VIII
Pour remplacer ces variétés qui meurent et disparaissent, à quel moyen devons-nous recourir ? voyons d’abord quel est celui que la nature emploie:
Les variétés de fruits et de plantes cultivées de toute espèce s’accroissent chaque jour en nombre au milieu des pertes qu’on éprouve. Pline comptait vingt-neuf variétés de pommes, onze de pruniers , quatre de pêches, huit de cerises; le nombre des poires était plus considérable; il en cite quarante-trois, probablement les plus remarquables: et en toute espèce de fruits il compte moins de cent variétés; il semble mêmé avoir assisté à la création d’une partie d’entr’elles. Les abricots de son temps n'étaient connus que depuis trente ans; les cerises laurines , espèce, à ce qu'il semble, toute particulière,
n'étaient répandues que depuis cinq ans; les prunes « étaient, nous dit-il aussi, inconnues du temps de Caton; les fruits portaient les noms de leurs inventeurs : les :
pommes septiennes avaient été trouvées par Septius ; on citait les poires de Décimus, de Dolabella; les pommes
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de Matius Gestius, Manlius et Claudius qui, les premiers, les avaient greffées et propagées; mais en tout le nombre des fruits de toute espèce était très - borné. Ollivier de Serre cite soixanté-une variétés de poires et à peine cinquante de pommes; de son temps on connaissait en tout à peu près deux cents variétés de fruits ; maintenant les catalogues de nos pépiniéristes en renferment jusqu’à dix-sept cents: le nombre de ces variétés s’est donc prodigieusement accru. .
Le moyen qui les a produites n’est et ne peut être que celui qui les fait naître chaque jour sous nos yeux, celui que la nature a établi pour continuer et varier ses productions: le semis des graines qu’ils produisent.
Les procédés de propagation que nous avons parcourus ci-dessus, ne sont, comme nous l’avons vu, autre chose que la continuation, le prolongement d’une même exis-
tence individuelle avec toutes ses qualités et tous ses défauts, maïs la production par semis est essentiellement différente, c’est le développement d’un germe qui a reçu des qualités spéciales par la fécondation, c’est la création d’un individu nouveau doué de propriétés qui n’appartiennent qu'à lui, et qui diffère plus ou moins des sujets auxquels est due la graine et des sujets même produits en même temps que lui par la graine provenant d’un même individu. Dans le moment de la floraison des plantes, l’at-
- mosphère est pleine de poussière fécondante de toutes
les variétés des plantes en fleurs; les pistils s'imprégnent
de molécules issues des espèces congénères placées à
quelque distance comme de celles des étamines voisines ; le résultat de cette imprégnation est une modification plus ou moins forte des germes contenus dans les ovaires, modification qui rend Îles produits de ces germes plus
ou moins dissemblables et qui donne naissance à des êtres doués de différens caractères extérieurs et intimes; par suite de ces fécondations, en quelque sorte, adultérines, quelquefois l’enveloppe du fruit, le péricarpe, mais souvent la graine tout au moins est modifiée.
Nous pouvons citer à l’appui de ce que nous disons ici l'opinion générale des jardiniers qui pensent que les melons peuvent se modifier et s’altérer dans leurs qualités, dès l’année même de leurs semis par le voisinage des concombres, des citrouilles,
Nous citerons encore le pommier dioïque de St-Valery dont lés étamines ne sont pas fécondantes et qui, chaque année, produit sur ses diverses branches des pommes de diverses espèces: Les jeunes filles du pays viennent, réunies comme en un jour de fête, placer sur ses diverses branches des rameaux en fleurs des espèces qu’elles préfèrent, et l’arbre, en automne, leur reproduit plus ou moins leur fruit d'affection. |
L'un de nos collégues, M. Dubost, a cueilli sur un pommier de reinette grise une pomme blanche colorée, essentiellement dissemblable de ses voisines, et qui devait être due au pollen des pomimniers voisins : nous avons vu nous-même des faits semblables. M. de Candolle en eite de pareils, observés par d’autres pomologues, et M. Klinckart, en Allemagne, en réunissant des fruits congénères sous châssis, se procure, chaque année, des fruits en quelque sorte métis et qui ont plus ou moins les qualités mélangées des ascendans qu’on leur a donnés. On doit donc admettre, et nous verrons plus tard : d’autres faits encore à l’appui, que, dans l’année même de la fécondation, l'enveloppe du fruit peut être modifiée. :
Ce qui achèverait de prouver que les individus de semis
se varient principalement par les croisemens, c’est que les semis font peu varier les espèces qui n’ont pas de congénères. Les botanistes citent la tubéreuse , le seigle, le kolreuteria, qui n’ont produit aueune variété bien tranchée, parce qu’ils sont uniques dans leur espèce; cependant, dans ces espèces même, les individus produits diffèrent tous encore sensiblement les uns des autres; ces différences sont peu tranchées et peuvent se transmettre par la greffe, mais peu par les semis des individus modifiés ainsi; cependant, les semis des platanes-, arbre sans congénère dans nos climats, diffèrent encore entreux d’une manière très-sensible. Dans 150 individus produits d’un semis spontané, jen remarque au moins dix qui se distinguent du type d’une manière très-marquée. : |
Les semis ont fait naître les innombrables variétés de renoncules, de tulipes, de jacinthes, d’œillets des fleuristes ; avec les semis, on arrive à compter des milliers de variétés de dahlias, de rosiers; les azalées, les camélias et presque toutes les variétés de fleurs, en plantes, en arbustes, en arbrisseaux , qui portent des fruits féconds , se multiplient par centaines sous les mains du jardinier ou de l’amateur avide de nouveautés et de progrès. | | | :
Mais ce qui est vrai pour les plantes, pour les arbrisseaux qui occupent peu d'espace , qui font attendre peu de temps leurs produits, est aussi vrai pour les espèces plus grandes qui demandent plus de développement, dont la longue vie, souvent de plusieurs âges d'hommes, éloigne l’âge de la reproduction de celui de la jeunesse, pour les espèces qui peuplent nos forêts et pour celles qui nous produisent des fruits dans nos vergers et nos jardins.
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Et d’abord toutes les variétés de fruits que nous cultivons sont évidemment le produit des semis ; elles ont toutes eu un commencement, puisqu'on peut fixer le temps où elles n’existaient pas. Pline, comme nous l’avons dit, en a vu naître un grand nombre, et de son temips le nombre des variétés cultivées n’était pas le quinzième de celles d'aujourd'hui; nous-mêmes nous assistons, pour ainsi dire, à la naissance ou du moins à la propagation de nouvelles espèces très-nombreuses, et puisqu'elles ne tombent pas du ciel toutes en fleurs.et en fruits, elles sortent donc de la terre, et sont, par con- NE dues à des semis,