Î DE LA DECADENCE
duslries et ses manufactures ; eh bien, voici ce que les chiffres accusent :
En 1845, dernière année de prohibition des céréales étrangères, la valeur réelle et déclarée des exportations était, d'après les documents authentiques de M. Porter, de 60, 1 11,08 i livres sterling, et les tableaux officiels, arrêtés par les hommes mêmes du libre-échange, ne donnent, pour 1849, que 58, 848, 042 livres. Les deux exercices compares témoignent ainsi d'une différence de 1,265,039 livres contre le régime du libre-échange, en faveur de Vinfâme protection.
Sans doute, les libre-échangistes et le gouvernement font sonner bien haut l'accroissement d'exportation des quatre dernières années, mais ce que l'Europe, ce que le monde ne sait pas. c'est que le chiffre le plus élevé de ces mêmes quatre années n'a jamais atteint celui de ^845.
Que devient alors le mot de M. Mac Gregor, l'un de vos chefs, mot répété par toute l'école, que, sous des lois de libre importation , nos exportations croîtraient de deux millions de livres jmr semaine ?
Il est donc faux que la pratique de la liberté commerciale ait pour conséquence nécessaire, fatale , l'angmentation des exportations , et le premier article de votre programme était un mensonge.
Dans votre charte des prospérités futures, vous disiez encore que, les produits s échangeant toujours contre des produits, toute iuipoitation de l'étranger
en Andeterre se solderait sur les marches de Tinlérieiir, en valeur d'échange, c'est-à-dire en travail national représentant revenus et salaires; — eh bien, voici les tableaux d'importation pendant les deux années déjà comparées :
Pour les bestiaux, viandes sèches et salées, grains, graines, farines, etc, par tête, quintaux ou quarters . . . . • 1845 78,188,239
Pour les mêmes denrées , selon les mêmes poids ou mesures 1848 114,447,327
Différence en plus. . . 56,2^9,188
Et l'importation de l'année 18^9 est bien plus considérable encore ; elle dépasse, en grains et en farines, sept fois celle de 1845. Or, comme d'un autre côté, nos exportations, c'est-à-dire nos ventes, au lieu de s'accroître, ont diminué, en 1849, année de liberté commerciale, relativement à 1 845, année de monopole, il en résulte mathématiquement que ce n'est pas le travail national qui a soldé cette différence ; — d'où la conséquence que cet aphorisme : '( les produits s'échangent toujours contre des produits » n'est qu'un mensonge , comme cette autre règle infaillible de l'école : « l'exportation et la prospérité d'un pays sont en raison directe de la liberté des échanges. »
Autre face de la question :
Vous affirmiez que la protection n'était favorable qu'aux propriétaires terriens, qu'elle alla-
mail le peuple, les travaillours, (pio les loimiers en souffraient eux-mêmes. Examinons sui- ce point, ajoutent les protectionnistes, les calculs do M. Yilliers, apportés, en voire nom, au sein du parlement.
En 1847, dit-il, la moyenne du Ijlé sur les marchés était de 69 shillings S deniers, — le 51 octobre 1849, elle était de 54 shillings 4 deniers; des réductions analogues ont eu lieu sur l'orge, l'avoine, les pois, etc.
Or, on évalue à 20 millions de quarters, au moins, la consommation de ces diverses denrées pour une population de 28 à 30 millions d'hahilanls ; donc, sans diminuer sa consommalion, le [)euple d'Angleterre aurait réalisé l'économie de 61 millions de livres, en 1 849. Comme il a trouvé la mêiiie réduction sur le prix de la viande, des pennnes de terre, etc., celle nouvelle économie s'élevant à 30 millions de livres, — il en résulte que le peuple anglais s'est enrichi de 91 millions de livres, qu'il aurait déboursées, en 1847, pour ne pas vivre mieux.
S'emparant de cet aveu, les protectionnistes répondent: si, d'un côté, le peuple a fait une économie de 91 millions de livres dans la première année de la liberté comaierciale, na-t-il rien perdu de l'autre ?
La rente, pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, s'élevant à 58,753,015 livres, les fermiers ont éprouvé une perle ou une diminution de bénéfices de la plus grande partie de la diilérence qui est,
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pour arriver à 9^ millions , de 22,246,385 livres. Pour amortir, aulanl que possible, ce terrible coup, qu'ont-ils fait? Jls ont, ainsi que Ta établi l'Enquête, diminué le saiaiie des nialheureiix ouvriers agricoles ; ils ont transformé les terres arables en prairies, pour se passer du travail de l'homme, et, croyez-le bien, ce retour vers l'état sauvage ne s'arrèiera plus ; des milliers et des niillieis d'agriculteurs, privés de pain, descendront dans nos villes, — comme, aux derniers temps de l'empire romain, descendaient dans les grandes cités les habitants des campagnes , — espérant arracher de l'emploi h l'opulence des villes , ou demandant à leur charité l'aumône de la vie. La protection n'était donc pas le seul intérêt de la rente, ce n'était donc pas une simple question de propriétaires, c'était la question de la communauté tout entière, du prolétaire des champs, du fermier et du landlord.
Quant aux industriels et aux commerçants, continuent les protectionnistes, s'ils ont gagné, comme consommateurs sur les vivres, n' on -ils pas perdu, comme vendeurs et producteurs, ces mêmes 91 millions de livres qui, retirées au revenu national agricole, pour aller en presque totalité à la concurrence étrangère, ont disparu des marchés de l'intérieur? Sous l'ancien système, elles se fussent écoulées en consommations nationales. Qu'on y rétléchisse; la production pour la consonuuation nationale est, de plus des deux tiers, supérieure à la produclion pour létranger, et c'est
là tout le bénéfice des marcbands en détail et des petits manufacturiers qui, ne pouvant fabriquer ou fréter pour le long cours, n'avaient pour domaines que les marchés britanniques.
Et, en présence de la concurrence étrangère qui , chaque jour, grandit et se développe, à quel taux infime les puissants manufacturiers, eux-mêmes, les chefs de ces maisons colossales qui, de leurs produits, inondent l'univers, n'ont-ils pas été forcés de baisser le prix du travail industriel ? Ne leur a-t-il pas fallu, pour soutenir la lutte dans les ports lointains, vendre sur l'ancien prix à 50 pour cent de rabais? N'a-t-on pas présente à la pensée cette réponse si triste et si juste , tant de fois répétée par l'ouvrier des manufactures : « qu'importe que le pain soit à meilleur marché, si le prix du travail est tombé si bas qu'il permette à peine d'en acheter! »
De plus, n'est-il pas avéré, dans le commerce,, que le chiffre des exportations pour 1849, chifi're réduit pourtant, ainsi qu'on l'a vu^ en comparaison de 1845, n'est qu'une déclaration officielle du transport et non de la vente ? Beaucoup de ces marchandises sont en consignation , et loin d'être valeurs faites^ il est arrivé plus dune fois déjà que, détériorées ou ne pouvant s'échanger, elles retombaient, en double passif de production et de frets, à la charge des expéditeurs.
Enfin, lecommerce maritime qui devait s'étendre si loin et monter si haut, sons la voile libre, est-il aujourd'hui plus florissant qu'autrefois sous le
système des douanes et des ports fermés? — Nonseulement la construction des navires a diminué, mais tous les correspondants accrédités dans les villes maritimes accusent une baisse considérable dans les transports, et la table de fret, publiée par Lindsey, ne l'établit pas à moins de 35 à 50 pour cent.
Ce sont là, disent les protectionnistes , des faits qu'on ne saurait récuser ; ils déposent contre cette grande expérience, contre cette ressource suprême du libre-échange qui devait faire du monde, en peu d'années , une colonie de l'Angleterre.
Le pouvoir d'achat des nationaux a diminué des deux tiers , les deux productions nationales ont perdu ce qu'a perdu chacune d'elles ; industriels, fabricants, fermiers, salariés de toutes les cultures, de tous les travaux, ont donc également souffert, et voilà pourquoi la plainte s'élève, unanime, des usines, des ateliers, des champs; le même cri sort de toutes les poitrines, la même voix de toutes les enquêtes : nous sommes rui^iésl
En pouvait-il être autrement? Dans la question des céréales, n'élait-il pas évidenl que les concurrences étrangères qui nous inondent d'approvisionnements, de par la nature des choses, ne sauraient être vaincues? Est-ce que le sol de l'Angleterre est aussi riche, aussi favorable à la culture du blé que celui de l'Egypte, de l'Amérique, de la Pologne ou de l'Ukraine? Est-ce que son climat est aussi constant? Est-ce que la main-d'œuvre ne coûte pas plus cher au fermier anglais que ne
coule celle des serfs, des esclaves et des felhas au producteur étranger? Est-ce que les impôts indirects et directs ne sont pas plus lourds ici que partout ailleurs. Toute concurrence était donc impossible, et les ports ouverts, l'agriculture nationale était ruinée ralalemenl.
Quant h l'exportation rémunératrice , à l'échange des produits contre des produits^ est-ce que les pays à blé, qui sont esclaves ou pauvres, peuvent être en position d'échanger avec nous? Est-ce que ces peuples, enfants ou caduques, ont le goiit assez développé pour ne pas préférer l'or, dont ils manquent, aux merveilles de nos manufactures, qui ne sont^ pour leurs habitudes grossières, que des superfluités?
Et cette grande panacée elle-même, cette source sans cesse fluente de nos exportations, n'est-elle point aussi de toutes les illusions, de toutes les chimères, la plus imaginaire et la plus vaine? Notre puissance n'est-elle point bornée, naturellement, par le progrès, par l'activité des autres peuples? Ne]vonl-ils pas, n'iront-ils pas, de [)lusen plus, nous traquant partout et nous forçant à réduire les salaires et nos bénéfices? Qu'arriverail-il seulement si l'Amérique, au lieu d'envoyer sa matière piemière, en colon, h Manchester, étendait, multipliait sa propre fabrication, comme déjà elle s'efforce de le faire? Sur quel marché pourrions nous lutter contre sa concurrence placée dans les conditions les plus heureuses de production, de travail et de fret?
Ah! les libre-écliangistos ont bien raison, pour combler l'abîme sans fond qu'ils ont creusé, de demander, comme réduction du budget, la suppression de nos forces de terre et de mer. A quoi pourraient-elles désormais servir? Nation subalternisée, nous n'en sommes plus à nous défendre par les armes. La Russie ou l'Amérique n'ont pas même besoin de nous attaquer; qu'elles ferment seulement leurs ports, quand nous allons mendier notre pain, et c'en sera fini de l'Angleterre, comme c'en a été fini de Rome, réduite, ainsi que nous, à s'alimenter au dehors; ou bien, ce qui nous attend encore, c'est le triste destin d'Athènes après la catastrophe d'Aigos-Potamos. Rloqués par les flottes ennemies, nous aurions à subir les lois qu'elles voudraient nous imposer.
Avions -nous donc raison de dire : « Libre- « échangistes, vous allez ruiner l'agriculture, ren- « dre l'Angleterre tributaire et vassale de l'étran- « ger, enlever le travail, c'est-à-dire son pain, au « peuple des campagnes, détruire par là même le « marché intérieur de l'industrie , amener une c( souffrance universelle et la banqueroute géné- « raie! »