‹ De la defénse des places fortesChapitre 20 sur 33 · EXEMPLES TIRES DE LHISTOIRE MODERNE · texte numérisé non relu

EXEMPLES TIRES DE LHISTOIRE MODERNE

Siège de Paris par les Normands, en 885.

« Lorsque Clovis eut jeté dans les Gaules , les fondemens de l'Empire français , Paris devint la capitale de ses Etats. C'est sous le règne de ce prince et de ses successeurs, qu'elle vit agrandir son enceinte; et bientôt elle occupa tout l'espace qui est renfermé entre les deux bras de la Seine. Dans la suite les courses des Barbares obligèrent de la fortifier de plus en plus. On les défendit l'un et l'autre par une tour où furent bâtis dans la suite le grand et le petit Châtelet. En 885 on connut toute l'importance de ces précautions. Un essaim de Normands , avide de butin, vint assiéger Paris qu'ils avaient souvent et inutilement attaqué les années précédentes. Leur armée était de quarante mille hommes , et plus de sept cents bateaux couvraient la Seine dans l'espace de deux lieues. Les balistes , les galeries , les béliers ; les brûlots, les tours , les cavaliers, toutes

les machines de guerre, inventées pour la destruction des villes , furent employées par les Barbares. Us donnèrent six assauts furieux. Les Parisiens les soutinrent avec un courage inébranlable. Ils étaient animés pariexemple de leur comte Eudes , crue ses grandes qualités élevèrent depuis sur le trône français, et par les exhortations de l'évêque Gauzlin. Ce prélat, le casque en tête , un carquois sur le dos , une hache à sa ceinture , combattait sur la ; brèche , à la vue d'une croix qu'il avait 1 plantée sur le rempart. 11 trouva la I mort en immolant une foule d'ennemis. Anscheric, qui lui succéda sur îe siège épiscopal , hérita de son courage et de { son amour pour la patrie. Il continua de conduire les assiégés. Il était secondé par l'abbé Ebole, neveu de Gauzlin. Cet intrépide ecclésiastique répandait partout l'étonnement et la terreur. La nature lui avait donné une force prodigieuse. Dans le second assaut, il courut sur la brèche, armé d'un javelot qui ressemblait à une grande broche, il en perçait les Normands, et criait à ses compatriotes : portez ceuxci à la cuisine y Us sont tout embrochés. Enfin , après dix-huit mois d'efforts , les Barbares firent une dernière tentative. Ils T. 2. 7

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coururent en foule au pied des murailles. Ils n'étaient point attendus. Plusieurs d'entre eux avaient gagné les créneaux , et criaient déjà victoire. Dans ce moment, un soldat d'une taille médiocre, mais d'un courage extraordinaire, nommé Gerbaut, suivi seulement de cinq hommes , aussi braves que lui, s'avance; tue les premiers qu'il rencontre , renverse les autres dans le fossé , arrache les échelles , pourvoit à la sûreté de cet endroit , et sauve la ville. Ce fut alors que le roi Charles-le- Gros, qui avait fait d'inutiles efforts pour secourir ses fidèles sujets , traita avec les Normands, et les fit consentir à se retirer, moyennant sept cents livres pesant d'argent , qu'on promettait de leur payerdans quelques mois. »

Siège de Toulouse par Simon de Montfort , en 1 2 1 7.

Pierre II , dit le Catholique , roi d'Aragon , ayant voulu faire une diversion en faveur de Raymond , comte de Toulouse r son beau frère, était venu en I2i3 avec une armée formidable assiéger dans Muret, Simon de Montfort, implacable ennemi du comte Raymond. Mais Simon

de Montfort, qui avait clans ia place douze cents cavaliers et sent cents fantassins , fit une sortie si vigoureuse , qu'il tua aux ennemis, disent les historiens, quinze à vingt mille hommes ; sept mille se noyèrent dans la Garonne , et Pierre d'Aragon lui-même perdit la vie.

Quatre ans après, en 121 7 Simon de Montfort vint à son tour assiéger le comte Raymond dans Toulouse. 11 essaya d'abord d'y entrer par le château uarbonnais ; il y trouva des guerriers intrépides , et vit échouer tous ses efforts. 11 entreprend alors un siège dans les formes; il livre plusieurs combats sanglans ; il donne plusieurs assauts terribles , et épuise ses forces pendant quatre mois. Un jour enfin, qu'il menait les assiégés battant jusque dans leurs fossés , une pierre lancée par une femme , l'atteignit à ia tête et le tua.

Siège dHénnebon par Charles de Blois } en 1 34 1 .

Charles de Blois , fier de tenir en prison son compétiteur , le comte de Montfort } marcha vers Hennebon , où la comtesse de Montfort s'était retirée. Celte ville passait pour la plus forte place de la

Bretagne , et les assiégés étaient encore animés par îa présence et par l'exemple de leur incomparable héroïne. Elle fit cles^ prodiges de valeur. Les plus rudes assauts se succédaient presque sans interruption. Armée de pied en cap , on la voyait combattre.sur la brèche, courir à tous les postes y encourager ses gens , les faire avancer , les soutenir. Durant la plus terrible de ces attaques , elle monte au sommet de la forteresse ? et de là , découvrant que îa plus grande partie de l'armée ennemie était occupée à l'assaut, elle descend avec précipitation, monte à cheval , suivie de cinq cents hommes , sort par une porte éloignée de l'attaque , et forfa avec la rapidité d'un éclair sur le camp des assiégeans. Elle renverse tout ce qui s'oppose à son passage ; tout fuit devant elle. Les tentes sent arrachées ou livrées aux flammes. Bientôt l'embrasement du camp est aperçu par les assiégeans. Ils abandonnent l'assaut pour arrêter l'incendie. La comtesse rassemble sa troupe et veut rentrer dans Hennebon;' mais les ennemis se trouvant entre elle et la ville elle tourne bride , et prend la roufe d'A nrai , on elle arriva heureusement , laissant ses ennemis aussi surpris

que saisis d'admiration , lorsqu'ils apprirent que c'était la comtesse en personne qui leur avait donné une alarme si vive* Cinq jours après , elle revient à la tète de sa petite troupe , force un des quartiers des assiégeans , et rentre dans la ville à là vue de l'arntée. Hennebon ne fut pas prise; la comtesse de Montfbrt reçut d'Angletterre un secours de troupes , et elle obligea Charles de Blois à lever honteusement le siège.

Blocus de Calais par Edouard 111 } roi d Angleterre , en i.5/±6<

Après la fameuse bataille de Crécî , Edouard , pour profiter de sa victoire , marcha vers Calais, qu'il investit au mois de septembre i 346. Calais était lune des plus fortes villes qu'eût alors la France t c'était la clef du royaume. La bonté de son port y attirait un commerce toujours flo*lissant. Ses fortifications étaient à l'épreuve; son peuple était guerrier; sa -garnison nombreuse était redoutable; enfin le célèbre Jean de Vienne , son gouverneur j valait seul une armée entière* Tant de difficultés , tant d'obstacles , qui paraissaient insurmontables ^ ne furent

point capables d'effrayer îe monarque anime de plus en plus par ses triomphes. Au lieu de presser la ville par des attaques vives et meurtrières, il se contenta de la bloquer exactement par mer et par terre* Son camp , qu'il avait placé entre la ville ,.. la rivière de Maye et le#pont, devint une espèce de ville ,. aussi régulièrement fortifiée que celle qu'il assiégeait ; les soldais se bâtirent des cabanes pour passer ' l'hiver. Ils creusèrent des retranchemens ; Ils élevèrent , de distance en distance, des redoutes , des fossés et des tours qui les mettaient à couvert de toute insuite. Cependant on faisait sortir de Calais toutes les bouches inutiles au nombre de dix -sept cents ; ces malheureux proscrits vinrent au camp des Anglais. Edouard les reçut généreusement, leur fît donnera dîner, et deux sterlings à chacun. Cette cruelle précaution ne put sauver les assiégé- des horreurs de la disette. La place , environnée d'ennemis depuis plus de neuf mois, avait vu disparaître toutes ses provisions : bientôt la misère devint extrême. On se vit contraint de manger les animaux les plus immondes. Des chiens, de»

chats x des souris rnêrae étaient des mets délicieux \ et quand on eut épuisé ces yil&

alimens , on se vit réduit à l'indigence la plus affreuse , la plus désespérante. l\rr anmoins le courage des citoyens se soutenait toujours au milieu de tant de maux. L'amour de la patrie triomphait de la nature ; ils aimaient mieux mourir que de reconnaître un autre souverain que Philippe. Ce prince n'oubliait rien pour les délivrer. Après plusieurs tanîatives infructueuses , il rassembla une armée de soixante mille hommes ,.. à la tête de laquelle il vint se préseuîer à Edouard»

Biem-jt il reconnut l'inutilité de ce nouvel effort : il envoya offrir la bataille : le roi d'Angleterre répondit froidement aux députés : «Je suis ici pour prendre Calais» î> Si votre maître veut combattre 7 c'est à » lui de voir comment il s'y prendra pour » m'y contraindre.» En disant ces mots ,. il fit examiner aux députés toutes les fortifications de son camp, et les renvoya vers le monarque. Philippe, si cruellement bravé, frémissait de honte et de eolère -, mais , vaincu par la nécessité r il se retira, désespéré d'abandonner de si braves guerriers et des sujets si fidèles > à la discrétion d'un ennemi vainqueur , et qu'une longue résistance avait rendu implacable- La retraite du roi mit ie comble*

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à la douleur des généreux citoyens de Calais; ils ne songèrent plus C[u'à se rendre. A leur prière , Jean de Vienne monta aux créneaux des murailles , et lit signe qu'il voulait parler. Edouard envoya Gautier de Ma uni et le sire de Basset pour conférer avec lui. « Chiers seigneurs, » leur dit le gouverneur , vous êtes » moult vaillaïis chevaliers en fait d'armes, » et savez que le roi de France , que » nous tenons à seigneur y nous a céans en- » voyésj et commandé que nous gardassions » cette ville et châtel , si que blâma n'en «eussions, et lui nul dommage-, nous » en avons fait notre pouvoir. Or est notre » secours failli , et nous si estraints , que » nous n!avons de quoi vivre. Si nous » conviendra tous mourir , ou enrager » de famine , si le gentil roi , votre » seigneur , n'a merci de nous , laquelle » chose lui veuillez prier en pitié,, et » qu'il nous veuille laisser aller tout ainsi » que nous sommes. »

«Jean, répondu Gautier , nous savons »une partie de l'intention de Monseigneur » le roi -, car ils nous Ta dit : sachez que S) ce n'est mie son entente que vous en » puissiez aller ainsi; mais son intention y> est que vous vous mettiez tous à sa pure

DES PLACES FORTES. g1

» volonté , ou pour rançonner ceux qu'il 3> lui plaira , ou pour faire mourir. »

De Vienne redoubla ses prières et ses instances auprès de Mauni , pour l'engager à fléchir le courroux du monarque.

L'âme généreuse du chevalier Anglais fut pénétrée de douleur. 11 promit : il se flatta de réussir. Tous les généraux se réunirent à lui pour calmer l'inflexible Edouard ; et ce prince , cédant enfin à leurs vives supplications , leur dit: «Sei- » gneurs , je ne veux mie être tout seul » contre vous tous. Sire Gautier , vous » direz au capitaine de Calais , que la » plus grande grâce qu'il pourra trouver » en moi , c'est qu'il se partent de la ville » six des plus notables bourgeois , les » chefs tous nus et tous déchaussés , les » h arts au col , et les clefs de la ville et » du Châtelet en leurs mains ; et de ceux » je ferai à ma volonté , et le rémanent je » prendrai à merci. »

Ma uni se hâïa de porter ces ordres du vainqueur; et Jean de Vienne le pria d'assister à la déclaration- qu il en allait faire au peuple. Tous les habiians assemblés sur la place, attendaient ta réponse d'Edouard , avec cette inquiétude cruelle que donnent la crainte de la mort et Fespé-

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rance de la vie. Dès que l'arrêt eut été publié , un morne silence annonça l'anéantissement de tous les cœurs. On se regardait en frissonnant ; on cherchait avec effroi ces six victimes du salut public ; on désespérait de les rencontrer. Enfin des cris lugubres entrecoupés de sanglots , de gémissemens et de pleurs , interrompirent tout-à-coup ce vaste silence. Mauni, témoin d'un spectacle si touchant; ne put retenir ses larmes et confondit ses soupirs avec ceux de ses citoyens désolés. Cependant le moment fatal approchait ; il fallait se décider. Au milieu de ce peuple vaincu par la douleur , abattu, consterné, un héros , dont le nom doit vivre éternellement dans la mémoire des hommes , l'honneur de sa patrie , la gloire de la France-, Eustache de Saint-Pierre , se présente, et suspend par ses paroles le désespoir de ses concitoyens : «Seigneurs, » grands et petits , s'écrie ce zélé patriote, » grand méchef serok de laisser mourir » un tel peuple qui cy est , par famine ou «autrement, quand on y peut trouver » aucun moyen ; et seroit grande grâce » devant notre Seigneur , qui de tel mé- » chef le pourroit garder. J'ai en droit » moi si grande espérance d'avoir pardon

» envers notre Seigneur , si je meurs » pour ce peuple sauver , que je veux être » le premier. » A peine eut-il cessé de parler , qu'il reçut le prix le plus pur de la reconnaissance de ses concitoyens.

« Chacun Talloit adorer de pitié. » Us se prosternèrent à ses pieds > en les arrosant de leurs larmes. Quel empire la vertu n'exerce-t-elle pas sur les cœurs ! Jean d'Aire-, imitant le courage héroïque de son cousin , voulut partager l'honneur de mourir pour la patrie , et vint se ranger à ses côtés. Jacques et Pierre Wisant , frères, et parens de ces généreux martyrs, brûlant du même zèle , se dévouèrent avec eux. Enfin deux autres citoyens, dont l'histoire n'a pas conservé les noms , ces noms sacrés qu'on aurait dû graver en caractères ineffaçables , achevèrent le nombre des six victimes. Le gouverneur, qui courbé sous le poids des années et des maladies , pouvait à peine se soutetenir , monta à cheval et les conduisit jusqu'à la porte de la ville. Là, il les remit entre les mains de Mauni , en le priant d'intercéder pour eux auprès de son roi. Us parurent devant Edouard , et lui présentèrent humblement les clefs de Calais. Leur magnanimité inspira de l'admiration

et de la pitié aux seigneurs anglais qui environnaient le roi. Ce prince resta seul inflexible, il jeta sur eux un regard sévère , et commanda qu'on les conduisît au supplice. En vain le prince de Galles se jeta plusieurs fois à ses pieds, et s'efforça de le fléchir : il fut inexorable, « Soit fait » venir le coupe-tête , répéta-t-il d'un ton » terrible. » Ces illustres infortunés allaient perdre la vie. Edouard allait flétrir ses lauriers par une indigne vengeance 9 si la reine son épouse , héroïne généreuse, n'eût fait un dernier effort pour calmer son aveugle colère. Elle embrassa ses genoux, et le conjura les larmes aux yeux de ne pas souiller sa victoire. Le monarque baissa les yeux, k Àh ! Madame , s'écria-^ )) t-il après un moment de silence, je » aimasse mieux que vous fussiez autre » part qu'icy. Vous me priez si acortes que » je ne puis vous éconduire : si les vous » donne à votre plaisir. » Aussitôt la magnanime princesse les emmena dans son appartement ; leur fit apporter à dîner ; les fit hobiller , et les renvoya sous une escorte sûre , après leur avoir fait donner à chacun six pièces d'or , pour leurs besoins. Le lendemain , Edouard entra triomphant dans Calais, dont il chassa

tous les habitans., et qu'il peupla d'Anglais. On prétend que c'est la première attaque de place où l'on ait employé du canon.

Cette ville, aussi célèbre par le courage et la fidélité de ses habitans que par son importance ., fut recouvrée par Henri II en i558. Le fameux duo de Guise , qui avait déjà si vaillamment défendu Metz en i55a , reprit en huit jours de temps la ville de Calais , qui avait coûté un an, à Edouard III , et que les Anglais avaient possédée pendant plus de deux siècles.

Cette perte fut si sensible à la reine Marie, qu'elle en tomba dangereusement malade.

Hélas ! dit-elle , Calais occupe si fort mon cœur , que , si l'on en fait la dissection après ma mort 7 on lïy trouvera que cette ville.

En 1696, pendant que Henri IV était occupé au siège de la Fère , les Espagnols attaquèrent Calais et le prirent: mais les habitans y signalèrent encore leur patriotisme. Après la reddition de la ville , les bourgeoisie retirèrent , avec la garnison, à la citadelle, et s'y défendirent avec tant d'obstination, que les Espagnols furent obligés de la prendre d'assaut: plus do neuf cent soixante bourgeois y périrent ; quelques uns d'eux se retirèrent dans l'é-

glise , où ils se défendirent encoreavec tant de résolution, qu'ils obtinrent quartier.

Siège de Bennes par les anglais , en i35y.1

. En 1 3 5 7 y les Anglais s'approchèrent de Rennes, sous la conduite du duc de Lancastre , et en formèrent le siège*

Il y avait déjà six mois que cette ville importante était investie ; rien n'j pouvait entrer ; et elle était dans une nécessité pressante , lorsqu'un bourgeois de ia ville s'offfrit d'aller à liantes avertir Charles de Blois du danger où se trouvait la place. À peine avait-il traversé le camp ennemi, qu'il rencontra Bertrand du Guesclin , et lui dit le sujet de son voyage. Le chevalier breton rassemble aussitôt sesgens , qui formaient une petite troupe, se met à leur tête , vient fondre sur les retranchemens des Anglais , massacre tout ce qu'il rencontre, renverse les tentes , y met le feu, s'empare de deux cents cliariots de vivres qu'il fait marcher devant lui , et entre dans Rennes où il est reçu comme un libérateur. Cet intrépide guerrier" dès sa plus tendre enfance ne respirait que les combats. « Il n'y a point

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» de plus mauvais garçon au inonde (disait » sa mère)', il est toujours Liesse , le «visage rompu, toujours battant ou » battu. Son père et moi nous le voudrions » voir sous terre. » On n'avait pu venir à bout de lui apprendre à lire. Son premier soin était de battre tous les maîtres qu'on lui donnait. « Je suis fort laid , disait-il , » et partant jamais je ne serai bien venu «des dames; mais puisque je suis laid et » mal fait , je veux être bien hardi.» Cette héroïque habitude était déjà bien contractée lorsqu'il entra dans Rennes. Le secours d'armes , de vivres qu'il apportait , et surtout' sa présence , rendirent le courage aux assiégés, qui désormais se crurent invincibles. Cependant les Anglais tentèrent un dernier effort. Us firent approcher d'effrayantes machines et donnèrent le jour même un assaut général. Tout fut inutile ; et le duc , désespéré , fut obligé de faire retraite r quoiqu'il-eût juré d'emporter la ville ou de périr devant ses murs. Depuis ce jour, le nom de Dugueschn devint fameux dans toute la France , et l'Angleterre vit dès-lors combien elie avait à craindre de ce héros naissant.

Siège dé Reims par les Anglais, en 1 3 5<).

Edouard III voyant que la trêve conclue avec la France était expirée y partit de Calais en i35ç)7 avec une armée redoutable. Le monarque anglais se présenta devant Reims , dont il espérait se rendre maître en peu de temps ; mais cette importante place était défendue par Jean de Craon son archevêque , prélat intrépide , et par une forte garnison. Les ennemis souffrirent beaucoup pendant ce siège , sans pouvoir se flatter d'avoir remporté d'autre avantage que de ruiner les environs de la ville. Enfin , après sept semaines d'inutiles efforts, Edouard abandonna une entreprise que le courage i.ivincible des citoyens avait rendue impossible.

Siège de Montargis far les Anglais , en i427«

En i427> tr0*s mille Anglais, sous la conduite des comtes de Warwiçk, de Suiïolk et Jean de la Poil , fondirent sur Montargis dans le dessein de s'en rendre maîtres. Cette ville, avantageusement située sur la petite rivière du Loing , se défendit > durant trois mois f par le

courage d'une garnison médiocre que commandait le brave La Faille , gentilhomme gascon , et par le zèle de ses habitans. Une si longue résistance fit épuiser tous les magasins ; et la place , dépourvue de vivres et de munitions , avait besoin d'un prompt secours pour soutenir encore les efforts de l'ennemi. Le comte de Dunois , avec seize cents hommes , et l'intrépide Etienne de Viguoles y dit La Hire , se chargèrent de chasser les Anglais. Ils étaient campés dans trois postes différens. Dunois se propose de formerdeux attaques. La Hire est commaudé pour la première. Le chevalier part , et sur sa route rencontre un chapelain: il lui demande l'absolution. « Conféssez-vous , dit le prêtre... » — « Je n'en ai pas le loisir, » répond le guerrier: il faut tomber sur » les Anglais. Au reste , j'ai fait tout ce que » les gens de guerre ont accoutumé de » faire. >» Là-dessus , le chapelain lui bailla l'absolution telle quelle. La Hire record lie, se prosterna , et fit cette prière : <c Dieu , » je te prie que tu fasses aujourd'hui pour »La Hire autant que tu voudrois que La » Hire fit pour toi , s'il étoit Dieu , et que » tu fusses La Hire ! » ïi se relève et fond comme un aigle sur le quartier de Jean de

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La Poil , tandis que Dunois se précipite jsuv celui de Suffolk. La Poil résiste d'abord avec courasre ; mais enfin, accablé par les coups précipités des Français y il prend la fuite et se retire nu quartier de "Warwick. La Hire victorieux se réunit à Dunois : tous deux achèvent d'atterrer Suffolk qui combattait encore , et forcent Warwick d'abandonner le siège. Les guerriers de Charles \II entrèrent en triomphe dans la ville, amenant avec eux l'abondance et la sûreté. Le roi récompensa par des privilèges !a valeur des lïabitans. il leur accorda deux foires franches par chaque année , et la permission de porter sur leursjuibits une M brodée d'or, distinction glorieuse qui n'appartenait alors qu'aux gens de condition. Cet heureux succès e^t la première époque de la supériorité que les armes de Charles reprirent sur celles de Henri VI.

Siège d'Orléans par les Anglais , en i/j.^8.

Le n octobre i4^8 > sous le règne de Charles Vîl . les Anglais vinrent meure le siège devant la ville d'Orléans : la garnison élait faible, mais elle avait pour

chefs des guerriers intrépides les Oaucourt , les Dunois , les La Hire , les X intrailles , une foule de nobles de ce mérite, qui tocs inspiraient aux soldats la valeur héroïque qui les animait. Les habitons , résolus de s'ensevelir sous les ruines de leur ville, plutôt que de subir un joug étranger, étaient devenus autant de héros- Les Femmes partageaient ceîte 'ardeur martiale, et se dévouaient ellesmêmes pour la défense commune.

La tête du pont du côté de la Sologne, était défendue par une forteresse appelée les Tourelles, au devant de laquelle on avait commencé un boulevard. Ce tut par ce retranchement que le comte de Salisbury ; général de l'armée anglaise , fit ses premières attaques. Les faubourgs embrasés à l'approche de l'ennemi , n'étaient pas encore entièrement consumés. Cette barrière l'arrête d'abord. Mais bientôt il fil élever une bastille sur les ruines du couvent des Augustins , et l'on y dressa des batteries qui sans cesse foudroyaient les murs de la ville les tourelles et le boule vard dont on voulait se rendre maître. Le canon fit une large brèche ; on résolut d'y monter l'épée à la main. Le 21 d'octobre, la trompette donne le signal j et

tout-à-coup les Anglais placent leurs échelles au pied du rempart. Us se poussent , ils se précipitent. On les reçoit avec intrépidité ; on combat de part et d'autre avec une égale fureur. La haine nationale ajoute encore au désir de vaincre. Tandis que les assiégés précipitaient les ennemis dans les fossés , lançaient, des pots à feu, faisaient rouler des pierres d'un volume énorme , les accablaient de cercles de fer embrasés , versaient des torrens d'huile bouillante , de cendres rouges; les femmes de la ville , non moins actives, » leur apportoient tout ce qui à la défense » pOuvoit servir , et , pour les rafraîchir » du grand travail, pain, vin, viande, » fruits vinaigre , et touailles (serviettes) «blanches leur bailloient. Aucunes furent » vues durant lassa ut, qui Anglais re- .» poussoient à coups de lances, dés entrées » du boulevard, et es fossés les abhatatoient » Une si furieuse résistance déconcerte Salisbury. Il fait sonner la retraite , et par son ordre on travaille à l'instant , a une mine. Elle est bientôt achevée. On se prépare à la faire jouer. Les assiégés s'en aperçoivent t et désespérant de conserver plus long-temps un poste menacé de toutes parts, ils y met-*

tent le feu à la vue des Anglais , et se retirent dans la forteresse des Tourelles. Pour la défendre encore quelques instans, ils élèvent un nouveau boulevard sur le pont même , dont ils abattent deux arches. Cependant ils ne purent résister plus long-temps aux efforts multipliés des Anglais. Le fort des Tourelles fut emporte; et ce poste avantageux oitrit aux assiégea ns une position commode et redoutable. Alors les Orléanais dirigèrent toutes leurs batteries contre cette partie de leur ville pour laquelle ils avaient tant combattu. Les ennemis , de leur côté, n'oublièrent rien pour s'y maintenir ; et de part et d'autre on épuisa , soit pour attaquer, soit pour repousser, tout ce que la valeur la plus héroïque a de ressources. On était au milieu de l'automne; Salisbury , prévoyant que le siège serait long, résolut d'embrasser la place par une enceinte de plusieurs forts qui * placés de distance en distance rendraient presqu impossible l'entrée dos secours et des convois. Pour diriger l'exécution de ce projet sur l'assiette de la fille* il se rendit au fort des Tourelles , d'où l'on pouvait considérer toute 1 étendue des environs d'Orléans* il s'occupait attend-

q4 de la défense

renient de cet examen , lorsqu'un boulet de canon lui emporta l'œil et la moitié* du visage. Après avoir exhorté les principaux officiers à continuer le siège suivant le plan qu'il leur en avait tracé, il se fit transporter à Meun ,, où il mourutbientôt. Le comte de Suffoik , le lord Poîl son frère, Talbot, Glacidas et les autres chefs furent revêtus de son autorité ; et ses capitaines, pleins de respect pour leur générai , continuèrent leurs opérations suivant les instructions qu'il leur avait données.

Tous les jours , les assiégeans et les assiégés recevaient de nouveaux renforts. La garnison , qui d'abord montait à peine à douze cents hommes , se trouvait composée de près de trois mille combattans ; et l'armée anglaise, qui ne comptait au commencement que dix mille guerriers , s'était accrue jusqu'à vingt-trois mille soldats qui se croyaient invincibles. La ville , attaquée premièrement par le seul côté de la Sologne , se trouvait investie presque toute entière par celui de la Beauce. Visà-vis des principales avenues d'Orléans on éleva six grandes bastilles qui se communiquaient par soixante redoutes moins considérables construites dans les intervalles; Il n'était pas possible d 'entrer dans iapiace

DES PLACES FORTES. g5

sans passer sous l'artillerie des forts. Plus d'une fois les chefs français forcèrent des quartiers de l'armée ennemie pour introduire des convois. La rigueur de la saison n'interrompit pas les travaux. Seulement , le jour de Noé'l , les Anglais proposèrent une suspension d'armes , et prièrent les assiégés de leur envoyer des musiciens pour célébrer cette grande fête avec plus de solennité. Les généraux se firent des présens. Le comte Suffolk envoya au bâtard d'Orléans des rafraîchissemens , en échange d'une robe de panne que ce seigneur lui avait donnée. Jusqu'au commencement du carême il ne se passa rien de remarquable, ftes ennemis commençaient à manquer de* vivres ; parce qu'ils avaient ruiné le pays. Dès les premiers jours de février, le duc de Eedfort fît partir un convoi escorté de deux mille cinq ' cents hommes , sous la conduite du brave Fastot. Le comte de Clermont ayant rassemblé près de trois mille soldats, auxquels se joignit un détachement de la garnison d'Orléans, résolut d'enlever le convoi. Il atteignit les Anglais à Rouvray, village de la Beauce. Fastot s'arrêta ; fit un retranchement des chariots qui portoient les munitions, et ne laissa que deux

issues, à Tune desquelles il plaça ses archers. L'armée française , plus courageuse que prudente , voulut , dès la nuit même , forcer ce retranchement. Les Français veulent combattre à cheval , et les Ecossais à pied. Ce défaut de discipliné produit l'effet qu'on en devait attendre. Après un combat opiniâtre , les Anglais sont vainqueurs. Six- vingts seigneurs des plus distingués restent sur la place ; et les autres chefs rentrent dans la ville , ayant à peine cinq cents hommes d'armes. On.

nomma ce combat la Journée des Harengs , parce que le convoi , conduit par Fastot, consistait principalement en barils remplis de cette espèce de poissons.

Autant le succès de cette petite bataille releva l'espérance des Anglais , autant la défaite des troupes royales consterna le faible Charles Vil , campé pour lors à Chinon. Désespérant de sa fortune , le monarque délibéra s'il ne devait point se réfugier dans le Dauphiné. C'était son avis: l'on s'y conforma, .ljéjà l'on était près d'exécuter mie résolution si honteuse, lorsque deux héroïnes reveillèrent le courage du Prince assoupi dans les bras de la mollesse. La reine, princesse audessus de son sexe et de son rang , et la

belle Agnès Sorel employèrent l'ascendant que leur donnaient leurs charmes , pour retenir le roi , qui ne put s'empêcher de rougir d'avoir moins de magnanimité que son épouse et sa favorite.

Cependant Orléans allait incessamment se trouver réduite aux dernières extrémités. Les assiégés n'osaient plus attendre leur délivrance d'un prince hors d'état de les assister , et qui lui-même conservait à peine une ombre de royauté. Il ne restait plus qu'un espoir de sauver la place, c'était de la mettre en séquestre entre les mains du duc de Bourgogne. Les envoyés , au nombre desquels était Xaintraiiles , se rendirent d'abord près du duc , qui agréa la proposition, et vint avec eux à Paris , dans le dessein d'engager le duc de Bedfort à l'accepter. Mais le lier régent répondit que la ville ne serait reçue à traiter, qu'aux conditions de se soumettre aux Anglais.

Cette nouvelle réveilla l'indignation et le courage des Orléanais. Tous résolurent de se défendre jusqu'au dernier soupir.

Tandis que la France consternée n'attendait plus que le coup qui devait consommer sa perte , une jeune fille, âgée pour lors de dix-sept ans, s'était fortement persuadée qxie Dieu la destinait à sauver.

sa patrie : cette jeune fille était Jeanned'Arc. Je passe sur les détails de son histoire qui sont assez connus : les théologiens , après plusieurs interrogatoires , décidèrent qu'elle était inspirée. Le. parlement de Poitiers lui fit demander qu'elle manifestât par quelques prodiges la vérité de ses révélations. « Je ne suis pas venue , 3> dit-elle, à Poitiers, pour faire des » signes , mais conduisez-moi à Orléans , » et je vous donnerai des signes certains » de ma mission.» Cette réponse si ferme étonne , surprend les juges , tous , d'une voix unanime , déclarent qu'il faut se servir au plutôt de cet instrument céleste , que le Tout-Puissant envoie à la patrie. Charles lui fait donner une armure complette , un étendard , des écuyers , des pages, un intendant, un chapelain, une suite conforme à l'état d'un chef de guerre. La nouvelle amazone se met à la tête d'un convoi considérable , destiné pour Orléans. Bientôt ses guerriers sont remplis de son enthousiasme. Elle part, suivie du maréchal de Boussac , de Gilles de Rais , de l'amiral de Gulaut , d'Ambroise de Loré , de La Hire : elle arrive , îe 29 d'avril , à la vue de la place* Dunois vint au-devant d'elle. Il l'invite à satisfaire

l'empressemsent que les habitans avaient de voir leur libératrice. Elle se rend a ses prières: elle entre comme en triomphe. Mille cris de joie se font entendre. Dès ce moment , les Orléanais se crurent invincibles , et le furent en effet. Tout change. Les Anglais , vainqueurs jusqu'à ce jour > tremblent au seul nom de jeanne-d'Arc.

Us la croient magicienne , d'aussi bonne foi que les Français la croient inspirée. « Anglais, leur écrit l'héroïne , vous qui » n'avez aucun droit à cei^jaumc dfc «France, Dieu vous ordonne, de par » moi Jeanne la Pucelte , d'abandonner » vos forts , et de vous retirer. » On arrête les courriers ; on ne répond que par des injures à cette sommation. Jeanne, outragée , mais redoutée , se dispose à prouver sa mission. Le mercredi, 4 de, mai, elle choisit un corps de troupes ; et remplie d'une ardeur plus qu'humaine , elle se précipite sur les forts ennemis , et les emporte , après un assaut de quatre heures. Elle songe ensuite à s'emparer du boulevard et du fort des Tourelles , où. l'élite des Anglais s'était cantonnée sous les ordres du célèbre Giacidas. Après avoir fait ses dispositions durant la nuit , elle naî aux premiers rayons da

jour. On la suit ; on monte avec elle sur les brèches ; on se bat avec ardeur ; on presse , on enfonce , on culbute l'ennemi qui se défend avec courage. On allait triompher , lorsque Jeanne , blessée à là gorge , est contrainte de se retirer pour mettre le premier appareil à sa blessure. Son absence éteint le courage des assaiiians. Le soldat perd cette illusion guerrière , qui le rendait victorieux. Déjà chacun voulait se mettre en sûreté. Dunois lui-môme était de cet avis; tout-àcoup la Pucelle se montre : elle court au pied du fort; elle y place son étendard. Son intrépidité passe dans tous les cœurs ; ou redouble d'efforts, on oublie ses premières fatigues. Les Anglais fuient ; le boulevard est emporté. Le lendemain , les vaincus se rangent en bataille du côté de la Beauce. Les Français toujours conduits, toujours animés par leur héroïne , se présentent dans le même ordre , résolus de combattre, quoique inférieurs en nombre* Mais ces ennemis , autrefois si fiers et si terribles , n'osent tenir devant eux , ils s'éloignent précipitamment ; ils abandonnent leurs malades leurs bagages , leurs vivres , leur artillerie , et près de cinq miiie morts. Ainsi, contre toute espérance,

la ville d'Orléans fut délivrée le 8 de mai 1429. La reconnaissance publique s'épuisa , en quelque sorte , pour témoigner à Jeanne-d'Arc combien on sentait vivement la grandeur de ses bienfaits. Le roi l'anoblit avec son père , ses trois frères et toute sa postérité. On lui érigea une statue sur le pont de la ville qu'elle venait de sauver; et pour éterniser la mémoire de cet heureux événement , on établit une fête , que la tourmente révolutionnaire avait suspendue quelque temps ?

mais que S. M. a glorieusement rétablie , et qui se célèbre tous les ans le 8 mai. On y prononce l'éloge de Jeanne-d'Arc qui ., depuis ce siège mémorable , n'est plus appelée que la Puceîle dOrlvans.

Siège de Compiègne par les Anglais / en i43o.

En i/|3o, les Anglais vinrent assiéger Compiègne. Jeanne-d'Arc et Xaintrailles s'y jetèrent pour la défendre ; ~ mais Jeanne-d'Arc fut faite prisonnière dans une sortie peu de jours après. Les attaques furent poussées avec toute l'ardeur imaginable. On dressa les batteries, on creusa des mines qui furent éventées et

102 DE; £A Df^ENSE

dans lesquelles plusieurs des assiégea ns perdirent la vie. Le seul boulevard qui couvrait la tête du pont , du côté de la Picardie , se défendit pendant plus de deux mois. Cette glorieuse résistance était l'effet du zèle 7 de l'habileté et du courage de Flavi > gouverneur de Compiègne , que quelques auteurs ont accusé, sans fondement et même saus vraisemblance ?

d'avoir train Jearme-d'Arc , en faisant fermer, trop tôt la barrière» Ce vaillant capitaine était secondé par Philippe de Garnaches , abbé de Saint-Pharon de M eaux, brave ecclésiastique , qui croyait avec raison la gloire de défendre la patrie compatible avec la vie religieuse.

Cependant Compiègne , investie depuis six mois 7 se trouvait réduite aux dernières extrémités. La famine , plus pressante encore <^ue les efforts des ennemis, ne laissait entrevoir qu'un affreux avenir. Le comte de ligni se flattait d'entrer bientôt dans la ville. Tout-à-coup Vendôme, Xaintrailles et plusieurs autres capitaines paraissaient à la tête de quatre mille combat! ans pour secourir la place. On court au-devant d'eux , de part et d'autre on se range en bataille , et Ton reste en présence. Pendant ce temps , un détachement fran-

çais entre dans Compiègnc , se joint à la garnison , et sons la conduite de Flavi , attaque une bastille défendue par le maréchal Brimen et le seigneur de Créqui.

Deux fois ils sont repoussés. Mais , animés par Xaintrailles et par les habit ans ; hommes et femmes , qui venaient en foule partager le péril et la gloire , ils attaquent pour la troisième fois , et emportent le poste. Ce succès enflamme leur courage : ils construisent un pont de bateaux, passent TOise , et se rendent maîtres d'un second fort sur le bord de cette rivière. Les ennemis effrayés abandonnent une troisième bastille. 11 ne leur en restait plus qu'une. Leur général, qui désespérait de pouvoir la défendre , y fait mettre le feu ? et lève le siège avec fant de précipitation , qu'il abandonne la moitié de son bagage , ses minutions et son artillerie aux vainqueurs.

Sièges de Belgrade, Tunpar Amurat II, en 1.4-3 g, T autre par Mahomet II, en i455.

Au confluent du Danube et de la Save ~f s'élève la ville de Belgrade , capitale de la Servie. Sa situation avantageuse sur une colline ., la bonté de son port , les remparts qui la défendent; ses richesses , la

multitude de ses citoyens , en firent de tout temps un lieu célèbre. Le premier prince infidèle qui l'attaqua fut Amurat IL Ce monarque , suivi de toutes les forces de son empire , passa le Danube vers l'an i4^9 y s'arrêta devant Belgrade , l'envi ronn de ses troupes , et la foudroya jour et nuit avec des canons de cent livres de halle : mais rien n'était capable d'intimider les généreux habitans de cette ville , résolus de s'ensevelir sous les ruines de leur patrie plutôt que de se rendre. Dès les premières attaques , le grand-seigneur abattit une partie des fortifications. Les bourgeois se présentèrent à la brèche, et repoussèrent les musulmans à coups d'arquebuse et de flèches. Les Turcs , consternés de cette disgrâce , n'osèrent pendant plusieurs jours s'approcher des remparts. Enfin, un capitaine appelé AH, guerrier intrépide, -vint à bout de se retrancher sur le bord du fossé. De ce poste avantageux , il chasse les assiégés , les poursuit par la brèche , y donne l'assaut, et se répand dans la ville : il s'en croyait le maître. Tout-à-coup les habitans se rassemblent , fondent sur ses soldats , les font sortir par la même brèche après en avoir tué le plus grand nombre. Cette malheureuse tentative décourage *

tellement les Turcs , qu'Amurat leva le siège et rentra dans ses provinces.

En i455 , Mahomet II, qui venait de monter sur le trône ottoman à la place d'Amurat son père , voulut couronner ses exploits par la prise de Belgrade. 11 l'investit par terre , tandis que ses vaisseaux la bloquaient du côté du Danube. Ladislas , roi de Hongrie , campait au-delà du Danube avec une grande armée. Ce prince , voyant bien qu'il perdrait la place s'il n'écartait les galères des infidèles , fit monter sur de grands bateaux l'élite de ses troupes , et tomba sur les Turcs avec tant de furie , qu'il prit vingt de leurs navires , en coula plusieurs à fond , et mit le reste en fuite. Cette victoire lui rendit la communication de Belgrade , où il fît entrer le fameux Jean Corvin , plus connu sous le nom dHuniade , veivode de Transilvanie et gouverneur de Hongrie. Ce grand général était secondé par un corde lier nommé Jean de Capistran , mis depuis au rang des saints , et que le pape Alexandre VIII avait envoyé en Hongrie pour y prêcher la croisade. Ce respectable moine , profitant en habile homme de la

vénération que les troupes avaient pour sa personne , parcourait les rangs , montrait aux soldats la couronne du martyre suspendue sur leur tète, et les remplissait d'un zèie religieux. Dans toutes les sorties ? il se mettait à la tête des combattans le crucifix à la main ; il se trouvait partout où le danger était pressant ; il obligeait les guerriers à périr plutôt que de reculer. Ses paroles, ses exemples étaient un stimulant contre la crainte > et les troupes qu'il conduisait rentraient toujours victorieuses. Cependant l'artillerie musulmane faisait de terribles ravages; déjà les remparts offraient une large brèche. Mahomet ordonna l'assaut , conduisit ses troupes sur le bord du fossé , l'emporta, se jeta dans la ville , et fit commencer le pillage sans éprouver de résistance. Le calme trompeur qui régnait dans Belgrade était l'effet de la sagesse d'Huniade. Pour surprendre les Ottomans au milieu même de leur triomphe, cet habile capitaine avait rangé ses soldats en bataille dans une place écartée. Ceux de la citadelle devaient , au premier son de trompette , se joindre à ceux qui par son ordre avaient abandonné la brèche , pour tomber de concert sur les Turcs et les envelopper. Le signai se

fait entendre : les Hongrois paraissent de tous côtés. Les Turcs attaqués en tête , en queue , en flanc , ne savent où fuir ; la plupart périssent sans se défendre ; quelques-uns se précipitent dans les fossés ; d'autres , en petit nombre , se retirent par la brèche. En vain Mahomet veut les soutenir , sa valeur opiniâtre est contrainte de céder à la fortune des chrétiens ; et plus malheureux que son père , le vainqueur de Constantin ople lèvehonteusement le siège de Belgrade ; après avoir perdu un œil, avec la plus grande partie de son artillerie et de son armée. Le brave Huniade mourut quelques temps après de ses blessures.

Siège de Beauvais par Charles-le- Hardi , duc de Bourgogne en 1489.

Charles-! e-Hardi , duc de Bourgogne , mortel ennemi de Louis XI , faisait à ce monarque une guerre cruelle. Après avoir commis de grands ravages > il se jeta toutù-coup sur la ville de Beauvais, dans laquelle il croyait entrer sans résistance ? parce qu'elle était sans garnison. Les faubourgs furent emportés d'emblée , et les Bourguignons se regardaient déjà comme

maîtres de la place , lorsque les bourgeois, animés <Tun généreux courage , opposèrent à leurs coups un mur impénétrable. Les filles , les femmes partagèrent avec leurs pères et leurs époux les périls de cette glorieuse défense. Conduites par une femme nommée Jeanne Hachette , elles coururent se ranger sur les endroits de la muraille qui étaient les plus dégarnis. Jeanne Fourquet , l'une de ces héroïnes, arracha un étendard des mains de l'ennemi et le porta en triomphe dans la ville. La principale attaque des assaillans fut dirigée contre la porte de Bresse : déjà le canon l'avait fracassée ; la brèche était ouverte et la ville était prise, si les bourgeois ne se fussent avisés d'entasser en cet endroit une quantité prodigieuse de fagots et d'autres matières combustibles qu'ils allumèrent.

La flamme suspendit l'impétuosité des Bourguignons. L'assaut, commence sur les huit heures du matin , durait encore , lorsqu'au déclin du jour on vit arriver par la porte de Paris un corps de troupes. Ces braves guerriers , qui avaient fait ce jourlà quatorze lieues sans prendre haleine , abandonnèrent en arrivant leurs chevaux et leurs équipages aux femmes et aux filles qu'ils trouvèrent dans les rues , et se je-

tèrent aux endroits de la muraille où le combat était le plus animé Les assiégeans ne peuvent résister à la valeur de ces héros. Ils reculent d'abord , et bientôt ils prennent la fuite et se retirent en désordre dans leur camp. Le lendemain , dès le point du jour , un nouveau secours arrive. Les bourgeois reçoivent ces nouveaux défenseurs comme des libérateurs descendus du ciel ; ils les comblent de caresses ; ils, dressent sur les places et dans les rues des tables couvertes de rafraîchisscmens ; ils les accompagnent sur les murailles ; et

le siésre est levé, «j

Siège de Mézières par V armée de Charles- Quint j en 1 5 1 o .

L'Empereur Charles - Quint , ayant rompu tout-a-coup la paix conclue avec François 1er f fit marcher trente-cinq mille hommes vers la Champagne. Les villes frontièresde cette province n'étaient point en état de résister ; et les Impériaux pouvaient sans peine pénétrer, en peu de temps, au centre du royaume. Le monarque français, à cette nouvelle , assembla son Conseil de guerre, pour délibérer sur le parti qu'il fallait prendre dans une cirçons»

tance si pressante. Après bien des avis , on conclut qu'il fallait brûler Mézières , ville qui aurait la première à soutenir les efforts de l'ennemi , et dévaster tous les environs, pour affamer les soldats du perfide Empereur. Bajard seul s'opposa fortement à cette resolution désespérée.

« Sire , dit-il au roi , il n'y a point de » place faible , là où il y a des gens de «bien pour la défendre. J irai moi-même s> m' enfermer dans Mézières , et je vous » en rendrai bon compte. » On applaudit au généreux projet de l'intrépide chevalier. Une foule de braves et l'élite de la noblesse se dispute l'honneur de le suivre. Ils partent, et en peu de jours arrivent dans Mezières qu'ils trouvent hors d'état de soutenir le siège dont ils étaient meuacés. Bayard commença par faire sortir toutes les bouches inutiles ; ensuite/ ayant fait rompre le pont de la Meuse , il ordonna de rétablir les anciennes fortifications , et d'en construire de nouvelles. Il encourageait les travailleurs ; il leur distribuait des récompenses pécuniaires ; il partageait avec eux leurs pénibles fonctions. «Ca- » marades , leur disait-il souvent, nous a sera-t-ii reproché crue cette ville soit » perdue par notre faute , vu crue nous

» sommes si belle compagnie ensemble , » et de si gens de bien ? Il me semble » que si nous étions dans un pré , n'ayant » devant nous qu'un fossé de quatre pieds , » encore combattrions-nous un jour entier, » avant que d'être défaits. Dieu merci , «nous avons ? fossé , murailles et rcm- » parts ; où je crois, avant que les ennemis »y mettent le pied, beaucoup des leurs » dormiront au fossé. » Ces paroles remplissaient tous les cœurs ; et chacun se croyait invincible sous un chef si magnanime.

11 n'y avait que deux jours que les Français étaient entrés dans la place , lorsqu'on aperçut l'armée impériale qui s'approchait de deux côtés , en-deçà de la Meuse , sous les ordres du capitaine Sickengen , et au-delà , sous ceux du comte de Nassau. Le lendemain , ils envoyèrent un hérault sommer Bayard de leur remettre la ville. Ce député lui dit , « que ceux qui le mes- » sageoient par devers lui , estimoient la «grande et louable chevalerie qui en lui » étoit , et seroient merveilleusement dé- » plaisans s'il étoit pris d'assaut ; car son «honneur en amoindrir oit , et par aven- » turc lui coùteroit-ii la vie. « . . . . «Dites à ceux qui vous envoient, ré-

» pondit en riant le chevalier sans peur et » sans reproche , qu'avant que j'abandonne » une place que le roi mon maître a bien » voulu confier à ma foi / j'aurai fait , des » corps de ses ennemis entassés , le seul » pont par où ilme soit permis d'en sortir. » Le hérault , congédie avec cette réponse ? îa rendit à ses maîtres , en présence d'un capitaine français , nommé Jean Picard , qui leur dit: « Messeigneurs? je connois :» Bayard et j'ai servi sous lui. Ne vous » attendez pas d'entrer dans Mézières tant » qu'il sera vivant : j'aimerois «lieux qu'il »y eût dans la place deux mille hommes » de guerre davantage ? et que sa personne

» n'y fut point. » « Capitaine Picard ,

» demande le comte de Nassau. , ce sei- » gneur de Bayard est-il de bronze où » d'acier ? S'il est si brave , qu'il se pré- >i pare à nous le faire voir ; car > d'ici à «quatre jours , je lui enverrai tant de » coups de canon , qu'il ne saura de quel » coté se tourner. »....-. A la bonne heure ? dit Picard , « mais vous ne l'aurez » pas comme vous croyez. » Aussitôt les généraux de Charles-Quint font dresser leurs batteries , et en moins de deux jours plus de cinq mille boulets tombèrent dans la ville. C'est dans cette occasion qu'on

employa pour la première fois les Lombes et les mortiers , tels qu'ils sont aujourd'hui. « Ce n'étoient de dehors , dit » Mézerai , que canonnades , que bom- »bes, que boulets enflammes : de dedans » il pleuvoit des lances et des cercles à feu, » de l'huile bouillante , des fascines gou- » dronnées , des fusées qui mettaient lefeu partout. » Dès les premières décharges , milie hommes épouvantés prirent la fuite, «Tant mieux! ditBayard; j'aime » mieux de tels coquins dehors que dedans \ » pareille canaille n'était pas digne d'ac- » quérir de l'honneur avec nous. v> La place était vivement attaquée depuis plus de trois semaines. Le canon avait -renversé une partie des murailles ; et les ennemis se flattaient d'avoir bientôt entre leurs mains le chevalier et ses soldats. Mais Bayard, qui réunissait dans un degré éminent les deux qualités d'un grand capitaine , le courage et la ruse , imagina l'expédient le plus singulier, pour se débarrasser de Sickengen qu'il incommodait beaucoup. Il chargea un paysan d'aller porter au Seigneur Robert de la Marck , qui était à Sedan , une lettre conçue en ces termes : « Il me semble que depuk » un an vous m'aviez dit que vous vous

Il4 DE LA DÉFENSE

» proposiez d'attirer le comte de Nassau 3) au service du roi notre maître , et qu'il » est votre parent. Je le désirerais autant » que vous, sur la réputation qu'il a d'être j) gentil-galant. Si vous croyez que cela 31 puisse se faire , je vous donne avis d'y 3) travailler plutôt aujourd'hui que demain, » parce qu'avant qu'il soit vingt-quatre heu- » res , lui et tout son camp seront mis en » pièces. J'ai avis que douze mille Suisses , » et huit cents hommes d'armes doivent » coucher ce soir à trois lieues d'ici , qui , » demain , au point du jour, fondront » sur lui j pendant que , de mon côté , je 3> ferai une vigoureuse sortie ; et sera bien » heureux celui qui en échappera. J'ai cru » devoir vous en prévenir *, mais il faut » garder le secret. »

Par Tordre du chevalier , le villageois prend la route du côté du camp de Sickengen. A peine s'estrii éloigné de la ville , qu'on l'arrête. On le conduit au général. On le questionne : on le menace. Le bon homme intimidé , découvre son secret , pour éviter la mort. Il donne la lettre à Sickengen ; ce capitaine la lit ; et plein d'indignation , il la communique à son Conseil La fureur s'empare de tous les esprits. On s'écrie que le comte de Nassau

DES PLACES FOIVTF.S. I 1 5

est un traître. On bat le tambour ; on lève l'étendard ; on plie le bagage ; on passe la rivière. En vain le comte, instruit de cette résolution précipitée , veut retenir son collègue : ses différentes députations ne servent qu'à augmenter les soupçons.

On décampé de part et d'autre , et Mézièrcs est délivrée. Durant ce tumulte , le porteur de la lettre était rentré dans la ville , et avait appris au chevalier tout ce qui lui était arrivé. B3yard éclata de rire voyant l'heureux succès de son stratagème ; et dans l'excès de sa joie , il dit : «Puis- » qu'ils n'ont pas voulu commencer le jeu, » ce sera donc moi; » et dans l'instant il leur envoya plusieurs volées de canon } qui leur firent beaucoup de mal.

Ainsi fut levé le siège deMézières, siège éternellement mémorable, puisqu'il sauva la France, où il n'y avait point alors d'armée en état d'arrêter quarante mille hommes. 11 mit le comble à la gloire de Bayard. Tous les bons citoyens s'empressèrent de célébrer la valeur de ce héros toujours victorieux.

Il6 DE LA DÉFENSE

Siège de Rhodes par les Ottomans ,

en i32i,

En i3o8, Foulques de Villaret , grand-maître des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem , forma le projet de conquérir cette île , pour en faire le cîief-licu de son ordre. Secondé dans ce grand dessein, par tous les souverains de l'Europe chrétienne, il entra dans l'île ; bâtit plusieurs fois les Sarrasins et les Grecs, et se rendit maître de Rhodes , après quatre ans de fatigues. Cette ville devint florissante sons la dominations des Chevaliers, qui épuisèrent toutes les ressources de l'art pour la rendre imprenable. Ges précautions étaient nécessaires. Les Grecs , les Sarrasins , les Turcs essayèrent plusieurs fois d'y entrer. Mahomet II voulut l'assié* ger : ses généraux furent battus ; et îuî- Hvême mourut., en marchant pour cette expédition. La gloire de prendre Rhodes était réservée à Soliman II, dont les troupes s'aprochèrent de l'île en i 5^i*

Villiers , de l'IsIe-Adam , régnait alors sur les chevaliers de Saiut-Jean : grand homme de guerre, intrépide, courageux, habile, fécond en ressources. Il avait tout au plus six mille guerriers à op-

poser à une armée de près de deux cent mille hommes ; mais ces guerriers étaient, comme leur chefs, remplis delà plus héroïque valeur , et préféraient la mort à l'esclavage. Rhodes fut investie. On ouvrit la tranchifc hors de la portée du canon ; et quand on fut plus près de la ville , les infidèles dressèrent une batterie qui fut bientôt démontée par l'artillerie deîapiace. Les sorties fréquentes des chevaliers comblèrent leurs travaux. En peu de temps le découragement devint si général parmi les Turcs, qu'il fallut que le sultan vînt luimême se montrer à. ses troupes, pour animer leurs opérations par sa présence. Alors tout changea de face. Les officiers et les soldats ottomans , pour effacer jusqu'aux moindres traces de leurs murmures , s'empressèrent de se signaler sous l'œil du maître \ et cette multitude de bras , jusqu'alors pi?u terrible, devint enfin redoutable. Les soldats et les pionniers poussèrent la tranchée sans relâche : on y travaillait le jour comme la nuit , et ils étaient relevés tour à tour par différens corps qui se succédaient les uns aux autres. Le grand-maître , les voyant soutenus par de gros détachemens 7 ne jugea pas à propos de continuer les sorties } dans les-

IlS I>E LA DÉFENSE

quelles il perdait pins y par la mort d'un seul chevalier , que Soliman par celle de cinquante janissaires. Ainsi les infidèles , n'ayant rien à craindre que le feu de la place y travaillèrent avec tant d'activité , qu'ils conduisirent leurs travaux jusqu'à la contrescarpe , et pour rendre leurs lignes plus solides , ils les revêtirent par dehors de poutres et de madriers hien lies ensemble. On augmenta ensuite les batteries qui ne cessèrent de foudroyer la ville , mais sans succès , parce que leurs boulets effleuraient à peine les créneaux des murailles. Ils en furent avertis par un Juif qui leur servait d'espion dans Rhodes, Aussitôt ils changèrent leurs Laiteries , qui dès-lors tirèrent plus heureusement.

Voyant que la place était , pour ainsi dire, couverte et enterrée sous ses fortifications , ils résolurent d'élever deux cavaliers d'une hauteur supérieur a ces ouvrages y et qui commandassent la ville et ses boulevards. Les soldats et les pionniers f par ordre du général, apportèrent, durant plusieurs jours , des terres et des pierres qu'ils plaçaient entre les portes d'Espagne et d'Auvergne y vis-à-vis le bastion d'Italie. Ces deux endroits étaient vus à découvert par le canon de la place.

DES PLAGES FOUTES. IIQ

Des miliers d'hommes périssaient foudroyés, écrasas; mais on ne comptait point ces pertes , pourvu qu'on avançât l'ouvrage entrepris. Enfin , on vit paraître comme deux collines plus hautes de dix à douze pieds que la muraille , et qui la commandaient absolument. Le poste d'Allemagne fut le premier attaqué. Les Turcs dirigèrent leurs canons vers la muraille. On ne croyait pas qu'étant sans terre-plein , elle pût résister long-temps à la violence de ces machines. Le grandmaitre s'y transporta , et la ht appuyer en dedans par de la terre , des poutres, des fascines ; et , comme l'artillerie placée sur la porte de son palais , dans un lieu élevé , portait directement sur les infidèles; les canonniers chrétiens les ruinèrent, et mirent en pièces leurs gabions et leurs mantelet5 ou parapets. 11 en fallut refaire de nouveaux , qui ne durèrent pas plus long-temps que les premiers. Le canon de la ville abîmait tout; et celui des Turcs, au contraire , mal servi et pointé dans un endroit aussi élevé , battait toujours sur une même ligne , passait par dessus la muraille, et tirait à coups perdus. Apparemment que ces canonniers ignoraient encore l'usage de plonger , et de tirer de

I20 DE hX DEFENSE

haut en bas et contre le pied du mur. Rebutés du peu d'effet de leurs batteries , les officiers de Soliman les transportèrent contre la tour de Saint-Nicolas. On la foudroya avec douze canons de fonte; mais on eut le chagrin de voirie canon démonté et les batteries ruinées parcelles de la tour. Pour prévenir cet effet de l'adresse des canonniers chrétiens > on résolut de ne tirer que de nuit , et pendant le jour on enterrait le canon sous les gabions dans le sable. A l'approche des ténèbres , on le remettait sur la plate-forme. Plus de cinq cents boulets portèrent contre l'endroit de la muraille qui regardait l'occident , et la firent crouler dans le fossé. On s'applaudissait du succès de cettebatterie nocturne, et l'on se flattait d'emporter le fort au premier assaut ; mais on fut bien étonné de voir paraître derrière les ruines une nouvelle muraille terrassée avec son parapet , et bordée d'artillerie qui en défendait les approches. Plein de colère , Soliman fit attaquer tous les principaux bastions de la place ; et le canon , qui les battit jour et nuit , durant un mois entier, les endommagea pour la plupart. Cependant le nombre des chevaliers et des citoyens diminuait considérablement dans

Rhodes. On manquait de poudre. Le grand-maître en fit faire avec du salpêtre dont on avait fait provision; et l'on espéra de pouvoir, avec ce faible secours , résister assez long-temps pour rebuter l'Empereur.

La guerre jusqu'alors ne s'était faite entre les assiégeans et les assiégés , qu'à coups de feu ; et , quoique celui des Turcs, par la multitude de leurs canons et l'abondance de poudre fût fort supérieur , cependant \\g n'étaient pas encore maîtres d'un pouce de terrain dans les bastions et dans les ouvrages avancés de la place. Les retirades et les retranchemens creusés par les chevaliers , tenaient lieu des murailles abattues. On ne pouvait emporter ces nouveaux ouvrages que par un assaut ; et pour y monter , il fallait tenter la descente du fossé , ou le combler. Soliman , qui avait Un nombre prodigieux de pionnier dans son armée , en fit différens détache nens , les uns jetaient de la terre et des pierres dans le fossé; mais les chevalier;, par le moyen des casemates , enlevaient la nuit les décombres qu'on y avait jetés le jour. Les autres pionniers étaient era?

ployés à creuser des mines dans cinq endroits différens, dont chacune conduisait

I2â DE LA DEFENSE

son approche vers le bastion opposé. Quelques-unes furent éventées par la vigilance du fameux Martinengue , auquel on est redevable de l'invention de découvrir, avec des peaux tendues et des tambours , en quel endroit se faisait le travail. Les Turcs avaient travaillé avec tant d'adresse, que les différens rameaux de ces mines allaient de l'un à l'autre *, et tous pour faire plus 'd'effet, aboutissaient au même endroit. Deux de ces mines jouèrent, l'une après l'autre , sous le bastion d'Angleterre. Leur explosion fut si violente , qu'elles renversèrent plus de six toises de la muraille dont, les ruines comblèrent le fossé. La brèche se trouva si large , et la montée si facile , que plusieurs bataillons se présentèrent aussitôt à l'assaut avec de grands cris et le sabre à la main. Ils gagnèrent d'abord le haut du bastion , y plantèrent sept enseignes , et s'en seraient rendus maîtres , s'ils n'avaient rencontré derrière , une traverse qui les arrêta. Les chevaliers , revenus de l'étourdissement qu'avait causé le bruit effroyable de la mine , accoururent au bastion , et chargèrent les Turcs à coups de mousquet, de grenades et de pierres. Le grandmaître , dans le moment que le volcan

joua ? était dans une église voisine , où il implorait au pied des autels y le secours du .dieu des armées. Il jugea Lien , à l'horrible fracas qu'il entendit , que l'éclat qu'avait fait la mine serait suivi d'un assaut. Il se lève ., dans le moment que les prêtres , pour commencer l'office -, entonnaient cette prièr-e préliminaire:

Deus in adjutorium meum intende.

Seigneur , venez à mon secours. « J'ac- » cepte l'augure y s'écrie le pieux général ; » et se -retournant vers quelques chevaliers qui l'accompagnaient: «Allons, mes » frères , leur dit-il y changer le sacrifice » de nos louanges dans celui de nos vies , » et mourons , s'il le faut , pour la dé- » fense de notre sainte loi. » Il dit \ et la pique à la main,, il s'avance d'un air terrible. Il monte sur le bastion , joint les Turcs , écarte , renverse , tue tout ce qui ose lui résister. 11 arrache les enseignes ennemies, et regagne impétueusement le bastion. Le général de Soliman , Mustapha , rallie les fuyards et les conduit à l'ennemi à coups de sabre. Il y marche lui-même avec audace. Le combat se re-^ nouvelle. La mêlée devient sanglante. Le fer et le feu sont également employés de part et d'autre : on se tue , de loin et de

près , à coups de mousquet ou crêpée \ on en vient jusqu'à se prendre corps à corps, et le plus fort ou le plus adroit tue son ennemi à coups de poignard. Les Turcs en Lutte aux arquebusades , aux pierres , aux grenades, aux pots à feu , abandonnent enfin la brèche , et tournent le dos. Leur chef tâche , par ses menaces et par ses promesses, de ranimer leur valeur : on ne l'entend point. Tout fuit, tout se disperse , et Mustapha se retire avec eux , après avoir perdu plus de trois mille hommes.

C'est avec cet acharnement furieux qu'on se disputa la victoire jusqu'au ^4 de septembre, que Soliman fit donner Tordre pour un assaut général. Dès le point du jour les mahométans, divisés en quatre corps ou quatre armées , s'avancent de quatre côtés et montent fièrement sur la brèche , malgré les foudres qui partent de la place , malgré un déluge de balles , de flèches , de traits et de pierres : rien, ne les arrête. Les chevaliers accourent en foule ; ils repoussent les assaillans , ils les précipitent , ils renversent les échelles. Les infidèles reviennent à la charge avec plus d'impétuosité ; mais tous leurs efforts sont inutiles : les chevaliers sont invin-

cibles. Les prêtres ; les religieux, les vieillards , et jusqu'aux enfans , tous veulent avoir leur part du péril, et repoussent enfin l'ennemi. Des femmes ne le cédèrent pas en assiduité aux pionniers ni en courage aux soldats. Plusieurs perdirent la vie en défendant leurs maris et leurs enfans. Le mauvais succès de tous ces assauts rendit Soliman furieux : il fit périr Mustapha à coups de flèches ; et plusieurs autres capitaines auraient subi le même sort , si on ne lui eût pas persuadé qu'il pouvait encore réussir dans son entreprise. On ne cessa de combattre et de former des attaques jusqu'au milieu de l'hiver. Enfin les infidèles triomphèrent. Rhodes, presqu'entièrement détruite / n'avait plus de quoi les arrêter : la plupart des chevaliers avaient trouvé la mort en défendant les fortifications. 11 fallut capituler et abandonner cette île fameuse , qui avait été pendant près de trois siècles la patrie d'une société de héros. Soliman n'abusa point de sa victoire • il traita généreusement le grand-maître, qu'il consola, qu'il visita même ? et qu'il plaignit comme le méritait ce personnage immortel.

Siège de Marseille par T armée de Charles-Quint eni^z^

Le connétable deBourbon voulant mériter par ses services la faveur de Charles- Quint, à qui ce prince perfide s'était vendu, entreprit le siège de Marseille en 1 5^4* Il assurait que trois coups de canon étonneraient si fort ces bons bourgeois ,. qu'ils viendraient la corde au cou lui présenter les clefs de leur ville. Mais ces braves citoyens résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité : les femmes même les plus qualifiées partagèrent avec les hommes les travaux les plus pénibles ; et l'ardeur de ces héroïnes fut si grande , que les contre-mines faites du côté de l'attaque furent appelées la Tranchée-des-Dames , pour en perpétuer le souvenir.

Un boulet de canon parti de la ville , tua deux gentilshommes et un prêtre qui célébrait la messe. Le connétable de Bourbon accourut au bruit que causait cet accident , et demanda ce que c'était. Le marquis de Pescaire , rival de son crédit dans formée , lui répondit : « Monsieur , » ce sont les consuls de Marseille qui nous î> en apportent les clefs. » Bourbon méritait cette raillerie sanglante. Depuis qua-

rante jours il s'épuisait devant une place dont la conquête , selon lui , ne demandait que sa seule présence. Furieux , il ordonna de redoubler le feu de son artillerie ; et bientôt il vint à bout de faire une brèche assez considérable pour donner l'assaut. Les ingénieurs envoyés pour la visiter , rapportèrent qu'il y avait un fossé profond rempli de feu d'artifice et défendu par un grand nombre de soldats.

L'éternel ennemi du connétable , Pescaire , vient en faire le détail au conseil de guerre, et ajoute malignement : « Vous » voyez > Messieurs ; que les Marseillais » tiennent toute prête une table bien cou- » verte , afin de recevoir comme il faut » ceux qui voudront aller les visiter. Mous «ferions mieux, je pense, de retourner » en Italie, où les Français pourraient » bien nous prévenir. » La haine qu'on portait au duc de Bourbon fait applaudir à cet avis. D'ailleurs , François 1er venait au secours de la ville assiégée avec une armée de quarante mille hommes» Les Impériaux plièrent bagage et se hâtèrent de se retirer, avec la honte de n'avoij? pu réussir.

Siège de Péronne par le comte de Nassau, en i536.

Le comte de Nassau , un des généraux de Gharles-Quint , menaça Péronne en i536. Les habitans , qui voyaient qu'on ne s'occupait pas sérieusement de leur conservation, se disposaient à abandonner leur ville quand ils furent déterminés à la défendre jusqu'à la dernière extrémité, par la résolution de d'Estourmel, gentilhomme du voisinage. Cet homme généreux prévoyant les suites funestes de la perte de cette place , s'y transporte avec sa femme et ses enfans , y fait conduire tous les grains qu'il a chez lui ou qu'il peut obtenir de ceux qui sont touchés de ses discours ou de son exemple ; ily distribue son argent et celui qu'il trouve dans la bourse de ses amis ; il y montre une valeur ? une activité, une intelligence qui rassurent les plus timides. Il parvient 7 par cette conduite, à en faire le ver le siège.

Siège de Landrecies par l Empereur Charles-Quint , en 1 543»

L'Empereur Charles-Quint, à la tête d'une armée de cinquante mille hommes ,

vint en i543 , se présenter devant La ndrecies, ville des Pays-Bas, dans le Hainaut français. Cette place était médiocrement fortifiée. Bâtie sur la Sambre , dans une plaine Lasse et très-unie , un fossé rempli d'eau et quelques ouvrages faisaient toute sa défense. Mais elle était défendue par le fameux d'Essé et comptait dans son enceinte trois mille fantassins aguerris , et deux cents cavaliers d'élite , que l'exemple et l'intrépidité de La Lande , leur commandant , rendaient invincibles. En vain le monarque allemand fit-il foudroyer la ville avec cinquante pièces de canon ; en vain épuisa-t-il toutes les ressources de sa formidable puissance , pour faire réussir ses attaques multipliées : Landrecies fut l'écueil de sa fortune ; et ce prince qui prétendait envahir toute la France, vaincu devant une bicoque , fut obligé d'en abandonner la conquête après six mois d'inutiles efforts.

Les forces de la maison d'Autriche vinrent encore échouer contre la petite ville de Landrecies en 17 12. Le prince Eugène la tenait assiégée avec quatrevingt-dix mille hommes, lorsque le maréchal de Villars gagna sur lui la bataille de Denain ; qui lui fit lever le siège.

Siège de Metz par Charles-Quint > en i552.

Charles-Quint ayant recommencé îa guerre contre la France, vint sur- la fin d'octobre i55a , mettre le siège devant Metz avec une armée de cent mille fantassins , de douze mille cavaliers , et d'une nombreuse artillerie. La ville était grande, et si faible , qu'il pouvait se flatter avec raison , de n'y trouver pas beaucoup de résistance. François de Lorraine , duc de Guise , s'y était enfermé avec deux princes de sa maison , trois~ princes du sang, cinquante seigneurs de la première qualité , cinq cents gentilshommes avec leur suite , et cinq mille hommes de la meilleur infanterie de France. Avec cette poignée de guerriers illustres, de Guise soutint durant soixante-cinq jours les efforts opiniâtres du plus redoutable potentat de l'Europe, et l'obligea enfin de se retirer sans oser livrer l'assaut, quoique le canon eût fait brèche en plusieurs endroits. Lefroid , les maladies, les sorties fréquentes avaient détruit le tiers de cette armée formidable. Le prince de la Roche- sur- Yon en poursuivit les tristes restes. Ayant joint quelques compagnies de cavalerie ,

DES PLACES FORTES. I$l

il leur présenta le combat. L'officier qui les commandait > s'étant retourné : «Sei- »gneur, leur dit-il, comment voulez- » vous que nous ayons la force de com- » battre ? vous voyez qu'il ne nous en » reste pas assez pour fuir. » Touché de compassion , le prince permit à ces malheureux de continuer leur retraite. Le duc de Guise recueillit généreusement tous les malades qui n'avaient pu suivre leurs compagnons , et les distribua dans les villages voisins et dans les hôpitaux.

C'est dans ce siège que Metz perdit son ancienne splendeur. On fut obligé > pour la défendre , de détruire au dedans et au dehors plus de trente églises magnifiques , dont quelques-unes renfermaient les tombeaux oie plusieurs rois de la race carlovingienne. On frappa plusieurs médailles pour éterniser la mémoire de la délivrance de. Metz L'une représentait la devise de l'Empereur. C'étaient les colonnes d'Hercule avec ce mot latin ultra , pour faire entendre que , par son expédition en Afrique , ce prince avait porté ses armes victorieuses bien au-delà des pays qu'avait parcourus le grand Alcide. On ajouta au corps de la devise une aigle enchaînée et attachée aux colonnes > avec ces mots:

non ultra metas. L'équivoque du mot metas devenait très-piquante pour Charles-Quint y parce qu'il signifiait également la ville de Metz et les colonnes d'Hercule.

On ne peut trop admirer la conduite du duc de Guise pendant tout le cours de cette défense , sa prévoyance , son activité , son talent à encourager les troupes. Il entretenait surtout l'émulation par des sorties, petites , mais continuelles, où les différens chefs de ces expéditions partielles, cherchaient à se signaler et à se surpasser les uns les autres.

« M. de Cuise (dit M. de Salignac , au- » teur de la relation de ce siège ) ail oit » d'heure à autre reconnoître le dommage » que nos murailles et tours receu oient , » et se mettre en lieu d'où il pust mesurer » le tout de son œil ,, sans se fier au rap- » port qu'on luy en pouuoit faire , s'expo- » sant beaucoup de fois à plus grand »hazard, que l'importance d'vne si » grande perte , qu'eust esté de sa per- » sonne en ce lieu , et en temps de telle » affaire n'eust bonnement requis. Il pour- » uoyoit auec le Seigneur Pierre Strozzy »(qui n'auoit peu d'aduis , ni faute de » moyens en telles choses ) et auec les Sei- » gneurs de Gounor , de Saint-Remy et

DES PLAGES FORTES. l33

» de Camille Marin àsauuernosdeffences»

» à en faire de nouuelles , et ordoner nou- » ueaux ramparts là où il estoit besoin. » En quoi on ne sçauroit estimer qui »aidoit plus à M. de Guyse, oul'expé- » rie nce et pratique qu'il pouuoit au oir » eu auparauant de telles choses , ou » bien son naturel disposé à la conduite m et maniement du fait appartenances de » la guerre. Et croj que les deux ensem- »ble le rendoient si entendu, qu'en la » plus grande partie des délibérations q^ » s'en faisoient , son opinion se trouuoit » digne d'estre exécutée.

•» Le iour après vingt'huitièrne du mois, » continuants les ennemis leur batterie , » ouurirent la tour d'Enfer de dix-liuit ou » vingt pieds de large , devinants l'endroit » d'une cheminée qu'estoit le plus faible » du mur, ou bien queîqu'vn de la ville «qui sçauoit le contenu du dedans, le » leur auoit enseigné. Sur le mîdy tout ce » pare de mur d'entre les tours des Was- »sieux et Ligniers, pour auoir esté fort » battu , et coupé assez bas , commença » pencher en dehors , et se départir de la » terre qui l'appuyoit. Deux heures après » continuants les ennemis y tirer , tomba «tout d'un coup dans la fausse braye,

» mais vne partie soubs soy , rendant ïa » montée malaisée pour venir à l'assaut.

» Les ennemis voyants renuerser la mu- » raille , ietterent vn cry , et firent dé- » monstration d'une grande ioye , comme » s'ils estoient arriuez à bout d'une partie » de leur entreprise. Mais quand la pous- »sière fut abbatue , leur laissa voir le » rempart desjà de huit pieds par dessus » la brèche , encor que bien raz et large , » ils eurent à rabbattre beaucoup du t» compte qu'ils auoient fait , sans estendre » plus auant cette grande rizée qui ne » s'entendit plus.

3> Yn de nos soldats , appelé Montilly , » fit la brauade de descendre incontinent » par la bresche , comme pour donner » connoissance aux ennemis, qu'il ne » nous soucioit guères qu'on y peust aisé- »ment monter. ]Nros gens de guerre de » pied et de cheual plantèrent leurs ensei- » crues , guidons et cornettes sur le ram- » part : et tous les matins, au remuement » de la garde , on ne failloit les y mettre. j> Gros nombre de nos harquebouziers , » que M. de Guy se avoit fait aposter ; ayans «attendu que la muraille fust ostée , » comme s'il leur eust fait empeschernent, » tirèrent incontinent , et tousjours ius-

DES TLACES FORTES. 1 35

» ques à la nuit dans les tranchées et caua- »liers des ennemis, qui fut cause que de- » puis leurs harquebouziers de la transi chée du Lord du fossé , s'advisèrent de » faire des petites canonnières dans le terforain, pour tirer àcouuert, et de point » en blanc au long de la bresche , afin de » garder que les nostres ne s'osassent pré- » senter au-dessus*, toutesfois les gens d'aria mes ayans l'armet en teste , et leurs » sajes de liurée vestus , ne laissoient » à monter beaucoup de fois au plus haut, » pour y uuider la hotte , sans craindre le » danger : tellement que les pjonniers » mesmes et femmes qui seruoient au » rampart , s'accoustumèrent peu à peu à » les suiure. Le reste du iour , les enne- » mis essayèrent cerampartqu'ilsyoyoient, » à coups de canon ♦. mais combien qu'il » fust fraischement fait, toutesfois se trouua fo en plusieurs endroits assez fort pour ar- » rester le boulet.

» La nuit on cessa la batterie qui auoit » depuis le matin esté de neuf cens h mille » coups de canon , et nous à plus grande » dilligence que iamais esleuasmes et ren- » forçasmes le rampart, pouruoyaus quant » à la tour d'enfer , de ieter de la terre » deuant l'ouuerture , et y faire vn ram-

l36 I>E LA DÉFENSE

» part espais iusques à la moitié du second » estage , réseruant l'autre moitié qui es- » toit- deuers nous pour sauuer des canon- :» niers , abbattre le long de la fausse- » brave deuant la hresclie , et nous y » loger dedans pour la défendre.

» Les deux iours d'après leur batterie » se conduisit plus lentement qu'aupa- »rauant; car ils ne tirèrent que six cent » trente coups , tant au long du rampart » de la bresche , pour nous garder d'y » porter terre, qu'à la tour d'enfer , la*- » quelle apj'ès auoir esté ram parée en » l'estage de dessus , enuirons sept ou « huit pieds de large , par où ils entrèrent » en espérance de nous eu chasser , et » venir maisLres du second qui leur estoit » assez ouuert , puisqu'ils ne poiuioient 3) de là en auant cstre assez offencez par ce » grand œil de la clef de la voûte qui voit » sur la brèche ; mais il y futpourueu, » comme en l'autre estage 7 d'vn rampart » fait de fumier ,, de quelque peu de terre, » et de balles de laine , le plus léger qu'où » pouuoit , pour ne charger trop la voûte. » Ce soir > sur le tard , M. de Guyse eut » quelque aduertissement que les enne- »mis eutreprenoient de venir la nuit « gagner la tour d'enfer , ayans fait grande

» prOuision de fascines aux tranchées pour » y faire la montée , dont il commanda au » seigneur de Biron y aller auec vingt gen- » tilshommes de la compagnie de M. le «prince de la Roche-sur A7 on, pour ren- » forcer la garde iusques a minuit } et au » seigneur d'Àntragucs auec autres vingt » de sa compagnie le venir releuer. Ce » que fut par après continué toutes les « nuits par la gendarmerie > et caualerie » par rang de chacune compagnie. Les » princes et seigneurs voulurent estre de » la partie ; M M. de Nemours , de Mont- » morency > de Martigues y de Danville » et autres, commencèrent les premiers » de veiller au logis du comte de la Ro- » chefoucaud , voisin de là , pour s'y » trouuer au besoin. M. de Guyse trauaiila » cependant à faire remuer des pièces » d'artillerie de la plate-forme Sainte* » Marie , au houleuart et allée de la porte » » Cbampenoize , qui estoit desià rain- » parée , et y auoit canonnières pour » battre en flanc à ladite tour.

» Le comte d'Aiguemontpartît du camp » auec deux mille chenaux et quelques » enseignes de gens de pied , pour aller » au, Poni-à-Mousson,, où il entra; et » passant outre 7 se ukit présenter deuant

» la ville de Thoul , qu'il somma se rendre *.- » à quoi le seigneur d'Esclanolles , gouuer- » neur dicelles > lit reponce , que quand » l'Empereur auroit prins Mets et seroit » venu faire autant d'eifort contre sa ville, »il aduiseroit lors à la réponce qu'il » de u oit faire.

» Le septiesme du mois , de grand » matin , on ouit sonner beaucoup de » tabourins au camp de l'Empereur , et » sur les huit heures deux grosses troupes » de leurs gens de pied s'approchèrent au »bord des tranchées , derrière ces mu- » railles , qui s'étendent vers Sain t-Arn oui d, » par-dessus lesquelles on voyoit appa- » roistre leur grand nombre de piques. Et » bien que M. de Guyse n'estimast y auoir » grand danger , estant encor la faubraye p deuant la br esche toute saine et entière , » il fît toutesfois sans donner alarme , » rendre tous les gens de guerre aux lieux » qu'ils leur estoient ordonnez , tant aux »hresches, flancs, places de secours, » qu'au long des' murailles } où se trouua » bien petit nombre de gens pour vne ville » de si grande garde , mais tous appareillez » de bien faire , et monstrant cette bonne » volonté et délibération qu'il falloit pour » vaillauiment repousser lennemy. Les

» princes de Bourbon , les deux Gnyse , » celui de Nemours, le duc Horace, MM. » de Montmorency , Vidame de Chartres, » de Martigues > et les autres seigneurs et » gens de bonne maison , auec plusieurs » gentilshommes , marchans sous la cor- » nette de M. cte Guyse , prindrent le » premier rang à la bresche , suiuis d'vn » bon nombre de soldats. Cependant » le dit seigneur alla visiter le vns et les » autres , non sans auoir grand aise du » maintien et bonne contenance qu'il voioit » en chacun, ni sans les soliciter encores » en passant par beaucoup de ces bons » mots qui incitent à l'honneur , à la vertu » et à la victoire. Le capitaine Fauars , » maistre de camp , ordonnoit de ses gens » de pied , et encores par dessus luy le «seigneur Pierre Strozzy , ensemble sur » les gens de cheual. Le seigneur de Saint- »Remy estoit préparé de ses artifices à » feu et engins de guerre, lesquels a «oient » esté apportez de bonne heure en vne «maison prochaine, pour les emploier sur » les premiers qui vie ndr oient. Aussi le sei- » gneur de Crenay , et autres gentilshom- » mes et soldats , choisis de toutes les .» compagnies et bandes aux costez de la «bresche, pour exécuter bon nombre

IZfO "DE LA DEFENSE

» de harquebouzcs a croc. Pareillement le » seigueur â Ortobie et ses compagnons , » commissaires de l'artillerie , auec leurs j) canonniers aux flancs et deffences , et » furent toutes choses si complément » mises en leur ordre et l'ordre mesme par »tout si bien obserué, que les ennemis «eussent prins rnauuais conseil de nous » venir assaillir. Aucuns d'eux s'aduisèrent j) d'aller sur la montagne -, qui regardoit à » la bresche , d'où ils la peurent voir » fournie de museaux de fer, de mordons » et corselets, qui ne fut chose qui leur » deust beaucoup plaire.

» Trop long seroit à raconter , etpos- »sible ennuieux de particulariser toutes » les saillies ( sorties ) qui se sont faites >i durant le siège , desquelles aussi une » partie n'a peu venir à ma connoissance , » à cause qu'il s'en faisoit en mesme heure » deux ou trois par diverses portes , et » quelques fois nos gens ne rencontrans » les ennemis , s'en retournoient sans faire » chose digne de récit. Suffira que par »îe récit dune partie soit montré ne » s'estre iamais présenté un seul moyen de » nuire ou de gagner sur l'ennemi , que » M. de Guy se ne l'ait entrepris et fait sage- » ment exécuter , tenant tousjours l'en-

DES PLACES FORTES. j.'4-l

»treprise secrette jusques à l'heure qu'il y » enuoioit ; et lors en ayant bien instruit u le chef, qui la de uoit conduire, ietoit » premièrement les coureurs dehors tous » ensemble , et puis ceux dé la grosse » troupe bien serres, sans y permettre » dauantage que le nombre qu'il auoit » ordonné , faisant mettre des gens de » guerre aux lieux de gardes en armes , » afin que d'aduenture , lorsque serions » amusés d'un costé, l'on ne nous surprînt » de l'autre , et luy se tenoit à la porte » avec un autre nombre de gens tant de » pied que de cheval, afin que si quelque » occasion se présentoit défaire dauantage, » ou bien qu'il fallust soutenir et recevoir » les nostres pour estre foibles, il pust » promptement foire sortir ceux-cy aussi » avant qu'il en verroit estre besoin : » n'ayant jamais fait retraite quand il y » auoit grosse troupe dehors , fust de pied » ou de cheval , que au pas et en bon or- » dre , et que la trompette et tabourin ne » l'eussent sonné , aduertissant toutes fois » n'estre raisonnable qu'on demourast >> longuement dehors à la teste d'un camp. » Les deux jours ensuyvans se firent » force saillies, de quinze et vingt chevaux, » sur les routes de ceux qui commençoient

14a DE-LA DEFENSE

» s'en aller ; et par quelques Espagnols «autres des leurs qui furent prins , nous » sceusmes le deslogement de l'Empereur » du château de la Oigne , qui s'en estoit » parti ce premier jour de l'an , et retiré à »ïhion ville, avec le malcontentement » qu'on peut penser de se voir desclïeu de » son espérance , et sa grande armée qu'il » auoit assemblée de diuers endroits de la » chrétienté, ruinée, son entreprise tournée » à néant , et luj quasi mis pour seruir » d'exemple à faire voir au monde , que »la force et conseil des plus grands hom- «mes nest rien au regard de la pro- » uidence de Dieu. »

Siège de Malte par les Turcs , en 1 565.

Après la conquête de Rhodes par- Soliman II , les chevaliers se retirèrent dans l'île de Malte, du consentement de l'empereur Cliarles-Quint } qui leur accorda cet asjle^ Entre les mains de cet ordre militaire , Malte devint bientôt le plus fort boulevard de la chrétienté contre les entreprises des Turcs; aussi ces infidèles s'empressèrent-iis de détruire ce nouveau refuge de la religion , et le fameux Dragut vint en

DES PLACÉS FORTES. l/j-5

former le siège, en i565, avec une armée de plus de trente mille hommes.

Il livra plusieurs assauts terribles que les chevaliers soutinrent avec leur bravoure ordinaire. Le gênerai ottoman y trouva la mort. Le bâcha qui lui succéda , le terrible Mustapha , attaqua vivement le fort Saint-Elme , le plus petit de la ville , et il l'emporta après bien des fatigues. Mais en y entrant il ne put s'empêcher de dire : « Que ne fera pas Je père , puisque le fils » qui est si petit nous coûte nos plus bra- » ves soldats ? » 11 vit dès-lors que la conquête de Malte était humainement impossible , et ne songea plus qu'à se retirer. 11 fit prendre tousceux qu'on trouva parmi les morts et qui conservaient encore quelsouffle de vie. On leur ouvrit l'estomac , on leur arracha le cœur ; et pour insulter à l'instrument de notre salut dont ces malheureux guerriers portaient la marque sur leurs habits , on fendit leurs corps en croix , on les revêtit de leurs subrevestes ; et, après les avoir attachés sur des planches, on les jeta dans la mer. Ces cadavres défigurés furent portés dans la ville par les ondes. Le grand-maître , Jean de la Valette , ne put retenir ses larmes. Animé d'une juste indignation , il usa de répré-

sailîes ; et pour apprendre au bâcha à respecter les droits de l'humanité , il fit égorger sur-le-champ tous les prisonniers turcs ; et, par le moyen du canon , on jeta les têtes toutes sanglantes de ces infortunés jusques dans le camp de leurs compatriotes.

Siège de Ter go es par les Flamands ? en 1572.

Les Flamands révoltés contre Philippe Il , roi d'Espagne , voyant le duc d'Àlbe -occupé au siège de Mons ) en 15^^, résolurent de profiter de cette circonstance pour faire la conquête de Tergoés en Zélande. Ils s'en approchèrent donc avec une armée de huit mille hommes d'infanterie , pourvue de l'artillerie et des munitions nécessaires pour cette expédition. Tergoés , plus fortifié par la nature que par l'art , n'avait alors dans ses murs 'qu'une garnison de quatre cents hommes , commandée par Isidore Pachéco. L'Escaut , au long duquel cette ville s'étend , la rend inattaquable dans la partie qu'il baigne. Du côté de la terre , elle est environnée par des marais , et ses défenseurs avaient fortifié les endroits faibles avec tout le soin possible.

DES PLACES FORTES. l45

Les Flamands , après avoir investi la place, en pressèrent le siège avec la plus grande ardeur. Malgré les sorties vives fréquentes et meurtrières des assiégés , on poussa fort loin les tranchées ; et bientôt l'artillerie', qui ne cessait de foudroyer les remparts , fit une brèche assez large pour monter à l'assaut. On voulut le tenter. Déjà l'élite des Flamands s'était avancée avec la plus intrépide résolution. Les assiégés les préviennent ; et leurs efforts sont si terribles , que les assaillans déconcertés se retirent dans leurs lignes, après avoir perdu beaucoup de monde et plusieurs de leurs chefs. Un second assaut donné d'un autre côîé , fut aussi malheureux.

Les ennemis n'entreprenaient rien pour avancer leurs ouvrages , que les assiégés n'y opposassent les plus grands obstacles. Derrière une coupure ils en élevaient surle-champ une autre : la nuit n'interrompait point le travail. Les femmes disputaient aux plus vaillans soldats ia gloire de défendre la patrie \, le courage suppléait au nombre. Les assiégeans , rebutés par cette continuité de mauvais succès, prirent alors le parti de forcer ia ville par la famine , et converti'- eut le siège en blocus.

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