‹ De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-ÉloiChapitre 8 sur 42 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

L’un des plus tristes spectacles qu’il soit donne à l’homme de contempler est celui d’une belle intelligence s’attachant à l’erreur comme à son bien propre, et rejetant fa vérité avec un superbe dédain. C’est ce dernier rôle qu’a librement choisi M. Charles Lenormant. L’illustre académicien n’a voulu entendre ni les avertissements des témoins de sa découverte, ni les conseils de ses amis, ni les murmures de l’opinion publique. Depuis la publication de notre rapport, il a chargé son jeune fils, non pas d’adoucir et d’atténuer ses premières assertions, mais de renchérir encore sur les hyperboles de son langage, et de transformer les deux pauvres excavations que nous avons si souvent examinées, en des constructions dont il donne les plans et les coupes, et qu’il ose comparer aux murs de granit vitrifié de Peran et de Sainte-Suzanne.

Stupéfaits d’une telle hardiesse, notre première pensée a été de ne pas répondre ; mais, comme M. François Lenormant s'appuie sur des faits maté-

riels dont le plus grand nombre de ses lecteurs ne peuvent constater l’inexactitude, nous avons cru utile de le refuter brièvement, dans un second rapport, malgré la répugnance que nous éprouvons et que tout le monde comprendra. Laissant donc au lecteur le soin de faire justice äe beaucoup de contradictions et de raisonnements par trop naïfs de notre jeune adversaire, nous nous attacherons aux faits principaux qui peuvent achever d'éclairer l’opinion publique et de fixer son jugement (1).

H est toutefois un reproche auquel nous tenons à répondre immédiatement , c’est celui de n’avoir pris nos renseignements qu'auprès de Boutel. M. F. Lenormant ne pouvait ignorer que, dès le principe, la commission , par quelques-uns de ses membres, s'était mise en rapport avec tous les témoins de la découverte, excepté MM. Lambert et Le Blant. Par une réserve qu’on à bien voulu approuver, nous avons évité de citer des noms propres, avec autant de

(1) On nous permettra néanmoins de signaler quelques-uns de ces petits moyens d’écolier, dont use encore le jeune Lenormant. Il s’est donné la peine de copier les noms des membres de la commission ; mais il en a retranché celui de M. Bonnin, l’un des savauts contemporains dont les fouilles archéologiques ont eu le plus d'importance et qui possède en cette matière une longue expérience et une autorité incontestable. Il insinue (p. 14-902) que le plan de M. Arnoux n’est pas levé à la roulette , lorsque celui ci a eu soin de donner son échelle de proportion avec ses points de nivellement et de repère. M. Arnoux a fait le nivellement du terrain avec des instruments de précision, en sorte que la coupe de uotre plan donne la pente réelle du coteau, tandis que sur le plan de M. Lambert cette pente est notablement amoïndrie. Enfin, notre jeune adversaire affirme (p. 6, 7-894, 895), sans doute pour combattre l’idée d’un faussaire contemporain , que les inscriptions du baptistère ont été trouvées sous l'emplacement d’un four construit depuis plus de 20 ans; or la motte de ce four existe encore aujourd’hui à plusieurs pieds de l’excavation B, et l'entrée était du côté opnosé,

AURA ER COTE AGO ne à nié 2 GER LE ACTA

soin que M. Lenormant en met à présenter comme ses garants {ous ceux qui ont cru pouvoir le visiter dans sa villa de Saint-Eloi. Aujourd’hui encore, il nous suflira de montrer à nos lecteurs à quoi se réduit la plus imposante des autorités qu’on nous oppose, celle du père de l’archéologie normande, le savant et vénérable M. A. Le Prévost, membre de l’Institut. Sous la date du 20 mai 1852, M. A. Le Prévost avait écrit à M. Bonnin une longue lettre, où il établissait que le Gisai de saint Taurin devait être placé aux environs du Vieil-Evreux (1). Après la publication des découvertes de M. Lenormant, nous consultâmes M. À. Le Prévost, et nous lui demandâmes entre autres choses si ces découvertes ne l'avaient pas fait changer d'opinion sur l'emplacement de Gisai. Le savant académicien nous répondit qu’il persistait dans son premier sentiment ; et il nous a autorisés à le publier, en nous écrivant sous la date du 27 février 1856 : « Je répéterai ce que je crois connu de toutes les per- « sonnes intéressées dans ce débat, c’est que j'ai placé « depuis longtemps au Vieil-Evreux le Gisacus de la « légende de saint Taurin et de deux inscriptions « antiques, et que je persiste dans cette opinion. » Nous passerons sous silence l’accusation d’avoir manqué de politesse et d’égards, ce point ayant déjà été traité dans une lettre que vous ont adressée les membres de la commission et que le Correspondant a dû insérer dans son numéro du 25 février 1856 (2).

(1) On trouvera cette lettre à la suite de ce rapport, appendice II.

(2) On trouvera cette lettre à la suite de ce rapport, appendice I.

Page 1