord lui-même, en livrant sa rente aux aventures : telles devaient être les conséquences d'une mesure partielle, et tels ont été les résultats de la loi des céréales, cette grande révolution à laquelle s'est usé sir Robert PeeL
Mais voici de nouveaux pionniers qui viennent défricher le vieux domaine du monopole et qui , sans entamer Tantique droit féodal, ni toucher à aucun privilège de l'aristocratie ou de l'Église, prétendent tout aplanir, tout sauver par une simple évolution de système. Ce n'est plus la politique de la guerre ou des perfidies, c'est la politique de la paix universelle et de la fraternité ; ils disent :
« Vos colonies fastueusement gouvernées vous ruinent. Coupez le câble d'or de ces administrations dispendieuses ; laissez vos vassales se gouverner elles-mêmes, sous la haute bienveillance de la métropole^ et la liberté suffira pour vous assurer les riches marchés de ces terres affranchies.
« Le système des armées et des flottes permanentes vous écrase. N'occupez point militairement des rochers stériles, des royaumes épuisés, des îles infécondes, et vous pourrez réduire vos états-majors et vos cadres. Qu'avez-vous besoin de tenir forteresse au milieu des tombeaux? Mieux ne vaut-il pas chercher au ballot anglais de nouveaux débouchés et de libres issues?
u De libres issues et de nouveaux débouchés, voilà toute la science de l'avenir, toute la politique anglaise , s'écrient les Pierre l'Ermite de la croisade marchande. — Ne sommes-nous pas les premiers fabricants du globe et les fabricants à meilleur marché, grâce à l'habileté de nos mé-
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thodes, à Faccumulatioa de nos capitaux, à nos voies de eommuaication, et surtout à nos prix de laiûn^d'œuvfe, qui se mesurent au cri de k Mm?
« N'avons-nous pas les plus incomparables moyepa de transport, grâce à nos flottes que la vapeur et la voile es^ portent sur toutes les mers, à notre ci^dit qui relie les ileç et les continent$ aux baies qui nous sont ouyertes dans \^ deux mondes?
u Dema];idez donc que tous les ports soient libres, laisse? vous-mêmes tomber vos douanes qui vous affameraient comme en un terrier sans issues : prêchez , en un mot, et faites pratiquer la sainte loi du libre échange entre toutes les nations de la terre, et vous serez bientôt non-seulement le premier producteur, le premier industriel du globe, mais rintermédiaire obligé, le colporteur opulent de l'univers : là, sont les profits et la richesse et la puiasanee. Par là, vous sauverez vos lords, votre Église, vos bourgeois et votre monarchie ; car vous leur donnerez pour liste civile l'exploitatioB du monde, et de cette riche aubaine il vous restera bien quelques deniers pour nourrir vos millions de pauvres. >•
Telle est la pensée réfléchie de M. Gobden, le chef de l'école du libre éehanjie, et si les vieux lords, si les repré^ sentants de l'ancienne politique hésitent au seuil de la voie nouvelle, craignant que l'Angleterre ne tombe avec ses co-< lonies, ses monopoles et ses forteresses, ses flottes et ses armées, l'opinion boui^eoise est, d'instinct, favorable aux missionnaires aventuriers du commerce libre. Son ambl-? tîon s'allume au rêve de ces spéculations hardies, aux lueurs lointaines de ces vastes horizons, et, déjà, — deuxième phase de l'expérience nouvelle, — ses ports s'ouvrent à toutes les marines du monde.
L'expérience est commencée; mais à quoi pourra-t-elle aboutir et quels seront ses fruits?
L'Angleterre, maîtresse des mers, avec ses royaumes Iri*.
imIaÉres , ^sm trtités de fiveur^ ses mari^hës réservés , ses porto f&pmés à la concurrence , l'Angleterre de la rente et dtt monopole était portée, potir ies deux tiers, an grand livre du commuée ouvert entre les nations ; eh bien ! cette hmite foHmt^j on a vu camnient elle se liquidait : vingi> deux milliards de dettes, un budget des pauvres officia ou privé de près àè 400 millions, refirayànle auginentatioti des crtoes , l'exportation forcée de la population valide mars défaillante , l'incertitude du travail, et souvent l^nanîtton pour ceux qài restent. Oui , voilà le bilan de l'Angleterre ayant aux deux tiers l'exploitation du monde !
Maintenant, donnez-lui la curée tout entière, réalisez la ditmère de ses bourgeois, qu'arrivera-t-ii ? Il y aura quelqsÊes nababs de plus dans l'oligarchie britannique, et pus na malheinreux de moins dans la dassé pr<^étaire. N'esl-il pas, en effet, dans la loi du capital, dans la logique du privilège, d'absoi*ber tous les profits et de ne laisser au travail que le salaire de la Mm? Ce résultat surtout n'est-il pas pluis que jamais fatal dans la condition du libre édiange et dans l'éoonomle des concurrences effiréaées, où il faut produire h meilleur compte que le reste de l'univers?
Oui, le monopole universel lui fat-il acquis par ses pacifiques vietoires sur tous les marchés, l'Angleterre ne saurait nourrir son peuple, et son utopie réalisée serait imjmiS'' santé k la sauver des révolutions dont le germe est dans ses lois, dans ses institutions, dans ses privilèges.
On a parlé de fraternité ! Mais quel tst le peuple qui voudrait et qui pourrait s'immoler dans le repos éternel, afin de permettre au commerce anglais de s'enrichir, en entretenant son <Aèse et l^te agonie ? Quel e^ le gouvernement inoiaarcblque ou républicain qui consentirait jamais à détruire, au profit de l'étranger, non-seulement ses forces maritimes et ses ressources financières, mais ses industries, son eommerce, ses clôtures et toiites ses richesses intérieures de prodfiN^on ou d'^hange? Aujourd'hui, k pra-
tique de la liberté commerciale universelle serait à la fois l'arrêt de mort du peuple anglais, condamné à travailler à plus bas prix que le reste de la terre, et Farrét de mort de tous les pays inférieurs par la science, l'habileté du travail et l'organisation du crédit. Singulière fraternité vraiment !
Or, puisque le travail est la condition absolue de la prospérité comme de la puissance des peuples , n'est-il pas évident qu'à moins de suicide ou de folie, chacun gardera ses frontières fermées ou protégées par les hauts tarifs, tant que les forces ne seront pas égales, des deux côtés, pour le jeu des libres concurrences?
Voilà donc la pensée de M. Gobden en cours d'exécution, et quand elle se réalisera complètement, si ce grand jour arrive jamais, l'éducation des peuples étant achevée, les conditions étant égales pour tous dans l'atelier, devant le crédit et par les voies de communication, — au libre concours des forces équilibrées , — chacun aura sa part de vente et gardera ses avantages.
L'Angleterre seule y perdra ; car elle ne fera plus comme aujourd'hui les affaires de l'univers, et dans cette crise extrême, voulut-elle même se rajeunir, en se retrempant dans les eaux vives du droit, elle n'en perdrait pas moins toutes les suprématies qu'elle s'est acquises en pillant le monde : car son activité trouvant, comme son génie, sa limite et sa concurrence dans le génie et l'activité des autres peuples, comment pourrait-elle conserver la part du lion?
J'ai analysé les systèmes, j'ai suivi toutes les perspectives, toutes les évolutions possibles, j'ai sondé toutes les issues, et partout j'ai trouvé écrits ces mots fatidiques : Déaidence de l'Angleterre!
Il me reste maintenant à porter ma thèse devant l'opinion publique, à l'exposer dans ses détails, à faire la preuve, en un mot 9 et cette preuve je la trouve dans l'histoire des
institutions de ce pays, de ses lois, de son gouvernement, dans ses annales mortes et ses statistiques les plus vivantes. Je ne dirai rien de l'Angleterre qu'elle ne Fait dit ellemême : car c'est au tribunal de sa presse, de ses assemblées, de son peuple que je l'appelle, et c'est elle-même qui fera l'autopsie de sa grandeur.