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pas un ouvrier mâle; dans quelques autres, consacrés à l'épluchage et au cardage, il n'y a que de jeunes enfants de l'un et l'autre sexe. Quelle pernicieuse école pour de jeunes garçons et de jeunes filles, que celte promiscuité au sein d'une occupation purement mécanique qui laisse le champ libre aux conversations obscènes et à la contagion du mauvais exemple.
Si l'éducation n'existe pas du tout pour les jeunes filles, l'instruction la plus élémentaire leur fait également défont; en général, la plupart ne savent ni lire ni écrire, et sans attacher irop d'importance aux résultats de l'enseignement, quand il n'est pas accompagné de leçons morales, il est permis de dire qu'aucun frein ne peut retenir ces malheureuses créatures ; jeunes filles, elles ne suivent que l'instinct de leurs passions; épouses et mères, elles ne retrouvent le sentiment du devoir que devant les dures épreuves de la misère. Quand la mère se révèle, c'est qu'elle voit ses enfants pleurer en lui demandant du pain.
Au milieu de la guerre soutenue par l'Angleterre contre la Révolution française^ l'augmentation des impôts provoqua de vives réclamations de la part des fabricants anglais. 11 leur était impossible^ disaient-ils, de supporter les taxes, sans grever proportionnellement les frais de production, et se l'ermer, par conséquent, les marchés étrangers. A ces plaintes, Pitt répondit qu'en substituant le travail des femmes et des enfants à celui des hommes, il serait facile de trouver, dans l'économie
qui en résulteiait, les moyens de supporter les sacrifices que riionneur national imposait à l'industrie. Ainsi, T homme qui, dans un intérêt de haine et d'ambition, légua une dette de 22 milliards à l'Angleterre, fut aussi celui qui, par ses conseils machiavéliques, basa la prospérité commerciale de sa patrie sur la misère et la démoralisation des classes ouvrières. Ce fut lui qui donna le signal de cette effroyable conscription qui dévora plus de millions de femmes et d'enfants, que n'en aurait demandé une guerre désastreuse prolongée pendant cinquante ans.
Tout était à créer au commencement du siècle. Il n'y avait pas alors, comme aujourd'hui, de population expressément agglomérée pour l'industrie. Les fabriques s'élevaient là où se trouvaient des cours d'eau, qu'ils fussent ou non voisins d'habitations. Il fallut donc transplanter dans ces manufactures des colonies d'enfants, et demander aux grandes villes les orphelins que les paroisses mettaient en apprentissage. L'industrie poussa si loin l'abus, qu'un bill du parlement défendit de prolonger le travail de ces enfants au-d; là de douze heures. L'emploi de la vapeur ayant ramené les manufactures dans les villes , les chefs d'industrie engagèrent les enfants qui, placés sous l'aulorilé paternelle, échappaient au patronage d'une législation spéciale. Les abus signalés reprirent donc leur cours ; de pauvres enfants, âgés de cinq à huit ans, faisaient des journées de treize à quatorze heures par jour, trottant sans cesse autour d'un
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métier, et parcourant ainsi huit lieues par jour.
Cet état (le choses fixa de nouveau ralleniion publique. Robert Owen, un des hommes dont s'honore l'Angleterre , donna le signal d'une réforme salutaire. Ayant reconnu que sur les cinq cents enfants , âgés de moins de dix ans , qui travaillaient à sa fabrique, la plupart perdaient, à la fois, leur intelligence et leurs forces, qu''ils se déformaient au moral comme au physique , il se résolut à ne plus employer que des enfants âgés de dix ans au moins, et il limita la durée de leur travail à dix heures et demie. Ses efforts , pour intéresser le parlement à cette philanthropique entreprise, n'obtinrent qu'un demi-succès. Grâce à ses pressantes sollicitations, il intervint, en 1819, une loi qui fixa h neuf ans l'adinission des enfants, et réduisit à douze heures la journée du travail. En ^825, en 1831 , de nouveaux bills attestèrent l'insuffisance et l'inexécution du premier, mais la traite des enfants continua de plus belle, la plupart des fabricants se mettant en révolte avec les lois, et trouvant chez les parents une coupable complaisance.
Après une enquête parlementaire, un acte de 1833 fixa de nouveau la durée du travail à huit heures par jour pour les enfants de neuf à treize ans, et à douze heures par jour pour ceux de treize à quatorze ans. Les économistes s'indignèrent et protestèrent contre celte atteinte portée à la liberté industrielle, se fondant principalement sur ce que celte limitation s'étendait forcément aux adultes
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qui ne pouvaienl travailler qu'avec le concours dos enfants.
Ces plaintes étaient peu sincères et n'avaient pour but que de donner le change à l'opinion, car cet acte autorisait, pour des cas exceptionnels, la prolongation illimitée du travail, et, dès le début, l'exception était devenue la règle.
Ge qu'il y a de plus étrange, c'est que la loi ne concernait que les fabriques de coton, de lin, de laine et de soie, comme si dans les autres branches de la fabrication^, le travail forcé des enfants ne devait pas amener les mêmes conséquences.
Bien qu'en France les enfants, dans les manufactures, soient indignement exploités par le capital, on n'y comprendra pas comment l'école des lihre-èchangisles , pour avoir le droit d'exténuer en germe la vie de l'enfance , ose invoquer les principes de liberté.
Afin de se soustraire aux prescriptions de la loi, les manufacturiers inventèrent lesystème desrelais, au moyen duquel les enfants travaillent le matin dans une fabrique et le soir dans une autre. Je ne parlerais pas de ces indignes manœuvres, si elles ne donnaient la preuve que la pauvreté excessive des parents les rend complices de l'avidité des maîtres, si elles ne fournissaient la mesure des nécessités homicides qui pèsent sur la fabrication anglaise.
11 en fut ainsi jusqu'en 1844; les rapports des inspecteurs établissent que, pendant cette période, le nombre des enfants employés dans les manufactures a notablement diiuinué. Il est vrai que
l'accroissemeni de la population, en multipliant l'offre du travail, a permis aux manufacturiers de payer des adultes et même des hommes faits au taux des enfants.
Le travail des mines n'était pas compris dans les prohibitions légales, et souvent des enfants descendaient dans les fosses à charbon , en attendant que leur âge leur permît d'entrer dans les manufactures ; les filles elles-mêmes n'échappaient pas à cette occupation mortelle.
Pendant que le parlement s'intéressait aux souffrances des enfants dans les manufactures, il fermait les yeux sur le sort de ceux qui passaient chaque jour 12, 13 et 14 heures dans les entrailles de la terre. Pourquoi s'inquiéter des douleurs que n'éclairait pas la lumière du jour, et cependant que devenaient les mœurs, au milieu de ce pêle-mêle d'hommes, de femmes et d''enfanîs des deux sexes qui, presque nus, au sein d'une demi-obscurité, échangeaient entre eux les leçons d'une obscénité sauvage? La débauche, le vol, les rixes, tel était l'apprentissage auquel l'enfance était soumise.
Pour les fabriques restées en dehors de la loi, il en était qui recevaient des enfants de trois et quatre ans, souvent de cinq h six, en général de sept à huit. Dans quelques-unes, on comptait plus d'enfanisde sept à treize ans que de treize h dix-huit. Communément, les filles étaient plus nombreuses que les garçons; dans quelques ateliers même, les fenmies et les filles étaient seules admises; dans un seul atelier, ou a vu jusqu'à deux mille tilles et fenmies.
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Ce qui rend la position dos onfanls exlrènieinenl pénible, c'est qu'ils soni en dehors de la discipline de la manufaclure, et ne dépendent (|ue do roiivrier au incUer duquel ils sont attachés et (jiii parfois les achète diïecîemenl à leur faniille. 11 les fait travailler avec excès, les accable de coups et de mauvais trailements, les nourrit le plus mal qu'il peut, et les habille de hailloiis.
Souvent ces malheureuses créatures n'obtiennent ie nourriture qu'en raison de la tâche quelles ont accomplie; aussi quelle récolle la mort ne faitelle pas parmi ces enfants 1
Il n'y a pas à distinguer, fdles et garçons sont soumis au même sort, contractent les mêmes difformités : les scrofules, les ophthalmies, les consomptions sont les conséquences ordinaires de ce réghne, auxquelles viennent s'ajouter, pour les filles, les difficultés de l'enfanlemont.
Dans certaines professions où le travail est irrégulier, où une activité excessive succède au chômage, les enfants sont o])ligés de suivre le travail et de rester debout quelquefois trente heures sans désemparer. Pour les tenir éveillés, on leur fait prendre du tabac, on les fiappe, et, au besoin, on leur plonge, de temps en temps, la tète dans im baquet d'eau froide.
Tous ces faits sont empruntés à l'Enquête dressée en 1843. Le résultat, on le devine, c'est l'abrutissementde la génération, car l'Enquête de 1849 constate que la situation n'a fait que saggraver.
Les femmes ne sont venues que les deinières
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prendre place dans l'enfer industriel, et cela se conçoit. Pour que la mère de famille abandonnât son foyer, il fallait qu'auparavant tous les liens qui la rattachent h son mari, à ses enfants, fussent affaiblis par le régime de séparation et d'égoïsme qui résulte du travail manufacturier. L'acte du 10 août 1842, qui défendait d'employer les enfants mâles âgés de moins de dix ans aux travaux du iond dans les mines, défendit dune manière absolue d'y admettre les femmes et les filles.
En 1844, un nouvel acte du parlement assimilant les femmes aux jeunes gens de treize à dixhuit ans, fixa, pour elles, la durée du travail dans les manufactures à douze heures par jour.
Enfin, en 1847, intervint un dernier bill, qui rectifia et compléta les dispositions des précédents statuts. Désormais, les enfants de huit à treize ans ne peuvent être reçus dans une manufacture, que sur un certificat de médecin constatant leur bon état de santé. Les garçons de treize à dix-huit ans ainsi que les filles et femmes de tout âge, ne sont admis à travailler que dix heures par jour.
Le bill de dix heures, en restreignant proportionnellement le salaire, paraît avoir fait diminuer sensiblement la consommation de la viande, quoique le prix en ait été réduit de 2 ou 3 sous par livre. «Ce bill, dit un boucher de Manchester, a coupé le luxe du pauvre, et son luxe, c'est la viande. Des familles, qui naguère achetaient quatre livres de viande, par semaine, n'en consomment plus maintenant que deux livres. »
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Pour satisfaire au bill, les manufacturiers ont été obligés d'adjoindre des écoles à leurs ateliers, mais l'auteur de l'Enquête constate qu'ils l'exécutent imparfaitement, à regret , et que les enfants croupissent dans l'ignorance la plus grossière. Les réponses que font ces petits infortunés h l'auteur de l'Enquête sont si étranges qu'on peut à peine y croire. Non seulement ils sont dénués des notions les plus élémentaires, mais la plupart d'entre eux ignorent même jusqu'au nom du comté oîi ils vivent, de la ville qu'ils habitent, jusqu'au nom de cette Angleterre qui épuise leur vie et leur intelligence, pour aller porter sa renommée aux extrémités de la terre.
La condition physique des entants est -elle au moins meilleure que leur condition morale? Une des causes principales de la grande mortalité qui les frappe , vient de la négligence des mères qui sont forcées de les laisser au logis, pendant qu'elles travaillent à la fabrique. « C'est , dit l'Enquête , la tache la plus noire du système manufacturier. »
En effet, on verra, tout à l'heure, à quelle ressource désespérée les malheureuses mères ont été obligées de recourir, pour prévenir les accidents durant leur absence. Je rappellerai, seulement ici, qu'en ^1847, dans la seule ville de Manchester, la police a ramassé deux mille soixante-quatre enfants perdus, que, d'un autre côté, deux mille deux cent quatre-vingt-quatre ont été retrouvés par leurs parents à son de trompe ; en tout , quatre
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iliille trois ceiil quarante- huit enfants, soit dix-huil par jour, tombes aux hasards de ia rue.
Dans la même ville , en une seule année , on a compté cent dix enfants brûlés par l'eau chaude ou par le feu.
J'ai déjà parlé de la misère qui régnait à Wolverhamplon, à Willenhall et dans d'autres villes dépendant du ressort industriel de Birmingham. Je compléterai cet aperçu, en analysant quelques extraits d'un rapport rédigé par une commission officielle.
Chaque ligne de ce rapport atteste la dégénérescence de l'espèce ; on y voit que les enfants sont ou contrefaits ou réduits à un tel étal de maigreur et de dessiccation qu'ils paraissent toujours, à la taille et à la voix, beaucoup moins âgés qu'ils ne le sont réellement. Les filles sont encore plus maltraitées, leur organisation les rendant moins aptes à un labeur sans fin. Au dire de la Commission : « Ces infortunées créatures ne gotitent aucune des joies de leur âge ; jamais elles n'ont vu de fleurs, et elles ne connaissent la verdure que pour avoir été piquées par des orties. Lorsqu'elles sont parvenues à l'âge de seize et dix-sept ans, et qu'elles ont eu le bonheur de ne pas être déformées , elles ressemblent à des planches de sapin sciées en deux. »
« Le sort des apprentis dans ces districts, dit l'auteur de l'Enquête, est le plus horrible qu'on puisse imaginer. Le maître dispose de l'apprenti ( omme d'un esclave, et le traite suivant le caprice
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de sa brutalité et de son avarice. Pour la plus légère faute, l'enfant est privé de nourriture ou reçoit une tâche excédant ses forces. Comme récompense , on lui accorde la grâce de se livrer à un travail extraordinaire, mais dans ce cas, le maître prélève, à son profit, une forte partie du salaire. Et ce qu'il y a de plus infâme , après avoir passé sept années chez un maître, après avoir, pendant ce temps, supporté toutes les conséquences de cet esclavage, l'enfant ne sait rien du métier auquel il se destine, car le maître a eu soin de lui faire exécuter incessamment le même genrede travail mécanique, sans l'initier h toutes les branches de la fabrication. Souvent même , la personne de Tapprenti devient un objet de commerce pour le patron qui le loue ou le vend, comme il ferait d'un cheval ou d'un âne. On cite des cas où la dureté des maîtres est allée jusqu'au meurtre. »
L'humanité se révolte contre une organisation sociale qui ne peut subsister qu'à l'aide de pareilles énormités. Mais laissez se développer encore la tyrannie du capital, et après avoir vu l'homme éloigné de la manufacture pour fabriquer à meilleur marché, vous verrez sa femme et ses enfants, qui ont été réduits à lui faire concurrence, passer à leur tour par l'engrenage de la machine à production.