ANCIENNE
Siège de Syracuse par les Athéniens , ïan 4 1 3 avant J.- C.
La plus florissante république de la Sicile était la ville de Syracuse, Cette cité puissante, riche, Lien peuplée , située sur la côte orientale de l'île , était composée de cinq quartiers différens, qui tous renfermés par de fortes murailles , et forti£és avec des tours , de distance en distance,, formaient en quelque sorte, autant de places fortes , et présentaient à peu près la figure d'un triangle. Du côté delà mer, on remarquait File d'Ortygie , qui renfermait la citadelle , et commandait aux deux ports qui l'environnent. Elle communiquait par un pont avec Achradine , le plus h eau , le plus grand , le mieux fortifié de tous les quartiers. Audessus d'Àchradine , on voyait , d'un côté, le quartier de Tyque et celui de Néapolis, ou Tille-Neuve, qui, séparés l'un de l'autre par un mur, s'avançaient
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tous deux en pointe vers l'occident , et se terminaient à une hauteur qui les commandait , et qu'on nommait Epipole.
Une vaste enceinte de muraille renfermait tous ces quartiers; et cette muraille immense était défendue par deux forts nommés, l'un Eurivèle, et l'autre Labdale.
La seizième année de la guerre duPéîoponnèse , les Ségestains , opprimés par les Sélinontains que soutenaient ceux de Syracuse, vinrent implorer le secours d'Athènes. Jamais cette république n'avait été si puissante } et en même temps si enivrée de sa grandeur. Suivant lavis d'Alcihiade , et malgré les vi ves représentations de INicias , le peuple écouta favorablement les prières des députés. On équipa sur-lecharnp une superbe flotte de cent cinquante navires, et Ton en donna le commandement à Àîcibiade , à INicias et à Lamachus. On fit voile vers Syracuse ; et pendant la nuit on entra dans le grand port, et Ton prit terre près d'Olympie, sans avoir été aperçu. Les Syracusains avaient fait de grands préparatifs ; et pleins de courage , ils avaient résolu de se bien défendre. L'arrivée soudaine des ennemis les déconcerta cependant un peu ; mais bientôt ils bannirent cette première ter-
DES PLACES FOUTES. 5
reur', et se mirent en bataille devant, les murs de leur patrie. On donna le signal en même temps de part et d'autre. Le combat fut opiniâtre ; et la victoire passa plus d'une fois de l'un à l'autre côté. Un orage qui survint tout à coup intimida les Syracusains. Ils plièrent et se retirèrent dans la ville , après une longue et vigoureuse 'résistance. Cet échec ne servit qu'à ranimer leur ardeur. L'on rétablit et l'on augmenta les fortifications ; et pour mieux opérer, on confia toute l'autorité, militaire à un seul clief , qui fut Hermocrate, personnage également illustre et par sa valeur et par son expérience.
Cependant les Athéniens s'emparèrent d'Epipole ; et , malgré les fréquentes sorties des assiégés, ils vinrent à bout d'environner la ville d'un mur de circonvallation. meias, par le rappel et l'exil d'Alcibiade , et la mort de Lamachus , tué dans une action , se vit sans collègue , et. seul maître de toutes les opérations. Ce général paraissant oublier tout à coup sa lenteur ordinaire , fit entrer sa flotte dans les deux ports, et pressa vivement la ville par terre et par mer. Syracuse ainsi bloquée , et toujours vaincue , se voyait réduite à la dernière extrémité. Déjà les
citoyens désespérés songeaient à se rendre, lorsque Cylippe, capitaine lacédémonien, envoyé à leurs secours avec de bonnes troupes j survint tout à coup , sans que Kicias se fût mis en peine de l'empêcher d'aborder, tant il comptait sur la victoire! Aussitôt l'espérance renaît dans tous les cœurs. La joie publique fait cent folies. On proclame le Spartiate père et libérateur de Syracuse. Ce général ne trompa point l'attente des alliés. Il commença par faire savoir aux Athéniens qu'il leur donnait cinq jours pour sortir de Sicile. On ne daigna pas répondre à cette proposition. Quelques soldats demandèrent au hérault, u si la présence d'une cappe lacédémoni- « enne et d'un méchant bâton pouvait faire «c changer la fortune ? ïi Enfin il fallut / de part et d'autre, se disposer a uue bataille. Le fort Labdale fut emporté d'assaut, et tous les Athéniens qui le défendaient passés au fil de Tépée. Tous les joins on en venait à de petits combats, où Cylippe avait toujours l'avantage. Tant de pertes affaiblirent tellement INicias , qu'il fut obligé de se cantonner vers la côte de Plemvre , qui forme l'entrée du grand port , afin d'y conserver ses bagages et de pouvoir soutenir sa flotte. Il n'y fut pas long--
temps en repos. Le Lacédémonien vînt l'attaquer , emporta ses forts , s'empara d'une partie de ses bagages , pendant que les Syracusains battaient sur mer la flotte ennemie. L'infortuné IVicias était dans la dernière consternation. Il avait instruit Athènes du triste état où se trouvait l'armée depuis le débarquement des Spartiates ; on lui avait promis du secours , mais il n'arrivait point , et ses besoins étaient pressans. Enfin il était sur le point de périr, lorsqu'on vit une flotte, athénienne de soixante-treize galères , commandée par Démosthène , entrer fièrement dans le port. Ce général, moins expérimenté que brave , pour profiter de l'alarme où son approche inopinée avait jeté la ville , forma sur-le-champ quelques attaques, contre l'avis de Nicias. Sa témérité lui coûta, cher. 11 perdit un grand nombre de soldats , et détruisit en un instant toutes les espérances que son arrivée avait fait naître. Bientôt les Athéniens se virent réduits à une extrémité plus grande encore qu'auparavant. On songea à lever le siège , après avoir tenté la fortune dans un nou^ veau combat naval ; la victoire fut encore pour les assiégés, qui ôtèrent même à leurs ennemis les moyens dafuir.par mer,.
en les enfermant dans le grand port. Il fallut donc tâcher de s'échapper par terre. Hermocrate en ayant eu avis , s'empara de tous les passages, à J'insçu des Athéniens. Ces malheureux fugitifs s'étant mi s en marche pendant la nuit,, tombèrent dans les emhuscades qu'on leur avait dressées de toutes parts. lisse défendirent longtemps comme des lions ; mais , vaincus par le nombre , par la fatigue et par la faim; ils se rendirent tous à discrétion. On les jeta dans la prison publique , où ils menèrent une vie plus triste mille fois que la mort Ja plus cruelle. INicias et Démoslhène , leurs chefs , périrent par la main du bourreau, au mépris de la parole qu'on leur avait donnée. Telle fut l'issue de celte guerre qui durait depuis plus de deux ans > et dont Athènes s'était promis les plus grands avantages.
Persoune n'ignore que cette ville soutint deux siècles après , un siège également célèbre , par les ressources que le génie d'Archimède déploya dans sa défense contre les R.omains commandés par îe consul Marcellus. Mais enfin la famine , îa peste et les séditions forcèrent les Syracusains de se rendre ; la ville fut livrée au pillage } ArclJmède fut tué par un soldat
qui ne le connaissait pas  et Marcellus s'honora lui-même eu faisant à ce grand homme de magnifiques obsèques.
Siège de Veïes par les Romains , 390 ans avant J.-C,
Xa république , fatiguée de se voir sans cesse traversée dans ses projets par les "Veïens , leur déclara la guerre, après une trêve de vingt ans ; et pour mieux réussir dans ce grand dessein , on résolut le siège de leur capitale. Située sur un roc très-escarpé , abondamment pourvue de tout, la famine seule pouvait la réduire. L'ouvrage était long , mais il n'effraya pas. 11 fallait défendre le soldat des rigueurs de l'hiver : on lui dressa des tentes de peaux, qui lui tinrent lieu de maisons. Les Veïens, dans une sortie , avaient surpris les assiégeans , brûlé leurs machines , ruiné la plupart de leurs ouvrages. Tous les ordres de l'Etat , enflammés du désir de la vengeance , jurèrent de ne point partir du carnp que la ville n'eût été prise. Les chevaliers auxquels la république devait fournir des chevaux , offrirent de se monter à leurs dépens. Le sénat, charmé de ce zèle unanime, assigna pour la première lois
IO DE fcA DEFENSE
une paye aux gens de cheval , et à tons les volontaires qui se rendraient au siège. On eut bientôt rétabli les ouvrages ruinés. On en fît. de nouveaux et plus considérables que les premiers. Borne concevait les plus grandes espérances , lorsque les bi ouilîeries et la haine des tribuns militaires, L. \irginius et M. Serghis, qui commandaient l'année, firent presqu'échouer ses efforts. Les Capenates et les Falisques, voisins des Veïens , et par conséquent intéressés à leur conservation , armèrent secrètement , surprirent et attaquèrent le camp des Romains. Les deux tribuns ne pouvant vivre ensemble) s'étaient séparés , et avaient partagé l'armée en deux corps» Les ennemis tombent sur Scrgîus.
En même temps , les assiégés , de concert avec eux, font une sortie et l'attaquent de leur côté. Le soldat étonné combat faiblement. On cherche bientôt sa sûreté dans la fuite. Tout s'ébranle > tout se confond ; la déroute devient générale»
Virginius aurait pu sauver son collègue ; mais il aima mieux satisfaire sa jalousie et sa haine , en jouissant de sa défaite. Le sénat les obligea d'abdiquer leur charge. On fit leur procès, et on les condamna à une grosse amende : faible punition pour
un sî grand" crime ! Les Falisques et les Capenates, enflés de leurs succès, revinrent à la charge; mais pour cette fois ils furent repoussés avec une perte considérable. Cependant le siège n'avançait pas beaucoup ; et tout l'effort des armes romaines se terminait a ravager les terres des ennemis. L'année suivante , la guerre fut encore plus malheureuse. Sous de vains prétextes de religion , on déposa les tribuns militaires dont on n'était pas content. On eut recours à un dictateur , comme dans les plus pressans besoins de la république. M. Furius Gamillus , dont la rare valeur et la haute capacité avaient brillé plus d'une fois dans le commandement , fut élevé à cette suprême dignité. La présence de ce grand homme rétablit la discipline militaire } énervée par la division des chefs > et ramena la fortune sous les étendards des Romains. On serra la place de plus près ; et par son ordre , on releva les forts que les ennemis avaient renversés , il défit les Falisques et les Capenates; et après cette victoire , de mauvais augure pour la ville assiégée , il fit pousser l'attaque avec beaucoup d'ardeur. Mais , désespérant enfin de réussir par la force , il eut recours à la sape et aux mi-
nés. Ses soldats à force de travail, et à l'insçu des assiégés, s'ouvrirent une route souterraine , qui les conduisit jusque dans le château. De là , se répandant dans la ville , tandis que le général amusait les Veïens par un assaut, les uns allèrent charger ceux qui défendaient les murailles; les autres rompirent les portes, et toute l'armée entra eu foule dans la place. Les citoyens éperdus ne savent où fuir. Toutes les issues sont fermées. Les uns sont écrasés sous la chute des maisons qui s'écroulent. Les autres sont consumés dans les flammes. Partout on voit paraître l'affreuse image de la mort. Le soldat furieux immole tout ce qui s'offre à ses coups. On n'entend de toutes parts que des cris lamentables. Le dictateur , touché d'un si triste spectacle , fait cesser le carnage ; désarme les prisonniers , et pour s'acquitter de sa promesse , abandonne le pillage à ses troupes victorieuses. Ainsi tomba , après dix ans de siège , cette superbe ville qui avait été , durant trois cent cinquantesept ans , la plus redoutable rivale de Rome. La république n'apprit cette victoire qu'avec les transports de la joie la plus vive j et tous les ordres de l'Etat
-DESPLACES FORTES. Ij
s'empressèrent à l'envi d'honorer le triomphe de Camille.
Siège de Tyr par Alexandre-Je- Grand, 332 ans avant J.-C.
L'ancienne ville de Tyr ayant é*té détruite par INabuchodonosor 5^3 ans avant l'ère chrétienne, les habitans s'étaient retirés dans une île voisine où ils bâtirent une nouvelle ville qui porta le même nom, et dont la gloire effaça bientôt le souvenir de la première.
La nouvelle Tyr s'appelait orgueilleuse-* ment la Heine de la mer , qui en effet lui apportait le tribut de toutes les nations du monde. Elle voulait bien reconnaître Alexandre pour arni , mais non pour maî^ tre. Le conquérant de l'Asie la fit sommer de se rendre. Il ne fut point écouté; il se disposa donc à l'attaquer dans les formes. Il éleva une digue, qui fut d'abord ruinée par les assiégés, avec tous les ouvrages qui avaient coûté bien des sueurs à ses soldats. 11 ia rétablit avec plus de peine encore ; mais, lorsqu'on l'achevait , un vent impétueux la renversa. Il y fît travailler de nouveau ; et, pour chasser les ennemis qui étaient maîtres de la mer, ilassem-
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Ma une flotte. La digue fut bientôt conduite au point où la voulait Alexandre. 11 fit dresser des tours et des béliers , et s'avança avec, sa flotte contre les murailles. Les Tyriens, désespérés , ne savaient quel parti prendre , lorsque tout-à-coup il s'éleva un furieux orage qui les sauva encore pour cette fois. Ils avaient envoyé des ambassadeurs à Carthage , pour demander du secours à cette colonie sortie de leur seiu. Elle était dans un aussi triste état que sa mère. Frustrés de cette espérance , ils ne perdirent point courage. Pour se défendre avec plus d'intrépidité, ils envoyèrent leurs femmes et leurs enfans à Carthage -, il n'y eut point d'inventions et de stratagèmes dont ils ne s'avisassent pour ruiner les travaux des assiégeant , et faire échouer leurs attaques vives et fréquentes. Enfin le roi de Macédoine , irrité, lit donner un assaut général.- Jamais l'on n'attaqua et l'on ne se défendit avec plus de valeur. Alexandre lui-même monta sur une haute tour ,' où , étant reconnu par la richesse de ses armes, il servit de ;but à tous les traits des assiégés. Les Macédoniens , animés par l'exemple et le danger de leur prince > redoublèrent de courage/ prirent enfin la ville , et tuèrent tout ce qui
s'offrit à leur fureur. On fit trente mille prisonniers, qui furent tous vendus. Cette ville avait soutenu , durant sept mois, tous les efforts d'Alexandre ? l'an 332 avant J.-C.
Siège de Lilybée par les Carthaginois ? Jan 242 avant J.-C,
Lilybée était la plus forte place qu'eussent les Carthaginois en Sicile , et sa perte devait entraîner celle de tout ce qui leur restait dans l'île. Les Romains n'oubliè»rent rien pour s'en rendre maîtres , ni les ennemis pour la bien défendre. Les consuls, ayant fait jouer leurs machines , abattirent plusieurs tours à coups de bélier. Les assiégés, serrés de fort près ?, firent une sortie , la flamme à la main , pour ruiner les ouvrages : ils furent repoussés avec perte* Mais une autre fois , ayant profité d'un vent favorable , l'incendie qu'ils causèrent fut si grand , que tous les efforts des assiégeans ne purent l'arrêter. Cet accident fit changer le siège en bloc us. La nouvelle qui en vint à Rome ,' loin d'abattre les esprits , sembla renouveler l'ardeur et le courage des citoyens : dix mille hommes passèrent le détroit et al-
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lèrent joindre les assiégeans. Cependant ce renfort ne hâta pas le succès du siège. Les flottes romaines chargées de porter des vivres er des machines , furent ou défaites à force ouverte ; ou brûlées par Carthalon qui les surprit; enfin -, une tempête causa tant de dommage à la marine des Romains , qu'il ne leur restait plus que deux vaisseaux ; ils renoncèrent donc à la mer sans lever pourtant le siège de Lilybée. On fut plusieurs années sans faire rien de remarquable. C'étaient tous les jours de nouvelles ruses de guerre , des pièges, des surprises , des approches , des attaques; mais rien n'était décisif. Il fallut faire de nouveaux efforts pour équiper une nouvelle flotte : le zèle des particuliers eut bientôt mis deux cents galères en mer : on en donna le commandement au consul Lutatius, qui s'empara de tous les postes avantageux qui étaient aux environs de Lilvbée. Il prévoyait qu'il faudrait incessamment venir à un combat ; aussi n'oublia-t-il rien pour en assurer le succès. La flotte ennemie parut bientôt. Le dessein d'Hannon , qui la commandait , était d'approcher d'Eiyx sans être aperçu des Romains y pour y déposer ses vivres et prendre avec lui le vaillant Amilcar ; mais le
consul pénétra ses vues, et les fit échouer par sa présence subite. Il indiqua le combat pour le lendemain. Malheureusement le vent se trouva favorable aux eimemis. Il hésita s'il devait donner la hâtai lie; cependant y faisant réflexion qu il n'aurait à faire qu'à des vaisseaux chargés et pesans , au lieu que , s il attendait le calme ? ij lui faudrait combattre contre l'élite dé l'armée de terre , et , ce qui était encore plus formidable , contre le courage intrépide d'Amilcar , il ne délibéra plus ; il fit donner le signal. L'animosité des deux nations rendit le combat cruel et douteux ; mais l'infatigable valeur des Romains remporta. Les Carthaginois prirent la fuite -, cinquante de leurs vaisseaux furent coulés à fond, et soixante-dix pris avec tout l'équi* page. Le nombre des prisonniers passa dix mille. Cette défaite désespéra Cartilage : elle demanda la paix à quelque prix que ce fut ; Rome la lui vendit cher. Un des articles du traité était l'évacuation de Lilvbée et de toute la Sicile. Ainsi finit la pre^ mière guerre punique.
Siège de Sagonte par Aunibal , Van â i g avant J*-C.
Annibal , qui avait hérité de son père une haine mortelle contre les Romains , ne put voir sans indignation l'asservissement de sa patrie à ces fiers républicains. Jl prépara tout de loin pour rompre avec succès l'indigne traité par lequel Carthage avait perdu ses plus beaux domaines ; et , formant dès-lors le dessein hardi de porter la guerre et la terreur de ses armes jusqu'aux portes de Rome > il commença le siège de Sagonte, ville puissante et riche, alliée des Romains , et qui seule pouvait faire échouer ses ambitieux projets. On éleva des ouvrages , on attaqua la ville de trois côtés différens , on fit agir le bélier ? on ébranla les murs, on fit tomber des tours; mais les Sagontins se défendaient avec courage. Tous les jours on en vient aux mains; la victoire est souvent incertaine , et si l'ennemi fait des brèches 9 elles sont aussitôt réparées par de nouveaux murs. Les Romains apprirent l'extrémité où étaient réduits leurs fidèles alliés": au lieu de voler à leur secours, on envoie une ambassade à Cârthage. Elle y fut reçue avec hauteur. Le plus ancien des dé-*
pûtes demanda la Ganse du siège de Sagonte. Les sénateurs ne répondirent point à sa question : k Je porte , leur dit-il d'un ton fier en leur montrant un pan de sa robe qui était plié , je porte ici la paix ou la guerre; choisissez. » On lui répondit qu'il pouvait choisir lui-même. « Hé hien \ je yôus donne donc la guerre , » répliquat-il en déployant le pan de sa robe. ul\ous l'acceptons de bon cœur et la ferons de même , m s'écrièrent les Carthaginois avec fierté. Ainsi commença la seconde guerre punique (l'an de Rome 534- ) Cependant Annibal pressait le siège avec beaucoup d'ardeur. Les Sagontins étaient réduits à la dernière misère et se voyaient sans ressources. On parla d'accommodement; mais les conditions leur parurent si dures, qu'ils ne purent se résoudre à les accepter. Les sénateurs firent porter dans la place publique tout leur or et leur argent 7 et celui qui appartenait eu commun à l'Etat, le jetèrent dans le feu qu'ils avaient fait allumer pour cet effet y et s'y précipitèrent eux-mêmes. Dans ce moment , une tour que les béliers frappaient depuis longtemps, tombe tout-à-coup avec un bruit épouvantable. Aussitôt les Carthaginois entrent €n foule dans la ville ; s'en rendent
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maîtres en peu de temps , et passent au fil de l'épée tons ceux qui étaient en âge de porter les armes. Malgré l'incendie , le Lutin fut fort grand : Annihal réserva tout l'or et tout l'argent pour servir à ses desseins. Ainsi fut prise cette ville infortunée, victime de 5on alliance avec les Romains , après huit mois du siège le plus cruel et le plus laborieux qui fut jamais.
Siège de Carthage par les Romains > i46 ans avant J.-C.
Carthage sur pied , rappelait toujours le souvenir des batailles de Trasimène et de Cannes. C'était une perspective affligeante pour Rome. On résolut de la détruire, et ce fut le sujet de la troisième guerre punique. A peine les Carthaginois eurentils appris que l'armée romaine approchait, qu'ils envoyèrent des députés aux consuls, pour se livrer , eux et tout ce qui leur appartenait, entre les .mains des Romains. Après leur avoir demandé des otages , on leur ordonna de livrer eans fraude et sans, déiai généralement toutes leurs armes.
Cet ordre était dur ; mais il fallait se résoudre à l'accepter. On l'exécuta sur-lechamp. On vit arriver dans le camp une
longue suite de chariots chargés de tous les préparatifs de guerre qui étaient dans Carthage ; deux cent mille armures complètes ; un nombre infini de traits , de javelots *, deux mille machines propres à lancer des pierres et des dards; Marchaient ensuite les députes carthaginois , accompagnés de ce que le sénat avait de plus respectables vieillards , et la religion de plus vénérables prêtres , pour tâcher d'exciter la compassion, ic Je loue votre promptiatude? leur dit Censorinus , l'un des » consuls. Le sénat vous ordonne encore » de sortir de Carthage qu il veut détruire, » et de transporter votre demeure où il » vous plaira , pourvu que ce soit à quatre » lieues de la mer. » Ce fut un coup de foudre pour les députés. En vain se livrèrent-ils aux plus grands transports de la douleur; en vain essayèrent -il s d'attendrir les Romains : il fallut partir t et porter à Carthage cette réponse désespérante. Un cri générai apprit au peuple quel était son sort , et aussitôt le désespoir, la rage, la fureur . s'emparèrent de tous les cœurs. On se détermina tout d'un coup à défendre la patrie. Asdrubal eut le commandement des troupes. On se hâta de fabriquer des armes. Les temples , les palais , les
places publiques devinrent autant d'ateliers. Hommes et femmes y travaillaient jour et nuit. Chaque jour on faisait cent quarante boucliers, trois cents, épees, cinq cents piques ou javelots , mille traits, et un grand nombre de machines pour les lancer. On manquait de matières pour faire des cordes : les femmes coupèrent leurs cheveux. Les consuls actuels et leurs successeurs ne firent rien de considérable ; ils se contentèrent d'assiéger faiblement la rivale de l'Empire , et plusieurs fois même ils essuyèrent de grandes pertes.
Ce ne fut que la troisième année de la guerre, que Scipion, surnommé depuis le second Africain "} et petit-iîls adoptif du grand Scipion , ayant été déclaré consul , eut la gloire de renverser Cartilage. Cette superbe ville contenait alors sept cent mille habitans. Elle était située dans le fond d'un golfe environnée de la mer, en forme d'une presqu'île , dont l'isthme, qui la joignait au continent , était large d'une lieue et un quart. La presqu'île avait dix-huit lieues de circuit. Du côté du continent , outre la citadelle appelée Byrsa , la ville était close d'une triple muraille haute de trente coudées . sans les parapets et les tours qui la flanquaient /à égales
distances y et qui étaient séparées l'une de l'autre , de quatre-vingts toises. 11 y avait deux ports du côté au couchant. Le premier était peur les marchands , l'autre pour les vaisseaux de guerre ; ainsi , l'on peut distinguer trois parties dans Carthage : le port qui était double , appelé quelquefois Cothou , à cause d'une petite île de ce nom qui était vis-à-vis ; la citadelle Byrsa , et la ville proprement dite , qui environnait la citadelle , et était nommée Megara.
Scipion , après avoir rétabli la discipline militaire entièrement ruinée , songea à pousser le siège avec vigueur. Ayant fait prendre à ses troupes des haches , des leviers et des échelles, il les conduisit , de nuit , en grand silence , vers Megara qu'il attaqua vivement, en jetant de grands cris. Les ennemis furent effrayés de cet assaut nocturne et soudain. INeanmoins , ils se défendirent avec courage > et le-s Romains ne purent escalader les murai] les." Scipion aperçut une tour qu'on avait abandonnée : il y envoya un boit nombre de soldats hardis et déterminés , qui, par le mojen des pontons, passé*rent de la tour sur les murs , se jetèrent dans Megara, et, en brisèrent les.portes.
Le général y entra dans le moment , chassa de ce poste les ennemis qui-, troublés par cette nouvelle attaque aussi imprévue que la première , et croyant que toute la ville avait été prise , s'enfuirent dans la citadelle > et y furent suivis par les troupes même qui campaient hors de là ville. Elles abandonnèrent leur camp aux Romains , et songèrent aussi à se mettre en sûreté. Asdrubal , irrité de cette honteuse déroute , fit avancer sur les murs tout ce qu'il avait de prisonniers romains , et à la vue des ennemis , il leur fit subir les supplices îespluscruels. On leur crevait lesye;i\ on leur coupait le nez, les oreilles, les doigts ; on leur arrachait toute la peau de dessus le corps avec des peignes de fer ; enfin , on mettait le comble à cette barbarie , en les précipitant du haut des remparts. Ces exécutions inhumaines firent horreur aux Carthaginois; mais le tyran ne les épargnait pas eux-mêmes , et plusieurs sénateurs, qui s'opposaient à son despotisme , payèrent de leur vie leur zèle trop généreux. Scipion se voyant maître de l'isthme , fit construire un mur du côté des assiégés , qu'il acheva au bout de vingt jours, et qui mit ses troupes en sûreté , en même temps qu'il coup ait les
vivres à la place , où l'on n'en pouvait plus porter que par mer , ce qui souffrait de très-grandes difficultés , parce que la flotte romaine faisait une garde exacte. Après ce grand ouvrage , si heureusement exécuté 7 il en entreprit un autre plus étonnant encore ; ce fut de fermer l'entrée du port par une levée. Les assiégés insultèrent d'abord à l'apparente témérité du consul \ mais , quand ils virent que l'ouvrage avançait considérablement, ils commencèrent à craindre , et songèrent à prendre des mesures pour le rendre inutile. Femmes et enfans , tout le monde se mit à travailler, avec un tel secret, que Scipion ne put jamais rien apprendre par les prisonniers qui rapportaient seulement qu'un grand bruit sefaisait entendre dans le port , sans qu'on sût ce qui s'y faisait.
Enfin , tout étant prêt , les Carthaginois ouvrirent tout d'un coup une nouvelle entrée d'un autre côté du port , et parurent en mer avec une flotte assez uombreuse, nouvellement construite avec les vieux matériaux qui se trouvèrent; dans les magasins. On convient que , s'ils avaient été surle-champ attaquer la flotte romaine \ ils s'en seraient infailliblement rendus maîtres , parce qu'ils l'auraient trouvée sans
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râmetïrs , sans soldats f sans officiers. îïs se contentèrent de braver les ennemis x et ne se présentèrent que deux jours après pour se battre sérieusement. Cette bataille devait décider du sort des deux partis ; elle fut longue et opiniâtre. Dans le combat , les brigantins carthaginois se coulant par-dessous les bords des grands vaisseaux des Romains ? leur coupaient tantôt la poupe , tantôt le gouvernail , et tantôt les rames \ et s'ils se trouvaient pressés , ils se retiraient avec une promptitude merveilleuse y pour revenir incontinent à la charge. Enfin , les deux armées ayant combattu avec un égal avantage jusqu'au soleil couchant , les Carthaginois se retirèrent , dans le dessein de recommencer le lendemain. Une partie de leurs vaisseaux ne pouvant entrer assez promptement dans le port , parce crue l'entrée en était trop étroite7 alla mouiller auprès d'une terrasse tort spacieuse , où les Ptomains les poursuivirent. Le combat recommença encore pkis vivement que jamais , et dura bien avant dans la nuit. Les Carthaginois y souffrirent beaucoup ? et ce qui leur resta de vaisseaux se réfugia dans la ville. Le lendemain matin, Scipion attaqua la terrasse , sJy logea , s'y fortifia , et y
fît construire , du côté de la ville , une muraiile.de briques , sur laquelle il plaça quatre mille hommes, avec ordre de lancer sans cesse des traits et des dards sur les ennemis. Ainsi finit la campagne de Tan de Rome 6o5.
Au retour du printemps, Scipion annqua tout-à-la-fois le port appelé Cothou et la citadelle : il se jeta dans la^ grande place de la ville , voisine de Byrsa , et d'où l'on montait à cette forteresse par trois rues en pente / bordées , de côté et d'autre , d'un grand nombre de maisons , du haut desquelles on lançait une grêle de dards sur les Romains. Us furent contraints, avant de passer outre, de forcer les premières maisons , et de s'y poster 9 pour pouvoir de là chasser ceux qui combattaient des maisons voisines. Le combat ., au haut et au bas des maisons , dura pendant six jours , et le carnage fut horrible. Pour nettoyer les rues , et en faciliter le passageaux troupes } on tirait avec des crocs les corps des habitans qu'on avait tués ou précipités du haut des maisons ; et on les jetait dans des fossés , la plupart encore vivans et palpitans. Dans ce travail, qui fut long et pénible , on avait soin de relayer les soldats qui auraient succombé
à la fatigue. Le seul Scipion ne voulut point dormir , ni se donner qu'à peine le temps de prendre quelque nourriture. Les assiégés étaient aux abois , et, le septième jour de cette attaque on vit paraître des hommes en habits de supplians , qui demandaient, pour toute composition, qu'il plût aux Romains de donner la vie à tous ceux qui voudraient sortir de la citadelle ; ce qui leur fut accordé. Il en sortit cinquante mille, tant hommes que femmes , qu'on fit passer vers les camps , avec bonne garde. Âsdrubal se retrancha dans un temple dEsculape , avec les transfuges , au nombre de huit cents , et sa femme et ses enfans. 11 s'y défendit encore quelque temps ; mais enfin , vaincu par îa faim et la fatigue*, il faillit SUC-* cou ber. Le général carthaginois , qui voulait sauver sa vie , ..vint se rendre secrètement à Scipion , qui le fit voir aussitôt aux transfuges. Ces malhei reax, transportés de fureur, Vomirent contre le traître mille injures, et mirent le feu au temple. Pendant qu'on l'allumait, la femme d'Asdrubal , s' étant parte le mieux qu'elle put, vint se mettre à la vue de Scipion avec ses deux enfans , et après avoir accablé de reproches son perfide
époux, etinvoqaé contre lui la vengeance des Dieux et des Romains, elle égorgea ses enfans , les jeta dans le feu , puis s'y précipita elle-même : tous les transfuges en firent autant.
Ainsi tomba la superbe Cartilage , cette ville qui avait été si florissante pendant sept cents ans, et dont l'Empire était comparable aux plus vastes , aux plus redoutables puissances. Scipion ne put refuser des larmes aux derniers soupirs de cette république fameuse , la rivale de sa pa^ trie. Il l'abandonna au pillage pendant plusieurs jours , et fit mettre en réserve l'or, l'argent , les statues et les offrandes qui se trouvèrent dans les temples, et qui servirent d'ornement à son triomphe.
Siège de Numance par Scipion , i33 ans œvant J,-C*
Les Àrvaques , peuple d'Espagne y dont Numance était la capitale , avaient uni leurs forces à cellesde Viriathus. Les Romains songèrent à venger cette infraction des traités. Pendant plusieurs années on ne fit que quelques tentatives peu importantes. Q. Pompeïus , le premier noble de la maison des Pompées , voulut
entreprendre le siège de la capitale , mais il fut battu; et ses troupes furent tellement affaiblies y qu'il envoya des agens «ecrets pour conclure un traité de paix avec les Numantins. Quand son succeêeur fut arrivé , il nia qu'il y eût fait aucun traité , et la guerre recommença de nouveau. Les Romains essuyèrent encore de grandes pertes. Popiîius, leur générai , s'approcha de jVumance. Les hahitans n'allèrent point } suivant leur usage , à la rencontre de l'ennemi. Ils se tinrent renfermés dans leurs murs , sans paraître et sans faire aucun mouvement. Cette apparente tranquillité trompa le proconsul; persuadé que les assiégés, découragés par les défaites précédentes , craignaient d'en venir aux mains , il ordonna à ses troupes d'appliquer les échelles aux murailles , pour escalader la ville» On s'empresse d'obéir. Popilius alors, voyant qu'on ne se disposait pas à lui résister, conçoit quelque soupçon. 11 fait sonner la retraite. Mais le soldat , flatté d'emporter la ville d'assaut, et de s'enrichir du butin, se retire à regret et lentement. Toutà-coup les assiégés sortent par plusieurs pories ; renversent tous ceux qui étaient montés sur les échelles 5 poursuivent les
autres, et défont une partie de l'armée. Mancinus , successeur de Popilius > vint mettre le comble à l'ignominie des Romains. IL n'y eut pas une rencontre , il ne se donna pas uni? escarmouche où les Numantins n'eussent l'avantage ; ensorte que le soldat romain découragé , ne pouvait plus soutenir ni la voix , ni la vue d'un Numantin. Le générai voulut dissiper cette frayeur indigne des légions de la république. Dans cette vue , il s'éloigna de Numance pendant la nuit. Mais les assiégés -, avertis de sa retraite , partirent au nombre de quatre mille ; coururent , sans perdre de temps , après les fuyards ; donnèrent sur l'arrière-garde , en firent un grand carnage ; poussèrent le reste dans des lieui fort difficiles et presque sans issue ; et , quoique l'armée romaine montât à plus de vingt mille hommes, ilsTenveloppèrent de telle sorte qu'il ne lui fut pai possible de se retirer de ce mauvais pas. Mancinus désespéré , envoya un hérault > pour demander quelque composition. Il conclut un indigne traité, par le mil ictère de Tibérius Grachus , et partît pour R.ome. Ce traité fut déclaré nul ; et l'on continua une guerre qui affligeait extrêmement et qui déshonorait le peuple ro-
main. Vainqueur de tant der nations , il y oyait > depuis plusieurs années ; tous ses efforts échouer devant une ville , et ses armées presque toujours battues par des ennemis qui d'eux-mêmes étaient très-faibles ; et que la seule incapacité des généraux avait rendus jusques-là formidables.
Pour remédier à de si grands maux ) on songea à mettre en plaoe un homme d'un grand mérite , et qui fut capable de rétablir l'honneur de la république. Le destructeur de Carthage parut le seul en état de terminer la guerre de IXumance. On le créa consul, et on lui donna l'Espagne pour département.
A peine Scipion se fut-il montré à ses troupes ? que tout changea de face ^ la discipline fut rétablie , le luxe fut proscrit. Les femmes de débauche 7 qui se trouvaient dans le camp au nombre de plus de deux mille , les valets inutiles , les marchands , et tous ceux dont le talent est de nourrir la mollesse et le libertinage , furent obligés de prendre la fuite. Le soldat s'accoutuma à reprendre ses travaux ordinaires , et à se conformer aux ordres du général Cette importante réforme occupa Scipion pendant toute sa première campagne. Il vint ensuite
près de TVumance , pour y prendre ses quartiers d'hiver. En vain les assiégés présentèrent la bataille , le général romain ne l'accepta jamais. Une seule fois il en •vint aux mains avec eux , parce que ses fourrageurs étaient en danger. Il força les Rumantins de prendre la fuite -, mais il ne les poursuivit pas , content d'être parvenu à faire voir , à ses soldats , ce qui paraissait presquun prodige, ces fiers Espagnols fuyant devant eux. Pour ôter aux assiégés toute espérance et toute ressource , il fit < onduire une ligne de contre-vallation autour de la ville. ÎSumance était située sur une colline, et avait près d'une lieue de circuit , la contre-vallation en eut le double ; ensuite on creusa un large fossé qui fut re velu de pieux » et l'on construisit un mur qui avait huit pieds d'épaisseur et dix de hauteur, sans compter les créneaux. Le fleuve Durius passait le long des murs , et servait à faire entrer des vivres et des troupes dans la place. Pour le fermer , Scipion bâtit sur les deux rives deux forts , d'où il jeta sur toute la largeur du fleuve de longues et fortes poutres attachées , des deux côtés, à de gros cables. Ces poutres étaient armées de grandes pointes de fer , qui ,
étant perpétuellement agitées par le mouvement des eaux , fermaient ie passage aux nageurs et aux plongeurs , et à ceux <jui auraient voulu paraître dans des barques. Pour être informé de tout , il établit , sur toute 1 étendue des retranchemens , des soldats assez près les uns des autres , qui y jour et nuit , devaient donner avis , chacun à son voisin, de tout ce qui se passait et de tout ce qu'il apprenait. L'armée romaine montait à soixante mille hommes : la moitié était destinée à garder les murs ; vingt mille à combattre , quand il en serait besoin , et dix mille à relever ceux-ci , étales soutenir. Chacun avait sa place et son devoi* marqués , et les ordres qu'on recevait étaient exécutés sur-lc-chamn. Il n'étaij, pas possible qu'un siège si bien conduit ne couvrît de gloire celui qui en était l'âme. Vainement les INumaniins formaient-ils des attaques i ils rencontraient partout une main prête à repousser leurs inutiles efforts. Désespérés , ils se renfermaient dans leur ville , pour y dévorer un reste de provision que , jusqu'à ce jour, la famine avait épargnés. Quelqu'opiniâtre que fut leur courage , quelqu'excessive que fut leur fierté , les maux qu'ils
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éprouvaient les -contraignirent, de demander la parx. Abarus , chef de l'ambassade, dit à Scipion , que toute la grâce qu'il le suppliait de leur accorder , était de les traiter humainement , ou de leur per-r mettre de périr dans un combat, les armes à la main Le général romain leur répondit qu'ils n'avaient qu'à s'abandonner à la .discrétion des Romains 7 et livrer toutes leurs armes. Cette condition mit les assiégés en fureur: ils massacrèrent leurs députés 7 et recommencèrent leurs sorties , toujours sans succès. La famine devint si grande , qu'on se nourrissait de chair humaine. Vaincus enfin parce terrible fléau , ils se rendirent à Scipion. Plusieurs ne voulurent point, survivre à leur patrie , et se donnèrent la mort. La ville fut renversée de fond en comble ; tous les citoyens furent vendus , cinquante seulement furent réservés pour le triomphe du vainqueur. Tout le crime des Nufnantins avait été de ne point/fléchir sous la domination d'une république ambitieuse , qui prétendait donner des lois à l'univers. C'est faire 1 éloge de cette ville belliqueuse , que de dire que ,., pendant toute cette guerre qui dura tant d'années, elle n'avait que huit mille hommes qui
portassent les armes. Jugurtha et Marîus se couvrirent de gloire dans ce siège , et méritèrent l'estime de Scipion. Numance fut détruite l'an i33 avant J.-G.
Siège d'Alise (i) par Jules- César , 5z ans avant J.-C.
Le siège d'Alise est l'événement le plus mémorable de toutes les guerres de César dans les Gaules. Quoique les Commentaires de cet illustre général romain soient entre les mains de tout le monde , j'ai cru ne devoir rien retrancher de la relation qu'il fait lui-même de ce siège fameux ; parce que cette relation forme à elle seule , en quelque sorte , un excellent traité de l'attaque et de la défense des places ; on y retrouve des exemples de presque tout ce qui se pratique encore aujourd'hui , avec les seules modifications qu'a nécessitées le changement des armes j tous les actes de diligence , de
(i) Alise ou Alexie , ancienne ville de la Gaule celtique , n'est plus aujourd'hui qu'un village de Bourgogne , département de la Côted'Or, appel© Sainte-Reine , sur le mont Auxois.
bravoure et d'industrie qu'on peut attendre de deux nations qui combattent sous les plus illustres généraux de leur siècle , Tune pour la gloire , l'autre pour la liberté. S'il fauf enfin que l'une des deux succombe , c'est à cause du poids que mettent dans la balance du côté de son ennemi , le génie , la science et le bonheur* Voici donc , en son entier, la relation de ce siège , tirée des Commentaires de César , Guerre des Gaules , livre VU.
« xiprès avoir été témoin de la déroute de toute sa cavalerie , Vercingétorix fit rentrer ses troupes dans son camp , comme il les en avoit fait sortir , et prit aussitôt le chemin d' Alise , ville de l'Auxois , après avoir donné ordre au bagage de le suivre incessamment. César de son côté fit mettre le sien sur un coteau voisin sous la garde de deux légions, et se mit à sa poursuite tant que le jour dura, lui tua environ trois mille hommes de son arrièregarde , et le lendemain campa devant Alise. Après avoir reconnu la place , et, voyant les ennemis consternés depuis la défaite de leur cavalerie , qu'ils regardoient comme la principale force de leur armée , il exhorta ses troupes au travail, et
commença ses lignes de contre-vallation autour de la ville.
» Elle étoit située sur le haut d'un coteau fort élevé, en sorte qu'elle lui parut ne pouvoir être emportée que par un sié- <*e en forme. Au pied du coteau coûtaient deux rivières > Tune d'un côté , l'autre de l'autre. Il y avoit devant la ville une plaine d'environ une lieue de long; de tous les, autres côtés y des collines peu éloignées et de la même hauteur , entour oient la place. L'ennemi campé au pied des murs du côté qui regarde l'orient , occupoit tout le coteau de ce côté-là , et avoit devant lui un fossé et une muraille sèche , haute de six pieds. Notre ligne de contrevallation avoit près de quatre lieues de tour : notre camp étoit avantageusement situé , et défendu par vingt-trois forts, où l'on faisoit une garde très-exacte pendant le jour contre les sorties inopinées ; la nuit on j tenoit des troupes plus nombreuses ; et partout des sentinelles.
» Pendant qu'on travail 1 oit à ces ouvrages , il se donna un combat de cavalerie dans la plaine entrecoupée de collines , qui", comme nous l'avons dit plus haut, avoit une lieue d'étendue ; ii fut très-opiniàtre de part et d'autre. Comme la nôtre
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étoit pressée par l'ennemi , César envoya les Allemands pour la soutenir , et mit ses légions en bataille à la tête de son camp, pour arrêter l'infanterie ennemie en cas d'attaque. Cette précaution ranima notre cavalerie ; et les ennemis s'étant mis en fuite y s'embarrassoient les uns les autres par leur grand nombre, et s'étouffoient en voulant passer par des portes trop étroites. Les Allemands les poursuivirent vivement jusqu'à leurs retranchemens ; on en fit un grand carnage. Quelques-uns abandonnèrent leurs chevaux , pour tâcher de traverser le fossé et de passer par-dessus la muraille. Dans ce désordre , César fit un peu avancer les légions qu'il avoit placées à la tête des retranchemens : ce qui effraya encore plus les Gaulois qui gaidoient le camp : ils crurent qu'il venoit à eux du même pas r et se mirent à crier aux armes : l'effroi en porta plusieurs à se jeter dans la ville ; Vercingétorix en fit fermer les portes , de peur que le camp ne fût abandonné. Les Allemands ne se retirèrent qu'après avoir tué bien du monde , et pris un grand nombre de chevaux.
)) Vercingétorix résolut de renvoyer pendant la nuit toute sa cavalerie , avant que les Romains eussent achevé leur ligne
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de contre-vallation. En la congédiant , i\ donna ordre à chacun de retourner dans son pays , et d'en ramener tous ceux qui seroient en âge de porter les armes. Il leur représenta les services qu'il leur avoit rendus, les conjurant de ne .point l'abandonner, et de ne point laisser à la merci des ennemis un homme qui avoit tout sacrifié pour la liberté publique ; qu'il avoit des vivres à peu près pour un mois ; que cela pouvoit aller un peu plus loin en les ménageant ; mais que s'ils négligeoient de revenir dans ce terme , ils le feroient périr, lui et quatre-vingt mille hommes délite. Après leur avoir ainsi parlé , vers les neuf heures du soir il fit passer sans bruit sa cavalerie par l'endroit de nos lignes qui né'oit pas fini ; commanda, sous peine de mort , qu'on lui apportât tout le blé qui se trou voit dans la ville ; le distribua à chacun par mesure , mais petite ; en fit de même du bétail , dont les habitans de l'Auxois avoient amené une grande quantité : puis il fit rentrer dans la place toute l'infanterie qui campoit devant.
Dans cet état il résolut d'attendre le secours de la Gaule , et se mit en devoir de soutenir la guerre.
35 César instruit de toutes ces particulari-
tés par les prisonniers et par les déserteur?, fit travailler aussitôt aux fortifications suivantes. On creusa d'abord un fossé à fond de cuve dont les bords étoient escarpés , et qui avoit vingt pieds de largeur et de profondeur ; et à quatre cents pas de là il établit le reste de ses retranchemens ; par là il embrassa autant de tarrein qu'il en falloit pour empêcher que Ton ne pût si facilement l'envelopper , ni venir à lui en bataille , et que par surprise 7 ou de nuit, les ennemis n'accourussent en foule attaquer nos tranchées, ou lancer à tout moment des traits sur nos travailleurs. Il fit faire encore deux fossés de quinze pieds de largeur sur autant de profondeur , et Ion remplit des eaux que l'on tira de la rivière le fossé intérieur qui étoit dans la plaine et au pied des hauteurs. Derrière ces fossés on éleva une terrasse et un rempart de douze pieds de haut, garni d'un parapet à créneaux, et de gros troncs d arbres fourchus, plantés à la jonction du parapet et du rempart , afin d'empêcher i ennemi de monter: le tout étoit flanqué de tours placées à quatre-vingts pieds l'une de l'autre.
»ftos soldats étoient obligés en même temps d'aller chercher du bois . de pour-
voir aux vivres et de travailler aux fortifications : pour fournir à tout cela , il falloit aller loin , ce qui diminuoit le nombre de ceux qui restoient au camp. Les Gaulois faisoient d'ailleurs -souvent des sorties par plusieurs portes , pour tâcher d'interrompre nos travaux : César donc jugea nécessaire d'ajouter encore quelque chose à ces ouvrages , afin qu'il fallût moins de monde pour défendre ses lignes. Ayant ordonné d'abattre des troncs d'arbres ou de très-fortes branches qu'on polit et aiguisa par un bout > il fit faire un fossé de cinq pieds de profondeur devant les ligi.es, et l'on y planta ces pieux les branches en haut ; ils étoient attachés ensemble par le pied , afin qu'on ne pût les arracher. Il y en avoit cinq rangs liés ensemble et entrelacés les uns dans les autres \ de sorte que ceux qui s'y étoient engagés, s'embarrassoient et se blessoient à ces branches pointues •. les, soldats les appeloient des ceps. Au devant > on eut soin de creuser des fosses profondes de trois pieds , rangées en quinconces , plus étroites par le haut que par le bas. Là , on planta des pieux ronds ; gros comme la cuisse , durcis au feu et pointus , qui né sortoient de terre que de quatre doigts .,
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et qui y pour tenir plus ferme , étoient chausses de terre par le pied •• l'ouverture de la fosse étoit couverte de ronces et de broussailles pour cacher le piège* 11 y avoit huit rangs de ces fosses ainsi garnies , à trois pieds de distance l'un de l'autre. Les troupes les nommoient des lys, parce qu'ils y ressembloient. Au devant de tout cela. César fit enfoncer des semelles de bois d'un pied de long , garnies de pointes de fer , ou des espèces de chausses-trapes ; on en mit partout , à peu de distance les unes des autres : les soldats leur donnoient le nom d'aiguillons.
)) Ce travail fini, il fit tirer dans les terrains les plus unis qu'on put trouver , et dans l'espace d'environ cinq lieues de-circuit , une pareille ligne de circonvallation, qui pût mettre à l'abri des ennemis du dehors , afin que si en son absence ils venoient attaquer ces lignes , ils ne pussent, jmême avec les plus grandes forces , les investir de tous côtés ; et, pour éviter que ses troupes ne s'exposassent en allant tous les jours a^ix vivres et au fourrage, il leur ordonna de s'en fournir chacun pour trente jours.
)) Pendant que ces choses se passoient auprès d'Alise, les États de la Gaule s'é-
tant assemblés , réglèrent qu'au lieu de faire prendre les armes à tous ceux qui et oient en état de les porter , comme Vetcingétorix l'avoit ordonné , chaque peuple lourniroit un certain nombre de troupes , pour éviter le désordre et la confusion > pour que là discipline militaire fût mieux observée , et qu'il fût plus aisé de pourvoir aux vivres. En conséquence on taxa les Autunois, avec ceux de Suse , du INivernois et de Briançon , leurs vassaux, à 53,000 hommes; les Auvergnats avec ceux du Quercj 9 du Gévaudan et du Vêlai qui en dépendent , à un pareil nombre ; ceux de Sens , de la Franche-Comté , du Berri , de la Saintonge , du Rouergue et du pays Chartiain ; à 12,000 hommes ; 'ceux du Beauvoisis , à 10 000 hommes; les Limousins , au même nombre ; ceux du Poitou de la Touraine , de Paris et du Soissonnois , à 8000 hommes chacun ; ceux de l'Amiénois , de la Lorraine y du Périgord ., du tïainaut , de Boulogne et de l'Agénois , chacun à 5ooo ; les Manceaux , au même nombre ; les Artésiens, a 4°°° hommes ; ceux de Rouen , de Lisieux et dEvreux , à 3ooo chacun ; ceux de Bâle et du Bourbonnois, à 3o,ooo
toutes les nations situées le long de l'Océan y que les Gaulois appellent Armoriques , et du nombre desquels sont ceux de Quimpercorentin ? de Rennes , d'Avranches , de Bayeux , de Saint-Paul-de- Léon , de Tréguier et de Saint-Brieux , de Vannes et du Cotentin , chacune à 6000 hommes. Les peuples du Beauvoisis furent les seuls qui ne contribuèrent point } parce que , dirent- ils , ils vouloient en leur propre et privé nom faire la guerre aux Romains sans tenir à personne. Cependant à la prière de Comius, leur allié, ils envoyèrent '2000 hommes. )) C'est ce même Comius qui , comme on l'a dit, avoit servi César si utilement et ^vec tant de fidélité dans la guerre contre les Anglais ; aussi , en sa considération y ce général avoit exempté sa nation de tout tribut , l'avoit rétablie dans tous ses droits, et lui avoit même annexé le comté de Bourgogne. Mais telle était l'opinion de toute la Gaule pour recouvrer sa liberté et la réputation qu'elle avait eue dans les armes ? que cette nation , sans être touchée des bienfaits et de la bienveillance dont César lavait honorée , entra de tout son coeur dans cette guerre , et y contribua de tout son pouvoir. Les
Gaulois assemblèrent 8000 chevaux ex environ 24.0,000 hommes de pied. On en fit la revue sur les frontières du pays d'Autun j on leur donna des officiers , et on nomma pour les commander en chef Coirrius , seigneur d'Arras y Virdumare et Eporedorix , tous deux Autunois, et Vergasillaunus , Auvergnat, parent de Vercingétorix. On y ajouta un conseil des députés de chaque nation.
Tous partirent pleins d'ardeur et de confiance , et marchèrent au secours d'Alise : il nj en avoit aucun qui ne fût persuadé qui! ne serait pas .possible de soutenir seulement la vue d'une si prodigieuse multitude , surtout parce que nous aurions en même temps à repousser les sorties des assiégés , et à soutenir au dehors* tant de troupes de cavalerie et d'infanterie. )) Cependant ies assiégés qui a voient consumé tous leurs vivres, et qui voyaient le jour auquel ils âttendoient du secours expiré , ignorant ce qui se passoit chez les Autunois , assemblèrent leur conseil , et délibérèrent sur le parti qu'ils dévoient prendre. Les avis furent fort partagés ; une partie alloit à se rendre ? une autre à faire une vigoureuse sortie pendant crue la faim ne les avoit pas encore
affaiblis. Je ne dois pas ,-ce me semble , oublier ici le discours de Critognat , à cause de sa singulière et exécrable cru au-* té. Ce seigneur , d'une haute naissance et d'un grand crédit en Auvergne , parla ainsi : ce Je ne dirai rien du sentiment de » ceux qui donnent à un esclavage hon- » teux le nom de reddition ; on ne doit , m selon moi , ni les regarder comme m citoyens , ni les admettre dans ce con- » seil. Je ne m'adresse qu'à ceux qui sont ï pour une sortie , parce que je découvre , i) comme vous , dans leur opinion t des i) traits de l'ancienne valeur de nos ancê- » très. Mais c'est foiblesse et non pas fer- 5) meté , de ne pouvoir supporter un peu » la disette. Il se trouve aisément plus de . » gens qui s'exposent volontiers à la mort, » qu'il n'y en a qui souffrent patiemment » la douleur. Cependant je me rendrois «assez volontiers à cet avis ( car îlion- « neur a beaucoup de pouvoir sur moi ), » si en le suivant , nous ne risquions que >» de perdre la vie , mais ici en prenant » une résolution , il faut avoir égard à la » Gaule entière , que nous avons appelée » à notre secours. Quel sera , je vous prie, » le découragement de nos voisins et de » nos proches, s'ils se voient obliges de
» combattre presque sur les cadavres de » 80 mille hommes des leurs égorgés sur » la place ? Ne refusez pas votre secours » à ceux qui , pour vous en donner , né- » gligent leur propre vie ; n'allez pas par » imprudence , par témérité ou par foi- » blesse , accabler toute la Gaule , et la » précipiter dans une éternelle servitude. » Quoi î parce qu'ils ne spnt pas arrivés » précisément au jour marqué, vous dou- » teriez de leur fidélité et de leur cons- » tance ? Hé! quo* donc, pensez- vous » que les Romains s'occupent tous les » jours à se retrancher de plus en plus p » uniquement pour leur plaisir ? Si vous » ne recevez point de nouvelles de la » Gaule , parce que les passages sont ferai mes , les Romains ne vous assurent-ils » pas par leur conduite que le secours » approche ? C'est parce qu'ils en sont » effrayés , qu'ils passent les jours et les » nuits à faire ouvrage sur ouvrage. Quel a est donc à présent mon avis ? C'est vie » faire aujourd'hui ce que nos ancêtres » firent autrefois dans une guerre bien » moins dangereuse qu'ils avoient contre ^) les Cimbres et les Teutons : lorsqu'ils » se virent renfermés dans leurs villes , * et réduits à la même disette crue celle
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» que nous éprouvons, ils se nourrirent )) de la chair de ceux que leur âge rendait )) inutiles à la guerre, plutôt que de se « rendre aux ennemis. Si nous n'avions 5? pas cet exemple , je pense qu'en faveur » de la liberté , il serait très-beau de le » donner et de le laisser à nos descendans. « Car enfin qu'a-t-on jamais vu de pareil )» à cette guerre ? Les Cimbres , après » avoir ravagé la Gaule , et lui avoir porté » un coup mortel , se retirèrent enfin » pour courir dans d'autres pays ; ils nous )) laissèrent nos droits , nos lois , nos » champs , notre liberté. Mais les Ro- 31 mains, que demandent-ils? que veulent- » ils ? L'envie et la jalousie seules les )) conduisent : ils ne pensent qu'à accabler )) ceux qui se sont acquis de la réputation î) par leur valeur ; qu'à s'emparer de leurs 3) terres et de leurs villes , qu'à les faire » gémir sous un éternel esclavage ♦. ils 3> n'ont jamais eu d'autre but en faisant » la guerre -, et si vous ignorez ce qui se )) passe chez les nations éloignées de vous, 3> jetez les yeux sur la Gaule narbonnoise 3) votre voisine , qui après avoir été réduite 3) en province romaine , après avoir vu 3) ses lois et ses coutumes changées , assert. 2 5
5o DE LÀ. DEFENSE
» vie aux haches et aux faisceaux , gémit » sous un joug sans fin. a
Chacun ayant dit son avis , il fut résolu que les malades , les vieillards , les femmes et les enfans sortiroient de la ville , et que l'on tenteroit tout , avant de suivre le sentiment de Critognat ; mais qu'on s'y résoudroit, s'il le falloit , et si Te secours tardoit trop , plutôt que de se rendre et d'accepter la paix. Les peuples de l'Auxoîs qui les avoient reçus dans leurs villes,, furent obligés d'en sortir avec leurs femmes et leurs enfans , et s'étant approchés de nos lignes en pleurant , demandèrent instamment d'être faits esclaves pour du pain ; mais César mit des gardes sur le rempart pour empêcher qu'on ne les reçût.
K Cependant Comius et les autres chefs à qui le commandement général avoit été donné 7 arrivent à Alise avec toute l'armée , et vont se poster sur une hauteur hors de la ville , environ à cinq cents pas de notre camp. Le lendemain toute leur cavalerie descend , et couvre toute cette plaine *de trois mille pas dont on a parlé , l'infanterie se tenant cachée sur les hauteurs y à quelque distance de là. Comme de la ville on découvroit toute la campagne,
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les assiégés ayant aperçu le secours 7 sortent avec empressement pour se féliciter les uns les autres > et pour se réjouir ensemble de leur arrivée. En même temps ils se rangèrent en bataille sous les murs de la ville , comblèrent sur-lechamp le fossé de claies et de fascines, et se préparèrent à mie sortie sur nous , et à tout événement.
)* César , a|)rès avoir placé son armée sur l'une et sur l'autre ligne de circonvallation et de con-trevallation y afin qu'au besoin chacun connût le poste qu'il devait occuper et s'y tînt , fit sortir sa cavalerie pour escarmouçher contre celle des ennemis. De tous les camps on voyoit ce qui se passoit dans la plaine , parce qu'ils étoient sur des hauteurs ; ce qui rend oit tous les soldats attentifs à voir quelle serôit l'issue de cette escarmouche. Les Gaulois avoient jeté quelques archers et quelques gens armés à la légère dans leurs escadrons de cavalerie , pour la soutenir si elle plioit > et pour arrêter l'impétuosité de la * nôtre. Us blessèrent d'abord plusieurs de nos cavaliers , qui furent obligés de se retirer. Les Gaulois , qui virent nos gens poussés par le grand nombre des leurs , se crurent assurés de la victoire : dans cette
persuasion , tous de concert , tant ceux qui étoient dans la ville , que ceux qui étoient venus au secours , jetoient de grands cris de joie pour encourager leurs gens. Comme les deux camps étoient témoins de ce qui se passoit , et que les belles actions non plus que les lâches ne pou voient être cachées, chacun étoit animé à Lien faire par le désir de la gloire et par la crainte de l'ignominie. L'action avoit presque déjà duré depuis midi jusqu'au soleil couché sans qu'il y eût rien de décisif; lorsque les Allemands , serrés tous ensemble en gros escadrons , tombèrent sur les ennemis et les poussèrent : les ayant mis en fuite, ils enveloppèrent leurs gens de traits et les taillèrent en pièces. Dans les autres quartiers, nos gens poussèrent aussi les ennemis et les poursuivirent jusqu'à leur camp sans leur donner le temps de se rallier. Ceux qui étoient sortis de la ville , affligés de cette défaite, et ne comptant presque plus sur la victoire , se renfermèrent dans leurs murailles.
» Les Gaulois n'ayant point paru en bataille tout le jour suivant préprrèrent pendant ce temps quantité de claies, d'échelles 7 de crocs ; et étant sortis vers
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minuit de leur camp y sans bruit , ils se coulèrent jusqu'aux retranchemens que nous avions vers la plaine ; ensuite , poussant tout d'un coup un grand cri pour avertir les assièges de leur : arrivée , ils se mettent à jeter leurs claies , et à coups de frondes , de flèches et de pierres } travaillent à déloger les nôtres de dessus le rempart; en un mot , ils attaquent le camp de toutes parts. En même temps Vercingétorix qui entend le cri , donne le signal et sort de la ville. Les nôtres courent aux retranchemensf, chacun prend le poste qui lui avoit été assigné les jours précédens ; et à coups de frondes , de fléaux, de leviers et de balles de plomb dont on avoit fait provision , ils épouvantent fort les assaillans. Nos machines les accablèrent de traits ; et comme Faction se pâssoit dans la nuit , il y eut des deux côtés beaucoup de blessés. M. Antoine et C. Trébonius , lieutenans généraux qui avoient ces quartiers-là à défendre, tiroient des soldats des forts éloignés, et les envoyaient au secours de nos gens partout où ils les voyoient pressés.
m Tant qu'on ne se battit que de loin > les traits que les Gaulois nous lançoient nous firent beaucoup de mal à cause de
ïa quantité -, mais en approchant , ou ils s'enferroient eux-mêmes dans les chausse-trapes , ou ils tomboient dans nos fossés et y étoient percés , ou ils ,périssoient des javelots qu'on leur jetoit, tant du rempart que des tours. Après bien des coups donnés et reçus de part et d'autre , le jour parut sans que nos retranchemens eussent été forcés en aucun endroit , et l'ennemi se retira dans la crainte d'être enveloppé et qu'on ne vînt ^ tomber sur lui des quartiers que nous avions sur la montagne. Cependant ceux de la ville , mettant eu usage tout ce que Vercingétorix avoit fait préparer pour l'attaque , comblèrent les premiers fossés -, mais cette manœuvre les ayant occupés trop long-temps , ils s'aperçurent , avant d'avoir pu arriver à nos retranchemens , que leurs gens s'étoient i-etirés ; alors , sans rien faire de plus , ils rentrèrent dans la ville.
i) Les Gaulois se voyant repoussés deux fois avec perte, délibèrent sur ce qu'ils doivent faire. Ils font venir ceux qui connoissent le pays, s'informent de la situation du haut de notre camp , et comment il est fortifié. Du côté du septentrion , il y avoit une colline qu'on n'avoit pu ren-
fermer dans les lignes à cause de sa vaste étendue*; nos gens avoient donc été obligés de les conduire le long du pied de la montagne et sur sa pente , dans un poste assez désavantageux. C. Antistius Réginus et C. Caninius Rebihïs > lieutenans généraux , gardoient ce quartier avec deux; légions. Les chefs des ennemis l'ayant fait reconnoitre par leurs espions > firent marcher de ce côté-là cinquante-cinq mille hommes choisis sur toutes les nations qui passoient pour avoir le plus de bravoure f ils réglèrent secrètement entr'eux quand et comment il faudroit faire l'attaque, et convinrent de la faire sur le midi. Ils donnèrent la conduite de ces troupes à Vergasillaunus , Auvergnat, l'un des quatre chefs, et parent de Vercingétorix. Vergasillaunus sortit du camp sur les six heures du soir avec ses troupes ; et ne se trouvant plus qu'à peu de distance de nos retranchemens vers le point du jour y il les cacha derrière la montagne , et les laissa se reposer de la fatigue de la nuit. Vers le midi , il se rendit au quartier dont nous venons de parler ; en même temps la cavalerie ennemie s'avance vers nos retranchemens du côté de la plaine > et
le reste de leurs troupes se montre en bataille à la tête du camp.
» Vercingélorix qui les aperçoit du haut du château d'Alise , sort avec son monde, ses longues perches , ses galeries couvertes,, ses fauîx , et tout l'attirail qu'il avoit fait préparer pour l'assaut. Le combat s'allume en même temps partout : tout est attaqué ; et s'il y a quelque endroit qui paroisse foible , c'est là que l'on court. Les Romains ont tant de fortification à défendre , qu'il ne leur est pas aisé d'être partout. Ce qui contribuoit, encore beaucoup à étonner nos gens pendant l'action, c'étoient les cris des Barbares, qui se faisoient entendre derrière eux , et la réflexion qu'ils faisoient , que leur salut dépencloit de la valeur des autres ; car on est souvent plus inquiet d'un danger éloigné ; que de celui que l'on a sous lei yeux.
» César avoit choisi un endroit d'où il pou voit voir ce qid se passoit dans chaque quartier , et ne manquoit pas d'envoyer du secours aux endroits qui en avoient besoin. Chacun se dit à soi-même y que c'est ici le moment de faire le plus grand effort. Les Gaulois d'un côté désespèrent de leur salut et de leur liberté, s'ils ne
viennent pas à bout de forcer nos retranchemens ; les Romains de L'autre , comptent que s'ils demeurent victorieux en cette occasion , ils verront la fin de leurs travaux. Le poste que nous avions le plus de peine à défendre , était celui où nous avons dit que Vergasillaunus fut envoyé, parce que cette petite élévation qui cornmandoit sur la pente avoit un grand avantage. Les uns nous lancent des traits de dessus cette hauteur , d'autres montent à l'assaut couverts de leurs boucliers ; àtout moment des gens frais relèvent ceux qui sont fatigués : la terre qu'ils jettent dans nos retranchemens, leur donne la facilité de les franchir , et les garantit de tous les pièges que nous avions cachés en terre; nous manquions d'armes et nos force» élGieuc épuisées.
»Dans cette circonstance , César détache à notre secours Labiénus avec six cohortes ; et lui ordonne , s'il ne peut pas arrêter les ennemis , de retirer les cohortes pour faire une sortie , lui recommandant de n'en venir là qu'à la dernière extrémité. Il va lui même encourager le reste , et les exhorter à ne pas se rebuter du travail , leur représentant que c'étoit alors l'heure et le moment de couronner
tous leurs combats précédens et d'en recueillir le fruit. Les troupes qui étoient dans la place, désespérant de pouvoir forcer les retranchement de la plaine à cause de leur hauteur y tâchent d'emporter les quartiers crue nous avions sur la. montagne-, et ils y portent tout ce cru 'ils avoicnt préparé pour l'assaut. Us délogent à force de traits ceux qui combat toient de dessus les tours : ils se font des passages en comblant le fossé avec de la terre et des fascines ; et avec des faulx ils détruisent le rempart et le parapet.
» D'abord César y envoie le jeune Brutus avec six cohortes : ensuite il y fait marcher Fabius y lieutenant général , avec sept autres ; enfin le combat s'échauffant de plus en plus ; il y va lui-même porter du secours. Il rétablit le CO™bf*t > repousse les ennemis : après quoi il se rend dans l'endroit où il avoit envoyé Labiénus. Il y fait venir quatre cohortes du fort le plus voisin , ordonne à une partie de la cavalerie de le suivre , fait sortir &Witre des lignes , et lui ordonne de tournlrcout autour, et d'attaquer les Gaulois en queue. Quand Labiénus vit que le rempart ni le fossé n'avoient pu arrêter les ennemis , il ramassa des forts voisins trente-neuf co-
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hortes que le hasard lui présenta , et envoya informer César du dessein qu'il a voit. César accourt pour se trouver à l'action.
» 11 est reconnu à la couleur de l'habit dont il avoit coutume de se parer dans un jour de bataille -, et les Gaulois qui de la hauteur le voient dans le penchant avec les escadrons et les cohortes dont ils'ctoit fait suivre , viennent commencer l'attaque. Un grand cri qui s'élève des deux côtés , se répète sur le rempart et dans tous nos ouvrages. Nos gens ayant lancé leurs javelots y mettent l'épée à la main ; en même temps notre cavalerie paroît à la queue des ennemis , et d'autres cohortes approchent. Les ennemis lâchent le pied, s'enfuient , et rencontrent notre cavalerie qui en fait un grand carnage. Séduîius, général et prince des Limousins ,. est tué; Vergasillaunus, Auvergnat, est fait prisonnier en fuyant ; soixante-quatorze drapeaux sont pris et apportés à César. De ce gra^ nombre d'ennemis, peu rentrent danWeur camp. Ceux de ïa ville qui virent le massacre et la fuite de leurs gens , perdirent toute espérance de se sauver , et abandonnèrent l'attaque de nos ouvrages.
Les Gaulois qui étoîent dans le camp en
ayant appris la nouvelle , prennent aussitôt la fuite. Si nos troupes n'avoient point été harcelées du travail du jour , et des perpétuelles attaques auxquelles il leur avoit fallu résister , elles auroient pu faire périr toute cette armée. Vers minuit, notre cavalerie fut envoyée à leur poursuite , atteignit leur arrière-garde > et en tua ou fît prisonniers un grand nombre : les autres se sauvèrent dans leurs pays.
»Le lendemain Verci ngétorix assembla le conseil , dit qu'il n avoit point entrepris cette guerre pour ses intérêts particuliers, mais pour la liberté commune ; que puisqu'il falloit céder au sort , il s'offroit à eux pour tout ce qu'ils voudroient faire de lui , soit que leur intention fût ou de le livrer vivant aux Romains 7 ou de les appaiser par sa mort. Sur cela on députe vers César , qui ordonne qu'on lui livre les chefs et les armes. Pour faire exécuter ces conditions , il se rend lui-même dans ses retranchemens à la tête de son camp. Là y les chefs ennemis paroissent oUjyant lui. V ercingétorix est remis entre ses iffcàïns, et les armes sont apportées à ses pieds» w
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Siège de Jérusalem par Titus , Tan nz après J.-C.
La ville de Jérusalem , si célèbre sous tous les rapports , a soutenu , soit dans les temps antiques , soit-dans ceux du moyen âge , plusieurs sièges fameux. Je ne parlerai ici que de celui qu'en fit Titus ; sous le règne de l'empereur Vespasien son père.
Jérusalem , bâtie sur deux montagnes escarpées , était divisée en trois parties ; la Ville-Haute , la Ville-Basse , le Temple y et chacune d'elles avait ses fortifications particulières. Le Temple était comme la citadelle des deux villes ; plusieurs murailles épaisses et fort élevées en rendaient l'accès impraticable ; à côté s'élevait une forteresse qui le défendait , et que l'on nommait jLntonia. Un triple mur qui occupait l'espace de trois cents stades , enfermait la ville entière. Le premier de ces murs était flanqué de quatre-vingt-dix tours très-hautes et très-fortes ; celui du milieu n'en avait que quatorze/et l'ancien soixante. Les plus belles de ces tours étaient celles d'Hippicos , de Phazaél et de Mariamne , qui n'étaient prenables que par la famine. Au septentrion , était encore le palais d'Hérode..
qui pouvait passer pour une forte citadelle. Ainsi j pour se rendre maître de Jérusalem , il fallait former successivement plusieurs sièges ; et , si l'on emportait quelque partie , le plus fort restait encore à faire. Telle était la place que Titus vint attaquer avec des soldats accoutumés à vaincre ; et malgré leur valeur , peutêtre auraient-ils échoué , si les plus cruelles divisions n'eussent déchiré les entrailles de cette ville infortunée.
Une troupe de brigands et d'assassins, que l'impunité avait rassemblés , s'étaient jetés dans Jérusalem , et avaient à leur tête Eléazar , de race sacerdotale. Ces scélérats , qui se donnaient le beau nom de Zélateurs , souillaient le temple par les plus grands crimes , et faisaient souffrir aux citoyens tous les malheurs d'une ville prise d'assaut par l'ennemi le plus cruel. Bientôt cette faction se divisa , et tourna ses armes contre elle-même. Un malheureux , nommé Jean de Giscala , avait supplanté Eléazar, et s'était rendu seul chef des zélateurs. Celui-ci, jaloux de l'autorité de son rival , se sépara de lui , et s'étant fait un grand nombre de partisans, s'empara de la partie intérieure du temple , d'où il dominait sur les troupes
de Jean. D'un autre côté, Simon, fils de Giora* , que le peuple , dans son désespoir , avait appelé à son secours , s'était emparé de l'autorité , et tenait en son pouvoir presque la ville entière. Ces trois séditieux se faisaient une guerre horrible et continuelle, dont le peuple était toujours la triste victime. On ne trouvait plus de sûreté dans sa maison , et il était impossible de sortir de la ville, dont les factieux gardaient tons les passages. On tuait tous ceux qui osaient se plaindre. La crainte étouffait la parole , et la contrainte renfermait les gérnissemens au fond des cœurs. Lorsque Titus eut reconnu la place, qu'il eut fait avancer son armée et commencer les travaux , ces tyrans voyant le danger qui les menaçait tous également , suspendirent leurs divisions , et réunirent leurs forces pour conjurer l'orage. lis firent coup sur coup plusieurs sorties sifurieuses , qu'ils enfoncèrent les Romains : mais ces légers désavantages ne purent ralentir l'ardeur des assiégeans. Titus fit une seconde fois le tour de la ville pour connaître par quel endroit il faudrait l'attaquer ; et, après que sa sagesse eut pris toutes les précautions nécessaires pour réussir , il fit jouer ses machines , mil ses béliers
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en batterie , et ordonna l'attaque par trois côtés différens. Après bien des efforts , et malgré la vive résistance, des assiégés y ii emporta le premier mur au bout de quinze jours. Animé par ce suecès , il fit attaquer le second , commanda de pointer le bélier contre une tour qui le soutenait , obligea ceux qui la défendaient à l'abandonner, et la fit tomber. Cette chute le rendit maître du second rempart , cinq jours après avoir pris le premier. Mais à peine jouissait-il de cet avantage , que les assiégés fondent sur lui , l'enfoncent , et regagnent le mur. 11 fallut donc attaquer de nou- -veau. On le battit pendant quatre jours en plusieurs endroits à la fois , et les Juifs furent enfin obligés de céder. Titus ne voulait point leur perte. Pour les porter à rentrer dans le devoir , en les intimidant, il fit à leurs jeux la revue de ses troupes. Jamais spectacle n'avait été plus capable d'inspirer de la terreur : mais les sédi-< tieux ne purent se résoudre à penser à la paix. Le général romain s'en étant aperçu, partagea son armée pour former deux attaques du côté de la forteresse Antonia. Cependant, avant d'en venir à cette extrémité , il voulut encore essayer de ramener les rebelles,
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Il leur envoya l'historien Joseph, comme plus propre que tout autre à les persuader , parce qu'il était Juif, et qu'il avait tenu dans sa nation un rang considérable. Ce bon patriote leur fit un long et pathétique discours , pour les conjurer d'avoir pitié d'eux-mêmes , du peuple, du temple et de leur patrie. 11 leur fit voir le» malheurs qui les attendaient y s'ils n'écoutaient point un avis sage. Il leur rappela adroitement tous les maux qui avaient accablé leurs pères quand ils avaient cesse d'être fidèles à Dieu > et les merveilles que ce maître absolu de la nature avait opérées en leur faveur , lorsqu'ils lui furent attachés. Il finit sa harangue comme il Pavait commencée, en répandant ut* torrent de lamres. Les factieux se moqué* rent de son zèle. Plusieurs furent persuadés ; et cherchant à se sauver , ils vendirent ce qu'ils avaient de plus précieux 7 pour une petite quantité de pièces d'or > qu'ils avalèrent , de peur que les tyrans ne les leur enlevassent , et se retirèrent vers les Romains. Titus les reçut avec bonté, et leur permit d'aller où ils voudraient. Comme il s'en échappait tous les jours . quelques soldats s'aperçurent <le cet or qu'ils avaient avalé» Aussitôt le bruit
courut dans le camp , que ces transfuges avaient le corps tout rempli de richesses. Ils en saisirent quelques-uns , leur fendirent le ventre , pour vérifier ce fait et chercher dans leurs entrailles de quoi satisfaire leur abominable avarice. Deux mille de ces malheureux périrent de la sorte. liais en conçut une telle horreur , qu'il aurait fait tuer tous les coupable, § si leur nombre n'eût point excédé celui des morts. Cependant ce prince pressait vivement le siège. Après avoir fait élever de nouvelles terrasses , pour remplacer celles que les ennemis avaient détruites, il tint conseil avec ses principaux officiers. La plupart proposèrent de donner un assaut général ; mais Titus , qui n'était pas moins avare du sang des soldats , que prodigue du sien , fut d'un sentiment contraire. Les assiégés se détruisaient euxmêmes , qu'était-il besoin d'exposer tant de guerriers courageux à la fureur de ces forcenés? il forma donc le projet d'en-, vironner la place d'un mur qui ne permît plus aux juifs de faire des sorties. L'ouvrage fut distribué entre toutes les légions , et fini en trois jours. Ce fut alors que les factieux , pour la première fois , désespérèrent de leur salut.
Si les maux du dehors étaient grands , ceux qui consumaient 1 infortunée Jérusalem n'étaient pas moins terribles. Qui pourrait peindre , s'écrie Joseph , les tristes effets de la famine qui dévorait ces malheureux ? Elfe croissait de jour en jour , et la fureur des séditieux , plus redoutable encore que ce fléau , croissait avec elle. Rien de sacré pour eux ; ils arrachaient tout auxinfortunés citoyens. Une porte fermée signifiait qu'il y avait des vivres ; ils l'enfonçaient , et leur tiraient presque les morceaux de la gorge avec une violence brutale. On frappait les vieillards \ on traînait les femmes par les cheveux , sans égards pour l'âge , le sexe ou la condition. On n'avait nulle pitié de l'innocent qui pouvait à peine bégayer.
Ceux à qui il restait encore quelque nourriture , s' enfermant dans le plus secret de leurs maisons , avalaient le grain sans 1 écraser, ou se remplissaient de viandes .crues , de peur que l'odeur n'attirât chez eux ces inquisiteurs inhumains. On voyait se traîner d'un pas chancelant des hommes enflés , ou plutôt des fantômes , le visage desséché, les yeux creux, et tomber tout-à-coup où la faim leur donnait la mort. On n'avait plus ni la force , ni le
courage d'ensevelir les cadavres , tant le nombre en était grand! On ne voyait plus de larmes ; les malheurs publics en avaient tari la source. On n'entendait plus de soupirs ; la faim avait étouffé tous les sentimens de l'âme. Une multitude affamée courait cà et iâ , et se jetait avidement sur ce qui ne serait pas à l'usage des bêtes les plus immondes. Enfin Titus se hâta de terminer tant de maux par un assaut général.
On voulut escalader le temple. Les as* sièges repoussèrent les Romains. On mit le feu aux portiques ; et la, flamme gagna jusqu'aux galeries, sans que les Juifs se missent en peine de l'éteindre. Enfin ils voulurent faire un dernier effort , et se délivrer, s'il était possible , d'un ennemi qui les pressait si vivement , ou périr les armes à la main , et vendre chèrement le peu de vie qui leur restait. Ils sortirent avec impétuosité par une porte du temple ; se jetèrent sur les Romains , les enfoncèrent -, et sans doute ils les auraient poursuivis jusque dans leur camp, si Titus, qui voyait ce combat du haut de la forteresse Antonia dont il s'était rendu maître, n'eût volé promptement au secours des vaincus. Les nouvelles troupes firent
changer la fortune. Les Juifs sont accablés par le nombre , et contraints de se renfermer dans le temple , dont le prince ordonne l'assaut pour le lendemain. Mais dans ce moment un soldat , sans en avoir reçu l'ordre , et comme poussé par un mouvement surnaturel , se fait soulever par un de ses compagnons , et jette par une fenêtre de ce vaste et superbe édifice une pièce de bois toute enflammée. Le feu prend aussitôt : les Juifs s'en aperçoivent , jettent de grands cris, et font d'inutiles efforts pour arrêter les progrès de l'incendie. Titus lui-même accourt avec son armée pour aider les rebelles. Le soldat furieux ne songe qu'à repaitre sa vengeance , et trompe les desseins de son géL néraL Enfin la flamme consuma tout , et ce temple fameux fut réduit en cendres , la seconde année du règne de Vespasien. Les Romains firent un grand carnage. Les factieux, par une nouvelle attaque, retardèrent leur perte de quelques instans , et se cantonnèrent dans la ville et dans les trois tours d'Hippicos , de Phazaél et de Mariamne. Les vainqueurs se disposèrent à les assiéger ; mais , à la vue des machines, les rebelles intimidés cherchèrent leur salut dans une prompte fuite , et
laissèrent îes Romains maîtres de tout. Ils pillèrent la ville; tuèrent des milliers d'habitans , et mirent le feu partout. Titus fut déclaré impèrator , dénomination auguste y qu'il avait méritée par sa rare valeur, il entra dans Jérusalem en triomphe; admira la beauté et la solidité des fortifications qu'il lit abattre , à îa réserve des trois tours qu'avaient tenues les factieux. Onze cent mille hommes périrent dans ce siège mémorable ; quatre-vingt-dix-sept mille furent faits prisonniers. Jean fut trouvé dans des égorHs où ce scélérat s'était caché pour échapper aux Romains, et condamné à une prison perpétuelle. Simon fut obligé de se rendre 7 après avoir défendu vaillamment sa liberté. Il servit à décorer le triomphe du vainqueur ; puis ou l'exécuta publiquement à Rome. Eléazar , qui avait échappé, s' étant retiré dans une forteresse , fut obligé de se donner la mort. Ainsi périrent d'une manière cruelle ces barbares qui avaient causé la chute de leur patrie. Jérusalem fut ruinée, pour la seconde fois , l'an de J.-C 72 , et 2177 depuis sa fondation. Titus, après avoir 'récompensé la valeur de ses soldats , retourna dans la capitale du monde , où il reçut les honneurs d'un glorieux triomphe.
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Siège de Pahnyrepar Aurèlien, eni^i.
Après la. bataille d'Emèse Zénobie se renferma dans Palmyre sa capitale, où Aurèlien vint l'assiéger. Avant de commencer les attaques, ce prince voulut l'engagera se rendre -, mais la fîère reine lui répondit avec tant de hauteur , que l'empereur irrité , pressa la place avec beaucoup d'ardeur. Les Palmjriens se défendirent d'abord avec tant d'avantage , qu'ils insultaient même les assiégeans , et les exhortaient, avec une ironie amère , à ne pas tenter l'impossible. Le siège dura long-temps , et ce fut la disette de vivres qui mit fin à la résistance delà reine. Cette princesse , digne d'un meilleur sort , fut arrêtée et conduite devant l'empereur , qui l'emmena à Rome , pour orner sou triomphe,