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entière confiance , que la notice lue aux cinq classes de l'Institut a été accueillie par vous.
« Près d’un an s'était écoulé sans que la Société de l'Eure « eut paru faire attention à cette decouverte si importante « pour l'histoire de l'Eglise d’Evreux, et qui aurait dû inté- « resser à un si haut degré tous ceux qui s'occupent d’anti- « quités locales. » C’est M. Francois Lenormant qui insiste en ces termes sur cette longue attente ; plus loin, il appuie sur les obligations étroites d’une société dont M. Charles Lenormant est membre. Puisque la discussion arrive sur ce terrain, il faut bien l’y suivre. Oui, sans doute, plus d'un an s'était écoulé sans que M. Charles Lenormant eut daigné adresser à la Société, dont il est membre , un exemplaire de sa notice. C’est avec difficulté que vous vous l’êtes procurée, et cependant aucune voix dans vos séances ne s’est élevée pour qualifier cet oubli. Vous avez paru tacitement admettre qu'un membre de l’Institut, surchargé d'honneurs académiques, pouvait n'avoir pas conservé la mémoire exacte de tous ses titres. Evreux n’était pourtant pas très-naturellement oublié dans le baptislère attribué à son premier évèque. Mais, il faut bien insister sur ce point, la question de convenance négligée n'avait pas même été soulevée.
« Les membres de la commission n'avaient , comme la Société tout entière, qu'une pensée unanime: voir, de leurs yeux, voir, pour dire au département : nous avons vu. C'était leur devoir; c'était aussi leur droit. Il faut bien le dire aujourd'hui, puisqu'on le conteste; mais ils ne songeaient qu'au devoir.
« Ils s’acheminent donc vers Fontaine-la-Soret. Selon M. François Lenormant, ils auraient dû commencer par se mettre en rapport avec Monsieur son père ; s’instruire auprès de lui, probablement le prendre pour cicérone, l'appeler de Paris pour leur faire les honneurs de sa maison des champs et de ses découvertes. Et vraiment qu'aurait dit d’une prétention pareille la civilité puérile et honnête dont les leçons vous sont prodiguées par le jeune rédacteur du Correspondant ? Mais , encore une fois, la commission de la Société n’était pas guidée par un esprit de contrôle et de critique ; si elle allait voir et constater, elle s'attendait à voir; à peine espérait-elle vaguement rencontrer quelques preuves
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surabondantes pour payer son humble tribut à la grande découverte.
« Elle arrive enfin; elle suit le chemin public qui traverse les dépendances du vieux prieuré rajeuni pour devenir le pied à terre d’un prince de la science.
« Frapper à une porte cintrée, reste vénérable de l’ancien édifice religieux ; s’enquérir courtoisement de la présence ou fe de l’absence du savant académicien; exprimer le regret de 3 n'avoir pas eu la bonne fortune, peu probable, de le rencontrer; demander à l’homme chargé de la garde de la maison si son maître avait laissé et s’il pouvait montrer aux visi- ji teurs tout ou partie des soixante-quatorze inscriptions que M} mentionne la notice : voilà ce qui s’est très-naturellement | passé. C’est là ce que M. Francois Lenormant appelle chercher à séduire et à tromper par de faux prétextes. Que de JA bruit pour peu de chose! Pourquoi tromper? Pourquoi sé- | duire? Pourquoi de faux prétextes?
« Que faire alors? se diriger par un étroit sentier vers la chaumière du journalier Boutel? Mais pour quelle raison s'adresser à cet homme illettré ?
« Pour beaucoup de raisons, toutes des plus simples :
« Parce que c’est le plus proche voisin de l’ancien prieuré ;
« Parce que Boutel était chez lui;
« Parce que dans son domaine, qui se mesure par un nombre bien modeste d’ares et de centiares, devaient se trouver réunis le baptistère et la crypte décrits par M. Charles Lenormant ;
« Parce que tout contre cet étroit domaine s'étend le cimetière mérovingien de la notice.
« Il ne devait pas être difficile de trouver ensuite le vrai chemin du vicus et de la villa.
« Hélas! hélas! il a bien fallu vous rendre compte de la plus étrange des déconvenues.
« Les membres de la commission avaient des yeux pour voir, et avec la meilleure volonté de bien s’en servir, ils n'ont rien vu ;
« Rien, rien, rien.
« Pas de baptistère, mais un four à chaux, mais deux fours
à chaux et de l’espèce la plus grossière. Question du métier de chaufournier, et non de la science de l’antiquaire;
« Pas de cimetière mérovingien, mais un terrain non fouillé, sans ondulation, à moins de confondre une taupinière avec un tumulus ;
« Rien enfin.
« Il fallait partir honteux et confus d’être venus avec une bonne foi si robuste et d’avoir à redescendre des espaces imaginaires. Mais votre commission n'avait plus le droit du silence; elle vous devait un rapport, et elle commencait à comprendre que la vérité toute nue ne serait pas bien venue en tout lieu.
« Vous savez quelle susceptibilité, quelles récriminations acerbes a suscitées ce rapport écrasant, il est vrai, par sa simplicité véridique.
« Après avoir lu le factum de M. François Lenormant, plusieurs membres de la commission ont cru devoir retourner sur le terrain, munis de tous les verres grossissants qu'Evreux avait pu leur fournir; mais ils ont persévéré dans l'impénitence finale; ils méritent toujours l’anathème dont ils ont été stigmatisés sous forwe d’épigraphe :
« Oculos habent et non viderunt.
« Puisqu'’on leur a donné l'exemple de citer le Psalmiste, ils crieront bien haut :
« Clamabunt in gutture suo.
« Qu'ils n’ont rien vu, parce qu'il n’y avait, parce qu'il n’y a rien à voir; mais qu'ils ont admiré ce qu’une imagination créatrice pouvait tirer du néant.
« Ils se sont retrouvés en présence d’un pauvre homme absorbé dans une idée fixe, tout à l’amer et inconsolable regret de s’être laissé déposséder, pour la modique somme de quinze francs, d'un inestimable trésor. Quel trésor? il n’en sait rien, mais un trésor, un vrai trésor perdu pour lui. Oh! c’est un croyant que le journalier Boutel; ce n’est pas devant lui qu'il faut contester la certitude d’une grande et précieuse découverte. Cependant, question d'intérêt personnel à part, ses explications sur les diverses circonstances n'ont pas été sans valeur. Il n’a jamais hésité ni varié dans son récit.
« Il lui reste pour consolation dernière une pierre à laquelle M. François Lenormant attache une grande imporlance : un coin de cheminée où le nom de Baudulfus est inscrit en caractères d’une conservation merveilleuse, tant ils brillent de jeunesse et de fraîcheur. I] lui reste aussi un autographe du roi Childebert crayonné sur la muraille de sa chaumière, ou charbonné en tettres parfaitement moulées par quelque passant facétieux.
« Dans cette seconde visite, la commission était trop bien avertie pour ne pas rester sur ses gardes. Elle doit se rendre bon témoignage d’avoir respecte toutes les consignes, de n'avoir compromis aucun gardien.
« Si elle a pénétré dans la chapelle qui fait partie du domaine de M. Lenormant :
« C’est un droit qu’à la porte on achète en entrant.
« Et le tribut de trente centimes par tête pour le pèlerinage de Saint-Suron a été fidèlement versé entre les mains de la fermière.
« Cela ne sera pas sans doute traité de séduction, de tromperie, de faux prétextes et de violation de domicile. L’animadversion du monde savant et du monde poli ne sera pas invoquée.
« La question de procédés et de convenances est au moins épuisée. La commission, Messieurs, rend la parole à son rapporteur.
« Signé : E. DE BLOSSEVILLE, président de la commission ; DUMONT, secrétaire ; LEBEURIER, rapporteur ; SAUVAGE, BOURGUIGNON, BONNIN, COLOMBEL
(Emile), CH.-F. LAPIERRE, ARNOUX, membres. »
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Le Courrier de l'Eure publiait, dans son numéro
du 22 juillet 1841, un très-remarquable article de M. Charles Lenormant sur les fouilles du Vieil-Evreux et les belles statues qu’on venait d'y découvrir.
Le savant académicien commençait ainsi sa lettre
au rédacteur en chef du journal :
« La Chapelle-St-Eloi, 1er juillet 1841.