‹ De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-ÉloiChapitre 25 sur 42 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

« La commission nommée par vous pour visiter un cimetière mérovingien, découvert, disait-on, dans notre département, se flattait peut-être d’avoir clos la discussion par un exposé qui avait trompé bien des espérances. Certainement elle ne prévoyait pas l'orage qu'’allait soulever le rapport dont vous aviez ordonné la publication.

« Une réplique fort animée a paru dans le Correspondant. Selon l’usage immémorial des parties intéressées, votre commission en à été insiruite la dernière. La forme de ce nouveau mémoire provoque de faciles explications sur un sujet qui avait pu sembler épuisé, faute de matière réelle.

« I] y a de tout un peu dans l’article aussi agressif au moins que défensif de M. François Lenormant. Le jeune écrivain déclare que c’est à lui de descendre dans la lice pour défendre l'intérêt sacré de la science et rétablir la vérité contre les membres de la commission envoyée par la Société de l'Eure. Pourquoi lui plutôt que M. Charles Lenormant, son père, qui avait pris sous sa responsabilité la découverte solennellement annoncée aux cinq classes de l’Institut? Cela n’est pas très-clairement établi; on remarque bien cette insinuation, passablement cavalière, qu'il serait compromettant pour une haute position scientifique d'entrer

dans une telle lutte, de combattre contre de {elles atteintes ; au reste, peu importe. Il ne faudrait pas cependant abuser des droits de la piété filiale jusqu’à se dispenser d’un devoir, celui del’urbanité dans la discussion. Il ne suffit pas de prendre un ton de dignité offensée et d’infaillibité méconnue pour mettre le bon sens de son côté: et quand on prétend infliger, même à d'humbles académiciens de province, une lecon de savoir-vivre et de civilité puérile et honnête, il serait de bon goût de prêcher d'exemple et de donner une leçon encore, une lecon de style tempéré.

« IL n'en est pas ainsi, beaucoup s’en faut. Les membres de la commission sont traduits devant l'opinion publique sous de nombreux chefs d'accusation.

« Ils sont atteints, peut-être ne seront-ils pas convaincus sur tous les points :

« D'avoir cédé à une malheureuse disposition de la nature humaine en se refusant à admettre des faits qui viennent renverser leurs idées;

« De ne pas montrer une connaissance bien approfondie des usages de l'Eglise primitive, d'ignorer ce qu'on appelait des églises baptismales ;

« De n'avoir aucune autorité comme germanistes ;

« De n'avoir pas su, avant les découvertes de Saint-Eloi, qu'il existait des runes germaniques différentes des runes scandinaves ;

« De n'avoir pas entendu parler de l’oppidum gaulois de Peran et des fameux murs de verre de l’Ecosse et de l'Irlande ;

« De se croire plus habiles que l’illustre Grimm, et de n'être pas les premiers savants du monde.

« Sur ces divers points, le premier à part, ils peuvent être d'assez bonne composition, sans se laisser éblouir par tout cet étalage du fonds commun d'une érudition facile; mais il existe un autre ordre de griefs.

« Ils se voient accusés encore :

« D’avoir tenu à ne pas consulter M. Charles Lenormant ;

« De ne lui avoir pas même écrit un mot;

« D'avoir manqué aux règles de la plus vulgaire civilité ;

« D’être venus sur les lieux procéder comme à une enquête judiciaire ;

« D'avoir cherché à séduire et à tromper par de faux prétextes, et sans succès, les gens chargés de la garde de la maison pour s’y introduire subrepticement.

« Ces faits, M. François Lenormant est, dit-il, prêt à les prouver quand on voudra. Ils excitent son indignation, etil signale très-solennellement cette étrange et inexplicable conduite à l’animadversion du monde savant et du monde poli.

« Séduire — tromper — faux prétextes — subrepticement —indignation— animadversion : voilà de bien grands mots qui s’éloignent déplorablement des termes d’une discussion décente. Des preuves auraient été mieux venues ; mais les grands mots sont plus faciles à trouver que les inscriptions runiques.

« Votre commission, Messieurs, vous doit et se doit à ellemême de rétablir par le plus simple des récits des faits singulièrement dénaturés. Elle tient à honneur de constater que de sa part aucun oubli des convenances ne peut être reproché à l’accomplissement de la mission que vous avez bien voulu lui confier. |

« Il faut donc revenir au point de départ.

« Lorsque la proposition vous a été faite de visiter en votre nom le cimetière mérovingien de la chapelle Saint- Eloi, le baptistère de saint Taurin, la villa de Serquinius et le, vicus romain décrits par M. Charles Lenormant, aucun doute n’était venu altérer la juste satisfaction d’une découverte inespérée qui faisait renaître, sous une plume habile et savante , les origines les plus obscures de notre histoire locale. Si la Société de l'Eure pouvait encourir quelque reproche

dans une question toute de bonne foi et de loyauté, ce serait d'être arrivée un peu tard pour signaler au département

qu’elle représente un inestimable éclaircissement de ses annales , un premier chapitre de ses chroniques si miraculeusement retrouvé, si brillamment écrit. M. François Lenormant pense , il est vrai, que des découvertes comme on n’en trouve pas beaucoup en un siècle, ont pu, dans la Société de l'Eure , renverser des idées, froisser des opinions et des systèmes, Vous savez, Messieurs, combien cette supposition est hasardée. C’est sans tentation de critique, c'est avec la plus

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