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été compris des savants. Mais quand nous aurons fait connaître ce qu'était, d’après la tradition, le père et la mère ODU ou ODVE, cette inscription s’expliquera d'elle-même et viendra justifier l’opinion que nous émettait sur l'antiquité de ces personnages l’auteur du Glaneur, ouvrage historique, malheureusement resté inédit, malgré l’annonce de sa publication. Mais qu'est-ce que la mère ODU? dira-t-on. Nous allons vous l’apprendre.
« Sur la route de Caen, entre Evreux et la Commanderie et tout près de Pithienville , il est une maison isolée, désignée sous le nom de {a Mère ODUE, et fort connue des voyageurs. Hé bien! cette maison n’a fait que remplacer une ancienne mansion romaine, sorte d'hôtellerie, comme on sait, servant à fournir des relais aux courriers de l’empire et le gîte aux voituriers gallo-romains. Située sur une des routes les plus fréquentées de la seconde lyonnaise, cette maison était desservie par un nommé ODU, ancien troupier des vieilles bandes du farouche Licinius, gouverneur militaire des Eburoviques, celui-là même qui fit fustiger si cruellement saint Taurin. ODU, après avoir obtenu son congé comme vétéran, s'était retiré les mains vides auprès d’un de ses anciens chefs de légion, nommé Petus Petinus , que ses grandes propriétés avaient appelé aux fonctions de décurion de la cité des Aulerques Eburoviques (Evreux), comme le témoigne une inscription trouvée à Limoges et publiée dans les mémoires de la Société libre de l'Eure. Ce Petus Petinus, qui avait largement butiné dans les guerres intestines de la Gaule, donna sans effort un petit coin de terre, dépendant de sa métairie ou villa de Pithienville, à son malheureux compagnon d'armes ODU. Il lui facilita, en outre, les moyens d'élever sur le bord de la voie romaine de Mediolanum à Noviomagus (d'Evreux à Lisieux) la maison dont nous avons parlé, et d’y tenir, comme on dit vulgairement, un cabaret ou bouchon. Remarquons, en passant, comme tout s’altère avec le temps. C’est cette même villa que les titres du moyen âge expriment par Pithienville, au lieu de Petin-Ville (Petini Villa) qu'elle devrait s'appeler. Le père ODU (vir odv), pour donner à son établissement toute la prospérité désirable, s'était empressé de conduire comme épouse, à l’autel de Junon, une ex-prê-
tresse du temple de Bacchus, dont il avait fait la connaissance à une assemblée des Libérales qui se tenait non loin de Mediolanum, dans un lieu qui, en souvenir du dieu qu’on y fêtait, a retenu depuis le nom de Bacquepuis, Bacchi podium, et non Bacchi puteus comme l'ont écrit dans leurs chartes quelques moines ignorants. Syria, c'est ainsi que se nommait cette ex-prêtresse, originaire de Gisai (ex vico Gisaco Aulercorum, maintenant le Vieil-Evreux), apportait en dot 8 lustres, un certain embonpoint, une figure fraiche et réjouie, et, de plus, 50,000 sesterces (environ 5,000 fr.), produit de 20 ans de service dans les autels. Elle ajoutait encore à ces avantages le secret de certains breuvages et de plusieurs philtres, dit-on. Quelle bonne fortune pour un cabaretier, qu'une telle femme! L’hôtellerie de Pithienville, dirigée dès lors par la belle Syria , ne tarda pas à être fréquentée par tous les postillons et muletiers de la Gaule celtique qui traversaient le pays des Aulerques Eburoviques. Comme chez la belle cabaretière de Vernon, si bien glorifiée par le moine Gaguin, on trouvait chez la mère ODUE
« Risus, verba, jocos, fulcra, cubile, merum
et autres délectations que je laisse décrire à la plume du moine historien.
« Le mansionnaire ODU, voyant ses affaires en si bonnes mains, s'était complétement effacé de l'administration domestique. L'activité de sa femme l'avait rendu paresseux, et, s’il montrait quelque capacité, c'était pour se livrer à des libations sourdes, en compagnie de quelques muletiers et le plus souvent avec son beau-père Syrus. Ce dernier avait contracté l'habitude de lever fréquemment le coude dans les fonctions d'appariteur d’un temple consacré au dieu des vendanges. Chargé d’emplir les amphores pour les sacrifices, il lui arrivait souvent, tant l’odeur du vin sacré troublait ses idées, de vider,à la barbe de Bacchus, les coupes préparées pour les libations. Ces distractions multipliées lui ayant attiré la colère des sacrificateurs, on invita le père Syrus à aller siroter ailleurs : car c’est là, pensonsnous, le point de départ de cette expression vulgaire siroter {vox ex Syro desumpta, disent les vieux lexicographes).
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Quoi qu’il en soit du beau-père et du gendre, l'hôtellerie de Pithienville n’en étendait pas moins au loin sa renommée. Mais un jour, hélas! jour néfaste, sans doute, le décurion Petinus eut besoin de l'assistance du père ODU pour se faire conduire à la magnifique villa de Serquinius (aujourd’hui Serquigny), où l’attendait un splendide festin. Mais, soit que le père ODU, ce jour-là, eût trop sacrifié à son dieu favori, soit mauvaise fortune, toujours est-il que , près d’arriver à destination , il fut assez malhabile pour heurter violemment contre une borne milliaire le char qu'il conduisait, et assez malheureux pour aller piquer une tête sur la voie publique, d’où il fut relevé mort. Quant à notre décurion, il en fut quitte pour une secousse qui ne fit qu’aiguiser son appétit. Le père Syrus et sa fille, mandés sur les lieux, rendirent les derniers devoirs au vieux mansionnaire et placèrent sur ses cendres l'inscription que M. Lenormant nous a fait connaître ‘et que nous complétons de la sorte :
VIRI ODV BENEM.
SYRVS ET SYRIA, EX VICO GISACO
AVLERC., POSVERVNI.
IN AETERN. BIBE. (1).
« Ainsi finit, vers la fin du IVe siècle, d’après l’acte mortuaire ci-dessus, le mansionnaire ODU. Sa veuve, quelque peu inconsolable, n’en continua pas moins de gérer avec succès l'hôtellerie de Pithienville, où pendait pour enseigne la Sirène. Elle sut si bien, jusqu’à la fin de ses jours, charmer par ses philtres les postillons de la vieille Gaule, que ceux-ci, en retour, transmirent à leurs successeurs le nom de la mère ODUE comme celui d’une divinité bienfaisante.
(4) On ne sait si on doit lire ici bibe ou vive, car les Gallo- Romains employaient indifféremment le B pour le V, et vice versa. Si le père Syrus a concouru à la composition de l'inscription, le choix alors n’est plus douteux, d
C'est ainsi qu'après bien des siècles son nom est arrivé jusqu’à nous. Et l’on parlera encore longtemps, sous le chaume ébroïcien, de la mère ODUE. — Explicit.
« D'après un vieux légendaire d'ODU,