CHAPITRE III
De la mise en état de siège. Mesures commandées par les circonstances.
Investissement Ouverture de la tramchée. Défense éloignée. Défense rapp ro c hé e { i ) .
Il y a dans la défense d'une place trois périodes à distinguer essentiellement. La première , depuis l'investissement jusqu'à l'ouverture de la tranchée ; la seconde , depuis l'ouverture de la tranchée jusqu'aux premiers logemens de l'assiégeant sur le glacis, et la troisième , depuis les premiers logemens sur le glacis jusqu'à faftaque du dernier retranchement. La première de
(i) Dans cet écrit je n'emploie que les mesures anciennes, a cause des fréquentes citations que j'ai été obligé d'y faire des Ouvrages de M. de Vaubau et autres écrivains , qui ont écrit avant l'établissement des mesures actuelles , ce qui aurait rendu les rapprochenjens difficiles, si j'en avais usé autrement»
ces périodes répond à la construction des lignes de circonvallaîion et de contre-vallation de l'assiégeant : la seconde répond aux travaux de fa tranchée jusqu'à l'établisseiment de la troisième parallèle , qui a lieu ordinairement près de la queue des glacis ; et c'est cette période de la défense qu'on nomme Défense éloignée : la troisième période comprend l'attaque du chemin couvert, le passage du fossé, la prise de. la demi-lune et de son réduit ; et enfin celle du bastion et de ses retranchemens. C'est cette dernière période de la défense qu'on nomme Défense rapprochée.
La première de ces trois périodes se passe de la part de l'assiégé , presque toute en préparatifs. L'ennemi lui-même n'attaque pas encore précisément ; il ne fait que se préparer , et se mettre en mesure contre les entreprises qu'on pourrait faire sur lui > soit du dehors , soit du dedans. L'investissement est ordinairement précédé de ce qu'on nomme la Mise en état de siège ; c'est l'état où se trouve la place , lorsque le Souverain jugeant la place menacée au point d'exiger des mesures extraordinaires , confère au gouv^frïreur ou commandant, le droit de disposer de tout dans la place et aux environs > comme si
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elle était réellement assiégée. C'est a cette époque qu'il faut en effet commencer les mêmes dispositions défensives , que si la place était déjà investie.
On s'empare d'abord de tous les postes avantageux qui entourent la place à la portée du canon , afin d'obliger l'ennemi , s'il arrive , à forcer préalablement ces points ; ce qui le retarde d'autant ; ou à étendre ses lignes et son camp d'une manière démesurée. Enfin il en résulte à l'assiégé plus de temps et- de liberté pour exécuter sans inquiétude , tous les mouvemens , transports de matériaux > et travaux avancés qu'exigent les circonstances. Ce temps est très -précieux ; mais il faut que ces postes avancés aient avec la place une communication assurée ; parce qu'autrement l'ennemi les couperait , ou les enlèverait de vive-force.
Comme il est toujours très4mportant de savoir quels sont les projets de l'ennemi; il faut envoyer de petits détachemens à la découverte ? avoir des espions . tâcher de faire quelques prisonniers,, desquels on puisse tirer de bons renseignemens , sur la force et la position des armées ennemies y ainsi que sur les lieux où elles font leurs plus grands préparatifs.
Quand l'investissement est fait, on envoie de petits détacbemens jusqu'à quatre ou cinq cents toises des glacis ; ces déiachemens se mettent en embuscade ventre à terre pour tout observer; ils tâchent de se correspondre } et le soir ils se rapprochent des chemins couverts.
Allors ils laissent passer les personnes isolées qui s'approchent de la place , probablement pour la reconnaître , et lorsqu'elles sont trop engagées pour se retirer , on en fait des prisonniers , qu'on interroge sur la situation de l'armée ennemie 7 et dont on tire ordinairement des lumières très-importantes.
On ne doit jamais rien négliger pour avoir des nouvelles de l'ennemi ; dans cette première période surtout , il est extrêmement avantageux de savoir quel sera le front d'attaque et le lieu de l'ouverture de la tranchée. Les petits détachemens dont nous venons de parler , seront très-utiles pour cela , et comme l'ennemi est encore fort éloigné , ils ne risqueront guère d'être surpris et enlevés.
Il est également essentiel de donner et recevoir fréquemment des nouvelles de l'armée amie. Autrefois on élevait pour cela des pigeons qu'on exerçait à porter
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et rapporter des lettres attachées sous leurs ailes. On envoie aujourd'hui des explorateurs déguisés , qui connaissent Lien le pays , et qui vont et viennent sans cesse , autant qu'ils le peuvent. On observe aussi continuellement du haut des tours , et on ne peut nier qu'il ne fût trèsavantageux dans toutes les périodes du. siège , d'avoir un ballon aérostatique , qu'on tiendrait avec des cordes , élevé à la plus grande hauteur possible. Au fameux siège de Dole, en i636, les Français qui étaient assiégeans , ruinèrent à coups" de canon la tour de la principale église, qui découvrait à plus de dix lieues les environs, sous prétexte qu'on tirait sur eux du haut de cette tour. 11 n'en était rien y dit Jean Boy vin , auteur de la relation de ce siège ; « Les François n'estoient » pas si mal informés de nos affaires , » qu'ils'ne scussent bien y qu'en ce clocher »on n'avoit jamais donné coup que de » cloche : et c'estoit ce qui les piquoit , «parce que cette échauguette esclairoit » toutes leurs allées et venues , et aux » occasions donnoit l'alarme si à propos , » et avec telle distinction des coups , que » tous ceux de la ville sçavoient en même » temps j si l'ennemi s'advançoit ou reçu-
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» loit j, et de quel costé : et encor par » certains drapeaux de différentes couleur?, «arbores ores d'une part; ores d'antre, » signaloit l'infanterie ou la cavalerie qu'il » descouvroit. »
« Il est à présumer ( dit M. de Yanban ) » que le gouverneur aura eu soin de se » munir d'an chiffre pour donner de ses » nouvelles au général et aux villes voi- » sines , et qu'il sera convenu des signaux »pour établir une correspondance du » plus baut clocher de la ville avec un ou » deux de la campagne.
» Comme il est important de savoir de » quel coté l'ennemi attaquera 7 on pourra » le démêler en observant la partie où nos 9 troupes auront plus de désavantage , où » le resserrement des gardes sera plus fré- » quent. On en jugera aussi par l'amas des » matériaux plus abondant , et par l'établissement du parc qu'on tâche tou-»
» jours de faire à portée de l'ouverture de m la tranchée. Tout cela pourra se découvrir des lieux élevés de la place , avec » de bonnes lunettes ; mais il sera encore » plus sûr de l'apprendre par des espions. »
À cette époque , l'assiégé se hâte de completter ses approvisionnemens en tous genres, et de les mettre en sûreté^
soit dans des souterrains -, s'il y en a , soit sous des blindages -, il fait rentrer tout ce que les environs lui offrent de ressour* ces, les grains, les chevaux, les fourrages , les bestiaux, les bois et môme les ouvrier» de la campagne qui peuvent être utiles pour les travaux de la défense.
D'un autre côté , on est obligé de faire sortir de la place les bouches inutiles ; parce que plus tard il ne serait peut-être plus temps y et on les fait accompagner jusqu'aux places voisines par de bonnes escortes pour leur sûreté.
On fait tout de suite recouper les parapets et former les banquettes , tant sur les remparts que dans les chemins couverts ; on arme ceux-ci d'un rang de palissades sur tout le pourtour de la place , et d'un double rang sur le front d'attaque , aussitôt qu'on peut le découvrir. On fait également fraiser et paiissader les ouvrages en terre susceptibles d!attàque ; en même temps on met des barrières partout où il en est besoin ; on a soin des poternes, des cunettes et des bateaux qui servent aux communications; on donne de l'air aux souterrains et aux galeries d^ contre-
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mines , on dispose tout pour pouvoir s'en servir au premier moment.
On fait faire dilligemment une grande quantité de fascines , piquets , gabions , sacs à terre, etc. On ne saurait jamais avoir trop de toutes ces choses.
Des plus petits détails dans le courant du service sont indispensables , mais ils ne sont point susceptibles d'entrer dans cet Ecrit; on les trouve avec tous leurs développemens dans les ouvrages classiques qui font partie du cours ordinaire d'instruction des Elèves du Génie , et l'on ne peut trop les exhorter à n'en négliger aucun. Les plus célèbres officiers de ce corps en ont de tout temps senti l'importance , et n'ont pas dédaigné de s'en occuper essentiellement.
On redouble d'attention pour que le service journalier de la garnison se fasse avec la plus grande ponctualité; on tire de la bourgeoisie ce qui est en état déporter les armes; on l'organise en compagnies j on les emploie aux lieux les moins exposés y à la garde des magasins, aux travaux retirés des Tetranchemens que l'on construit ou qu'on répare.
On établit une police sévère et une
exacte surveillance contre les personnes suspectes:
Lorsque la garnison est peu nombreuse on règle le service par tiers , c'est-à-dire 9 qu'un tier de la garnison est sous les armes devant l'ennemi , un second tiers est toujours prêt à marcher , et le troisième se repose. Quand la garnison est forte, la moitié se repose , un quart est en présence de l'ennemi , et le reste se tient toujours prêt à marcher.
On forme le conseil de défense , on a un plan-directeur sur lequel on discute chaque jour ce qu'il y a de mieux à faire, et on tient le procès-verbal des opérations/ afin de pouvoir dresser le journal de la défense , et rendre compte un jour an Gouvernement de tout ce qui s'est faitpendant le siège.
Dans ces premiers temps , les surprises, les attaques de vive-force, les escalades sont très-dangereuses , parce que l'ennemi se trouve tout porté et très-nombreux; de sorte que pour éviter les formalités d'un siège , il cherche naturellement à tenter un coup de main : i! faut donc être continuellement sur ses gardes , veiller soigneusement à ce que rien ne diminue la Jhauteur des remparts, que les
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portes dérobées qui donnent sur les jardins des fasses, et auxquelles on fait souvent peu d'attention en temps de paix , que l'entrée et la sortie des eaux , les égouts et passages provisoires, soient exactement fermés. Il faut en même temps éclairer toutes les avenues de la place pendant la nuit par des balles à feu , la moindre négligence à cet égard pouvant avoir les plus terribles conséquences vis-à-vis d'un ennemi entreprenant, et rendre inutiles les dispositions les plus savantes d'ailleurs.
On rase tout ce qui offusque la vue jusqu'à la portée du canon, et l'on comble les petits fossés qui favoriseraient les approches ou la reconnaissance de la place.
Dans chaque ville de guerre on sait à peu près le temps qu'il faut pour tendre les inondations ; on les commence donc de manière qu'elles puissent être achevées avant le commencement des attaques.
On fait mettre les barbettes en état, et on y fait placer du canon , qui y reste" jusqu'à ce que l'ennemi ait établi ses batteries , on tâche de tromper l'ennemi sur la portée du canon de la place ? alin de
rengager à mal asseoir son eamp et l'ouverture de la tranchée.
Dès que îe lieu de cette ouverture est connu , on fait préparer les embrasures et les plate-formes pour les batteries ; on fait faire les ouvrages de fortification passagère qui peuvent être utiles , tels que les flèches au pied du glacis. Ces flèches , mises à l'abri du coup de main , retardent, comme on le sait, beaucoup le commencement de Ja troisième période, qui est la plus importante.
« A cette époque on doit , dit M. de «Vauban; faire travailler diligemment » à des fourneaux sous le glacis de la cou- » trescarpe , et avancer aux pointes des » angles saillans de la même contrescarpe » de petits travaux enfoncés en forme de » contre-garde , sous le parapet desquels » on fera aussi quantité de petits fourneaux . yyel on fera planter des palissades à deux » pieds du parapet , an-dedans de l'oU- » vrage , élevé d'un pied et demi plus que » la hauteur du petit travail. »
En même temps on établit promptement les ponts de communication , dont
les Lois ont du. être préparés d'avance et mis en magasin.
On travaille au plus vite à faire les réduits dans les demi-lunes qui n'en ont pas, et des retranchemens aux bastions. Il serait bien à désirer que ces travaux , d'où dépend la bonne défense de la place , fussent faits de longue main et revêtus à l'escarpe : au défaut de ceux-ci , il faut les faire le plus solidement possible en terre et en fascina ge , sur des plans arrêtés d'avance et médités à loisir ; il y a des cas où on peut les faire même en maçonnerie. «L'on a vu à Lérida, en i6/f-7 (dit M. » de Vauban), les assiégés fonder et élever «une muraille à l'épreuve du canon, » entre l'ouverture de la tranchée et la » place, à qui elle formait une seconde » enceinte du côté de la place. »
On forme aussi des réduits aussi forts que possible , dans les places d'armes rentrantes et saillantes du chemin couvert : faute de mieux on se borne à les faire en charpente , ou avec des palissades.
Lorsque l'ennemi commence à cheminer sur les capitales , on fait ce qu'on appelle une Ligne de contre - approche : c'est une tranchée droite, enfilée de la place K et que l'on dirige sur les flancs de
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F ennemi "logé clans ses parallèles et ses Loyaux de tranchée. Cette ligne } recommandée par M. de Vauban , n'est pas assez en usa^e. 11 faut au moins , lorsqu'on ne peut pas l'exécuter , tâcher de saisir quelque position momentanée et favorable pour surprendre l'ennemi sur les enfilades de ses travaux; ce qui peut souvent se répéter plusieurs fois dans le cours d'un siège.
A mesure que l'assiégeant approche de la place, le danger de l'attaquer corps à corps diminue , parce qu'on a moins loin à l'aller chercher , moins de temps à demeurer exposé à son feu , et plus de facilité à faire la retraite. Mais à cette distance , ce ne sont encore que de petites sorties qu'il faille hasarder ; il ne s'agit que d'interrompre les travailleurs et les disperser pour leur faire perdre tantôt une nuit, tantôt une autre ; et non de livrer des combats. Si cependant on s'aperçoit que celuici, plein de la confiance qu'on ne l'attaquera pas sérieusement , néglige les précautions nécessaires à sa sûreté ; on le surprendrait de temps en temps par de vigoureuses sorties , bien appuyées par l'artillerie volante , la cavalerie et les batteries de la place ; il faut toujours être habile à
prendre son ennemi sur le temps , et à profiter de toutes ses fautes.
« Les sorties faites à propos , dit M. de » T^aubaii y peuvent considérablement » retarder les approches. 11 y a peu d'ac- » lions à la guerre, où la diligence et la » bonne conduite soient plus nécessaires » qu'en celle-ci. Par la diligence } vous » surprenez les ennemis ; par la vigueur, » vous les mettez en désordre , et les con- » traignez d'abandonner un travail qu'ils ne » gagneront et ne rétabliront pas facile- » ment , quand vous l'aurez détruit ; et » par la bonne conduite , vous vous servez » de leurs travaux contre eux-mêmes ; et » faites ensuite , d'une fuile forcée, une » belle retraite. Enfin la bonne conduite » garantit presque toujours des dangers que » suit la mauvaise. La connaissance que le » gouverneur aura de la faiblesse ou de la » mauvaise conduite de ceux qui seront de » garde à la tranchée , doit obliger de les » attaquer avec plus ou moins de force : » il doit encore le faire lorsque le mauvais » temps aura mis l'ennemi hors d'état de «pouvoir se servir de ses armes à feu » contre les troupes qui sortiront sur lui; » et comme le succès des sorties fait un des
» principaux retard emens de l'attaque > le » gouverneur ne doit pas se contenter d'a- » voir une seule fois battu l'ennemi , et v détruit ses travaux; il doit si bien prendre ^» ses mesures par lui-même , que sans » trop fatiguer les soldats , il rebute Tas- » siégeant , tantôt par de petites et même » de fausses sorties , et tantôt par de véri- » tables } qui produisent leurs effets.
» Je ne sais quelle raison a pu empêcher » jusqu'ici les gouverneurs de faire sortir » de leurs places ? quinze ou vingt maî- » très pour chasser les travailleurs del'atta- » que. Je ne demande pas que cette petite » troupe combatte y mais qu'elle fonde » seulement sur 6 ou 700 hommes , qui » n'ont pour toute arme , que l'épée et » la pelle7 et qui ne demandent qu'un » prétexte pour se retirer , ou pour mieux » dire , de prendre la fuite. Quelque soin 3) que prenne ensuite un officier général » pour rassembler les pionniers , il est » certain qu'il ne s'en retrouvera pas la » moitié , ce qui retardera extrêmement »le travail. Outre l'effet de cette petite » sortie y dont je viens de parler 7 elle en m produira un autre non moins considé- » rable que le premier , puisqu'elle ser- » vira à découvrir les postes que tiendront
» les troupes commandées , sur la droite » et la gauche des attaques , pour soute- » nir les travailleurs : lesquels étant reconnus par les assiégés, ils feront feu à » coup sûr, sur ces troupes qui n'ont » point de couvert pour s'en garantir. »
C'est une défense mal entendue, crue de faire 1111 grand feu d'artillerie pendant les deux premières périodes du siège ; de cette erreur , dans laquelle tombent presque toujours les commandaus qui ne sont pas assez instruits de ce qui regarde la guerre des sièges , il résulte que les canons sont tous démontés, ou hors de service, avant qu'on ait pu les employer utilement ; et que la plus grande partie des munitions est consommée , lorsque le vrai temps de s'en servir, qui est la troisième période des attaques , est arrivé. C'est ici un préjugé duquel ont beaucoup de peine à revenir ceux qui se figurent vaguement que la bonne défense d'une place est proportionnée au bruit qu'on y fait.
« Je souhaiterais cependant , dit M. de » Vauban, qu'un gouverneur ne se servît » jamais de son canon , que pour rompre
» quelque batterie plus faible que celle » qu'il y peut opposer , ou quelque îo- » gement qui l'incommoderait dans la » suite , parce que l'on doit ménager » extrêmement la poudre dans une place » assiégée. D'ailleurs , à bien considérer » toutes choses, les assiégeans ont toujours » plus de canons que les assiégés , et plus » de munitions ; ce qui les rend tout-à-fait » supérieurs , surtout aux places ordinai- » res. Ainsi je crois qu'il sera plus utile de » réserver la poudre pour la mousque- » terie , qui en consomme moins , et fait » plus de mal aux assiégeans , et pour de » petits fourneaux: car la charge de 10 » ou 12 pièces de batterie, placée souâ » un logement , le détruit plus facile- » ment que cent volées de canon. »
L'usage de l'artillerie dans les premiers jours de la tranchée ouverte , n'a pour objet que d'obliger l'ennemi à faire ses travaux solides et à ne rien négliger pour la sûreté de sa marche , ce qui la ralentit ; et il suffit pour cela de la canonner lorsqu'on voit qu'il se néglige ou veut aller trop vite ; mais les grands effets de l'artillerie de la place n'ont lieu (rue dans la troisième période de la défense ,
et el le doit être soigneusement conservée pour cela. On peut cependant suivre trèsutilement dans plusieurs circonstances, le conseil crue donne M. de Cormontaingne , de tirer de la place > à ricochet sur les tranchées. Cette méthode est économique et fait beaucoup plus de ravage que le canon tiré de plein fouet. On peut également employer les obusiers pour ces ricochets : l'effet en sera plus considérable. Voilà pour ce qui regarde les deux premières périodes du siège : jusqu'ici la défense a dû être à peu près la même pour tous les systèmes de fortification , parce que l'ennemi n'était pas encore parvenu jusqu'aux ouvrages mêmes , ses premiers travaux n'ayant eu lieu qu'au milieu de la campagne. Maintenant qu'il commence à établir pon logement sur le pied des glacis, cette défense va devenir spéciale , et se modifier suivant la nature des ouvrages qu'il faut attaquer successivement* leïest la ligne de démarcation entre ce qu'on nomme Défense éloignée et Défense rapprochée. Ces deux espèces de défenses diffèrent essentiellement par leur objet* Le but de la première est seulement de retarder îa marche de l'ennemi : celui de la seconde est de l'arrêter tout- à- tait, ou
de le détruire entièrement , s'il persiste à vouloir continuer ses opérations. Lorsque l'assiégeant est encore au loin dans la campagne j bien retranché dans son camp ou dans ses places d'armes , il serait trop hasardeux de lui aller présenter le combat avec des forces très - inférieures ; on se borne à le harceler. Il serait aussi trop dispendieux à cette distance, de vouloir anéantir ses travaux à coups de canon : toutes les munirions que peut contenir une place seraient bientôt consommées sans effet considérable ; car sur cent coups ; à peine deux ou trois porteraient-ils.
Mais lorsque l'ennemi commence à entamer les ouvrages de la place , qu'il éta- . blit sa troisième parallèle à la queue des glatis , le temps est venu de songer , non pas seulement à multiplier les chicanes et les petits moyens , qui peuvent retarder, mais non pas empêcher laperte de la place; il faut concevoir le projet de l'ensevelir entièrement dans la masse des terres > qu il entreprend de remuer pour arriver jusqu'au dernier retranchement ; l'exécution de ce projet est même , on l'ose dire, plus facile que celui de le retarder seulement de huit jours ; en interposant à chaque pas entre lui et nous, quelque
riOUvel obstacle, toujours facile à surmonter-par un adversaire , si supérieur en nombre et en moyens de toutes espèces.
Pour bien régler sa défense , il fau* s'attacher à connaître d'abord le principe des bonnes attaques. Ce principe est sans contestation , celui qu'a constamment suivi M. le maréchal de Vauban ; celui qui a donné à sa mé'lmde une supériorité si grande et qu'il expose comme il snit, dans son résumé, intitulé Maximes générales d^s Attaques : car c'est pour les assiégeans qu'il écrivait alors.
« Employer la sape dès que la tranchée » deviendra dangereuse , et ne jamais faire » à découvert , ni par force , ce que l'on » peut par industrie ; attendu que l'indus- » trie agit toujours sûrement , et que la » force ne réussit pas toujours , et on » hasarde pour l'ordinaire beaucoup.
» Maxime VII.
» INe jamais porter un ouvrage en avant «près de l'ennemi , que celui qui doit le » soutenir ne soit en état de le faire avanta- » geu sèment. Max. XII.
» Employer les batleries à ricochet et » les cavaliers de tranchée , à la prise des
» chemins couverts , par préférence aux » attaques de vive-force , dans tous les en- » droits où on pourra le faire. Max. XIV.
» Observer la même maxime à 1 attaque » de tous les dehors et même du corps » de la place. Max. XV.
» La précipitation dans les sièges ne
j>hâre point la prise des places, la re-
» larde souvent , et ensanglante toujours
»ïa scène. Témoins, Barcelonne , Lan-
» daw et plusieurs autres. Max. XVII.
» Né jamais s'écarter ni s'éloigner de » l'observation des régies , sous prétexte » qu'une place n'est pas bonne , de peur » de donner lieu à une mauvaise de se dé- » fendrexomme unebonne. Max. XXII.»
On voit par ce qui précède , comme on le voit par l'ouvrage entier de M. de Vauban , que le véritable esprit de sa méthode, son principe fondamental , est que l'assiégeant doit toujours autant quil le peut , gagner pi d à pied et non par violence . les points qu'il veut occuper. D'où i 1 suit qu'au contraire , le but de l assiégé doit être de réduire son ennemi à ne pouvoir rien lui enlever que de vive force. C'est cette vérité qu'il ne faut jamais perdre de vue , et qui doit
diriger l'assiège dans toutes les opérations de la défense.
Il est clair en effet, que si l'assiégé prend la résolution de né se défendre que pas à pas ; contre un ennemi plus fort que loi , et qui l'attaque par le même procédé; il faudra qu'il lui cède successivement toutes ses positions : il pourra bien le retarder dans sa marche , par une série de petites difficultés sans cesse renaissantes y mais non l'arrêter, ni le détruire. Au lieu que dans les coups de main, c'est souvent le plus faible qui l'emporte y lorsqu'il est ou le plus courageux , ou le plus habile , ou le mieux secondé par sa position. Nous supposons ici la bravoure et les talens égaux entre l'assiégeant et l'assiégé ; mais il reste à celui-ci un terrain choisi et préparé par l'art : le secret donc est de tirer le meilleur parti possible de cet avantage , et ce secret consiste à ramener tout à une suite de coups de main. A la guerre , dit le grand Frédéric 7 il faut toujours vouloir ce que 1 ennemi ne veut pas : or ici qu'est - ce que 1 ennemi ne veut pas? c'est le coup de main : son grand principe est de vous chasser méthodiquement et pied à pied de toutes vos positions ; le vôtre doit donc être de
l'obliger à vous attaquer de vive-force partout. Qu'est-ce que l'ennemi a intérêt d'éviter ? Ce sont les actes de vigueur ; il faut donc les multiplier : qu'est-ce que l'expérience a montré lui être fatal dans tous les temps ; qu'est- ce qui , dans tous les temps , a produit de belles défenses ? Ce sont les combats corps à corps : il faut donc rétablir ces combats j et au lieu de regarder tout cela comme moyens accessoires , il faut en faire le moyen principal, regarder au contraire tout le reste comme secondaire , non pour-en négliger l'application , mais pour le subordonner à la défense principale, et la rendre plus efficace.
Ce n'est point par une science purement géométrique , par des systèmes de fortification plus ou moins ingénieux, qu'on peut suppléer aux coups de vigueur. Un tracé habilement combiné avec le relief et avec le site de la place , peut ralentir considérablement les progrès de l'assiégeant; mais quelque lents que soient ces progrès, il avance insensiblement , envahit successivement tous les points , et vous chasse enfin de toutes vos positions. 11 n'y a qu'un moyen de l'arrêter absolument , c'est de détruire ses propres travaux à mesure
qu'il les exécute ; et cela ne peut se faire que par des coups de main.
L'avantage de cette manière de se défendre, en attaquant pour ainsi dire toujours soi-même , est évident ; car l'ennemi , quoique beaucoup plus fort en masse , est obligé , par la nature même de son procédé , de s'étendre beaucoup , et par conséquent d'être faible en chaque point. Ainsi en l'attaquant à Timproviste , tantôt sur un de ces points , tantôt sur un autre , on est toujours certain de la supériorité ; d'anéantir partiellement ses travaux y et enfin de le détruire entièrement lui-même en détail.
Saisissons bien l'esprit de la métliode proposée ; elle ne consiste point à tenir de pied-ferme dans un ouvrage en faisant lutter d'égal à égal une garnison médiocre contre une force majeure ; mais au contraire, à opposer toujours le fort au faible. Ou l'ennemi vous attaquera de vive-force, suivant ' l'usage pratiqué communément autrefois , ou bien par la marche régulière pratiquée depuis M. de Vaubau. Si l'ennemi attaque brusquement avec des troupes nombreuses , il faut lui céder momentanément y le laisser exposé le plus long-temps possible , au feu le plus vif
de tous les points envirounans , qui doivent être préparés pour cela. S'il persiste à vouloir demeurer dans le lieu qu'il a pris , il y perdra son détachement tout entier ; s'il se retire , c'est alors qu'il faut revenir en force avec la plus grande vivacité , le pousser l'épée dans les reins sans s'aventurer , culbuter ses logemens et revenir promptement pour ne pas demeurer soi-même exposé à son feu } lorsqu'il aura opéré sa retraite.
Si au contraire l'ennemi prend la marche régulière de M. de Vauban, qu'il chemine pied à pied , qu'il cherche à vous cerner 7 à vous envelopper de toutes parts , à vous resserrer de plus en plus par ses places d'armes , ses demi - places d'armes , ces empiétemens insensibles en apparence ? mais qui deviennent bientôt effrayans par leur continuité de jour et de nuit ; alors l'immence développement de ses travaux vous fournit les moyens de tomber inopinément tantôt sur un point , tantôt sur l'autre ; vous attaquez ses têtes de sape toujours mal soutenues , parce que s'il mettait beaucoup de monde pour les protéger^ le feu de la place lui deviendrait très -meurtrier. Vous percerez impunément ses tranchées et ses couronne-
mens de chemin couvert , qui ne peuvent être crue faiblement gardes en chaque point , et vous y porterez un bon détachement y non pas seulement comme dans les premières périodes du siège, pour faire fuir "les travailleurs, mais pour les tuer et raser leurs travaux.
Ainsi votre but dans tous les cas, et ce à quoi vous parviendrez en prenant toujours l'ennemi sur le temps, sera d'opposer dans toutes les circonstances le fort au faible , malgré la disproportion des moyens qui , comparés en masse , sont de beaucoup en faveur de l'ennemi»
Si M. de Vauban eût eu autant d'occasions d'étudier les vrais principes delà défense y qu'il en a eu d'étudier ceux de l'attaque, il eut sans doute prouvé par les faits tout ce que nous venons de dire. La simplicité de ses systèmes de fortification montre qu'il sentait très -bien que ce n était pas dans un labyrinthe de petits ouvrages qu'il plaçait sa confiance , mais dans la facilité à déboucher en force à chaque instant , pour tomber isolément sur chaque portion des travaux de l'ennemi.
Faisons l'application de ces principes généraux aux principales époques de la dé- T. 3. 7
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fense rapprochée , qui est celle dont il s'agit en ce moment , et la seule qui en soit susceptible.
La première opération qui se présente est le couronnement du chemin couvert.
La troisième parallèle de l'ennemi est établie , il est logé sur les glacis , il s'avance à la double sape sur les capitales des bastions et de la demi-lune ; son but est de nous chasser du chemin couvert pied à pied , c'est-à-dire par des cavaliers de tranchée qui en enfilent les branches: eh bien ! il faut le contraindre à l'attaquer de vive-force , car son avantage est de le prendre autrement : c'est une suite de la maxime fondamentale de M. de Vanban, et c'est ce qu'il articule ailleurs encore d'une manière positive et spéciale , pour l'attaque du chemin couvert. « Toutes m les fois j dit-il , qu'on peut se rendre » maître du chemin couvert par industrie, » sans eue obligé d'en venir aux mains, » c'est sans contredit le meilleur moyen » qu'on puisse employer.
» Mais si ce chemin couvert tfest point » battu des ricochets , qu'on ne soit pas » en état de la dominer par de petits ca- » valiers , qu'il soit bien traversé et la » garnison forte , on sera peut-être obligé
» d!en venir aux mains , et de le forcer » par une attaque générale. »
Les plus habiles généraux ont tous adopté cette méthode d'attaquer les chemins couverts. « Cette manière circons- » pecte et sage , dit M. de Feuquières > » assure tellement la possession d'un glacis, » qu'on ne le peut plus perdre. Je rejette » entièrement l'ancien usage d'attaquer des » contrescarpes de vive-force , comme » étant d'une trop grande consommation 3) d'hommes. La manière de forcer l'atta- » que à abandonner sa contrescarpe et son » chemin couvert pratiqué et mis en usage » par M. de Vauban, est la meilleure » » la plus sûre et celle qui coûte le moins » d'hommes. Je ne rapporterai ici que » trois exemples des contrescarpes atta- » quées de vive-force, pour prouver que » cette ancienne manière est absolument » à rejeter.»
Les trois exemples que cite M. de Feuquières , sont ceux de Mastricht , en 1673 ^ de Majence , en 1689, et de IVamur , en 1695. 11 aurait pu citer également celui de Philisbourg en 1676 , celui de Lille en ko8; et beaucoup d'autres»
Puisque l'intérêt de l'assiégeant est d'éviter l'attaque de vive-force dans l'invasion
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du chemin couvert \ celui de l'assiégé est évidemment d'empêcher que son ennemi puisse s'en emparer autrement ; et le moyen nous eu est indiqué par lesparoles de" M. deVauhan, rapportées ci-dessus.
Car puisqu'on est obligé d'en venir aux mains , lorsque le chemin couvert n'Cst point battu de ricochets , ni dominé par les cavaliers de tranchées, l'assiégé doit faire tout ce qu'il faut pour empêcher les uns et les autres. Or il est évident que les effets du ricochet et des cavaliers se réduiront à bien peu de chose / si avant les attaques on a élevé aux angles saiilans du chemin couvert , des bonnettes fort hautes. Car alors , l'ennemi ne pourra plus donner à ses cavaliers , qui sont vers le milieu de la pente des glacis , assez de relief pour s'élever au-dessus de ces bonnettes , et plonger dans les branches du chemin couvert. Ces mêmes bonnettes , par leur élévation formant traverse , arrêteront en grande partie l'action du ricochet , même avant l'établissement des cavaliers , et ceux-ci qui sont placés sur leurs directions } les intercepteront entièrement si on essaie de les construire. Par le moyen de ces simples bonnettes qui sont des ouvrages de campagne mé-
diocres , on empêche donc l'effet des ricochets et des cavaliers, et par conséquent on amène l'ennemi à ia nécessité d'attaquer le chemin couvert de vive-force.
C'est ce que M, de Yauhan observe lui-même «Il y a, dit-il ,, une chose Lien sérieuse à remarquer, c'est que » comme les places de guerre sont pres- » que toutes irrégulières et différemment » situées , il s'en trouve sur des hauteurs , î> où le ricochet ayant peu de prise , ne » pourrait dominer avec assez d'avantage. » 11 y a encore celles où les situations qui » pourraient convenir au ricochet ; sont » ou des marais ou des lieux coupés de » rivières qui empêchent remplacement » des batteries , et celles enfin où les » glacis élevés par leur situation , sont si »roides, qu'on ne peut plonger le che- » mfn couvert, par les logemens élevés » en. cavaliers , qu'on peut faire vers le » milieu du glacis. Lorsque cela se ren- » contrera , on pourra être obligé d'atta- » quer le chemin couvert de vive-force. »
La manière de résister à cette dernière attaque , n'est point de la soutenir longtemps de pied ferme , mais seulement jusqu'à ce que l'ennemi ait coupé la palissade j opération qui sera très-meur-
trière pour lui , puisqu'il sera obligé de la faire sous les baïonnettes de l'assiégé , attendu que les riochets n'ont pu la détruire. Pour empêcher l'assiégeant d'aborder facilement cette palissade , il faudra jeter sur le glacis jusqu'à trois ou quatre toises en avant , une grande quantité de chausse-trapes : si cet espace en est , non pas simplement parsemé, mais en quelque sorte couvert, ce sera un très-grand obstacle, et qui coûtera beaucoup de monde à l'ennemi. Si enfin il vient à bout de couper la double palissade qu'on a coutume de mettre sur le front d'attaque , on se retirera, subitement et cependant en bon ordre , afin de laisser l'assiégeant seul exposé à tout le feu de l'artillerie et de la mousqueterie des remparts , préparés pour cela -, et lorsque fatigué du massacre, il prendra , le parti de. s'en retourner, on reviendra sur lui, on achèvera sa déroute , on détruira ses travaux , et on se rétablira dans le chemin couvert. Il est vrai que, suivant les principes de M. de Vauban , l'assiégeant ne doit tenter une semblable expédition , que quand il est parvenu a éteindre préalablement tous les feux de la place. Mais si les ieux de la place sont éteints à cette épo-
que , c'est que l'assiégé l'aura bien voulu. Celui-ci ne doit tirer qu'à barbette , jusqu'à l'établissement des premières batteries de l'assiégeant : à cette époque il doit se hâter de retirer son canon , qui sans cela serait bientôt tout démonté , ne plus tirer qu'à la dérobée , tantôt d'un point , tantôt de l'autre. Ensuite , lorsque l'ennemi attaque le chemin couvert , et que ses batteries ne peuvent plus agir, de peur de tirer sur ses propres gens , qui ne sont presque plus séparés de l'assiégé , on garnit de nouveau , bien vite , le rempart de petites pièces de canon à mitrailles , ou d'obusiers , et iï est impossible que l'ennemi persiste à demeurer dans une pareille position.
Le lieu le plus favorable à l'assiégé, pour se retirer après cette attaque de viveforce, est la place d'armes rentrante de chaque côté, sous la protection de son réduit, et des feux du bastioa et de la demi-lune : mais il faut convenir que cette retraite n'est pas très-commode , par la manière dont nos places sont construites, et que si l'ennemi, bravant tous les feux dont il est entouré , continuait à poursuivre l'assiégé , et le forçait d'abandonner aussi ses places d'armes rentrantes,
et de se réfugier dans le fossé , celui-ci n'aurait plus de moyen de revenir sur l'assiégeant , après l'attaque de vive-force , sinon par quelques petits escaliers qu'on nomme Pas-de-Souris , et que le retour offensif dont nous avons parlé ; lui serait à peu près interdit. Le mur de contrescarpe se tournerait donc alors contre l'assiégé lui-même , et l'assiégeant se trouverait sur le chemin couvert, comme dans un fort, dont il serait désormais impossible de le débusquer.
C'est sans doute d'après ces observations justes , que de très-habiles généraux ont pensé que les murs de la contrescarpe étaient beaucoup moins utiles que nuisibles 5 car, ainsi que nous venons de le dire , ils se tournent contre l'assiégé , du moment que le chemin couvert est pris ; il n'y a plus de retours offensifs à espérer , puisque ce n'est pas en défilant par des pas-de-souris et des barrières étroites, qu'on peut tomber en colonne à l'improviste sur une sape. Si au contraire au lieu du mur de contrescarpe il y avait partout un talus en pente douce et presque en glacis, il est évident que l'assiégé serait toujours en mesure d'attaquer avec supériorité tel point du chemin couvert qu'il
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jugerait à propos ; et ([u<: si l'ennemi , pour se garantir de ces attaques soudaines, voulait constamment se tenir en force majeure partout, il serait forcé* de laisser perpétuellement exposée au feu de la place , une grande quantité de troupes qui seraient bientôt entièrement dësrùitës.
Observons que si le mur de contrescarpe était supprimé , et qu'à sa place il existât un glacis en dedans, il serait inutile de laisser , comme on le fait 7 cinq toises de largeur au chemin couvert , quatre pieds suffiraient, c'est-à-dire, qu'il n'y aurait plus, à proprement parler, que la banquette: mais cette banquette serait accessible partout , et le glacis dont nous venons de parler servirait d'un chemin couvert en pente , très-large , qui donnerait peu de prise aux ressauts du ricochet , et sur lequel l'assiégeant ne pourrait se loger sans être vu de tous les feux du corps de la place.
Les murs de contrescarpe ne sont donc avantageux que dans les petifes places où la faiblesse de la garnison ne lui permet pas de tenter le moindre coup de main , et se trouve par conséquent réduite à retarder l'ennemi par des chicanes ) et il serait à souhaiter que du moins
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les gorges des places d'armes rentrantes fussent en glacis vers le fossé , au lieu de n'y communiquer que par des escatîers.
Il est vrai que l'assiégeant , lorsqu'il aura réussi à enlever de vive-force le chemin couvert , pourra poursuivre l'assiégé jusque sous ses murailles d'enceinte ; mais ce n'est là qu'un avantage apparent et faux; car il ne s'agit pas pour Yzssïégeant de faire une incursion momentanée dans les fossés de la place , il s'agit d'y former un établissement solide. Or c'est ce qu'il ne saurait faire loin de la masse des forces qui devraient le soutenir, exposé à tous les feux de la place , des caponnières , des demi-lunes , des réduits de places d'armes saillantes et rentrantes, et à tous les coups de main de la garnison. Mais je m'abstiendrai d'étendre plus loin ces observations; car il n'est aucunement question ici , de proposer de nouveaux systèmes de fortification , encore moins de conseiller des destructions sous prétexte d'améliorer ; il faut savoir se borner à ce qui existe , et en tirer le meilleur parti possible (i).
(i) Sur les nouvelles idées qui peuvent servir à améliorer le système défensif , on lira avec fruit
C'est cette continuelle alternative des coups de main et du jeu des batteries , qui doit empêcher l'assiégeant de courons lier le chemin couver', sans qu'il en coûte rien, pour ainsi dire , à l'assiégé; il est aisé de voir combien ces manœuvres alternatives sont facilitées par la non-existence du mur de contrescarpe , lors crue cela se rencontre ainsi ; et il faut se rappeler, à ce sujet, ce que nous avons déjà cité de M. le maréchal de Saxe , sur le siège de Candie , où un ouvrage , non revêtu à la gorge, fut pris et repris trentesix fois, et coûta vingt-cinq mille hommes aux assiège ans. 11 ne reste donc à ceux-ci que la ressource de la guerre souterraine : or c'est avoir déjà fait beaucoup que de l'avoir réduit à un moyen si lent , et où l'assiégé lutte contre lui d'égal à égal sur un terrain préparé par lui-même , et dont lui seul a le secret. Mais il est à remarquer de plus , que cette ressource ne conduit l'assiégeant à rien lorsqu'il n'y a point de mur de contrescarpe : car il ne fait que
l'ouvrage de M. Gaj de Vernon, intitulé Traité élémentaire tfArt militaire et de Fortification. Voyez aussi ie second Mémoire additionnel placé à la suite du présent Traité.
remuer la terre par l'explosion de ses mines , il ne peut l'emporter ^ elle reste ià pour être le théâtre de nouveaux coups de main semblables aux premiers. Les contre-mines de l'assiégé, au contraire, détruisent les logemens de son ennemi, et l'empêchent de gagner un pouce de terrain. Obligé de garder la tranchée pour se garantir des attaques imprévues sans cesse renouvelées, il reste en butte à tous les feux de la place , et son armée se consume jusqu'au bout > tant qu'il y a des mineurs et de l'artillerie dans la garnison. Pour empêcher cet effet de l'artillerie de la place , M. de "Vauban prescrit avec raison , comme nous l'avons déjà dit , de l'éteindre entièrement ; il le prescrit à chaque instant , comme la chose la plus essentielle, parce qu'il sent bien que le succès de sa méthode en dépend absolument \ mais aussi , pour empêcher ce succès , il n'y a qu'à savoir conserver ces feux qu'il veut éteindre, et c'est ce que l'assiégé peut et doit toujours faire. Pour cela , il ne faut pas qu'il les abandonne dès le premier instant au ravage des batteries à ricochet. Il faut qu'il sache qu'un seul coup de canon ménagé pour la défense rapprochée , est plus utile que cin-
quante , tires sur la queue des tranchées ; qu'une ou deux pièces d'artillerie adroitement dérobées à la vue de l'ennemi , cachées seulement derrière un orillon , et mises à l'abri de la bombe sous un blindage , est une chose «si précieuse, qu'il est comme impossible aux colonnes- ennemies qu'elles prennent en flanc , de monter à l'assaut : que s'il attend, le moment favorable pour ouvrir de nouvelles embrasures, derrière lesquelles sont des pièces de canon couvertes contre les feux verticaux ; jusqu'au moment du besoin t l'ennemi verra sans cesse les feux de la place se rallumer > lorsque les croyant bien éteints , il aura pensé pouvoir venir poser son logement sur la crête du chemin couvert.
Avec ces attentions , l'assiégé conservera certainement son feu jusqu'à la fin , et il viendra même une époque où il pourra être mis dans sa plus grande activité , tandis que celui de l'assiégeant sera forcé de se taire. Cette époque est celle où la ligne de démarcation entre les deux armées commencera à s'effacer ; car dans cette mêlée, les batteries de l'assiégeant lui détruiraient plus de monde qu'à l'assiégé, et celui-ci, au contraire, après
avoir attiré son ennemi au plus près, n'a qu'à se retirer brusquement , pour le laisser seul exposé aufeu le plus meurtrier.
Je ne pense donc pas crue jamais l'as^ (siégeant puisse s'établir solidement sur une contrescarpe bien faite , en présence d'une bonne garnison , et cependant ce n'est proprement là que le commencement des hostilités. 11 faut ensuite qu'il fasse la descente de fossé par une galerie, et qu'il arrive par un long défilé au fond de ce fossé. Comment concevoir qu'il puisse j déboucher , si l'assiégé , au lieu de n'opposer que de perpétuelles retirades, prend le parti d'attaquer lui-même à chaque minute? 11 a tant de débouchés pour arriver en un instant , à ce passage étranglé , il lui est si facile de disperser les matériaux de l'épaulement , de brûler en masse des fagots passés un à un , de renverser les frêles travaux d'un pont mal affermi ? que si en rase campagne , une poignée de soldats pouvait se saisir d'une j pareille position , elle" s'y regarderait avec raison comme inattaquable. *
Joignons à ces coups de main les batteries biaisées de la courtine et de la tenaille , qui ont vue sur ce débouché ; et qu'il est très-difficile de détruire , les bat-
teries sur chaloupes dans les fosses pleine d'eau, les feux de caponnières, les coups dérobés qui peuvent partir du haut de la brèche même , lorsqu'elle est faite } les fourneaux qui peuvent renverser vingt fois la descente de fossé , et enfin les abattis avec lesquels 7 en s'y prenant de bonne heure, on peut masquer ce débouché par des obstacles contre lesquels le canon ne peut rien , et la bombe très -peu de chose ; et l'on sera sans doute surpris que ce pas hasardeux puisse être jamais franchi par l'assiégeant , quelques efforts qu'il fasse.
J'ignore comment l'ennemi parviendra à la brèche y si le chemin couvert et le passage du fossé sont bien défendus. Mais en supposant qu'enfin le terme est venu de la défendre , voyons ce qu'il faut faire pour que l'assiégeant ne puisse outrepasser l'étranglement qu'elle forme.
Je suppose que d'abord le gouverneur a eu soin de faire faire un bon retranchement ; autrement, la brèche une fois, forcée , la place n'aurait aucun moyen de se garantir. Avec un retranchement au contraire , l'enceinte de la place peut être prise et reprise nombre de fois , et c'est précisément cette série d'actions de vi-
gueur, qui doit faire succomber enfin l'assiégeant, si la défense est habilement conduite.
Voyons d'abord comment M. de Vauban veut qu'on attaque les brèches ; prenons pour exemple celle de la demi-lune*
» Il faut , dit - il , se préparer au loge- » ment par l'amas des matériaux néces- » saires, comme fascines , gabions, sacs à » terre et quantité d'outils dont il faut faire » des provisions , le plus près qu'il sera pos- »sible, sans embarrasser la tranchée, et » les ranger sur le revers par tas. On aura » soin de bien accommoder les logemens » qui doivent faire feu , préparer toutes » les batteries de canon , de bombes et » de pierriers , faire commander cinq ou » six compagnies de grenadiers d'extraor- » dinaire , à telle fin que de raison, et » avertir ceux qui commandent les batte- »ries de ce qu'ils auront à faire, suivant » les signaux qu'on leur fera , et pour cet » effet, les faire venir sur les lieux pour » les voir de plus près et recevoir leurs » instructions.
» Le signal se pourra faire par un dra- »peau qu'on élèvera sur la pointe des lo- » gemens du chemin couvert , en lieu où
» il puisse être vu de toutes les batteries » eu même temps et des logemens/ob- » servant de faire ôter tous les autres ; » moyennant quoi tout étant prêt, les fu- » sils passes entre les sacs à terre , prêts à » faire feu , on attendra en silence le » signal y qui sera de hausser le drapeau » quand il faudra faire feu? et de le baisser » quand on le voudra faire cesser. Cela 3) préparé de la sorte et les brèches en état, » on fera monter deux ou trois sapeurs » dans la brèche , non vers la pointe., 5) mais sur la droite et la gauche ? joignant » les endroits où finira la rupture des murs » du côté des épaules , où il se fait pour » l'ordinaire un couvert entre la partie du » revêtement qui demeure sur pied et celle » qui tombe.
» Ces deux ou trois sapeurs se mettront » dans ces couverts , et tireront les dé- » combres en bas en remontant vers le » haut ; ils feront place pour eux et pour » deux ou trois autres qu'on y fera monter, » avec ordre à tous de s'en revenir quand » l'ennemi se mettra en devoir de les en » chasser. Dans ce cas , aussitôt qu'ils en » seront dehors , il faudra faire le signal ; » et les batteries de toute espèce et les lo- » gemens faisant leur devoir , il est sûr que
» l'ennemi n'y demeurera pas longtemps , » et qu'il en sera bientôt écarté.
» Sitôt qu'on s'en appercevra , il faudra » Laisser le drapeau et faire remonter les » sapeurs , qui ? reprenant leur ouvrage y »le diligentei ont de leur mieux , avec » ordre de l'abandonner comme la pre- »mière.fbis, dès que l'ennemi se repré- » sentera ; ce qu il pourra bien faire une » seconde fois , et même une troisième : » à chaque fois il faudra toujours recom- » mencer à faire jouer les batteries , même » celle du chemin couvert; ve qui écartera » certainement l'ennemi et laissera la li- » berté d'établir le logement : ce ne sera 5> apparemment que la première et seconde » fois qu'ils reviendront, qu'ils feront jouer » les mines , sjl y en a ; ce qui sera la » mar qu e i nf ai i I i b î e qu'ils ab an don n en t » l'ouvrage. Ces mines ne seront pas d'un » grand effet, attendu qu'elles joueront » à vide si nos gens n'y sont pas ? ou dans » l'endroit où il n'y aura personne, comme » à la pointe , ou dans celui où il y en v aura peu ; auquel cas elles ne pourront » attaquer que trois ou quatre hommes au âplus. Cependant les sapeurs auront pré- » paré quelques couverts dans l'excavation » qu'il faudra occuper par de petits déta-
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» chemens quand il en sera temps , sans » se trop presser; mais sitôt qu'ils auront » abandonné l'ouvrage , il faudra travailler » de vive-force au logement, et le bien as- » surer dans l'excavation des brèches , et » non plus avant; ensuite l'étendre à droite » et à gauche sur le rempart , et y entrer » par des sapes , formant une portion de » cercle qui occupe tout le terre-plein de » son angle flanqué , d'où l'on coulera » après par les extrémités le long des faces » de la droite et de la gauche y jusqu'à ce » que l'on se soit mis en état de forcer les » retranchemens de la .gorge ; ce qui n'ira » pas loin.
m La suite du logement de la demi-lune » sera continuée jusqu'à son entière occu- » pation , qui ne sera terminée que par la » prise du retranchement de la gorge , s'il » y en a , et par l'établissement fait tout le » long de ses bords ; ce qui se fera par le «prolongement des sapes à droite et à » gauche le long du rempart >' comme il a » été dit ci-dessus, et par une tranchée » menée par le dedans de la place. Les » prolongerons des sapes mettront à por- » tée de prendre les traversa, et en état de » voir la communication de la tenaille à la » demi-lune , et la tranchée facilitera les
» attaquas des retranchemens à la gorge » quand il en sera temps. »
Ou voit par ce détail , que M. de Vauban, fidèle à son principe, veut qu'on tâche de s'emparer de la demi-lune, pied à pied et non de vive -force. Telle est sa maxime constamment couronnée du succès , tant qu'il est possible d'en faire usage : celle de l'assiégé doit donc être au contraire d'empêcher de toutes les manières possibles , que l'ennemi puisse emporter cette même demi -lune autrement que de vive-force. En effet, dans une attaque de vive -force il est évident qu'à bravoures égales entre l'assiégeant et l'assiégé , celui-ci doit l'emporter, car il ne peut être attaqué que sur un front égal au sien , ainsi le nombre ne fait plus rien en ce moment, et l'avantage de la position est pour lui sous tous les rapports: il ne peut être inquiété sur ses derrières , et c'est lui au contraire, qui par ses sorties inopinées pourra surprendre ceux de son ennemi , en même temps qu'il aura pu ménager quelques pièces d'artillerie pour le prendre à revers. Enfin la retraite est assurée par le réduit , non pas pour y trouver un dernier refuge , mais pour en
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déboucher cent fois de suite et reprendre la position momentanément abandonnée.
Puisque l'avantage est tout pour l'assiégé, dans le cas de l'attaque de viveforce , c'est à lui de réduire l'assiégeant à ne pouvoir l'attaquer autrement. La marche à suivre est la même que celle qui a été prescrite pour la défense de la contrescarpe : mais à la brèche , l'avantage est bien plus grand , puisque le front d'attaque est plus resserré , le loyer des corps de réserve plus rapproché , et que l'ennemi ne peut aborder cette brèche que par de longs défilés.
Il s'agit donc d'empêcher que l'ennemi n'établisse son logement au haut de la brèche, que de là il ne s'étende de droite et de gauche pour vous cerner et embrasser bientôt tout le terre-plein de l'ouvrage, ainsi que le prescrit M. de Yauban.
Comme tout ce travail s'exécute pied à pied , en cheminant à la sape, il faut pour l'arrêter, harceler sans aucune interruption les têtes de sape. Chacune d'elles est conduite par quelques travailleurs sansmoyens de défense , et soutenus seulement en arrière par un très-petit nombre de soldats ; il n'y a donc qu'à tenir au pins près de ces travailleurs , de médiocres dé-
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tachemens abrités jusqu'au moment d'agir.
Ces détachernens ne laisseront pas un instant les travailleurs tranquilles; ils tomberont sur eux avec vivacité;, les tueront, renverseront leurs travaux commencés , et seront retirés avant que les soldats destinés à soutenir ces travailleurs soient arrivés , quelque diligence qu'ils puissent faire. D'autres fois les petits détachemens de l'assiégé chasseront les travailleurs en jetant force grenades dans la tête de sape , d'autres fois enfin , ils la culbuteront par une fougace ou l'explosion dune simple bombe enterrée à proximité.
Si la chute de l'escarpe n'a pas entraîné le parapet , et que l'ennemi cherche à se cou 1er dans son épaisseur pour gagner insensiblement les épaules de l'ouvrage à droite et à gauche } il suffira de tirer du réduit avec de gros canons dans ce parapet , car quoiqu'il soit à l'épreuve, comme le logement de l'ennemi le partage en deux suivant sa longueur , le boulet percera jusqu'à ce logement , et y tuera les travailleurs. Le même moyen peut être employé dans un grand nombre d'o< crsions , et il est surprenant qu'on ne se soit point encore a?isé de le mctUe en
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usage. Si le parapet était encore trop épais pour que le boulet pût atteindre l'ennemi dans son logement , il suffirait de le démaigrir un peu. Les obus pourront être empiojés dans ces occasions avec encore plus de succès.
Mais un moyen plus efficace encore , sera celui de faire une quantité de coupures perpendiculairement depuis l'escarpe jusqu'à la gorge , ce qui fera de l'ouvrage une suite alternative de traverses épaisses de trois ou quatre toises au sommet , et de fossés profonds , par exemple de douze pieds et large de même au fond.
Alors les sapes de l'ennemi ne pourront cheminer sans traverser ces fossés qui sont des espèces de lignes de contr'approche et sans se faire prendre en flanc par les fusiliers , ou même le canon à cartouche qu'on aura mis à la gorge dans l'enfilade de chacun de ces fossés. L'assiégé embusqué dans ces mêmes fossés , dans de petits enfoncemens > et abrité par quelques blindages, s'y trouvera en mesure de tomber à chaque instant comme léc'air sur les travailleurs, ou de les accabler de grenades , ou enfin de s'enfoncer dans le massif des traverses , et de faire sauter
pièce a pièce toutes les parties du logement de l'ennemi.
Par ces manœuvres , il est évident que l'assiégé aura rempli son principal objet qui est de réduire 1 assiégeant à l'attaquer de vive-force , c'est-à-dire , à lui livrer l'assaut , et ainsi disparaîtra , non pas la supériorité de son artillerie, qu'on ne saurait empêcher , mais celle qui résulte de la marche prescrite par M. de Vauban, et qui est fondée essentiellement., comme nous l'avons dit sur ce principe , qu'il faut envahir, graduellement et pied à pied, toutes les positions de l'assiégé. L'ennemi ne pourra plus attaquer que de vive-force partout , comme on faisait dans le XVIe siècle, lors des défenses de Rhodes, de Metz , de Leyde , et comme on l'a fait encore postérieurement à Ostende, à Candie , à Lérida.
Il nous reste donc à traiter de la dernière scène , mais la plus sanglante et la plus décisive , celle des assauts. Les anciens , qui ne défendaient pas leurs places autrement , nous ont appris par leur expérience comment on devait les soutenir. L'invention des armes à feu étant survenue , il fallut modifier la méthode des anciens , et l'on adopta celle qui s'est pra-
tiquée jusqu'au maréchal de Vauban.
Depuis cette époque; il n'y a presque plus d'assaut, et c'est l'effetmême de sa nouvelle méthode des attaques ; mais comme nous croyons avoir prouvé que l'assiégé peut toujours réduire son ennemi â ne l'attaquer que de vive-force , nous pensons que les assauts seront nécessairement remis en vigueur, et que la doctrine des auciens à cet égard combinée sur l'usage des armes à feu et des mines , doit redevenir la base de notre nouveau système de défense. Je ne puis donc mieux: terminer cet Ouvrage qu'en rapportant le beau chapitre du chevalier de Ville , sur la manière de soutenir les assauts.
« C'est à présent , dit-il qu'il faut » desplojer ce qu'on a d'invention mettre » en œuvre toute sorte d'artifices , et ex- » poser toute la force et le courage ; car » tout ce que l'ennemy a fait n'est que » pour venir à l'assaut et entrer dans la » placer et toutes les préparations qu'on » fait dans une place, tant des fort ifica- » tions extérieures que du corps mesme, » et toutes les résistances, ne font que » Tempescher d'entrer eu estant si proche. » 11 ne faut rien espargner , puisqu'on a » destiné le tout à cet effect.
»Les machines et les artifices seru eut » beaucoup en cette action , mais plus que » toute autre chose , la force et le courage » des soldats. C'est en cette occasion qu'on » connoist ceux qui sont hrau.es gens ; car » sans doute s'il y a des poltrons , ils com- »meneeront à murmurer et à parler de »xse rendre ; ce que le gouverneur ne » doit aucunement permettre : ains chas- » tier exemplairement ceux qui en diront » le moindre mot.
» Auant que l'ennemy vienne à l'assaut , »il faut qu'il ait fait bresche ou auec le «canon, ou auec la mine, teHequela » montée en soit aisée. Pour sçauoir si elle » est raisonnable , il enuojera quelqu'vn » pour la reconnoistre. II faut tascher qu'il » n'en rapporte pas la nouvelle ; car ou » doit auoir aux costez de la bresche des » mousquets à crocs ou des pièces courtes » pour tirer contre ceux-là •, car les ca- » nons seront alors démontez si l'ennemy » a fait son deuoir , ou bien on aura ruiné » les lieux où on les peut mettre ; et quand » mesme on en auroit quelqu'vn en estât , j) il faut le garder pour deffendre la » bresche , parce que , si on le tire auant » l'assaut , l'ennemy fera en sorte de le
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» démonter; c'est pourquoy il faut le cou- »seruer pour une meilleure occasion.
» Si l'ennemy fait la bresehe axrec le » canon , il ne peut tirer crue le jour -, de » nuit , quelle inuention qu'on, sçache » auoir , les coups sont presque tous per- »dus. On tascliera à la réparer de nuit ? » refaisant ce qui sera rompu ou auec de" » la terre } ou auec des pièces de bois ; » ou bien , si on peut , on mettra en » diuers endroits de la montée de la » bresehe des palissades de cinq ou six «pieds de hauteur, plantées bien ferme » en terre , ayant des pointes de fer pliées »en bas; cela arreste l'ennemy lorsqu'il » veut monter; ou s'il les veut rompre à » coups de canon , il luy faudra beaucoup » de temps, et la nuit ensuivant, on en » peut remettre d'autres.
i) Que s'il bat si furieusement qu'il nev » donne aucun relasche , on disposera » le lieu de telle façon qu'on le puisse def- » fendre à couuert ; car outre les retran- » chemens qu'on doit auoir desia faits plus » arrière sur le bord de la bresehe , on » esleuera quelque petit parapet de sacs » de terre , ou de gabions } ou d'autre » chose , si toutesfois l'ennemy en donne » le loisir. S'il bat tousioura, on se mettra
» à costë , de façon qu'on flanque et des- » couure la montée , et qu'on soit à cou- » vert de la batterie.
» Au haut de la br esche , où il faut » que l'ennemy se loge estant monté , ou » aux premiers retranchemens lorsqu'on 5) voit ne pouuoir plus réparer ces lieux y » on fera de nuit quelque fougade , à » laquelle on puisse donner le feu quand » on voudra ? des lieux qui sont plus ar- » rière ; on parsèmera sur la bresche plu- )> sieurs clous à quatre pointes > qu'on » appelle cliaussetrapes ; ce sont autant » d'empeschemens pour l'ennemy -, des » planches toutes pleines de clous pointus » qui sortent dehors quatre doigts , sont » excellemment bonnes pour mettre sur la » bresche; mais il faut qu'elles soient épais- » ses et de bois pesant , et quelles soient » attachées auec des chaisnes de fer , afin » que l'ennemy ne puisse ny les osier ny » renuerser. Les chevaux de frise seront » aussi vn grand obstacle à ceux qui vou- » dront monter.
» A costé de la bresche on rangera » quantité de mousquets à croc pour tirer » contre lés premiers qui viendront armez n à l'espreuve du mousquet, des pièces » courtes chargées de ferraille , et parti-
» culièrement de ces pierriers que nous nations cy-deuant dit qui se chargent à »boëte: les canons de réserue seront » aussi en estât. On tiendra prests toute » sorte de feux d'artifice , comme bom- »bes , qu'on peut faire rouler pardessus » des aix qui auront vn rebord de chaque » costé qui les conduisent bien auant dans »là bresche, afin, que les nostres ne » soient endommagez; des grenades, » des barriis foudroyans , des soliues rou- » lantes armées et chargées de feux d'artifices, des mortiers pour ietter plu- » sieurs autres inuentions , des espinars , » des bruslons , des suteraux , des flas- » mes, des taupes, et plusieurs autres » que nous descrirons autre part. On aura » aussi des chaudières pleines d'huile bouil- » lante qu'on iettera auec de grosses cuil- » lièi es amanchées d'vne longue perche , » quantité de pierres pour ietter à lamain, » et tout ce qu'on croit pouvoir nuire à » Yennemy.
» Quand l'ennemy fait la br esche auec »la mine, parce que c'est vn prompt » effort, et qu'il donne bientost après , » on n'a* pas loisir n'y de resparer la «bresche, n'y d'y mettre les obstacles » que nous auons dit. 11 faudra auoir près-
» paré deux ou trois retranchemens à icn- » droit où on uoit faire la mine , afin que, » s'il en emporte vn , il en reste vn autre, » ou deux tous entiers , ou afin de ne » point perdre de terre sans disputer ? » n'en faisant qu'vn fort arrière. Du reste , » on presparera toutes les machines , » armes et artifices, ainsi que nous auons » dit , les tenant toutesfois un peu esloi- » gnées du lieu où la mine doit ioiier , afin » qu'elles ne soient emportées par sa vio- » lence.
» Puisque l'ennemy fait vne mine > on » est bien assuré qu'il ne montera pas au î) haut de la muraille qu'elle n'ait ioiïé ; » c'est pourquoy il ne faut pas tenir des » soldats là-dessus ny autour de ce lieu , » au moins -de jour 7 parce que de loin » on peut descouvrir s'il vouloit faire quel- » que surprise ; de nuit on y tiendra seulement vne sentinelle : le corps-de garde » sera vn peu à l'escart du lieu où se fait la » mine.
» On est aussi asseuré d'estre attaqué » par les endroits ausquels on voit que » l'ennemy s'est approché pied à pied , » de telle façon qu'auec ses tranchées , » trau erses et galleries, il s'est logé au » pied de la fortification 7 et qu'il a rompu
» ou sapé y ou miné ; c'est l'endroit par » où sans doute il tascherà d'entrer , ou » pour le moins s'y loger. Il y a aussi des » indices par lesquels on peut connoistre » quand l'ennemy veut donner. Quelque- 5) fois , auant que mettre le feu à la mine , » il fait sommer ceux de la place à se ren- » dre , et c'est afin de ne gaster pas la » place, de laquelle il espère bientost » esire maistre y ce qui pourtant ne se » doit faire qu'aux lieux qu'on est asseuré » de prendre ; parce qu'à vu lieu fort de 5) monde , ce seroit les aduertir de se » mettre en deffence ; l'ennemy fera aussi » des efforts extraordinaires tout le jour et » toute la nuit précédente , pour rompre » les deffences, ne donnant aucun relasche » aux ennemis , ny temps de les réparer : » on verra aussi que plus de soldats? qu'ils » auoient accoustumé , entrent ce jour » dans les tranchées ; si on ne peut pas » les voir, on les jugera par le J)ruit et » par les piques qu'on verra sortir hors » des tranchées ? en plus grande quantité » que les autres jours : tout le monde » sera en action ; l'armée se préparera , » et tout le camp se mouvra extraordi- » nairement : ceux qui ne combattent pas, » et qui viennent par curiosité , s'assem-
lO/f DE LA DÉFENSE
» blent en troupes sur Jes lieux hauts , » pour voir ce combat : bref on voit des »mouvemens qui donnent assez à con- » noistre que l'ennemy se prépare à cette » action ; les espions ne doiuent pas nian- » quer de faire leur deuoir daduertir i) ceux de la place, des lieux que l'en- » nemy veut attaquer , du nombre , de » la qualité des soldats qui sont destine* » à cet effet ? des armes , machines et j) artifices desquels il se veutseruir; l'ordre » qu'il doit tenir , et toutes les autres » particularisez qu'ils pourront descouvrir, » et qu'ils jugeront servir à la cîeffence » des assaillis.
» Ce sont les choses qu'on doit prépa- » rer ; reste à dire du nombre des sol- » dats ; de leurs armes; de l'ordre qu'on »doit tenir, tant en la distribution des «soldats; du jeu des artifices ; du temps » qu'il faut pour les faire agir } et toutes » les autres circonstances nécessaires 3) d'estre obseruées dans vne action si im- » portante.
» Je voudrois distribuer mes soldats en » la façon suiuante, i'en ferois trois par- » ties , dont l'vne feroit vn gros que je tien- 3> drois dans la grande place d'armes, en » estât d'aller aux lieux ou il seroit néces-
DTLS PLACES FORTES. 10 j
» saire pour la deffence : du reste j'en » ferois quatre parties , les trois me serui~ » ront pour deffendre les trois attaques , » que je suppose que l'ennemy peut faire , )) et l'autre quart seroit dispersé au reste » de la place , par les lieux qui ne seroient ^» pas attaquez; comme, par exemple , j) si j'auois trois mil hommes , je mcltrois » un gros de mil hommes omis la place » d'armes ; cinq cents hommes à chacune » des trois attaques , et cinq cents horn- » mes au reste de la place : les cinq cents » qui seront aux attaques , je voudrois les j) partager ainsi; cent qui seroient. à la » b'reschc pour tirer et deffendre: cent » cinquante seroient plus arrière, pour » soustenir et rafraischir ceux-ci >- les au- » très cent cinquante seroient en bas du » bastion en bataille , ou à costé sur les » remparts , à couvert des parapets : les » cent restans se mettroient aux flânes , » ou lieux qui poun oient flanquer et dé- » couvrir la bresche : les bourgeois se- » roient dispersez en mesme proportion » que ceux qui seroient destinez pour » deffendre les postes attaquez, parce » que difficilement ils se veulent exposer » aux périls qu'ils voyent deuant eux ; ils » seruiroient pour jetter des feux d'artifice,
» ruer continuellement des pierres , ap- » porter des munitions , et autres raffrais- » ehissemens: les autres feroient des corps >> de garde par les places et rues , bien *> que j.'estime cela fort peu nécessaire, et » se mettront en garde tout autour du reste » de la place ? meslez auec les soldats ; » parce que dans vue place assiégée je ne »voudrois* jamais me fier à garder vn » poste , fust-il attaqué ou non , à des » bourgeois seuls , car d'eux -mesmes ils » sont craintifs; il faut nécessairement » quelques -vns hardis meslez parmy eux » pour les encourager , et cela les fait «quelquefois esuertuer : il faut garnir » tout le contour de la place de soldats, » c'est-à-dire qu'il y ait garde partout; en- » core que l'ennemy n'y fasse point d'at- » taque , si on en abandonnoit quelques » parties sans y laisser personne , l'enuemy » en pourroit estre aduerty , l'attaquer et » l'emporter : inesme les lieux qu'on croit » forts de nature , et difficilement accès- I » sibles , il faut les garder . dit peur d'estre j » pris par là , comme plusieurs autres » l'ont esté ; il est vray qu'il y faut moins » de monde, comme nous auons dit cy-J » deuant au chapitre des gardes.
» Les soldats doiuent estre ainsi armez:;:
» à chaque corps , il y en doit auoir vn » nombre d'armez à l'épreuve du mous* » quet -, comme par exemple , au pre- » mier cent , ie voudrais qu'il y en eust « vingt ainsi armez , et aux autres qui sou- » tiendraient , autant à chaque corps , y » en ayant tout autant à chaque attaque ; il » y en fau droit pour trois, cent octaute, si » on en avoit de reste, on les baillerait » au corps de réserue. Userait nécessaire » qu'il y eust tout autant de rondaches , »/qui seraient portez par ceux qui ne sert raient pas armez ; au deffaut d'iceux , » on pourrait porter des mantelets à l'é- » preuve du mousquet , pour en faire à » vn instant un parapet tout autour de la » bresebe : or parce qu'il faut qu'ils soient » fort épais pour estre à l'épreuve , et par » conséquent difficiles à manier ; ie vou- » drois les faire fort estroils de six ou huit » pouces j hauts de quatre pieds , auec » des trous pour tirer ; on les mettrait les » vns contre les autres , afin de tenir à » couvert tous ceux qui seraient- à la def- » fence ; les soldats , outre leurs épées r » ils auront des piques fortes , et quel- » ques-uns auec des crochets pour jetter >> par terre , .ou attirer à soy , ceux qu'on » pourrait accrocher des ennemis y les
IOg DE LA DEFENSE
» perf uisanes et hallebardes seroient aussi » fort bonnes.
» On èntre-meslera vn piquier et vn.
» mousquetaire , et en quelques endroits » on mettra les mousquets à croc } et les » deux tiers des mousquets qui seront au- » tour de la bresebe , ie voudrois qu'ils «fussent forts courts , scavoir de deux » pieds , ou deux pieds et demj , ayant » vu pouce ou dauantage de calibre, » chargez de plusieurs balles -, et la raison » est , parce que les tirs sont fort courts, » et tirant dans vue- meslée , cette quan- » tité de balles cndonimageroit grande- » ment les assaillans. Les autres mous- » quets y les mousquets à croc et pièces » courtes scruironl pour nuire à ceux qui «seroient armez à l'épreuve des mous- » quets ordinaires ,- parce que j'entends » que les mousquets des garnisons soient » plus forts que ceux qu'on porte à la cam- » pagne , tellement qu'il n'y ait point » d'arme , ou bien peu à l'épreuve de ces I » mousquets.
» Les pièces courtes que nous auons » dit , et les pierriers, qui se chargent à » boéte, seront logez à costé de labresche, » aux lieux où ils ne pourront estre ny vus » ny rompus par les canons des ennemys :
» les mortiers à jetter les feux d'artifices » seront aussi en lieux -couuerts, et toutes » les autres inu entions qu'on aura prépa- » récs pour deffendre la bresche , seront » mises aux endroits qui ne sont points « descouuerts , desquels on se seruira » comme nous le dirons cy-après.
» En cette occasion on peut voir claire- » ment combien sont nécessaires et vtiles » les orillons ; car outre les aduantages « des flancs couuerfs pour rompre les gal- » leries auec les trois pièces de réserue » que renne. n* ne sçauroit démouler; «scauoir, l'yuc au flanc haut , l'autre au «flanc bas, et l'autre à la fausse braye , » encore qu'elles ne découvrent qi;e la » face du bastion , aussi ne peut - on les » gaster , si on ne loge les batteries là- » dessus; et- lorsque lenneiny vient à l'as- » saut pour se loger dans la bresche , il » n'y a personne qui ne voye comme on » peut faire passer le temps aux assaillans » auec ces trois pièces: on les tiendra donc «toutes prestes y et quantité de cartouches » pour les recharger promptement ; au «lieu de balles seules, on y 'mettra des » chaisnes , ferrailles , barres de fer et « autres blocailles.
» Tout estant disposé en bon estât , et t. 3. TO
si tous les lieux attaquez , garnis égale- » ment > et le reste de la place gardé par » le nombre des soldats nécessaires ; lors- » cru on verra que l'ennemy veut faire „» jouer la mine , ce qu'on connoistra par » les indices que.nous auons dits ; on fera » retirer tous les soldats , qu'il n'y ait per- » soiine sur le bastion , se tenant vn peu » à l'escart ; lorsqu'elle aura joiïé , on «s'approchera, se couvrant sur le bord x> de la bresche auec des sacs ou hottes , » ou barriques , ou mantelets ; mais il ne » faut pas se haster de se présenter y parce » que îesennemys auront sans doute poin- » té tous leurs canons pour tirer sans cesse » contre la bresche , afin qu'on n'y vienne » à la deffence -, c'est pourquoi on se » tiendra aux costez ou aux retranchemens » qui découvriront dans icelle ; cependant » il faut que l'ennemy, passe le fossé à des- » couvert , à cause que la gallerie sera » rompue et couverte du débris de la mu- » raille -, c'est lors , que ceux des flancs » doiuent faire leur deuoir à force de tirer » des coups de mousquets et de canons , » dès qu'ils commenceront à les décou- » vrir : comme ils s'approcheront , ceux » qui seront à la deffence de la bresche »les salueront de leurs mortiers, pier-
»riers, entions courts, mousquets , et » autres armes qu'ils auront préparées : à » mesure qu'ils s'approcheront et qu'ils » tascheront à monter ; on jettera les feux » d'artifice ? grenades , bombes , et tels » autres que nous auons dit cy-dessus : les » pierres voleront continuellement , jet- » tées par Ceux qui seront plus arrière à » couvert ; s'ils s'efforcent à monter plus » haut , on opposera les mantelets , les » rondaches , les piques , et toute sorte » d'autres armes , les huilles bouillantes > » les artifices , et la recharge des boétes » continuera tousiours : tellement que tout » le lieu soit continuellement en feu \ les » mousquetaires tout aussitost qu'ils auront »ûtê, se retireront pour recharger^ et » feront place aux autres qui seront tous » prests: si l'ennemy opiniastre le combat, » il faudra raffrnischir ceux-ci, et faire » aduaucer les autres irais , qui sont plus » arrière , qui s'opposeront à ceux que «l'ennemy enuoyera de nouveau. Quand wonasousienu le premier choc, il faut » bien espérer du reste ; car il ijaut croire » que ce sont les plus hardis , et les mieux » armez ; lorsqu'on sera dans l'effort du » combat , on fera jouer quelques barils » ibudrogand , ou bien si on auoit pu ap-
» prester quelque fougade , comme » lorsque la bresche se fait auec le canon, » on y donnera le feu: les bombes , et » autres artifices qu'on fera rouler dans la » foule feront un très-grand effet : on fera » tout agir sans cesse *, si l'ennemy se re- » tire pour réunir et donner lieu au canon » de tirer contre les nostres y ils se met- » tront aussitost à couvert, à costé ou dans » les plus proches retranchemens , et s'ils »reuiennent on les receura en la mesme » façon qu'on aura fait la première fois.
» Les enuemjs rencontrant vne si assu- » rée résistance , se contenteront pour » cette fois de se loger sur La bresche , se » couvrans aùec des gabions et planches; » alors les canons qui seront aux flancs , » tireront continuellement là - dessus , et » du haut de la bresche on fera rouler ou » descendre les mesmes artifices que nous » auons dit pour rompre la gallcrie , ius- » ques à ce qu'on les aura fait desloger ; » et en mesme temps la nuit on réparera » la bresche le mieux qu'on pourra , en » escarpant la montée et y faisant plusieurs » paliissades , et vn fossé au haut , laissant » autant de terre qu il faut pour estre à «couvert à l'épreuve du canon, lequel »sera sans doute eu angle rentrant comme
DES TRACES FORTES. Il3
» est tousiours la bresche , afin que tout » soit flanqué : on mettra aussi en bon » estât les retranchemens qui seront plus » arrière, y faisant des paliissadesau ueuant, » et toutes les deffences qui peuvent em- » peseher l'approche à l'ennemy, et ar- » rester ses efforts. Ici on remarquera crue » les flancs fîchans ont vn grand aduanfcage, » parce qu'ils découvrent dans lés loge» » mens que Fennemy fait dans la bresche, » ce que les rasans ne sçauroient faire.
» Parce que les feux d'artifices sont vne » des principales pièces et des plus néces- » saires pour la deffence d'vne bresche, »ie dirai le moyen de s'en seruir , sans » tomber aux accidens qui arriuent ordi~ »nairement: ceux qui auront charge de » les garder, se tiendront à couvert plu* » arrière , les mettant en des lieux cou- » uerts ; et lorsqu'on s'en voudra seruir , » ceux qui les doiuent jetter les prendront «des mains d'autres, qui les prendront » de ceux qui les ont en garde , et qui » leur porteront : pour les jetter , ils » s'aduanceront sur le bord de la bresche , » et les ayant jettez , se retireront tout » aussitost pour en aller prendre d'autres.
» Les grenades dans les pots de terre » achevez de remplir de poudre, et des
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» mesches allumées autour , sont bonnes » pour jetter dans les bresches , parce » qu'elles prennent irnrnédiaternent , et » les pots tombent à terre , et se cassent ; » mais il faut estre bien adroit à les manier, » car si on les laisse choir , elles feront au- » tant de mal aux nostres , comme jettées «à propos, en font aux ennemys. Je » donnêray dans mes artifices quelques » inuentions pour faire prendre les gre- » nades immédiatement comme ^iles » tombent.
» Que si ou est contraint' d'abandonner »la bresche , on se retirera aux plus » proches retranchemens pour faire nouvelle deffense ; cependant, s il est be- » soin , on enuoyera quérir du secours de » ceux qui sont dans la place d'armes , ce s qui toutesfois ne sera pour lors nécessaire ; car après avoir fait vne bonne » résistance à la bresche , et ayant vn re- » tranchement fait à propos , 1 ennemy ne a hazardera pas le reste de ses soldats et » ne les fera pas donner à descouuert « contre un lieu bien fortifié , et quand il 3> le feroît, assurément il n'y gagneroit » rien , parce qu'il y aura pallissade , fossé, î) bons flancs , armes, et artifices de toute a sorte ? et gens frais pour les deffendre.
DES 'PLACES FCTRTES. Il5
«Pour s'advaucer , il se servira fie la » mine ou de la sape; la finir d'après-, » comme il préparera ses logemens et re- » commencera l'attaque il faudra faire » une sortie , et porter les instrumens.et «machines nécessaires, pour rompre et «brusler les logemens desquels nous » auons parlé aux sorîies , et comme il » faut rompre la gallerie.
«Lorsque l'ennemi attaquera les re- » trancliemens , on fera les rriesmes ré- » sistances qu'on a faites à la bresche et » aux dehors, à quoy on aura beaucoup » plus daduantage ; parce qu'asscurément >> après tant d'efforts faits il faut que les » plus courageux ajent esté tuez, 'et si «les autres sont rebutez , ils ne voudront «pas retourner aux attaques , et si on les » y contraint , ils ne feront, rien qui vaille ; «car véritablement dans vne armée, ce » n'est pas le nombre qui fait la force , » mais c'est le nombre des gens de cœur , » et lorsqu'il n'y en a plus , il ne faut rien, » craindre y on résistera facilement aux » autres.
y Le gouuerneur qui veut faire tout ce « qu'vn homme de bien peut faire, il « doit se deffendre jusques à ce qu'il n'aura «plus de quoj se couvrir; cependant
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» qu'il aura soustenu ces liegx que nous* » avons dit , il aura eu loisir de faire ses » retranciiemens généraux , dans lesquels m il doit encore faire une nouvelle def- » fence , encore que ces ouvrages- ne puis- » sent pas eslre si forts, estans nouvelle- » ment faits ; aussi les ennemys sont les «plus foibles ,. leurs canons gastez , et » esventez à force de tirer; les munitions, » consommées , et toute l'armée Tassée , » la disposition et l'ordre de la deffence » sera la mesme que nous avons dit. Vn » gouuerneur ne doit jamais parler de ca- » pituler qu'alors que le prince lui com- » mande , ou qu'il manque de lieu ou de » terre pour se couurir , ou de soldats > » ou de munitions. »
On sent quà cause du perfectionnement des armes , il y a quelques modifications à faire , à ce que dit dans tout ce chapitre, le chevalier de Ville; mais le hou sens indique suffisamment ces modifications.
Peut-frre n'insiste-t-il pas assez sur l'emploi des chausse-trapes ; c'est une excellente défense en pareilles circonstances . parce qu'elle est extrêmement portative , et qu'elle embarrasse plus que toute autre chose, la marche de l'ennemi ;
il faut en couvrir la brèche ; le canon même n'a presque aucune prise sur ces petits corps pointus, et lorsque la brèche en est couverte , comme il faut qu'elle le soit , il faut à l'ennemi un temps considérable pour les enlever, de quelque manière qu'il s'y prenne.
On doit également employer cette arme défensive, avec profusion , au-devant des nids-de-pie et des petites places d'armes que fait l'ennemi pour contenir ceux de ses soldats qui sont destines à soutenir la tête des sapes au haut de la brèche; car ils ne pourront passer que difficilement et très-lentement par-dessus toutes ces pointes étendues sur une grande largeur, pour arriver au secours de leur tête de tranchée attaquée à l'improviste ; elle sera culbutée , leurs travailleurs tués, et la re* traite effectuée avant qu'ils aient pu les joindre ; et lorsqu'ils s'en retourneront , ils éprouveront encore un retard qui les laissera long-temps exposés au feu des réduits, des coupures et des retranchemens.
Les chevaux de frise et les herses de fer sont aussi très-utiles , mais ils sont difficiles à manier et faciles à rompre par le canon : j'aimerais mieux employer à leur place des espèces d'étoiles à six pointes ,
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pesant depuis ïo jusqu'à 3o livres chacune, poup qu'un seul homme puisse la porter et la placer tout de suite où il faut. On en pourrait garnir le haut de la brèche au moment de l'assaut , chacun des soldats portant une ou deux de ces espèces de hérissons qu'il placerait devant lui , où , en les enchevêtrant les uns dans les autres, ils formeraient une sorte d'ahattis.
Pour faire une de ces étoiles , il n'y a qu'à prendre trois petites bûches à brûler, soit de brin , soit fendues -, de d 'ux ou trois pieds chacune , ou des bâîons gros comme le poignet , et les assembler perpendiculairement les uns aux autres en les encastrant à mi-bois , et les arrêtant avec de grands clous, des boulons , ou seulement des chevilles de bois. Les bouts seront taillés en pointe , ou armés d'ua fer pointu.
Partout où il faudra arrêter momentanément un mouvement brusque de l'ennemi , deux ou trois rangées de ces étoiles enchevêtrées formeront une espèce de cheval de frise continu qui vaudra mieux qu'une palissade,, et qu'on pourra enlever quand on voudra le reporter ailleurs -, on peut facilement trouver le moyen de les
attacher sur la place l'une à l'autre par des espaces de crochets.
Enfiiî nous ne devons pas omettre un, autre très-bon moyen d'arrêter pour un temps, au bord d'une brèche en haut y l'impétuosité de l'assaillant. C'est de creuser , tout le long de cette brèche , un fo<sé large et profond qu'on remplit de bois à brûler , de fagots goudronnés et de toutes sortes de matières combustibles : on attend que 1 -ennemi commence de monter à l'assaut , et l'on allume sur-lechamp de toutes parts y l'amas de bois : on y jette de plus des feux d'artifice et nombre de petits sacs de poudre. Aussi long-temps qu'on peu* entretenir l'activité de cette flamme , l'ennemi est arrêté et demeure exposé aux feux de flanc , aux: tirs en brèche , et aux feux verticaux qui tombent sur lui : cette défense, proposée par plusieurs Militaires, et particulièrement par M. Vaultier , me paraît encore préférable à celle d'entretenir, comme on l'a pratiqué souvent avec succès, un grand feu au )pied de la brèche , parce qu'il est plus difficile à l'assiégé d'entretenir celui-ci , et plus facile à l'assiégeant de l'éteindre , que lorsqu'il est allumé dans un fossé au haut de la brèche.
Dans cet Ouvrage je me suis attaché au grand principe de la défense , principe fondé sur celui des meilleures attaques connues , qui sont celles de M. de Vauhau ; ,c'est à ce même principe qu'il faut rapporter et subordonner une foule de détails dans lesquels nous n'aurions pu entrer sans répéter ce qui se trouve dans beaucoup d'autres ouvrages connus, et sans (aire perdre de vue le but essentiel vers lequel nous devions tendre constamment. Ce but est de substituer les exemples donnés dans le dernier chapitre de cette première Partie , à ceux que fournissent les journaux de siège sur lesquels avaient été basés les calculs réfutés dans le chapitre M de la première partie , c'està-dire 7 à substituer le maximum de la défense au minimum > ou enfin la défense par l'arme blanche à la défense parles^ armes à feu , autant que peuvent le comporter la nature des choses et les procédés actuels de l'assiégeant. TSous résumerons dans la Conclusion qui suit > les fondemens de cette nouvelle et importante doctrine.