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Cependant le duc d'Albe , qui venait de se rendre maître de Mons, jeta ses regards sur Tergoës , et ordonna à Sanclie d'Avila et à Christophe Mondragoné de secourir au plutôt cette place importante» On arma promptement un nombre suffisant de navires pour y embarquer le secours et le faire descendre par la branche septentrionale de l'Escaut sur laquelle Tergoës est situé. Mondragoné , chef de cette entreprise , ayant rassemblé un corps de troupes espagnoles , allemandes et waionnes , tenta plus d'une fois de descendre le fleuve à l'aide du reflux , et de débarquer ses soldats ; mais il n'y put réussir. Les ennemis bouchèrent constamment le passage ; et leur marine, trèssupérieure à celle du roi , fît toujours avorter le projet. D'Avila, qui conduisait les troupes de terre , crut qu'en établissant sur le bord de l'Escaut quelques batteries > le feu du canon contraindrait l'ennemi de s'éloigner ; et pourrait procurer à Mondragoné un instant favorable pour arriver à sa destination. On exécuta ce dessein sur la proposition qu'il en fit ; mais l'événement ne répondit pas à ce qu'il avait espéré. L'artillerie , embourbée dans un terrain fangeux par lequel il
fallait la conduire , ne put avancer assez loin. Enfin , on désespérait de délivrer Tergoès , lorsque le capitaine Plumart , né dans ce canton qu'il connaissait parfaitement, brave homme très-attaché au service du roi , vint trouver les capitaines espagnols, et proposa de passer à gué la partie de Tîle qu'une tempête effroyable avait submergée en 1 5 3 2 : il promit que la traversée, quoique d'environ trois lieues , serait heureuse en la faisant à marée basse , et offrit d'exécuter son projet. On en sentait toute la grandeur et toute la difficulté ; mais le mérite de Plumart donnait de la force à sa proposition. On fit faire en diligence un grand nombre de petits sacs, on les remplit de poudre à canon , de mèches , de biscuits ; et sans différer plus long-temps , on transporta les troupes au village d'Àggior , au dedans de Pangle de l'île le plus proche de la terre ferme , où il était le plus aisé de tenter le passage. On avait choisi pour cette étonnante entreprise trois mille hommes d'infanterie dans les trois nations qui composaient l'armée royale : Mondragoné en eut le commandement. Cet habile guerrier , persuadé que la marée la plus basse qui monte et s'écoule dans l'espace de
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douze heures , ne donnait pas un temps suffisant , voulut entrer dans l'eau dès le commencement du reflux , et sur-lechamp il conduisit ses soldats à l'endroit d'où ils devaient se porter dans la partis mondée.
11 y fit distribuer un sac à chacun d'eux, et leur ordonna de îe porter sur l'épaule , afin d empêcher qu'il ne fut mouillé ; puis, les ayant remplis de la plus vive ardeur , par un discours tout de feu , il se met à leur têîe , et s'avance dans cet ordre. Les Espagnols marchent les premiers ; les Allemands viennent ensuite, et sont suivis des Wallons. ïl les arrange en files étroites, afin que les soldats soient plus sûrs du gué, et puissent plus aisément se secourir.
Tous s'encouragent mutuellement. Enfin, après avoir traversé cette vaste plaine d'eau, avec la plus grande constance , ils arrivent heureusement à la digue d'Yersichen , village éloigné de deux lieues de Tergoës.
Mondragoné , après avoir laissé la nuit à ses troupes pour se reposer , comptait les conduire au secours de la ville à la pointe du jour ; mais il ne fut pas nécessaire d'attaquer les assiégeans. A la nounelle du passage des royalistes , ils furent tellement épouvantés , <m'ils abandon-
lièrent le siège, et se hâtèrent de s'embarquer. On les poursuivit ; on attaqua leur arrière-garde > et on la tailla en pièces.
Siège de Harlem par les Espagnols ?
en i5^3.
Le siège de Harlem par les Espagnols ? en i573 (dit Strada), fut mémorable par une infinité d'événemens. On y renouvela eette ancienne façon de faire porter les lettres par des pigeons; car un peu devant que les passages fussent entièrement fermés, les habitans de Harlem avaient porté des colombiers de la ville ? quelques pigeons privés dans l'armée navale du prince d'Orange , et dans les villages voisins qui étaient de leur parti : de sorte que quand il en était besoin , on lâchait quelques-uns de ces pigeons avec des lettres attachées sous leurs ailes , et comme ils se souvenaient de leur colombier et de leurs petits, ils retournaient en même temps dans Harlem. Le prince d'Orange anima durant les trois derniers mois , par le moyen de ces messagers aériens , les habitans de cette ville à se défendre et à soutenir le siège : mais enfin un de ces pigeons lassé de voler , s'étant
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abattu dans le camp' des Espagnols , fut tiré par un soldat qui ne savait pas cet artifice , et ainsi l'on découvrit les lettres et les secrets qu'il portait. : cela (ut cause depuis , que les soldats tiraient indifféremment sur tous les pigeons qu'ils voyaient voler.
il y eut aussi une compagnie de femmes de Harlem , qui se rendit illustre dans cette guerre. Elles disputaient avec les hommes de l'assiduité au travail pour la fortification de la ville, elles étaient animées par Kennava , femme d'un courage mâle , cu?;ée environ de cinquante ans 7 et sous la conduite de cette guerrière ayant eu la hardiesse de fai e sur leurs murailles le devoir et l'exercice de soldats, et de paraître parmi eux dans les sorties qu'on faisait sur les Espagnols , elles ne donnèrent pas moins de courage à la ville, que d'admiration aux ennemis.
11 n'y eut cependant rien de plus merveilleux dans ce siège , que la fermeté des assiégés ; car , encore que le secours eût été défait jusqu'à trois fois , et que leurs murailles , percées de dix mille trois cent soixante coups de canon , les laissassent à dérouvert , néanmoins ils ne voulurent point entendre les conditions qu'on leur
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proposa de rendre leur ville : et bien qu'ils fussent réduits à un petit nombre, ils y suppléèrent de telle sorte , tant de jour que de nuit , par leur vigilance et par leur assiduité , qu'on ne pouvait lever la tête hors des tranchées, qu'ils ne tirassent aussitôt de plusieurs endroits de la ville. J'ai ouï dire que cela fut cause que les soldats espagnols , ou pour se moquer des ennemis , ou pour leur faire user leur poudre , faisaient quelquefois voir à demi des casques qu'ils élevaient des tranchées sur des piques , et qu'en même temps ils étaient percés à coups d'arquebuse. Quoiqu'ils fussent réduits par la famine , durant les deux derniers mois à manger des souris, leurs souliers et toutes sortes d'ordures , ils ne perdirent pas encore leur obstination ni leur audace , résolus de ce précipiter plutôt au milieu de leurs ennemis , et de mourir en combattant , que de se laisser égorger comme des bêtes , dans les murailles de leur ville. Ils eussent sans doute exécuté cette résolution, si leurs enfans et leurs femmes ne les eussent retenus par leurs pleurs , par leurs cris et par leurs embrassernens , comme ils étaient prêts de sortir.
La prise de Harlem , comme sont tous
les longs sièges , apporta aux Espagnols plus de gloire que d'avantage ; car l'armée y ayant été diminuée de beaucoup -, et retardée même par la mutinerie cleTsoldats , Frédéric , qui en était parti pour aller assiéger Alcmaé'r , fut contraint de lever ce siège sur le commencement de l'hiver.
Siège de lÀvron -par Saint-Lary- B elle garde en i S j4-
Louis de Saint-Lary-Bellegarde , l'un des favoris de Henri III , fut envoyé par ce monarque , en ï 5 "4 - contre les Huguenots du Dauphiné. 11 était à la tête d'une bonne armée , et croyait remporter de grands avantages. Dans cette persuasion , il attaqua la petite ville de Livron, qui n'était défendue que par les habitans. Mais il fut repoussé dans trois assauts ; et les femmes trouvèrent sa conduite si méprisable , que pour l'insulter elles vinrent en foule filer leur quenouille sur la brèche. Ces bravades piquèrent enfin le général catholique. Il donna un nouvel assaut ; les femmes le soutinrent seules ; le repoussèrent avec vigueur , et forcèrent Beliegarde à, le ver le siège,
DES PLACES FORTES. l53
Siège de Leyde par les Espagnols ,
en i5y4«
Les Espagnols (dit Sirada) firent le siège de Leyde sous la conduite de François Valdès, avec plus de courage que de bonheur.
Valdès ayant d'abord pris les dehors des ennemis , et bientôt après, quelques forts voisins , et enfin fermé de tous côtés le chemin des vivres à une ville si peuplée , peu s'en fallut qu'il ne la réduisît à la dernière nécessité. Il écrivit néanmoins aux assiégés une lettre toute remplie de douceur, par laquelle il leur présentait des conditions assez favorables s'ils voulaient se rendre, bien qu'il leur témoignât par la même lettre y qu'il savait leur nécessité; mais ils lui répondirent avec mépris et avec orgueil , qu'ils ne manqueraient pas de vivres , tandis que le bras gauche leur resterait j et qu'ils le mangeraient s'il en était besoin ? se réservant le bras droit pour défendre leur liberté. Valdès en colère de cette réponse . fit hâter les approches y assiégea la ville plus étroitement, et par ce moyeu il excita un si grand désordre dans Leyde y où de tous côtés les habitans mou-
raient de faim , que la populace , à qui l'extrémité avait fait perdre toute patience, menaça publiquement d'ouvrir les portes à l'ennemi , si les magistrats ne recevaient les conditions auxquelles on leur proposait de se rendre. Valdès en ayant eu avis > résolut d'assaillir la ville qui était déjà ébranlée par ce tumulte , et commanda que toute l'armée se tînt prête , dans trois jours , pour l'assaut général.
Tout le terroir de Lejde et les campagnes voisines sont entrecoupées de plusieurs ruisseaux qui font quantité de tours et détours; le Rhin même passe au travers de la ville , et s'y répand en beaucoup d'endroits , et bien que FIsel et la Meuse en soient éloignés , celle-ci prenant son cours vers Rotterdam, et celle-là vers Tergouwe ; toutefois elles s'en approchent par les ruisseaux et par les canaux qui sont tirés de part et d'autre; mais de peur que ces rivières et ces canaux ne se répandent dans les campagnes, quand ils sont enflés des eaux de la mer , et qu'ils ne portent sur la terre la fureur de l'Océan qu'ils ressentent en eux mêmes l'industrie des hommes leur a opposé des digues , et pour ainsi dire prescrit des bornes ; desorte qu'après que les Hollandais eurent
fait savoir leur dessein à ceux dd Leyde, par le moyen de quelques pigeons , ils rompirent les digues qu'ils avaient élevées par le travail et par les dépenses de plusieurs années, contre les débordemens de la mer et des rivières ? et firent passer sur les campagnes Tlsel et la Meuse , et mêmeTOcéan, comme un secours inopiné; ainsi ils ensevelirent par l'inondation de ces eaux , tant leurs propres héritages que tous les villages voisins , afin que par ce ravage, ayant fait à leurs vaisseaux un chemin sur la terre , ils noyassent le camp des assiégeans , et qu'ils portassent aux assiégés , dont ils étaient éloignés de quarante milles , ce qui est à peine imaginable , et des vivres et des soldats.
Cette nouvelle sorte de mer qu'on vit naître subitement parmi les arbres et les villages , et cette multitude de vaisseaux qu on voyait sortir de ces forêts , eût pu même donner du plaisir aux Espagnols , comme s'ils eussent regardé sur le théâtre des Ptomains, ces miracles des eaux, qui succédaient aux forêts et aux batailles navales faites pour le divertissement , s'ils n'eussent connu en même temps qu'on les venait attaquer par un spectacle si nouveau, que tant d'eaux s' étaient assemblées pour
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amener ce secours contre eux, et que par conséquent on leur ôtait l'espérance de prendre Lejde par les munitions que l'on portait sur ces vaisseaux. On ne saurait dire combien il parut sur cet Océan nouveau de vaisseaux équipés de soldats et de canons , de tous les ports et de toutes les îles prochaines 7 pour le secours de cette ville , soit par la conspiration de tous les peuples, soit par une haine commune contre îa religion catholique , que quelques-uns se glorifièrent de témoigner ouvertement , en portant^ à leurs chapeaux de petites lunes 7 avec ce vers qui servait d'inscription :
£fous aimons mieux le Turc que nous n'aimons le Pape.
Cette armée n'était pas moindre que de cent cinquante vaisseaux tous armés en guerre et remplis de toutes sortes d'armes, et il n'y avait pas moins de douze cents soldats outre les matelots. Toutefois les Espagnols ne perdirent pas encore courage ; et lorsqu'ils étaient contraints par les eaux qui croissaient; de quitter quelques forts dont l'assiette était trop basse , ils défendaient les autres avec une opi-
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niàtreté si courageuse , que pour faire quelque sorte de digue contre la violence des eaux et des ennemis , n'ayant point de hoyaux ni de pareils outils , ils se servaient pour remuer la terre , de leurs poignards et de leurs épées , et la portaient avec leurs casques et leurs cuirasses.
IVous lisons, que ceux du Tournésis firent autrefois la même chose en pareille nécessité dans les Pays-Bas , lorsqu'ils assiégeaient le camp de Q. Cieéron, ayant été contraints de remuer la terre avec leurs épées et de la transporter avec leurs sayes. Mais d'autant que le danger devenait plus grand par les eaux qui croissaient d'heure en heure outre mesure , et qui se haussaient par la mer qui avait alors un plus grand flux , à cause de la pleine - lune et du vent du nord - ouest qui soufflait , les Espagnols assiégés plutôt qu'assiégeans , jetèrent la plus grosse artillerie dans quelques fosses prochaines , et enfin par une terreur soudaine de Vahiès , qui se repentit trop tard d'avoir laissé échapper l'occasion de prendre cette ville , ils levèrent le siège de Leyde , quatre mois après l'avoir commencé.
Mais cette fuite ne se fit pas sans beaucoup de perte ? car l'ennemi , qui suivait
les Espagnols avec des crocs et des crampons attachés au bout de perches ou à des cordes quil lançait de loin , les blessait cruellement , ou en attirait plusieurs prisonniers dans les vaisseaux.
Siège d Anvers par les Espagnols , en i584«
« J'entreprends (dit Strada) d'écrire le siège le plus mémorable , le plus fameux cru on ait jamais formé devant une ville : car jamais on n'arrêta les rivières avec de plus grands travaux , ni jamais l'esprit humain ne conçut des inventions plus hardies , ni jamais des troupes à qui plusieurs sièges ont donné de l'expérience et du courage , ne combattirent plus vaillamment. On fit en cette occasion des forts sur des fleuves rapides ; on fit des mines sous les eaux ; on fit passer les rivières pardessus les digues ; on fit d'autres digues sur les rivières. »
Le prince de Parme se présenta devant Anvers , à la tête d'une puissante armée , et commença ses opérations par l'attaque des deux forts de Liilo et de Liefkensoè'ch, que les rebelles avaient construits sur les bords de l'Escaut. Un stratagème singu-
lier , qu'imaginèrent les Italiens de l'armée royale , chargés de faire le siège du dernier , en favorisa beaucoup le succès. Ils rassemblèrent un grand nombre de charrettes chargées de foin vert , et y mirent le feu. La fumée , que le vent portait sur le fort , étouffant la garnison, elte fut contrainte de se retirer un peu à lécart. Les assaillans en profitèrent, montèrent sur les remparts , emportèrent la pla^e. Le prince ne fut pas aussi heureux à Lillo. Mondragoné , ne l'ayant pas attaqué aussi brusquement qu'il l'aurait pu ; y laissa entrer un renfort considérable , et perdit à ce siège six semaines et deux mille hommes. On l'abandonna , et l'on se contenta démasquer le fort du côté de la terre , et de réprimer les courses des troupes qui s'y étaient renfermées.
Le prince entreprit ensuite un ouvrage de la plus grande difficulté : c'était de fermer le passage de l'Escaut. Au mois de septembre , il fit bâtir deux^ forts en face l'un de l'autre , pour assurer la navigation. Dès qu'ils furent achevés ? après qu'on les eut bien garnis d'artillerie y on travailla à la construction d'un pont; projet chimérique en apparence ? et du succès
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duquel pourtant dépendait celui du siège d'Anvers. Pour faciliter le transport des matériaux nécessaires } le général Espagnol fit creuser un canal large et profond , et dont la longueur avait plus de deux lieues. On l'appela le Canal de Parme , par honneur pour le grand homme qui l'avait entrepris. Ce prince , afin de suivre les travailleurs , et les animer par son exemple , avait étahli son quartier au village de Béversen. Le comte Pierre Ernest de Mansfeld , lieutenant -général de l'armée , commandait du côté du Brabant, et campait à Stabroé'ch , un peu au-dessous d'Anvers. Mondragoné s'était retranché presqu'au Lord de la rivière , en face de Lillo , où il contenait les ennemis. Ou avait bâti de toutes parts des forts , soit pour s'assurer des digues, et empêcher les rebelles d'inonder la campagne , en les coupant ; soit pour fermer toute communication avec les places voisines, et arrêter les secours ; soit enfin pour s'opposer à la flotte ennemie , et suppléer à la faiblesse de celle du roi. Le marquis de Roubaîs , officier d'une réputation brillante , et qui la méritait , fut chargé de veiller à la confection du pont : il mit tant d'activité dans les soins qu'il se donna , qu'on espéra de
voir bientôt cet ouvrage important conduit à sa perfection.
Cependant les assiégés , effrayés du progrès des Espagnols y étaient en proie aux plus vives inquiétudes. Chaque citoyen craignait pour sa fortune. On n'espérait aucun secours capable d'arrêter le coup prêt à tomber sur toutes les têtes. Tous les cœur étaient ébranlés ; et l'on déclarait ouvertement qu'on ne voulait plus soutenir un siège qui devait coûter beaucoup de sang et de travaux. Sainte-ÀIdegonde, alors bourguemesîre d'Anvers, osa seul combattre cette résolution publique. Ses discours pleins de feu ranimèrent le courage abattu de ses concitoyens ; et 7 par ses sentimens généreux , il sut les engager à jurer 7 dune commune voix , qu'ils renonçaient pour toujours à l'obéissance de Philippe. On publia un édit par lequel il fut défendu , sous peine de mort, de prêter l'oreile à aucun accommodement proposé par les royalistes. On se prépara ensuite avec plus d'ardeur que jamais a la eléfense la plus opiniâtre ; et pour la prolonger ? on ordonna de ne distribuer les vivres qu'avec mesure. On forma plusieurs compagnies des bourgeois en état de porter les armes ; et l'on fit
tous les préparatifs nécessaires pour traverser la construction du pont fatal.
•Outre les vaisseaux qu'on avait armés pour empêcher ou retarder les travaux , on résolut d'employer plusieurs navires singuliers qu'on devait emplir d'artifice, afin de ruiner les ouvrages déjà faits. Les redoutes que le prince avait formées sur les bords du fleuve gênaient la croisière des frégates d'Anvers. On construisit ua vaisseau dune grandeur énorme , et on le pourvut d'une forte artillerie , afin de les attaquer. Cette masse immense ressemblait en quelque sorte à une forteresse flottante. Les assiégés en conçurent de si grandes espérances , qu'ils rappelèrent
I,A FIS DE LA GTJERRG , thve faStUCUX
dont la sagesse et l'activité du prince de Parme firent connaître toute la vanité.
Déjà les estacades qui formaient les culées de chaque côté du pont y touchaient à leur perfection, malgré les efforts des rebelles qui livraient sans cesse de sanglans combats. Ils firent par terre et sur l'Escaut , toutes les évolutions capables de troubler les assiégeans. Mais, quelque chose qu'on entreprit, ils parvinrent enfin à se procurer un assez grand nombre de -vaisseaux pour fermer le fleuve au milieu
de son cours ; et,, le a5 de frvi ier 1 585 , le pont fut entièrement achevé.
Son emplacement fut choisi entre les villages d'Ordam et de Galloo , parce que le lit du fleuve y était moins large que partout ailleurs , et que son cours faisait dans cet endroit un coude plus marqué ; ensorte que les bâtimens ennemis ne pouvaient tomber perpendiculairement sur le pont. Pour le commencer , ou avait battu sur chacune des deux rives opposées de l'Escaut, de longues files de gros pieux, que l'on prolongea autant que la profondeur du fleuve put le permettre. Ou les assembla transversalement , et dans toute leur longueur, avec des pièces de bois très-fortes et très-solides; c'est ce qu'où appela les estacades : celle de Calloo avait deux cents pieds de long , et celle d'Ordam neuf cents ; l'espace qu'elles laissaient entre elles était de douze cent cinquante pieds. On forma sur chacune d'elles une espèce de place d'armes, capable de contenir un corps de troupes assez nombreux pour les défendre , et protéger les bâtimens qui devaient continuer le pont. Elles furent bordées d'un parapet d'où le soldat , à l'abri des coups de l'ennemi , pouvait l'incommoder de
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son feu. Les deux forts construits aux deux têtes du pout , c'est-à-dire , à l'extrémité des estacades , du côté de la terre , en protégeaient les deux flancs. On les avait garnis , à cet effet , d'une artillerie nombreuse ; on établit aussi des batteries dans les places d'armes. A ces précautions on ajouta celle de hérisser des deux côtés les estacades de grosses poutres terminées en pointe et ferrées : elles saillaient assez loin en dehors, et de gros pieux, enfoncés dans le fleuve , les soutenaient à fleur d'eau. On se proposait par là d'éloigner les navires ennemis, d'affaiblir leur attaque. Lorsque les estacades furent achevées, on approcha les bâtimeits destinés à fermer le , reste du cours de l'Escaut dans la partie la plus profonde et la plus large. On choisit trente-deux barques de soixante pieds de long sur douze de large ; on les plaça à vingt-deux pieds de distance Tune de l'autre; on les fixa chacune dans leur emplacement par deux bonnes ancres , et elles furent liées toutes ensemble avec un grand nombre de fortes chaînes. Chaque barque était garnie de trente soldats et de quatre mariniers , et défendue par deux canons aux deux extrémités. Le nombre total des canons distribués sur les es-
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tacades et le pont , était de quatre-vingt dix-sept. On couvrit encore le pont d'une défense extérieure , afin de le mettre à l'abri de toute entreprise. On savait crue l'ennemi construisait des espèces de brûlots , avec lesquels il se proposait d'y mettre le feu. On craignait d'ailleurs que les vaisseaux , qu'on avait armés dans la ville assiégée , ne vinsent l'attaquer audessus en même temps que les navires des confédérés tenteraient de l'attaquer audessous. Pour le garantir de ce double danger , on fit de grands radeaux avec un grand nombre de rnâts solidement attachés ensemble , qu'on mit à. flot dans toute la largeur du pont , et qui présentaient à l'ennemi une sorte de rempart ou de grand parapet. Cet ouvrage immense , qui avait environ deux mille quatre cents pieds de long demanda sept mois de fatigue et d'application. Les ingénieurs , qui en eurent la dirertion , s'appelaient Jean-Baptiste Plato et Properce Barrochio. Ce fut ce dernier qui donna l'idée des radeaux qui couvraient le pont.
La place cependant n'oubliait rien pour détruire l'effet de cette étonnante entreprise : elle avait à son service un fameux ingénieur italien; nommé Giambelli*,
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natif de Mantoue. Ce fut lui qui inventa et fit exécuter ces bâtimeus destructeurs , que depuis on appela machines^ infernales. Ils étaient construits avec des bois très -épais et solidement assemblés, au milieu desquels était pratiqué un foyer de mine ? proportionné à leur grandeur.
La mine était formée par une bonne maçonnerie en briques à chaux et à sable , et il n'y avait qu'une lumière pour mettre le feu à la poudre dont on devait la remplir. Ces funestes vaisseaux étaient chargés de blocs de pierres , de boulets de différens calibres . ei fin de toutes sortes de matériaux d'un grand poids , entassés autant qu'il avait été possible afin que l'effet de la mine fût d'autant plus grand que la résistance se trouverait plus forte. Giambelli employa plus de huit mois à mettre tout en état. Le grand navire , dont on a déjà parlé, ne fut pas si promptement achevé. C'était un vaisseau à deux ponts très-élevés. Celui dedessousétaitarmé de plusieurs canons gros et petits; celui de dessus était une grande place d'armes , où l'on établit, un corps de troupes assez considérable ; qui, du haut de ce poste y devait faire un feu de mousqueterie très-vif. Ce bâtiment énorme n'avait que deux grands mâts
égaux 7 placés à chacune de ses extrémités, lesquelles avaient à peu près la même forme. Afin qu'il pût approcher des redoutes construites par les royalistes sur les bords de la rivière , il était tout-à-fait plat y et ne s'enfonçait pas à proportion de sa pesanteur > parce qu'il était porté à flot sur un grand radeau de grosses poutres soutenues par des tonneaux vides.
Telles étaient les ressources que les habitans d'Anvers s'étaient ménagées pour rouvrir la navigation de l'Escaut : ils y avaient mis toutes leurs espérances. Les confédérés devaient seconder leurs efforts. Un grand nombre de vaisseaux armés attendaient auprès de Lillo l'effet des machines infernales , afin d'agir en même temps ; on essaya de reprendre le fort de Liefkensoèch ; et l'on en vint à bout.
Le 4- avril , on vit enfin paraître sur le lit du fleuve ces deux redoutables machines nommées lune , la Fortune , et l'autre , l'Espérance , suivies de quelques navires plus petits. Ils se laissaient tous aller au cours de la marée ; et n'ayant personne à bord , ils voguaient , pour ainsi dire , abandonnés à eux-mêmes , et entraînés par le reflux. Ils flottaient à peine , gu'il s'éleva au-dessus d'eux un
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tourbillon de feu , qui > après avoir brûlé quelques instans , parut aussitôt s'appaiser et s'éteindre. Les spectateurs en furent étonnés. Tout-à-coup un des petits bâtimens vint à éclater , lorsqu'il était encore éloigné du pont, et ne produisit d'autre effets que de jeter un nuage de fumée très-épais. Tous ceux qui étaient construits de même , n'opérèrent rien do plus. On n'avait plus à craindre que les deux grands vaisseaux qui approchaient insensiblement. Le premier (c'était la Fortune) s'arrèta^sur la rive gauche de la rivière , creva avec le plus horrible fracas , et réduisit en poudre la garnison d'une redoute voisine , et plusieurs soldats qui s'étaient dispersés dans les environs. Quelqu'épouvantable qu'en fût l'effet , celui de l'Espérance effraya encore plus 7 et causa un dommage considérable. Le vaisseau avait été conduit au point de réunion d'une des estacades et des busqués qui formaient le pont. Ce fut dans ce lieu qu'il éclata. L'air resta longtemps obscurci. L'affreuse secousse que reçut la terre s'étendit à plusieurs milles. L'Escaut sortit de son lit , et ses vagues écu mantes franchirent les rivages avec impétuosité. Les corps des tristes victimes qui avaient péri dans cet
embrasement, ne conservaient pas même la figure humaine. La grêle épaisse de pierres et de toutes sortes d'instrumens de mort que lança cet effroyable volcan , tombant de toutes parts ; un grand nombre d'infortunés furent tués ou blessés , ou maltraités de la manière la plus cruelle. Cinq cents royalistes périrent; des milliers d'autres furent estropiés ou dangereusement blessés. La mort du marquis de Boubais mit le comble au deuil de celte fatale journée. Le dommage que le pont avait reçu ne fut pas aussi considérable qu'on L'avait craint. Mais le désordre était si grand > que tout était perdu , sans doute , si dans ce moment les ennemis avaient attaqué cet ouvrage, ils n'eurent aucune connaissance du terrible effet de la machine infernale ; et la bonne couteT nance des assiégeans leur en imposa jusqu'à leur faire croire que le pont n'avait rien souffert.
Les citoyens d'Anvers n'avaient plus d'espérance que dans le grand vaisseau ? qu'ils appelaient la fin de la guerre. On le mit en œuvre. Ce vaste château s'approcha d'une des redoutes construites sur le bord de la rivière, du côté du Biabant. Ceux qui le montaient commencèrent à
faire un feu terrible : ils étaient plus de mille qui soutenaient l'effet du canon par celui de la mousquererie , et qui descendirent à terre pour attaquer la redoute de plus près ; mais ils échouèrent. Le fort Brava leurs batteries , et ils livrèrent à la garnison des assauts inutiles. Au contraire, leur énorme bâtiment fut si fracassé par ■ l'artillerie de la redoute , qu'on eut bien de la peine à le réparer et à le mettre en état d'être employé de nouveau. Cette seconde tentative fut aussi malheureuse que la première ; et tous les efforts qu'on fît depuis, soit pour emporter les ouvrages , soit pour rompre le pont , furent également infructueux. Le plus mémorable des combats qui se livrèrent dans ces occasions 7 fut celui de la contre -digue. Le champ de bataille n'avait que dix - sept pieds de largeur : les Ànversois voulaient Femponer , a quelque prix que ce fût.
Animés par les exemples et les exhortations de Saint e-Aldégonde et du comte d'Hohendoé , ils repoussèrent plus d'une fois les royalistes / et se crurent maîtres de l'objet de leurs généreux efforts. Mais accablés par le nombre des ennemis plutôt que vaincus , ils cédèrent le triomphe et se retirèrent sous les murs de leur ville ,
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ayant perdu deux mille cinq cents hommes et trente navires. Après cette sanglante victoire qui lui avait coûté plus de mille soldats, le prince de Parme enleva aux assiégés tous les postes voisins qui tenaient pour eux , et les réduisit à se renfermer dans leur ville. Le désespoir fut alors à son comble. Tous les citoyens n avaient d'autre perspective devant les yeux ~, que les horreurs de la famine qui se faisaient déjà cruellement sentir , et l'inévitable nécessité de céder iu vainqueur. Le peuple s'attroupa et se souleva ouvertement oontre les chefs , qui voulaient toujours se défendre. Il fallut enfin consentir à entrer en négociation : on envoya au prince de Parme des députés pour convenir des articles de ia reddition* Sainte- Àldégonde, qui était à leur tête , retarda pendant deux mois 7 sous différens prétextes , la conclusion du traité , croyant par ces délais adroits donner aux secours qu'il attendait le temps d'arriver. Enfin , le 1 7 août 1 585 , la capitulation fut signée. Le vainqueur fit ensuite son entrée dans la phi ce avec tout l'appareil d'un triomphe. Monté sur un coursier superbe , armé de pied en cap , il marchait au milieu de plusieurs corps d'infanterie et de cavalerie
qui ouvraient et fermaient cette brillante pompe. Elle se termina par rendre grâces au Dieu des batailles , qui tient dans ses mains la défaite et la victoire.
jittaque de Château -Renaud par le duc de Mayenne , en 1589.
La petite ville de Château - Renaud , dans la Touraine , n'ayant que de mauvaises murailles , sembla au duc de Mayenne une proie facile à enlever par les ligueurs. Mais son commandant Sarronet , gentilhomme Breton , homme intrépide , valait seul une armée. Pour augmenter la sûreté de sa place , il avait fait creuser à l'entour de profonds retranchemens. Mayenne avait cru qu'il suffirait d'une simple sommation pour emporter une telle bicoque. Une première tentative ne réussit point. Curieux de connaître les intentions du gouverneur , il lui fait demander ce qu'il espère de sesretranchemens : y enterrer le duc de Mayenne avec son armée s il ne se retire promptement. Tant de résolution étonne le duc , qui se trouve trop heureux d'un léger pré» texte pour abandonner une entreprise
dont le succès lui paraît incertain avec un tel homme à combattre.
Attaque de Quilîebœuf par Tamiral de Villars 7 en i5g^
Pendant les troubles de la ligue 9 Henri IV ordonna de fortifier Quilîebœuf, dont il venait de s'emparer. Chagrin de cette perte , le duc de Mayenne confie cinq mille hommes à l'amiral de Villars pour la reprendre. Les fortifications que Je roi venait défaire commencer, n'étaient pas encore en état de défense ; leur étendue de plus d'une lieue semblait rendre l'occupation de Quilîebœuf bien facile* B eil égard e ,, grand éeuyer de France, entreprit de la défendre avec quarante-cinq soldats, dix gentilshommes, *t ses habitons qui étaient encore en petit nombre. Il avait seulement de la poudre et des munitions , mais peu de vivres. 11 reçoit successivement cinquante soldats , douze gentilshommes , et le brave Talhot. Villars fait sommer Bellegarde de se rendre le quinzième jour du siège. Celui-ci rejette ses propositions avec fierté ; lie dixseptième , il soutint courageusement un a6saut« Sa résistance donna le temps à
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Fervaques de venir au secours de Bellegarde avec douze cents hommes et quelque infanterie. Villars, averti de leur marche ? leva le siège. Les troupes de secours admirèrent la témérité de Bellegarde^ d'oser tenir dix-sept jours, non pas dans une ville ? mais dans un village dont le fossé y dans les endroits où l'on avait commencé de le creuser, n'avait que quatre pieds de profondeur et de largeur.
Siège dOstende par les Espagnols , en 1601.
Henry Haê'stens a puhlîé la relation du siège d'Ostende , sous le titre de la Nouvelle Troie ou mémorable Histoire du siège d Os tende. Ce siège est en effet l'un des plus élonnans qu il y ait jamais eu , l'un de ceux où l'on ait déployé de part et d'autre le plus d'audace et de génie , et il est aussi une des preuves les plus senr sibles , qu'une garnison qui peut être rafraîchie et ravitaillée à volonté, est comme inexpugnable. Il y eut au siège d'Ostende un nombre prodigieux d'assauts livrés et repoussés avec fureur ; enfin les assiégés ne se rendirent que quajid la terre leur manqua pour se retrancher ? et encore
ce fut par ordre formel des Etats - Généraux , auxquels la durée de ce siège avait donné le moyen de se dédommager , en enlevant aux Espagnols d'autres villes non moins importantes alors pour eux qu'Ostende , telles que l'Ecluse 7 Grave , Ysendik. Les assiégeans 9 commandés par le marquis de Spinoîa, employèrent à ce siège trois ans et soixante-dix-huit jours , et y perdirent plus de soixante et dix jnille hommes : le bruit de l'artillerie fut si grand, qu'il fut, dit - on , entendu jusqu'à Londres. La ville n'était plus qu'un tas de décombres lorsqu'elle fut .rendue , et les habitans se retirèrent presque tous à l'Ecluse et lieux circonvoisins.
Siège de Montauban par le connétable de Lujnes , en 1 6 % i .
Le connétable de Luynes , suivi du roi Louis XIII, des maréchaux de Lésais; uières, de Saint- Géran , de Praslin , de Thémines et de Cbauhies , des ducs de Mayenne , de Guise y de Vendôme P de Montmorency et de Chevreuse du , prince de Joiuville , de Ba-iompierre , de Schoinberg en un mot , de tous les grands seigneurs du royaume, se présenta
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devant la ville de Mo n tau b an , le ty d'août ï6'2i , et en forma le siège. Cette place des Huguenots fut aussi vigoureusement défendue par La Force , le père t qu'elle fut mal attaquée par le favori du monarque français 5 aussi fut-il obligé de -se retirer, le 2 de novembre, après avoir fait, pour l'emporter, d'inutiles efforts.
Siège de la Rochelle , par Louis XIII,
en 162 y.
Le cardinal de Richelieu voulut signaler son ministère par la conauëîe de la Rochelle. Il en fît ordonner le siège , malgré l'avis des ennemis de sa grandeur et de sa puissance : et dans le cours de l'an 162T , une armée de 23, 000 hommes , ayant Louis XIII à leur tête' , vint se présenter devant ce dernier asile des Protestans. Le cardinal conduisait toutes les opérations , sous le nom du roi : il était secondé par le duc d'Angoulême et les maréchaux de Schomberg et de Bassornpierre. C'est ce même Bassompierre qui avait <lif au conseil : Vous vrrrez que nous serons assez fous pour prendre la Rochelle* La ville était vaste , bien forti-
liée, bien située, pourvue d'une nombreuse artillerie , remplie de munitions de toute espèce, et défendue par des habîtans que le zèle de la religion avait rendus presqu'invincibles. Il* élurent pour maire , gouverneur et général de leur ville» Jean Guiton ? homme d'une valeur déterminée. A peine eut-il été revêtu de l'autorité attachée à sa place , qu'il assembla les habitans , et prenant un poignard : « Je serai maire } leur dit-il } «puisque vous le voulez absolument; » mais c'est à condition qu'il me sera » permis d'enfoncer ce poignard dans le » sein du premier qui parlera de se rendre, » Je consens qu'on en use de même en- » vers moi, dès que je proposerai de » capituler ; et je demande que ce poi- «gnard demeure tout exprès sur la table » de la chambre , où nous nous assem- «blerons dans la Maison de ville. »
Richelieu cependant travaillait à bloquer la place. Par son ordre / on forma Une circonvallation qui occupait l'espace dre trois lieues : on la protégea de treize forts , flanqués de redoutes , et garnis d'artillerie. Mais le grand point était de fermer le port , afin d'arrêter les secours qui pourraient venir d'Angleterre. On
essaya d'enfoncer des pieux pour en embarrasser l'entrée , on tendit une barre d'une force et d'une longueur extraordinaires , tous ces moyens furent inutiles. Enfin le Cardinal résolut de faire une digue. Dès qu'il en eut proposé le plan , tout le inonde se récria contre un projet si absurde : il n'y eut que Louis Métézeau et Jean Tiriot , tous deux architectes français , qui osèrent se charger de l'exécuter ; et on les regarda comme des visionnaires. Il fallait fermer un canal qui avait sept cent quarante toises de largeur , dans lequel la mer se précipitait avec violence , et > quand le vent était impétueux , elle y roulait des vagues si furieuses, qu'il semblait ridicule de vouloir leur opposer aucun ouvrage humain. On enfonça dans la mer 7 depuis la pointe de Coreille jusqu'au Fort- Louis, de longues poutres, de douze pieds en douze pieds; d'autres poutres aussi fortes les liaient en travers. On jeta dans les intervalles de grosses pierres sèches , - auxquelles le limon et la \ase servaient de ciment. Cette digue fut tellement élevée , que dans les plus hautes marées les soldats y étaient à sec. Son épaisseur étai* à l'épreuve du canon ; elle avait par le bas environ douze toises de
largeur, et quatre seulement par le haut x de sorte qu'elle était en glacis. Ou éleva à chaque bout un fort* L'on eut soin de laisser une ouverture au milieu , pour donner passage aux marées ; mais pour empêcher les vaisseaux ennemis de pénétrer par cette ouverture, on en rendit l'entrée impraticable, en faisant couler à' fond quarante vaisseaux remplis de pierres maçonnées , et en enfonçant quantité de gros pieux dans la mer. Ce grand et merveilleux ouvrage , qui demanda près de six mois de fatigues , était défendu par plusieurs batteries de canon , dressées dans la terre ferme } et par deux cents vaisseaux de toute grandeur , bien armés , qui bordaient le rivage. On connut bientôt tout l'avantage de cette digue. La Rochelle , qui jusqu'alors avait tiré ses provisions par mer , les consomma en peu de temps, et les Anglais , qui deux fois s'approchèrent pour délivrer ou ravitailler la place , furent obligés de renoncer a leurs tentatives. Enfin ; après un an de blocus , les Réformes , réduits , depuis plusieurs semaines , à ne se nourrir que d'herbes et de coquillages, se voyaient moissonner chaque jour par la fan i ne.. Déjà ce aiste fléau avait tué plus de douze
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mille personnes; des maisons entières étaient remplies de cadavres. Un jour le maire vit une personne exténuée par la faim: « Elle n'a plus qu'un souffle dévie,» lui dit quelqu'un. « En êtes- vous surpris? » répondit-il ; il faudra bien que nous en » venions là } vous et moi , si nous ne sommes plus secourus. »... Mais ajoute un autre , « la faim emporte tous les jours » tant de inonde que bientôt nous n'au- » rons plus d'iiabïtans. »... a Eli bien ! re- » prit-il , il suffit qu'il en reste un pour » fermer les portes. »
Tel était l'opiniâtre courage du cbef des habitans de' la Rochelle ; et ses soldats à peine en état de soutenir leurs mousquets, songeaient à mourir plutôt que de se rendre. 11 ne leur restait plus qu'un souffle de vie . lorsque , le 28 octobre 1628, ils demandèrent à capituler. Les articles portaient que le roi pardonnait auxRochellois, les rétablissait dans leurs biens, et leur accordait l'exercice libre de leur religion; que les capitaines et gentilshommes sortiraient de la ville i'épéë au côté , et les soldats un bâton blanc à la main , après qu'ils auraient juré de ne porter jamais les armes contre le service du roi. Les troupes prirent , le 3o , possession de
la ville , et le monarque y fît son entrée le ier de novembre. Les fortifications furent démolies, les fossés comblés , les habitans désarmés et rendus taillables, l'échevinage et la communauté de ville abolis. Il j avait près de deux cents ans que La Rochelle ne reconnaissait presque de souverains que ses magistrats. La conquête en coûta quarante millions , mais peu d'hommes , à Louis XIII.
Siège de Saint- Jean deLone, en i635.
La petite ville de Saint- Jean deLone en Bourgogne, fut assiégée en 1 63 5 parles armées combinées de l'Empereur, du roi d'Espagne et du duc Charles de Lorraine , formant ensemble 80 mille hommes ; mais la défense fut si vigoureuse, qu'elles furent contraintes de lever le siège. Le roi Louis XIII ; pour récompenser le courage et la fidélité des habitans , leur accorda plusieurs privilèges.
Siège de Dole par Henri II , prince de Condè , en i636.
Henri II , prince de Condé , attaque Dole en 1636 j il annonce aux assiégés ,
par une patente , qu'il les prend sous la protection de Louis XIII, s'ils se soumettent sous trois jours , il somme ensuite la garnison de se rendre. Rien ne nous presse , reprend le gouverneur Lavergne; après un an de siège nous délibérerons sur le parti à prendre. Condé qui voit qu'il a affaire à des gens de cœur y multiplie les attaques ; il hasarde les Sommation après les plus légers avantages. Sa conduite devient si ridicule , qu'on le somme enfin lui-même de lever le siège. Un trompette vient lui déclarer que , s'il veut se retirer, les habitans de Dole lui accorderont six jours francs , afin qu'il puisse s'en aller en sûreté avec son armée ; que si votre altesse rejette cette offre , elle pourra bien s'en trouver mal. Et moi , répondit le prince en colère , je ne recevrai point ceux de Dole à composition, à moins cru'ils ne me la viennent demander la corde au cou. Les assiégés poussent l'insulte encore plus loin -, ils menacent d'arrêter Condé devant leurs murs aussi long-temps qu'il a demeuré dans le ventre de sa mère; et puis de l'obliger ensuite d'en lever le siège. Condé redouble d'efforts pour ne pas prendre un parti si honteux ;
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cependant, après avoir épuisé toutes ses ressources, il y est obligé. •
Siège de Léricla par le prince de Condé, en i647«
Le 8 de mai 1647, *e Prnlce ^e Condé quitta Barcelonne , et en six jours arriva devant Lérida, dans le dessein d'en former le siège. Cette ville fameuse est située sur la Ségre. Un mur épais, divers bastions , quelques ouvrages à cornes , un fossé large et profond , un beau château qui lui sert de citadelle , la rendent moins redoutable , que sa position sur un roc si vif et si dur, qu'il est presqu'impossible de le percer. Philippe IV en avait confié la défense à Dom Georgio Britt , Portugais , l'un des hommes de l'Europe qui avait le plus de valeur, d'expérience, de réputation, de générosité, de politesse. Sa garnison1 était composée de quatre mille hommes d'élite ; et la place munie d'une artillerie nombreuse , et d'une si grande quantité de vivres et de munitions de guerre , qu'il eût été difficile de les épuiser en six mois de tranchée ouverte. L'armée française ne montait qu'à seize mille hommes , mal payés, et
par conséquent mauvais soldats. Le maréchal de Grammont la commandait sous les ordres du prince : le comte de Marsin et le duc de Châiillon remplissaient les fonctions de lieutenants généraux ; le Marquis de la Moussaie, M. Darnauld , le comte de Broglie , le chevalier de la Valière , le marquis de la Trousse et le comte de Tavanes , celles des maréchaux de camp. Condé s'établit dans les lignes- du comte d'Harcourt , qui, quelques mois auparavant , avait inutilement bloqué Lérida. La paresse des Espagnols les avait laissé subsister. Le prince les assura par de nouveaux forts , et forma toutes ses dispositions. Dès les premières attaques, le chevalier de la Valière qui s'était flatté d'un prompt succès , fut tué ; et sa mort resta sans vengeance , parce qu'on attendait de jour en jour la grosse artillerie qui n'arrivait point. Ce délai faisait languir le bouillant général dans une inaction pénible Pour surcroit de disgrâce , la Ségre, grossie par la fonte des neiges des Pyrénées, déborda avec tant de violence, qu'elle entraîna les ponts de communication. À l'instant Britt, qui suivait d'un oeil judicieux toutes les démarches , toutes les situations de l'ennemi , qui épiait tou-
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tes les occasions favorables , sort de la place avec la plus grande partie de sa garnison ; et profitant de l'absence du prince et du maréchal occupés à prendre quelques châteaux , il fond sur le quartier de Marsin , abandonné à ses propres forces , et qui avait envoyé la cavalerie fourrager à plusieurs lieues du camp. Dans cette circonstance funeste, Marsin s'arme de tout son courage , il se présente d'un air intrépide à la garnison de Lérida , et soutient pendant près de deux heures , tous les efforts des Espagnols. Animés par l'exemple de leur chef , les Français font des prodiges: .ils repoussent le gouverneur: ils attaquent , il renversent quatre cents chevaux embusqués dans les masures d'un faubourg. L'ennemi déconcerté cherche son salut dans la fuite. Les vaincus se jettent dans la rivière et regagnent à la nage les remparts de leur ville. Cependant Coudé revient au camp , rétablit les ponts, et dispose deux attaques. L'une, qu'il conduit lui-même embrasse une vieille église, changée en forteresse , et située à deux cents pas de la ville. L'autre dirigée par .Grammont , est dressée vers une chapelle également forîiiiv'e. Le 27 de mai , le régiment de Champagne } pré-
cédé des vingt-quatre violons du prince ., ouvre la tranchée, en plein jour, avec tou?es les démonstrations de la joie et de l'espérance. Tout répond d1 abord aux vœux des assiégeans. Les progrès sont rapides , l'officier , le soldat même , animés par le ^ccès j se livrent avec ardeur aux travaux de la guerre, que leur général partager avec eux ; mais bientôt tout change. Le découragement succède tout-à-coup à cette allégresse : les obstacles qui se rencontrent à chaque pas, dissipent l'illusion. En vain le prince prie et menace ; en vain il punit et récompense : le guerrier immobile se refuse à d'inutiles fatigues. Britt , qui avait vu tranquillement les premières approches des Français, s'apperçoit qu'il est temps d'agir. 11 redouble le t'e-u de son artillerie et de sa mousqueterie. Il prépare chaque jour , des sorties terribles et meurtrières. Plusieurs fois il nétoie la tranchée ; il détruit les travaux ; il renverse les batteries. Dans l'une de ses actions , qui fut la plus sanglante du siège, il se précipita sur la tranchée de Condé , suivi de plus de la moitié de sa garnison : en moins de quelques minutes, il massacra tous les mineurs ; brûla les fascines ; cncioua le canon ; blessa à la tête et prit
M. Darnauld. Déjà le régiment suisse de Bromme , effrayé d'nn si grand désastre , avait abandonné tous les postes , lorsque Coudé accourt lui quatrième. D'abord' il force les Suisses , à grands coups d'épée, de retourner à la tranchée : il dégage Arnauld ; regagne à découvert et sous le feu prodigieux de la place y tous les postes abandonnés. Enfin il oblige le gouverneur à chercher un asile dans Lérida. Celte -victoire est d'autant plus remarquable, qu'elle fut remportée par ces mêmes Suisses qui un peu auparavant avaient paru si épouvantés.
Le prince , après cet exploit glorieux , se hâta de rétablir les ouvrages. Cinq jours entiers furent employés à ce travail -, et l'on se porta aux attaques avec une nouvelle ardeur. Britt , étonné de tant de constance , résolut de tout hasarder pour arrêter les progrès qui pouvaient bientôt lui devenir funestes. Le 11 de ce mois , entre midi et une heure , c'est-à-dire , dans l'instant même que Condé quittait la tranchée pour aller dîner chez le comte de Marsin , au-delà de la Ségre , la garnison presqu'entière sort de Lérida 7 et tombe sur le régiment de Montpouillon à la tête duquel le marquis de la Moussaie
gardait les travaux. Le succès des assiégés fat rapide. Une partie du régiment est taillée en pièces. L'autre échappe par une .prompte retraite. La Moussai e défend presque seul la batterie , n'ayant d'autre espoir que de périr l'épée à la main. Au bruit effroyable qui se fait entendre , le prince , prêt à passer la rivière , s'arrête, prête l'oreille ; distingue des clameurs ; en devine la cause ; donne ses ordres , et court à bride abattue vers la tranchée dont l'ennemi était le maître. Le premier objet qui frappe ses regards ? ce sont ces mêmes Suisses qui 7 dans une autre occasion , avaient pris la fuite, et qui , dans celle-ci, réparaient leur honneur par des faits d'armes héroïques. A la vue du prince, ils remplissent 1 air de cris d'allégresse. Leur ardeur guerrière se ranime ; et dans la joie d'avoir Condé pour témoin de leurs exploits , ils témoignent tant d'audace et de fierté , que ce grand général n'eut besoin que de leur secours , pour triompher des Espagnols y et regagner les postes perdus. Cependant l'infatigable Britt, dangereusement blessé ? se faisait traîner en chaise sur les remparts et à la brèche } encourageant le soldat , plus encore par ses actions que par ses paroles , aaginen-
tant sans cesse le feu de son artillerie , paraissant enfin déterminé à s'ensevelir sous les débris de sa place. 11 avait rassemblé une si prodigieuse quantité de feux d'artifice et de grenades ? qu'il vint à bout deux fois de brûler la galerie des assiégeans. Elle ne fut rétablie qu'avec beaucoup de peine. Une si opiniâtre résistance avait tellement découragé l'infanterie française , qu'elle s'enfuyait dès qu'elle entendait le funeste cri d'alerte à la muraille ! qui partait de la place , et qui était toujours suivi d'un sanglant combat.
Toutefois, malgré la défense héroïque du gouverneur , il est constant que Lérida eût succombé , si le prince eût reçu de la France le nombre de troupes et la quantité de munitions qui lui avaient été promises , ou même si la désertion causée par l'excès des chaleurs et des fatigues n'eût ruiné l'armée. Déjà il était venu à, bout de faire brèche à la muraille de la ville et à celle dn château. Tout-à-coup il apprend que Farmée espagnole , une fois plus nombreuse que la sienne , s'approche pour le combattre. Il ny avait pas à délibérer ; il fallait , ou emporter la place d'assaut } ou se résoudre à lever le
siège , cruelle alternative ! Condé* , que l'Europe s'était accoutumée à regarder comme inviucible , doit-il céder à un ennemi qu'il a tant de fois vaincu ? Hasardera-t-il un assaut avec des troupes consternées ? et s'exposera-t-il à la même destinée qu'Harcourt , pour être ensuite le triste témoin de la perte de la Catalogne ? Cette dernière réflexion décide le magnanime général. L'amour de la patrie l'emporte sur celui de la gloire. 11 assemble ses capitaines , et leur expose son projet. Cette résolution était désirée depuis longtemps, elle fut applaudie; et l'on se disposa à la retraite avec tous les transports de la joie la plus vive. On la lit heureusement, le 17 de juin; etBritt, qui était sorti de Lérida avec toute sa garnison , n'osa attaquer l'arrière-garde. Ce capitaine , durant tout le cours du siège > s'était distingué par des procédés généreux.* 11 ne laissa passer aucun jour sans envoyer des rafraîehissemens au prince ; et quand ce héros eut abandonné son entreprise, il lui écrivit qu'il se serait fait une véritable joie de lui apporter les clefs de Lérida, si son devoir ne l'eût forcé de ne les remettre qu'entre les mains du roi qui lui en avait confié la garde.
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Siège de Candie par les Turcs, en 1667.
Les Turcs y moins formidables } il est vrai , que sous Mahomet , Sélim et Soliman y mais dangereux encore , assiégèrent régulièrement Candie, en 1667.
Quelques galères de Malte et du Pape furent les seuls secours fournis aux Vénitiens, contre une inondation de 60 mille Turcs , dans une île réputée le boulevard de la chrétienté. Mais elle avait un digne rempart dans le courage et la valeur du noble Morisini , généralissime des Vénitiens. Il y soutint cinquante assauts , plus de quarante combats souterrains , et éventa plus de cinq cents fois les mines des assiégeans. En vain le grand-visir Kiuperli tenta de corrompre ce grand homme , en lui proposant de le faire prince de Valachie et de Moldavie ; il fut insensible à ces offres. Louis XIV donna inutilement aux autres princes l'exemple de secourir Candie. Ses galères et ses vaisseaux , nouvellement construits dans le port de Toulon , y portèrent sept mille hommes, commandés parle duc de !NTavaille? secours trop faible dans un si grand danger y parce que la générosité française ne fut imitée de personne ! La Feuillade , simple gentilhomme
français , fit une action qui n'avait eu d'exemple que <L ns les temps de la chevalerie ; il mena à ses dépens , près de trois cents gentilshommes à Candie ? quoiqu'il ne fût pas riche. Si quelque autre nation avait fait pour les Vénitiens à peu près autant que la France , Candie aurait pu être délivrée ; mais ces faibles secours ne servirent qu'à retarder sa prise. Le duc de IXa vaille 9 voulant signaler son entrée dans la ville par quelque action d'éclat , fait résoudre une sortie qu'il exécute avec ses troupes. Les commencemens de cette entreprise sont très-brillans. On détruit les travaux des assiégeans ; on encloue leurs canons -, on force leurs lignes ; les Turcs surpris vont se noyer dans la mer , ou se réfugier dans des montagnes peu éloignées. Les Français se regardent déjà comme les libérateurs de la ville. Malheureusement leur ardeur excessive leur ôta la victoire. Un soldat étant entré, avec sa mèche allumée, daus un magasin à poudre souterrain , pratiqué au - dessous des batteries , y met le feu par mégarde. Les munitions , embrasées par ce funeste accident, font sauter le bastion avec toutes les troupes qui sont dessus. L'imagination ardente des Français leur fait croire aussi-
tôt que tout est miné sous leurs pieds ; ils prennent l'épouvante et fuient dans un désordre extrême. Ce découragement est remarqué des Turcs , qui fondent aussitôt sur les Chrétiens et en font un horrible carnage. Désespérant de sauver Candie , le duc de Travaille se rembarqua avec huit mille Français envoyés par Louis XIV en différens temps. Abandonné de ses alliés , Morisini capitula en 1669. Le grand-visir , plein d'estime pour son courage , lui accorda tout ce qu'il voulut. Le 1 6 septembre, les Turcs prirent possession d'une conquête qui leur coûta plus de cent mille hommes. Tous les habitans en sortirent , et la garnison en enleva l'artillerie. Les Turcs , dans ce siège se montrèrent supérieurs aux Chrétiens , même dans l'art militaire. Les plus gros canons qu'on eût vus en Europe furent fondus dans leur camp ; ils firent pour la première fois, des lignes parallèles dans leurs tranchées^ usage que nous avons pris d'eux , mais qu'ils tenaient d'un ingénieur italien.
Siège de Grave par les Hollandais , en 1674.
La ville de Grave (dit M. de Quincy) que le général Rabenhaut assiégeait depuis la fin du mois de juillet avec les troupes des Etats -généraux et de l'électeur de Brandebourg , était défendue par M. de Chamilli y lieutenant général ,- officier d'une grande réputation. Le prince de Condé qui connaissait sa valeur , et que cette place était fournie abondamment de tout ce qui était nécessaire pour soutenir un long siège , ne s'inquiéta pas beaucoup lorsqu'il apprit que les ennemis avaient entrepris d'en faire le siège , et ne sortit point de ses postes d'auprès de Charïeroj. Le général Kabenhaut lit ses approches avec assez de facilité ; mais à mesure qu'il les poussait plus avant , il trouva une garnison èi opiniâtre , que par les fréquentes sorties qu'elle faisait , on aurait eu peine à dire si c'était lui qui attaquait ou qui était attaqué, puisque ce général ne prenait pas un pouce de terrain , que les assiégés ne le reprissent aussitôt l'épée à la main. Depuis long-temps on n'avait vu une si belle et si longue défense , et la fortune secondant la valeur de M. de Chamilli , il ne
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se passa presque point d'occasion où il ne remportât l'avantage. Cela fît connaître au général Rabenhaut qu'il s'était trompé , lorsqu'il s'était flatté de réduire cette place avec le peu de monde qn on lui avait donné ; et comme il voyait que ses troupes diminuaient tous les jours , il fut obligé de prendre le parti de se fortifier dans son camp , pour se mettre a couvert des fréquentes attaques de M. de Chamiîii y qui ne se contentait pas de l'attaquer dans ses tranchées , mais jusqu'au milieu de ses troupes. Il prit cette résolution d'autant plutôt y qu'il savait bien que le prince d'Orange attendait tous les jours les troupes de l'électeur de Brandebourg qui , ayant manqué au traité fait par le roi , s'était lié avec ses ennemis ; et que lorsqu'elles seraient arrivées , aussi bien que les troupes de Brunswick , il était impossible que le roi ne fût obligé d'affaiblir l'armée du prince de Condé pour renforcer celle de M. de Turenne qui était très - faible sur le Rhin, et que par ce moyen le prince d'Orange serait en état de lui envoyer un renfort de troupes pour achever cette entreprise. Cependant M. de Chamilli profitant du repos qu'on lui laissait , fit travailler à fortifier les endroits de la place
qui en avaient besoin -, en quoi il fut bien secondé par sa garnison. Il se passa pendant ce temps-là plusieurs actions particulières. M. de Chamilli manquant d'argent et les otages hollandais pour les contributions étant renfermés dans Grave, ils rentraient au pouvoir des Etats - généraux après la prise de cette place , et c'est ce qui avait déterminé les alliés à s'attacher plutôt à cette conquête qu'à toute autre , et parce que la plupart des munitions de guerre qu'on avait retirées des places hollandaises que la France avait abandonnées y étaient. Le comte d'Estrades , qui commandait dans Mastricht , détacha M.
de Melin , colonel, qui trouva moyen d'entrer dans Grave , d'y porter de l'argent / d'en retirer les otages , de passer à travers les ennemis et de les conduire à Mastricht. Tout cela fit que , lorsque le prince d'Orange y arriva avec l'armée hollandaise après la levée du siège d'Oudenarde , le siège n'était pas plus avancé que le jour que le général Rabenhaut y avait ouvert la tranchée. Le a 4 octobre, leprince d'Orange fut joint par le prince Charles de Lorraine , par le Ringrave et par le prince de Waldek. Ce prince se préparait à pousser vigoureusement le
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siège , et M. de Chamilli à défendre la place avec la même opiniâtreté et la même valeur > qu'il lavait fait pendant quatrevingt-treize jours , toute ruinée qu'elle l'était par les bombes > lorsqu'il reçut des ordres du roi de se rendre , pour conserver la vie à tant de braves gens qui y étaient , et qui auraient péri inutilement r si on leur eût permis d'en continuer la défense*
Siège de Phiîishourg par le prince de Bade , en 1676*
Es 1676 , ïe prince Frédéric de Bade* Dourlach, général de l'armée des Cercles, fut chargé duisiége de Philisbourg* M. Du Fay y gouverneur de la place, prit de Bon côté toutes les mesures possibles pour faire une longue défense 5 il fît de si continuelles sorties sur leurs approches y qu'ils ne furent en état d'ouvrir la tranchée que la nuit du a4 aQ a"5 de juin. Dès le lendemain matin les travailleurs furent mis en fuite , et les travaux en partie comblés par les assiégés: tant que le siège dura } les Impériaux ne prirent pas un pouce de terrain , qu'il ne leur fut disputé avec la der-
nière opiniâtreté, et dont on ncr les chassât le moment d'après.
Les troupes qui attaquaient la place grossissant tous les jours par celles que les Etats de l'Empire et les confédérés y envoyaient continuellement , et les batteries nouvelles qu'ils avaient faites ayant commence à tirer le 9 de juillet,, à l'attaque du prince Herman de Bade , et le 1 7 à celle du comte de Westmuller , elles rirent un grand effet. Celui-ci attaqua un petit ouvrage détaché , qu'il emporta 9 mais dès le lendemain il fut repris par les assiégés ; le comte de Westmuller l'ayant fait attaquer une seconde fois le mên~e jour, il l'emporta encore ; mais le débordement du Rhin étant survenu , le contraignit de l'abandonner presqu'aussitôt. Tant d'attaques, de sorties et de combats ne pouvaient se passer sans perte de beaucoup de monde , de la part des assiégeans ; ils y perdirent entr'autres le prince Pio , l'un, de leurs généraux , qui fut tué dans la tranchée le 29 juillet. Le même jour ils commencèrent à tirer quinze mortiers qui foudroyer nit la place pendant le reste du siv'ge.
Comme on était dans les plus grandes chaleurs de leté, l'eau fut bientôt retirée,,
et les assiégeans travaillèrent avec beaucoup de diligence à réparer le désordre que le débordement avait causé dans les tranchées. Ils avancèrent tellement leurs travaux 7 que M. Du Fay fit savoir à M. de Luxembourg que s'il n'était secouru , il n'y avait pas moyen de conserver la place ; mais comme il n'en recevait point de réponse 7 il vit bien que sa conservation roulait plutôt sur lui que sur le secours du duc de Luxembourg, il continua ses sorties, dans lesquelles il éprouvait tantôt la bonne et tantôt la mauvaise fortune j mais qui retardaient toujours les travaux des Allemands. Un jour ayant fait un détachement plus fort qu'à l'ordinaire , il poussa ceux qui avaient la tête de la tranchée , et fit plier tout ce qui était devant lui ; mais des troupes étant survenues au secours des assiégeais , l'obligèrent de se retirer après avoir perdu cinquante hommes , ce qui lui fit prendre le parti de ne plus faire que de petites sorties , pour conserver son monde.
Cependant le PJvin déborda encore une fois et incommoda beaucoup les assic'geans y mais les eanx s'étant écoulées comme, la première fois, ils rétablirent les travaux qui avaient été un peu endommagés , et se
dirent en état d'attaquer le cliemîii couvert, ce qu'ils firent le 2 août. Ils entreprirent cette action avec de gros détachemens qui marchèrent en même temps sur tout le front de l'ouvrage à corne. Après une résistance des plus vives et des plus opiniâtres de la part des assièges , il fat emporte du côte de l'attaque du marquis de Bade ; les Allemands y firent une perte si considérable , que les caporaux des régimens de Souches, de StaremLerg, de Pio et de Grana, qui donnèrent de ce côté-là, se trouvèrent commandans. Les Impériaux y eurent 1 5 cents hommes de tués. M. Du Fay fit le lendemain ; pour le reprendre , une tentative qui ne lui réussit pas , et les ennemis s'y logèrent entièrement.
M. le maréchal de Luxembourg > ayant reçu du roi l'ordre de marcher au secours de la place, fit pour y parvenir tous les efforts qiv on pouvait se promettre d'un si grand général ; mais ayant reconnu l'impossibilité de forcer les lignes du prince de Bade, il repassa le Rhin. Alors M. le duc de Lorraine somma de nouveau M. Du Fay de se rendre , tout espoir d'être secouru 5*étant évanoui* Il lui fit dire qu'il avait acquis assez de réputation en défendant
cette place avec tant de valeur pendant un si long temps > afin de pouvoir obtenir une capitulation honorable , qu'il n'aurait point s'il tardait à le faire. Le Gouverneur fit réponse que s'il voulait envoyer quelqu'un } il lui ferait voir crue par l'état de sa garnison et des fortifications de la place , il ne pouvait pas accepter le parti qu'il lui proposait, sans risquer de perdre l'estime qu'il avait eu la bonté de marquer pour lui. Nonobstant cette réponse , il se voyait consumer tous les jours , et quoique sa garnison fut de bonne volonté , et le corps de sa place bon , il lui restait si peu de poudre , qu'il était obligé de faire tirer du canon rarement. Il trouva moyen de le faire savoir à la Cour , par un homme qu'il fit sortir ; sur quoi , M. de Louvois lui fit dire , de la part du roi , qu'il était si satisfait de la longue défense qu'il avait faûe , qu'il pouvait rendre la place lorsqu'il le jugerait à propos ; cette permission ne ralentit point sa fermeté et son courage. Le prince de Bade-Dourlach ayant fait attaquer la partie du chemin couvert dont il n'avait pu se rendre maître , il le défendit avec tant de valeur , que les ennemis ne s'en virent les maîtres qu'après une action très-vive et très-longue , et qu'après y avoir
eu un. grand nombre de soldats tues et blessés ; parmi ceux-ci était le duc Frédéric-Auguste de Brunswick - Wolfenbutel , qui commandait cette attaque où il fut dangereusement blessé.
Sitôt que les ennemis se virent maîtres de tout le chemin couvert , ils y établirent des batteries pour battre en brèche la demi-lune et l'ouvrage à corne ; ils attachèrent à la demi - lune le mineur qu'ils passèrent au moyen d'une galerie. Mais les assiégés la brûlèrent et tuèrent le mineur ; ensorte qu'ils furent obligés de faire une brèche à cette demi -lune avec leur batterie , elle fut assez grande le 3 de septembre pour l'attaque , après avoir fait le passage du fossé. Us s'en saisirent avec moins de résistance qu'ils n'avaient espéré,; mais à peine y eurent -ils été une demiheure , que M. Du Fay les en chassa > après avoir tué une partie des troupes qui la gardaient , et qui travaillaient au logement. Les troupes qui firent cette action se retranchèrent si bien sur la brèche , que les Allemands étant revenus une seconde fois pour l'attaquer , y furent repoussés , ce qui contraignit le prince de Bade-Dourlach de prendre des mesures pour attaquer en même temps cette demi -lune et un des
demi-bastions de l'ouvrage à corne ; mais M. Du Fay manquant absolument de poudre , et ayant reçu des ordres du roi de conserver la vie au reste d'une garnison qui avait donné tant de marques de valeur pendant le cours d'un si long siège , fit battre la chamade le 8 , au grand étonnement des assiégeans , qui n'ayant pu depuis trois mois de siège se rendre encore maîtres de la demi-lune , eurent de la peine à concevoir ce qui pouvait obliger des gens qui venaient de donner tant de marques de valeur et d'opiniâtreté , à se rendre si vite.
Le prince de Bade - Dourlach accorda à M. Du Fay les conditions les plus honorables qu'il demanda , et quoique la retraite de M. de Luxembourg et les ordres du roi fissent assezrconnaître aux assiégés qu'on ne songeait plus à les secourir , M. Du Fay ne laissa pas d'obtenir qu'on mît à la tête de la capitulation qui fut signée le 9 de septembre > qu il ne sortirait de la place que le 1 7 , si avant ce temps-là elle n'était secourue par une armée royale qui y fit entrer mille ou Luit cents hommes au moins. Il en sortit le jour marqué , tambour battant , mèche allumée , enseignes déployées, sa cavalerie lépée à la main avec huit pièces de canon , un moi-
tier et quatre bateaux de cuivre ; il fut conduit à Hagueneaur
Siège de Mas triche par le -prince d'Orange, en 1676.
ce Le prince d'Orange , ( dit M. de Quincy) était occupé pendant le siège d'Aire à l'attaque de Mastriclit ; l'armée avec laquelle il tenta cette entreprise était composée des troupes de Hollande > d'Espagne , de Brunswick et d'Osnabruck , de trois régime ns Anglais et de quelques régimens de l'Empereur et de Brandebourg : elle se tro uvait plus forte et plus nombreuse qu'elle n'avait encore été depuis le commencement de la guerre ; mais l'entreprise était difficile , non-seulement à cause des fortifications qui étaient excellentes , mais encore eu égard à une forte garnison de quatre mille cinq cents hommes d'infanterie , savoir , un bataillon de Picardie , trois de Piémont , deux de Bourbonnois } un de Jonsac et un de Vierset , deux régimens de cavalerie et un de dragons.
M. de Calvo , maréchal de camp ; officier de réputation et de beaucoup de valeur , y commandait en l'absence du maréchal d'Estrades , que le roi avait envoyé pléni*
potentiaire à Nimègue. M. de Calvo qui avait toute sa vie servi dans la. cavalerie , et n'était pas par conséquent fort entendu dans la défense des places , en fît l'aveu aux officiers qui étaient sous ses ordres , et leur ordonna de prendre les mesures qu'ils trouveraient les plus convenables pour faire une belle défense ; qu'il déférerait volontiers à tous les avis et aux propositions qu ils lui feraient pour le bien du service , et qu'il en ordonnerait l'exécution , hors celle de se rendre y à quoi il ne consentirait jamais } et qu'il périrait plutôt sur la brèche.
«Le prince d'Orange ayant déterminé le temps pour faire investir Mastriclit , laissa à Nivelle une partie de son armée , sous le commandement du duc de Villa^ hermosa , pour observer les mouvemeus du maréchal de Schomherg qui était pour lors campé à Rievrain , et se mit en marche avec le reste qui montait à quarante mille hommes. Il investit la place le 7 de juillet , il fit travailler aux lignes de circonvallation qui étaient d'une longue étendue , la place étant d'une grande capacité , et donna tous ses soins pour faire arriver dans son camp toute l'artillerie et les munitions nécessaires pour une si
grande entreprise -, ensorte qu'il ne fut en état d'y faire ouvrir la tranchée que le 18. Il fit d'abord la principale attaque du côté de la porte de Boileduc ; maïs y ayant fait quelques travaux , il trouva à propos de la changer et de la pousser vers un hastion détaché qui s'appelait Dauphin. Les travaux qu'il fit faire avançaient fort lentement par les fréquentes sorties que faisait faire M- de Galvo ; de sorte qu'à chaque pas que faisaient ses troupes , elles étaient ohligées de livrer autant de combats ; ce qui forçait le prince d'Orange d'être presque toujours dans les tranchées pour animer ses troupes par sa présence.
» Les assiégés , pour disputer davantage le terrain , travaillèrent à un retranchement dans le bastion Dauphin , pendant que les assiégeans s'en étant à la fin approchés, se disposaient à l'attaquer, après que le prince d'Orange en eut fait la disposition. Cette action se fit en sa présence au signal dont on était convenu ; les assiégés se précautionnèrent de leur côté pour se défendre ; les troupes commandées des assiégeans y marchèrent avec tant de valeur, qu'après un long combat elles chassèrent les Français de l'angle flanqué du bastion, et travaillèrent en même temps à s'y loger.
Les assiégés se retirèrent derrière leur retranchement , d'où ils faisaient un grand feu ; mais M. de CalvO , qui était dans les dehors ., fit marcher un détachement de gens frais ? qui attaquèrent avec tant de courage , qu ils les chassèrent après une longue résistance. Le prince d'Orange qui était présent, ne voulant pas donner aux assiégés le temps de s'y fortifier , à quoi ils travaillaient avec beaucoup de diligence , y fit marcher des troupes d'élite ; l'on combattit de part et d'autre avec beaucoup de valeur ; mais les Français , obligés de céder enfin à la multitude, se retirèrent une seconde fois \ M. de Calvo y envoya encore un nouveau détachement qui, malgré tous les efforts qu'il fit, ne put empêcher les ennemis d'en demeurer les maîtres -, et toutes ces actions finirent par une mine que M. de Calvo fit jouer , qui enleva beaucoup de monde aux ennemis. Le prince d'Orange , que la grande perte qu'il avait faite dans ces actions n'avait pas rebuté , voyant que la pointe du bastion était tellement ruinée , que ses troupes ne pouvaient plus s'y loger, fit pousser le travail sur la droite pour attaquer l'angle de l'épaule j les Français firent une traverse dans ce qui leur restait
de bastion , et cela en plein jour et avec une diligence incroyable ; ils se tinrent sur leurs gardes pendant la n ait ; mais le matin du premier août, le prince d'Orange les ayant fait attaquer , les assiégés se trouvèrent à moitié endormis ; et avant qu'ils eussent le temps de prendre les armes , il y en eut une partie de tuée , le reste fut chassé. M. CalvO; au désespoir de la perte de ce bastion, promit une demi-pistole à chaque soldat qui en chasserait les ennemis ; il s'en présenta quatre cents } et ayant mis de bons officiers à leur tête 7 ils marchèrent aux ennemis avec beaucoup de valeur ; mais ayant été reçus avec autant de courage , la plupart furent taillés en pièces ; ce qui détermina M. de Calvo à foire jouer une seconde mine qui emporta eu l'air la plupart de ceux qui étaient dessus. Il fut question après cette dernière action , de se rendre maître du dernier bastion. Toutes les troupes étaient si intimidées et si rebutées , qu'on fut obligé de donner beaucoup d'eau-de-vie à celles qu'on commanda : elles attaquèrent les assiégés avec tant de furie , que les Français se culbutèrent les uns sur les autres ; et il ne fut pas possible à M. de Calvo de les faire retourner au combat ; il lit jouer une troisième
mine qui acheva de faire sauter le bastion et ceux qui étaient dessus. IN 'y ayant plus de mine à craindre , les ennemis y montèrent et se retranchèrent dans les ruines , et le prince d'Orange y fit établir du canon qui battit le corps de la place, s
» Depuis la prise de ce bastion, dont on a donné le détail à cause delà singularité de sa défense , les assiégés défendirent pareillement pied à pied les autres ouvrages et avec la même valeur, de façon qu'il y avait six semaines que le siège durait , et que les ennemis n'étaient point encore les maîtres de la contrescarpe , lorsque le prince d'Orange apprit que le maréchal d'Humières , après la prise d'Aire , avait envoyé la plupart de ses troupes au maréchal de Shomberg, qui avait reçu ordre de marcher au secours dje la place , cela le porta à faire des efforts surprenans pour s'en rendre maître avant son arrivée. Il fit attaquer le 9 août le chemin couvert de l'ouvrage à cornes et d'une demi-lune . Après un e très-lo n g uerésistanc e, le feu s'é-ant mis à la poudre et aux grenades des assiégés, à la gauche de l'attaque des ennemis , ce désordre fut cause qu'ils l'emportèrent de ce côté-là , non sans une grosse perte ; mais du côté de la droite
ils ne purent s'en rendre maîtres que le ia qu'ils l'attaquèrent une seconde fois.
» Ils furent occupés au passage du fossé et à faire brèche à l'ouvrage à cornes , jusqu'au dix-huitième jour qu'ils l'attaquèrent ; mais quelques efforts qu'ils fissent pour l'emporter, ils furent si vigoureusement repoussés , et les mines en enlevèrent un si grand nombre r qu'après un combat assez opiniâtre de part et d'autre , leurs soldats rebutés se retirèrent en confusion dans leurs travaux.
» Cependant le prince d'Orange sachant que le maréchal de Schomberg était déjà fort près , résolut de faire sur cet ouvrage à cornes un dernier effort , dans l'espérance que M. de Calvo se rendrait , si cet ouvrage était pris , d'autant plus qu il y avait une grande brèche au corps de la place. 11 fit pour cet effet un détachement de la plus grande partie des officiers d'infanterie de son armée , dont il forma un corps , qu'il envoya à l'attaque le 26 août en plein midi. Ces officiers allèrent à 1\ ssaut avec beaucoup de fierté et de valeur; mais ils trouvèrent uue si grande résistance de la part des troupes qui gardaient cet ouvrage } qu'après avoir fait une perte irré-
parable pour leur armée, ils furent contraints de se retirer.
Le maréchal de Schomberg ayant reçu les troupes que le maréchal d'Humières lui avait envoyées , se mit aussitôt en mouvement pour combattre le prince d Orange ou pour l'obliger à lever le siège. Il fit marcher une lieue devant lui M. de Mon* tat avec huit mille hommes , dont étaient tous les grenadiers de l'année ; il suivit ce corps t marcha sur huit colonnes ; ses bagages dans le milieu: il arriva dans cet ordre à une lieue de Tongres , où il fit tirer trente-deux pièces de canon, pour avertir M. Calvo qu'il marchât à son secours.
Le prince d'Orange instruit de sa marche, et voyant que les «derniers efforts qu'il avait faits lui avaient été inutiles , assembla un conseil de guerre dans lequel il fut arrêté de lever le siège. Il donna aussitôt des ordres pour conduire la grosse artillerie, les munitions, les malades et les blessés sur le bord de la Meuse , où ils furent embarqués, il releva toutes les gardes et se retira ensuite ayec beaucoup d'ordre.
Siège de Lille par le prince "Eugène et le duc de Marlborough , en i 708.
Le siège de Lille en 1708 est célèbre. Le maréchal de Boufflers eut la gloire d'y tenir quatre mois , contre le prince Eugène et le duc de Marlborough, et ne capitula enfin , que sur l'ordre exprès qu'il en reçut du roi. On lira sans doute avec intérêt le récit qu'en fait le prince Eugène lui-même , comme on sera charme de sa franchise , et de la grandeur d'âme avec laquelle il relève le mérite de son adversaire. C'est lui qui va parler.
« Je proposai le siège de Lille. Des » députés des états-généraux s'avisèrent » d'être d'im autre avis. Marlborough fut » du mien , ils furent pbligés de se taire* » Me voilà chargé du siège , et Marlbo- » rough de le couvrir contre l'armée du » duc de Bourgogne. Celui-ci > avec soi- » xante mille hommes, campa près du » Pont-des-Piei res ; et moi , avec qua- » rante mille , après avoir investi la ville , » je pris mon quartier-général à l'abbaye » de Looz, le i3 du mois d'août. Le » brave et habile Boufflers , avec une «garnison de seize bataillons, et quatre » régimens de dragons , me préparait
DES PLACES FORTES. 2l3
»bien de la tablature. La besogne, loin » d'être aisée , était dangereuse; car jj Mons n'était pas à nous, Ma première » attaque du fort Catelen fut repoussée. » Mon entreprise , le même jour , pour » faire saigner une grande marre d'eau qui » m'incommodait , ne réussit pas mieux.
» Je fis faire des épaulemens , car le feu »de la place nous incommodait tellement, » qu'un boulet de canon emporta la tête » du valet-de-chambre du prince d'Orange, » dans le moment qu'il lui passait sa che- » mise. On se doute bien qu'il fut obligé » d'en prendre un autre , et de reculer » son quartier. J'ouvris la tranchée , et le » 23 les assiégés firent une sortie oùBeten- » dorff , lieutenant-général qui y com- » mandait , fut fait prisonnier. Boufflers » le traita à merveille. La fête de S, Louis, » qu'il célébra par trois décharges ^êné- » raies de toute son artillerie , nous coûta » quelques hommes. La nuit du 26 au 27, 5) les assiégés firent une terrible sortie. Je » fis emporter le poste du moulin de St,~ » André. Boufflers me le reprit , et j'y » perdis six cents hommes,
» Marlborough me fit dire que Berwick rayant renforcé le duc de Bourgogne, » l'armée , forte de cent vingt mille hom-
2l4 DE LA DÉFENSE
«mes, marchait au secours de Lille. Les » députes des états-généraux se mêlant » toujours de tout , et toujours mourant » de peur , me demandèrent un renfort 5) pour lui. Je me rendis à son camp » pour le lui offrir; il médit: Allons » reconnaître ensemble lé terrain entre » la Veule et la Marck. Et après » l'avoir examiné , il me dit : Je nen ai » pas besoin ; je rapprocherai seule- » ment mon camp du vôtre. Vendôme «proposa de ne pas perdre un jour pour « attaquer l'armée d'observation et celle » du siège. Je ne le puis , dit le duc de » Bourgogne , f ai envoyé un courrier » à mon grand-père , pour savoir s il » le veut. On tint des conférences à Ver- » sailles, et le roi envoya sa bête de Cha- » millard au camp de son petit-fils. Il )) monta avec lui sur le clocher du village » de Seclin , pour observer nos deux ar- » mécs , et il décida qu'il fallait renoncer » à nous livrer bataille.
» Je ne conçois pas comment Vendôme » n'en devint pas fou ; un autre , moins » zélé , aurait tout envoyé au diable ; et » lui , meilleur petit-fils d'un roi de » France que l'autre , se donna la peine «de le mener la veille reconnaître de
» si près la position de Marlborough , que » ce prince y fut frise d'un boulet de ca- »non. Jetais retourné encore au camp de » Marlborough pour y être -son volon- » taire , si on l'avait attaqué.
» Mais (lorsque j'y pense encore) un » Cbamillard , c'est tout dire , un jeune » prince sans caractère , et un vieux roi » qui avait perdu le sien. . . . c'était bien » de quoi mettre la rage dans le cœur de » Vendôme , à qui l'on fit faire une re- » traite , comme s'il avait été battu. Je » continuai le siège , bien sûr de ne pas » être interrompu , et je pris la redoute » de la porte de Flandre ? et quelques » autres ; mais après trois heures de com- » bat pour une des plus essentielles, j'en » fus chassé et poursuivi jusque dans mes » tranchées : je n'en bougeais guère , et » le roi de Pologne et tous mes jeunes » princes à mes côtés , car il fallait don- » ner l'exemple et des ordres. Je fis don- » ner deux assauts pour faciliter la prise du » chemin couvert. Toujours repoussé ; » mais un carnage horrible. Cinq mille » Anglais , que Marlborough m'envoie » pour réparer mes pertes y font des mer- 3) veilles , mais sont mis en déroute. On » entend : Vive le Roi et Boufflers ! Je
2l6 DE LA DÉFENSE
3) dis quelques mots d'anglais à ces braves » gens, qui se rallient autour de moi ; je les » ramène dans le feu ; mais une balle au- » dessus de l'œil gauche me renverse sans* » connaissance. On me croit mort, et moi » aussi. On trouve un tombereau ; on me j) trahie jusqu'à mon quartier: on déses- » père de ma vie , puis de ma vue. Point »du tout y je reviens à moi. La balle j) ne m'avait frappé qu'obliquement. Voilà » encore une attaque manquëe. Il ne » revint pas quinze cents hommes des » cinq mille , et douze cents travailleurs 3) y furent tués.
3) Obligé d'aller me faire traiter , et 3> de ne me mêler de rien pendant 3> quelque temps , je laissai le com- 3> mandement du siège à Marlborough , 33 qui remit le sien à Ouverkerke. Il «parvint à se loger sur un tenaillon 3) de la gauche ; mais une mine terrible » culbuta l'attaque et les attaquans. Marl- »borough en contre-mina quelques-unes, 3> et se donnait toutes les peines possibles 3> pour m'en épargner à mon retour.
33 11 m'obligea à manger en public pour 33 rassurer mon armée , et s'en retourna » à la sienne.
» Le chevalier de Luxembourg me » trompa en introduisant des munitions » de guerre dont les assiégés avaient Lien » besoin , et un capitaine, nommé Du- » bois , à la nage , me trompa en portant » un billet de Bouf fiers au duc de Bour- » gogue , pour l'assurer que , depuis qua- » rante jours que la tranchée étaitouverte, » je n'étais pas encore entièrement maître «d'aucun ouvrage. Malgré cela , Mon- » seigneur , ajoutait-il , je ne pourrai » tenir que jusqu'au 1 5 ou 10 d'octobre.
» Je manquais de poudre. Une seule » lettre de Marlborough à son amie , la » reine Anne , m'en fit envoyer avec quatorze bataillons , sur la flotte du vice- » amiral Binghs qui les débarqua h Os- » tende. Tout le monde sait la bêtise de /» Lamotte qui, non-seulement me laissa » arriver ce convoi , mais fit battre corn- » plètement tout son corps destiné à l'em- » pêcher. Tout-à-fait rétabli de ma bles- » sure y je visitai jour et nuit les travaux » que Boufflers , toujours présent aussi » partout , arrêtait ou contrariait sans » cesse.
«J'imaginai de donner de fréquentes » alarmes pendant plusieurs nuits à une » demi -lune ; pour l'attaquer ensuite ea
2lg DE LiDEFENSE
» plein midi ; étant persuadé que les sol- » dats , fatigués , prendraient ce temps- » là pour se reposer. Cela me réussit. Je » fis donner un assaut à un angle saillant , » et je réussis. Je fis attaquer le chemin «couvert; et je réussis. De là, je » fis une brèche à la courtine, et en «élargis une sur un bastion: je réussis; » et lorsque je travaillai enfin à la descente » du fossé , le maréchal qui avait inventé «tous les jours quelque nouvel artifice, » tantôt en boites de fer-blanc , tantôt en. » pots de terre remplis de grenades , et «enfin tout ce que la valeur et la science » lui inspiraient , demanda à capituler le » 22 de septembre.
» Je ne lui fis d'autres conditions que » de lui promettre de signer celles qu'il « me proposerait. C'est pour vous mar- » quer , lui écrivis-je ,. monsieur le » maréchal , -ma parfaite estime pour » votre personne , et je suis sûr qu'un » galant homme comme vous n'en abivvsera pas. Je vous félicite de votre » belle défense.
» Mon conseil de guerre , que j'assem- » blai par politesse , me fit des représen- » tations sur l'article , que la citadelle
DÈS PLACES FOUTES. 2ig
» ne serait poinr attaquée du côté de ïa «ville. Je m'y rendis, ayant mon projet « dans la tête , et j'écrivis à Boufflers : « Quelques raisons m'empêchent, mon- » sieur le maréchal, de signer cet ar* » ticle-ci ; mais je vous donne ma pa- » rôle d'honneur de l'observer. J'espère, » dans six semaines , vous donner moi" « même de nouvelles preuves de mon » admiration.
«Boufflers se retira dans la citadelle , » et j'entrai dans la ville avec Marlbo- » rough, le roi de Pologne , le landgrave » de Hesse , etc. IN ou s allâmes le matin à » l'église , et le soir à la comédie ; et tou- » tes les affaires de 3a capitulation étant «finies le 29 octobre, je fis ouvrir la » tranchée ce même jour ' devant la » citadelle.
«Le neuvième jour , les assiégés firent » une vigoureuse sortie. Le prince de « Brunswick , qui la repoussa , reçut un » coup de fusil à la tête. Le 11., plus vi- » goureuse sortie encore du chevalier de » Luxembourg , qui chassa mes troupes » de leurs boyaux et nous fit replier jus- » qu'à Sainte-Catherine. Un de mes excel- » lens officiers de l'état-rnajor eut la tête » emportée d'un coup de canon à côté de
» moi; L'ennemi perdit assez de monde » avant de rentrer dans la citadelle. Je lis j) tout réparer.
» Me voilà tout d'un coup obligé d'à- » bandonner le siège , dont je laissai la j) direction au prince Alexandre de Wur- » temherg. L'électeur de Bavière faisait » celui de Bruxelles. Marlborough et moi » nous le lui fîmes lever, après un joli » combat et quelques belles manoeuvres » bien combinées dont il eut tout l hon- » neur ; car je ne pus pas passer l'Escaut » où je voulais. L'électeur de Bavière fut » un peu honteux. Les princes français «l'auraient été aussi, si la joie de re- » tourner à Versailles ne les en avait pas » empêchés.
» Je retournai au siège , mais quel » changement ! Le maréchal avait profité » de mon absence pour chasser les assiéj) geans du premier chemin couvert que >3 je leur avais laissé. Après lavoir fait re- » prendre, ainsi que les autres postes 33 abandonnés, j'écrivis au brave Boufflers: 33 L armée française s est retirée y mon- 33 sieur le maréchal P vers Tournay ; 33 lélecteur de Bavière, vers Namur ; les 3) princes vers leur cour. Ménagez votre » personne et votre brave garnison. Je
» signerai encore tout ce que vous vou- » cirez.. Il me répondit : Rien ne presse » encore ; permettez ~ moi de me dé- » fendre le plus long-temps que je » pourrai. Il me reste assez d'ouvrage » pour mériter encore plus T estime de » ï homme que je respecte le plus. Je fis » donner l'assaut au second chemin cou* j) vert. Le roi de France s'en douta ap- » paremment , car il écrivit au maréchal » de se rendre. Malgré la répugnance que » celui-ci v avait , il était prêt à le faire, » lorsque , dans un billet que le duc de » Bourgogne avait ajouté à la lettre du roi, » il lut: J ai su cïun certain endroit que m l on veut vous faire prisonnier de » guerre. Je ne sais où il avait trouvé cela, » mais ce prince , estimable à la paix , ne » pouvait jamais que dire et faire des sot- » tises à la guerre. Ce billet , cependant, «fit quelque sensation pour un moment.
» Généraux et soldats jurèrent de périr » tous plutôt sur la brèche. Boufflers en » pleura de joie à ce qu'on m'a raconté \ » et prêt à prendre ce parti, il se ressou- Mvint de mon billet, qui valait mieux » que celui du duc de Bourgogne , et » après quatre mois de tranchée ouverte » devant la ville et la citadelle , il m'en-
» voya , le 8 de décembre , tous les ar- » ticles qu'il voulait que je signasse : ce » que je fis sans aucune restriction. J'allai » bien vite , avec le prince cUOrange , » lui rendre visite , et véritablement hom- » mage à son mérite. Je l'embrassai bien » cordialement et acceptai un souper , à «condition, lui dis-je , que ce sera un » souper de citadelle affamée , pour voir » ce que vous comptiez manger sans Tordre » exprès du roi. On nous servit un rôti de » chair de cheval. Les gourmands de ma » suite ne prirent point goût à cette piai- » santerie , mais furent bientôt consolés » en voyant arriver des provisions de la » ville qui nous firent faire une excellente » chère. »
Siège de Barcelone par le maréchal dé Berwich , en 1 7 1 3.
La ville de Barcelone a été assiégée nombre de fois et toujours défendue avec éclat. Elle fut prise le 1 1 septembre 1714 par les Français , sous les ordres du maréchal de Berwick , après onze mois de blocus et soixante-un jours de tranchée ouverte. La "dernière attaque dura depuis quatre heures du matin jusqua onze, que
les assiégés se retirèrent dans la nouvelle ville , qui n'est séparée de l'autre que pat* une simple muraille. Ils se rendirent enfin à discrétion , sur la promesse que leur fit le maréchal , de conserver leur vie et de sauver la ville du pillage , moyennant une somme d'argent dont on conviendrait. Le siège avait été poussé avec vigueur et soutenu avec opiniâtreté. Les femmes , les prêtres , les religieux , tout avait été soldat. On compta parmi les morts plus de cinq cents quarante ecclésiastiques séculiers et réguliers , qui avaient prouvé par mille exploits y que quelquefois sous le froc il se trouve un grand courage.
Siège et blocus de Gênes par les autrichiens et les anglais , en 1800»
La défense de Gênes en 1800, par l'aile droite de l'armée d'Italie , sous le commandement du général en chef Masséna , qui s'était lui-même enfermé dans la place, est Tune des plus obstinées et desplus brillantes que nous offre le tableau de l'histoire moderne. Elle a duré depuis le 5 germinal an 8 (5 avril 1800) jusqu'au 5 prairial , c'est-à-dire soixante jours , dans le dénuement le plus absolu et les plus
horribles privations. Le journal de cette défense ayant été rédigé eî publié sous les auspices du général eu chef, par un officier distingué de cette armée , qui avait lui-même coopéré à toutes les opérations , nous ne nous permettrons pas d'en rien retrancher. Ce journal doit être lu en son entier et médité par tous les Militaires appelés à détendre les places, comme une source d'instructions précieuses et comme un modèle admirable de constance et d'intrépidité.