‹ De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-ÉloiChapitre 9 sur 42 · DU BAPTISTÈRE · texte numérisé non relu

DU BAPTISTÈRE

Nous avions affirmé qu'il n'existait ni cuve baptismale . ni mur proprement dit, mais un terrain terminé en forme de cuve et des pierres superposées sans aucun mortier, nous ajoutions que le peu de largeur du canal CC et de l’espace resté libre entre la cuve et un mur qui n'aurait pu avoir moins de 40 centimètres excluait absolument l'hypothèse d’un baptistère.

M. F. Lenormant avoue que le canal CCn’avait que 45 centimètres; mais il aflirme que les fragments de la cuve sont en sa possession (p. 19-907) (1), que le mur ayait 20 centimètres d'épaisseur, et que les fragments qui le composaient, tout couverts encore de mortier, auraient pu entrer dans un mur de 15 centimètres (p. 15-903).

Nous répondrons à notre tour : Boutel, qui seul a vu les choses en place, nous à toujours déclaré, apres comme avant la publication de M. Lenormant fils, que l’encuvement B était formé de terre, qu'aucune pierre ne se trouvait ni au-dessus ni au-dessous de la couche de charbon qui le tapissait. Si donc des fragments d’une cuve en pierre ont été retrouvés parmi les déblais, ils appartiennent au prétendu mur d’ap-

(4) Toutes les fois que nous citerons M. F. Lenormant , nous donnerons deux chiffres : le premier indique la pagination du tirage à part de l’article du Correspondant, le second indique la pagination du Correspondant lui-même.

RE DEN RME PER ve

a td oran SEE GARE AMEN ES PU D 7 Te Gt

pui du baptistere, où leur présence suffit pour détruire tout le système de MM. Lenormant.

Mais ces fragments de cuve, objet des habiles restitutions de M. Lambert. existent-ils en réalité? On nous permettra d’en douter. Dans la savante famille Lenormant, l'imagination atteint des développements prodigieux , et M. Lambert est un architecte hors ligne, qui du moindre débris fait renaître un monument, comme un paléontologiste . ajoute M. F. Lenormant, fait revivre avec un seul os un animal antédiluvien (p. 20-908).

Nous aflirmons de nouveau que plusieurs des fragments de colonne n’ont sur aucune face moins de 40 centimètres, et que dès lors le mur, dont on les suppose provenus, eût dû avoir au moins cette épaisseur. Ces fragments, recouverts encore en quelques endroits des restes du sol marneux dans lequel ils ont séjourné, ne portent aucune trace de mortier ; et Boutel a toujours dit que les pierres qu'il a extraites de l’excavation B y formaient une espèce de mur à sec : ce sont ses expressions. Lorsque nous fimes vider, avec des précautions infinies, cet emplacement du prétendu baptistère, nous n’y rencontrâmes aucun vestige de maçonnerie, et M. Charles Lenormant reconnaît lui-même qu'avant son arrivée Boutel avait enleve jusqu'au dernier moellon. (Notice, p. 3.) Quand donc M. F. Lenormant écrit (p. 9-897) que des arrachements de mortier et de pierre lui ont permis de suivre la direction du mur et de lui assigner 20 centimètres d'épaisseur, il contredit son illustre père, et il énonce, pour les besoins de la défense, une assertion complétement inexacte.

Enfin, du canal CC, qui, d’après les déclarations

ss PONT es

de Boutel, était couvert et n'avait que60 centimètres de haut, M.F. Lenormant fait « un passage décou- « vert... bordé par des murs aussi hauts que ceux « du reste de Ia construction » (p. 16-904), c’est-àdire de 1 mètre 40 centimètres (1).

Après les erreurs matérielles viennent les erreurs historiques. On ne peut s'empêcher de sourire en voyant le jeune Lenormant citer l'exemple de saint Philippe et accuser le rapporteur de votre commission d'ignorer les usages de l'Eglise primitive, et d'appliquer au siècle de saint Taurin ce qui ne convient qu’au ve et au vie siècle, à l’Eglise pacifiée et organisée (p. 20-908) : « Je demanderai seulement, « dit-il, si saint Philippe, quand il baptisa l’eunuque « de la reine Caudace {sic) (2), lui fit attendre Pâques « ou la Pentecôte, et le fit retourner jusqu’à Jérusa- « lem. » En vérité, la question est par trop platsante. Il ne s’agit pas, en effet, de savoir si au milieu de ses courses apostoliques , saint Taurin a baptisé des catéchumènes dans la fontaine Saint-Eloi , mais bien si le saint prélat a construit un baptistère, c’est-à-dire un édifice destiné à la collation régulière du baptême, à 1 kilomètre de cette fontaine, dans un lieu probablement inhabité, loin de sa cité épiscopale et en dehors même du territoire de cette cité(3).

(1) Les dires de Boutel sont évidemment confirmés par ce fait, que les pierres de boutisse ‘et les tuiles romaines sont beaucoup moins nombreuses qu’elles ne le seraient si elles avaient formé deux murs de À mètre 40 centimètres de hauteur sur 2 mètres de longueur chacun.

(2) Trouvera-t-on ce Caudace un peu compromettant ?

(3) La Risle formant la ligne de démarcation entre le territoire des Aulerques et celui des Lexovii, le baptistère de M. Lenormant se trouve sur le territoire des Lexovii.

D'AAE SRE CENTS ARE Em 44

AE GO OS EE M Cu AU te

__ op

En disant que les baptistères des premiers siècles étaient adjacents aux principales églises, la cominission n’a fait que rappeler un fait admis par les auteurs qui font autorité en cette matière, entre autres parle P. Morin, Dom Martène et Dom Chardon. L’une des raisons de cette discipline est que dans les premiers siècles , et en particulier au siècle de saint Taurin, la confirmation n’était pas séparée du baptême (1) et elle ne l’est pas encore aujourd'hui dans les Eglises d'Orient (2). Or, si le simple prêtre pouvait conférer le baptême, la confirmation, au moins dans l'Eglise latine, était réservée à l’évêque seul (3). Dès lors les baptistères devaient être à la portée de l’évêque, dans l'enceinte ou près de la cité épiscopale. Plus tard , les deux sacrements furent séparés, par suite, en partie, de la création d’églises baptismales sur divers points d’un même diocèse; mais alors encore les principales églises d’un diocèse eurent seules le privilége d’être baptismales. Ce sont là des points

(1) Vid. Tertul., lib. de haptismo, cap. 7 et 8 : « Egressi de la- « vacro perunguimur benedicta unctione. » Saint Cyprien, + 258, Epist. ad Jubajanum : « Quod nunc quoque apud- nos geritur, ut « qui in Ecclesia baptizantur, præpositis Ecclesiæ offerantur, et « per nostram orationem ac manus impositionem, Spiritum Sanc- « tum consequantur et signaculo dominico consummentur. » Cet usage s’est maintenu assez longtemps dans l'Eglise latine, et on le trouve très-nettement formulé dans la décrétale attribuée au pape Melchiade , + 314, et citée par Gratien : De consecratione, dist. V, d. 3: «Sed ita conjuncta sunt hæc duo sacramenta ut ab « invicem, nisi morte præveniente nullatenus possint segregari : et « unum sine altero rite perfici non potest. »

(2) V. Allatius. De perpetua consensione, lib. 3, cap. 48.

(3) V. le texte de saint Cyprien, cité précédemment c. f. r. D. Chardon, Histoire des Sacrements, sect. 2, ch. VI.— D. Martène, de Ant. ecel. ritibus, lib. À, cap. 2, art, 3.— De consecratione, dist. V, cap. Manus quoque et passim.

d'histoire qu’on n’ignore pas dès qu’on teinture de l’antiquité ecclésiastique.

Quant aux baptistères des premiers temps, leur forme , leur étendue, leur ornementation pouvaient sans doute varier beaucoup; mais le bon sens dit que tous ces édifices devaient offrir un bassin où l’immersion d’un adulte pût avoir lieu facilement, et assez d’étendue, pour y placer convenablement toutes les personnes qui participaient à administration du sacrement (1). Le prétendu baptistère de Saint-Eloi ne remplit pas ces conditions, même en admettant les mesures données par notre jeune contradicteur. La disposition qu'avait généralement le bassin , disposition naturelle d’ailleurs, est fixée par les expressions descendere in fontem qu’emploient tous les anciens auteurs. À Saint-Eloi, il eut fallu dire ascendere (2).

a quelque

(4) Le jeune Lenormant trouve étrange (p. 21-909) que nous ayons compté les parrains parmi les personnes présentes au baptême, puis il essaie de prouver doctement qu'on n’admettait qu'un seul parrain dans l'Eglise jusqu'au XIIe siècle. Nous nous permettrons de lui répondre que le contraire est prouvé par les textes de saint Léon, + 461, et du concile de Metz, en 888, qu’il cite lui-même, car on n’a pas besoin de défendre ce qui n’a pas lieu. Dans un passage célèbre, Tertullien parle des parrains comme étant plusieurs, sponsores, et nous trouvons le commentaire naturel de son texte dans une lettre de saint Augustin (ép. 98, ad Bonifacium), où le saint docteur suppose constamment que plusieurs personnes présentaient un enfant au baptême : « Regenerans ergo Spiritus in majo- « ribus offerentibus et parvulo oblato renatoque communis est. Ideo « per hanc societatem unius ejusdemque Spiritus prodest offeren- « tium voluntas parvulo oblato,.... Unde miror parentes in istis « rebus tam fidenter pro parvulo respondere ut dicant eum tanta « bona facere quæ, ad horam qua baptizatur, baptizatcr interro. « gat. » La vérité est que sur ce point la discipline de l'Eglise n’a pas été uniforme, et aucun texte n’établissant l’usage des Eglises des Gaules au temps de saint Taurin, nous pouvions dire le parrain ou les parrains, et M. F. Lenormant aurait pu se dispenser de montrer une érudition trop jeune encore pour être sûre d’ellemême.

(2) V. la coupe de M. Lambert.

BORNE RM > age 0 VU DES ROYILEE TA

Es Lee

M. Ch. Lenormant a donc compromis, de gaieté de cœur , sa réputation d'homme de science et d’esprit, en donnant comme un baptistère du mie siècle le singulier édifice que nous devons au crayon trop complaisant de M. Lambert. Toutes les données de l’histoire se réunissaient pour lui faire rejeter l’idée d’un baptistère primitif d’une telle forme et dans un tel lieu, quand même les faits matériels auraient paru s’y prêter. Mais que faut-il penser quand l'illustre académicien dénature ces faits eux-mêmes pour les plier, bon gré mal gré, à un système préconeu et inadmissible ?

Page 1