DEUXIEME PARTIE. - AGRICULTURE
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Il en est de l'agricultupe comme des autres branches de l'activité sociale en Angleterre; a s'arrêtera la surface, à ne voir que ces champs si bien cultivés, ces fermes qui ressemblent à des décorations, ces cottages toujours ombragés d'une verdure luxuriante, à ne compter abstraitement que le produit comparé d'un hectare, ou la multiplication des têtes de bétail, on pourrait, sans contredit, donner à l'agriculture anglaise la prééminence sur celle de la plupart des États continentaux. Mais, si Ton envisage la prospérité finale du pays, cette supériorité même n'est qu'une des faces de la question ; il y en a deux autres qui n'ont pas moins de gravité.
 quelles conditions ce luxe de production est-il obtenu?
Si perfectionnées que soient ses méthodes de culture, l'Angleterre peut-elle nourrir sa population^ toujours croissante, avec les ressources de son territoire ?
Tout le monde est d'accord sur ce point, que la Grande- Bretagne est impuissante à se nourrir elle-même, et qu'il lui faut annuellement acheter au dehors le quart de ses subsistances. Nous verrons plus tard comment les libres-échangistes essayent de pourvoir à cette disette naturelle.
Quant à présent, je me bornerai h constater les conditions du travail agricole. On verra que la ruine et la misère y régnent dans tous les rangs, et que les fermes opulentes, semblables en cela aux palais de l'industrie, sont bâties avec les douleurs des prolétaires anglais.
Jamais opinion n'aura reposé sur des preuves moins contestables, et néanmoins, on croit tellement, en Europe, au bonheur de l'agriculteur anglais, qu'il me faudra accumuler les chiffres et les citations pour pénétrer le lecteur de cette vérité constatée par l'Enquête , que <c le paysan, en Angleterre, retourne à l'état sauvage. »
On est surpris de cette assertion, en apparence paradoxale ;mais qu'on n'oublie pas que l'Angleterre s'est formé, autour d'elle, une atmosphère artificielle où la triste réalité perd ses sombres couleurs, et qu'en ce point, comme en beaucoup d'autres, elle vit sur une réputation usurpée.
Depuis deux siècles, en effet, l'histoire est fatiguée d'enregistrer les doléances des fermiers et des travailleurs des campagnes. Dans le cours des quinze dernières années, le parlement n'a pas ouvert moins de six enquêtes sur la détresse agricole, et, de 1837 à 1844, cinq discours de la couronne ont établi la situation désastreuse, je pourrais dire 4ésespérée, de l'agriculture.
Cet état se comprend, du reste, si l'on parcourt la série .des nombreuses lois rendues, sur les céréales, en Angle-
terre. A toutes les époques, elles ne furent qu'un pacte de famine organisé contre le peuple au profit des seigneurs de Ja terre; et, pour ne parler que d'une date rapprochée, examinons ce qui se passa lors de la dernière guerre contre la France.
L'aristocratie foncière fît payer à la nation les frais de la lutte à mort qu'elle avait engagée contre nous. De 1792 à 1813, le prix du blé fut successivement élevé au taux exorbitant de 66 shellings le quarter. En 1815, ce chiffre ne satisfaisait plus les appétits de la noblesse ; il fut augmenté de $ shellings 7 deniers. En 1815, l'aristocratie fit entendre de nouvelles plaintes ; elle soutint qu'elle ne pouvait cultiver, à moins de vendre son blé à 80 shellings. Le parlement, docile à ces réclamations, décréta que les blés étrangers ne seraient point admis, tant que le marché intérieur n'arriverait pas à ce cours.
La paix ne mit pas un terme à la cupidité des propriétaires de la Grande-Bretagne. La noblesse avait grevé ses propriétés au delà de leur valeur ; il lui fallait, tout en payant les intérêts de sa dette hypothécaire, conserver des revenus, et cej fut encore à une augmentation sur le prix des céréales qu'elle demanda la conservation d'une opulence factice. Que lui importaient les souffrances auxquelles elle allait condamner le peuple, pourvu qu'elle retrouvât, dans l'exagération du monopole, une large compensation à ses sacrifices? Il fut donc décidé, en 1822, que la libre entrée des grains étrangers ne serait permise que lorsque le taux du blé aurait atteint 85 shellings.
Cependant, depuis la pacification du continent, une carrière toute nouvelle s'était ouverte à la bourgeoisie commerçante et manufacturière. Le prix excessif des matières alimentaires lui causait un notable préjudice, en augmentant le prix de la main-d'œuvre, et en la mettant hors d'état de dominer la concurrence des autres nations. On dut compter avec ce puissant intérêt, et, en 1828, la protection
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