‹ De la dégénération et de l'extinction des variétés de végétaux propagés par les greffes, boutures, tubercules, etc., et de la création des variétés nouvelles par les croisemens et les semisChapitre 6 sur 18 · IX · texte numérisé non relu

IX

On ne peut plus admettre l’opinion que, par des greffes successives, on aurait perfectionné les variétés ; si cette amélioration avait eu lieu de cette manière, elle se continuerait encore; et cependant nous voyons une partie de nos meilleures variétés diminuer de qualité, quoique transmises par des greffes successives ; d° ailleurs, si la greffe était un moyen d’amélioration, ce moyen - semblerait indéfini, et les variétés iraient sans cesse en s’améliorant, ce qui n’est pas du tout la vérité ; et puis les fruits produits par des greffes placées les unes sur les autres, seralent beaucoup meilleurs, ce qui n'est pas plus vrai; bien plus, les espèces nouvelles seraient beaucoup moins bonnes sur le type primitif que sur les greffes successives qui les transmettent , ce qui n’est pas plus “exact; enfin, les individus propagés sans la greffe ne donneraient jamais de bons fruits, pendant que nous savons que les variétés franches de pied les donnent

my: re | aussi bons que les mêmes variétés greffées ; Fr Fin les expériences de Duhamel, de Rozier et d’autres naturalistes , tentées pour s'assurer de cette hypothèse , n’ont rien prouvé en sa faveur ; il faut donc bien admettre que les greffes successives ne tendent pas à améliorer les fruits; que nos bonnes variétés ne peuvent, en aucune façon, être dues à cette opération et que par conséquent elles nous sont nécessairement arrivées par des semis.

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Mais ces semis auxquels nous devons de bons fruits, jusqu'à ces derniers temps semblent n'avoir été dus qu'au hasard; du moins on n’a pas conservé de souvenir des hommes qui se sont voués à d’aussi utiles travaux, Le jardinier d'Henri VIEIL, dont nous avons parlé précédemment, aurait été un dé ces hommes spéciaux; Duhamel d’abord et Rozier ensuite avaient commencé des recherches qui n’ont pas eu de suite, parce que Île temps, à ce qu'il semble , leur aura manqué ; mais si les recherches par les semis ont eu peu de suite ou sont restées inconnues, La Quintinie cependant, intendant des jardins de Versailles, était parvenu à rassembler un grand nombre de Ans et surtout de poires. Il avait assuré, en supprimant les doubles emplois, la synonymie d’un grand nombre de variétés, et, néanmoins, il distinguait encore 170 espèces de poires, dont la moitié, au moins, paraît maintenant tout-à-fait pérdue. Il cite parmi les poires nouvelles, Le Saint-Germain, la Crassane;, le Colmar, la Marquise, le Saint-Augustin; de son temps le type de la Virgouleuse existait encore au village de Virgoulet; il est fâcheux que cet homme

dévoué, passionné pour son art et qui pouvait disposer de vastes terrains, n’ait pas eu la pensée de faire luimême des recherches spéciales par les semis: mais si le nombre de ses poires était déjà considérable, en revanche le nombre des autres fruits était beaucoup moins nombreux qu'il ne l’est dans le travail de Duhamel paru . soixante ans plus tard.

A l’époque à peu près où Duhamel écrivait, Hardenpont, conseiller ecclésiastique à Mons, a long-temps, dans le silence, cherché des poirés nouvelles dans ses semis; et c’est dans son jardin qu’un siècle plus tard, M. Van-Mons a recueilli les. excellentes variétés de Passe-Colmar et de Beurré de Hardenpont d'hiver et de printemps ; il donna l’impulsion dans ce pays où se multiplièrent des semis en grand nombre : une société de pomologues se forma qui donnait des médailles à ceux qui trouvaient de bons fruits; plusieurs villes de la Belgique imitèrent Mons; on n’obtint pas partout de bons résultats , mais partout se popularisa l’idée que les semis peuvent fournir de nouvelles et bonnes variétés de fruits, et il est résulté en Belgique l’usage général que, dans une pépinière de francs , on laisse, sans les greffer, pour attendre leurs fruits, les sujets dont le port, le feuillage.et le bois annoncent un bon fruit. Les choses en étaient à ce point lorsque, il y a plus de 50 ans, M. Van-Mons commmença ses études spéciales pour poursuivre en grand, par la voie de nombreux semis, la re- cherche et l’amélioration des variétés de fruits. |

Les semis naturels ou du hasard, ou des semis spéciaux restés inconnus parce qu'ils étaient peu étendus, avaient donc suffi jusqu'ici pour remplacer les espèces qui s’étergnent et même beaucoup augmenter le nombre de

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nos variétés cultivées : une partie d’entr’elles sont même, à ce qu’il semble, sorties des bois comme le Chantmontel, le Saint-Germain.et la Bergamote Sylvanche; la plupart des fruits auxquels on a attaché un nom de pays sont nés dans les lieux dont ils portent le nom; d’autres, comme du temps de Pline, portent le nom des individus qui les ont, les premiers, fait connaître. La culture des pêches en espalier, qui date à peine de deux siècles, a fait naître le grand nombre de variétés de pêches fines qui se cultivent maintenant dans les environs de Paris, et qui de là se sont répandues dans toutes les pépinières de l'Europe. Ces variétés n'existaient évidemment pas avant qu’on imaginât de favoriser la culture de l’espèce en les plaquant contre des murs : la plupart ne peuvent vivre en plein vent; elles sont donc nées depuis la culture en espalier, et elles sont nées évidemment de noyaux semés depuis assez peu de temps. Maïs si le hasard et quelques Observations sur les résultats qu'il produit ont suf pour nous procurer déjà un si grand nombre de variétés de bonne qualité, quels et plus grands résultats ne devonsnous pas espérer lorsque des recherches éclairées et des semis grands et étendus seront faits en un grand nombre de lieux ? |

Nous disions que M. Van-Mons a, le premier, établi en grand et d’une mamière suivie l’étude des semis des espèces fruitières; cet homme remarquable qui, dès ses premières années, s'était recommandé par des travaux importans dans l’histoire naturelle et en chimie, en continuant de professer dans les diverses écoles les sciences qui avaient été l’étude de sa première jeunesse, s’est depuis plus de cinquante ans spécialement occupé de semis et de recherches de variétés de fruits; ses travaux

ont été très-productifs ; il compte par centaines les bonnes variétés de fruits qu'il a trouvées ; déjà "un assez grand nombre figurent sur Les catalogues et danis les pépinières des jardiniers, et beaucoup produisent dans les jardins des amateurs des fruits d'excellente qualité. Ses succès ont provoqué les expériences de quelques amateurs dont il a recueilli les résultats avec les siens : on ne saurait maintenant assigner à chacun sa part, mais il a luimême produit un très-grand nombre de fruits de bonne qualité qui rivalisent dans nos jardins avec tout ce qu’on a de meilleur dans les anciennes variétés: pour donner une idée de ses résultats obtenus, des procédés qu'il suit et de l’ensemble systématique des opinions qu'il a admises comme le fruit de ses recherches, nous transcrirons une lettre qu'il nous écrivait en 1819. Il a depuis fait paraître un premier volume où il consigne les résultats de ses travaux et de son expérience, mais son système se trouve en quelque sorte résumé dans sa lettre; nous la donnons, par cette raison, avec empressement :

“ Mes recherches consistent à semer des pepins et des noyaux de fruits que je veux renouveler; je prends la graine sur les meilleures variétés des dernières procréations. J’ai reconnu que plus une plante qui se propage par d’autres voies que le semis, est propagée par le semis, plus elle s'éloigne de l’état de nature et plus elle se rapproche de l’art; nous avons par cette voie conduit le rosier à ne plus procréer que des fleurs pleines.

« Le rosier, le poirier, le pommier des boïs ou qui viennent spontanément dans un pays, ne PERVERE, par les semis, quelque répétés qu'ils soient et successivement répétés des procréations du même type primitif, donner une variation sensible; la première variation ne peut

être éprouvée que dans un sol où la plante est exotique; mais là elle l’éprouve à la première génération et elle continue de l’éprouver tant dans ce sol que dans celui même où elle est indigène. Le premier pas une fois fait dans le sens de l’art, une plante une fois détournée de” la route de la nature ne peut plus y revenir, et je préfère le pepin d’une petite poire acerbe nouvelle au pepin d'une variété excellente : ce que je dis de la poire est vrai de tous les autres fruits. |

« Je sème en novembre et je ne couvre qu’à l’approche de grands froids sans neige; en mai, lorsqu'il survient un témps pluvieux, je repique à distance et je retranche le pivot : à la deuxième année je peux déjà distinguer les pieds de bonne attente ; je les remarque par une ou

deux incisions cruciales sur la tige; sur les autres pieds je greffe ou j'écussonne; à la quatrième et au plus tard à la cinquième année, tous mes pieds exemptés de greffe se mettent en rapport; ce qui, à la première fructification se montre bon, reste toujours exquis; la greffe.ne change en rien les qualités natives; le fruit est-il exquis, je Le propage par la greffe ou l'écusson, et je laisse intact le pied-mère qui l’a produit. *

« Ce pied, quel que soit le temps, donne toujours une très-riche récolte; le fruit reste-t-1l médiocre après le deuxième rapport, je fais. écussonner sur ses branches tant latérales que centrales des variétés ou des fruits de bonne attente pris hors de chez moi. Nos variétés nouvelles, pour être conservées, doivent réunir toutes les qualités , joindre le volume à la finesse de la thair et à

. la saveur relevée de l’eau; elles n’ont aucun des vices des pieds de variétés anciennes, l'écorce toujours saine

os

et lisse, aucune vermine sur la feuille ou dans le fruit ;

jamais de carrière ni de gerçure dans celui-ci, quelle que soit l'humidité du terrain ou de la saison; jamais aucun chancre n’attaque les branches, et à la troisième année de greffe le pied se met toujours en rapport: nous greffons la poire sur franc, la pomine sur paradis, la pêche ou labricot sur leurs semblables ou sur prunier blanc.

& L'épine sur poirier, pourvu qu’elle soit garnie d’yeux, est plutôt un caractère de choix que de réprobation; le pommier ne doit pas en avoir: la feuille large et le bois gros préludent à un fruit d'été; vous trouverez tout cela dans un livre qui est sous presse, et que j'aurai l'honneur de vous faire parvenir aussitôt qu'il aura paru.

& J’ajouterai aux arbres une botte de greffes que je n’ai pas encore propagées, ayant été obtenues cette année, ou qui sont trop nouvellement propagées pour pouvoir vous envoyer leurs pieds greffés : ce seront toutes des variétés de tout premier rang.

« J’apprends avec joie que la Société veut se livrer aux mêmes recherches que moi sur le renouvellement et l'amélioration des fruits par le semis; je pratiqué mes expériences sur une échelle de 18 à 20 mille pieds de graines ; J'ai 700 poires nouvelles de première qualité, presqu’autant de pommes, etc. : cependant si je meurs, tout meurt, différent en cela d’une société qui vit toujours. » “

Depuis l’époque où M. Van-Mons nous transmettait ces détails, ses travaux se sont continués, ses résultats se sont agrandis; cependant les diverses opinions qu'il émet ici sont toujours restées les fondemens de sa doctrine, et l’ouvrage qu’il vient de faire paraître, comme les détails donnés en son nom par M. Poiteau dans le Journal d Horticulture, sont tout-à-faïit d'accord avec ce qui précède.

a Il apublié, en 1823, un catalogue qui renferme douze cents variétés de fruits améliorés; une partie de ces variétés malheureusement s’est perdue par le changement de place de ses plantations, en les transportant de Bruxelles à Louvain, et en les changeant de place à Louvain même. Malgré ces accidens, il a évidemment, à lui seul, trouvé trois fois. autant, au moins, de bonnes poires que les Pomologues belges qui l'ont précédé ou imité , et autant , au moins, que les anciens catalogues de pépinières et l’ouvrage de Duhamel en contiennent, Ses travaux continuent toujours, mais le temps court pour lui comme pour les autres homines ; il est arrivé à un âge avancé, et il est tout-à-fait à craindre que lorsqu'il viendra à manquer, sa collection qu’il a déjà eu beaucoup de peine à protéger lui-même, et qui a perdu, par suite d’accidens et de déplacémens , une partie de ses richesses, ne soit bientôt tout entière perdue , à l’exception de cinquante variétés , peut-être, qui se trouvent dans les pépinières marchandes. | Rat $ XI.

Après M. Van-Mons; nous devons citer Knight, président de la Société horticulturale de Londres, pour ses recherches éxtrêmement intéressantes de variétés nouvellés de toute espèce; Van-Mons a obtenu toutes ses créations par le semis; Knight a gagné la plupart des siennes par le croisement des variétés entr'elles et le semis des graines modifiées ; il a ainsi obtenu entr’autres un pêcher hybride de l’amandier, dont le péricarpe tient-à la fois de la pêche poùr la saveur et de l'enveloppe de l'amande pour quelques-uns de ses caractères, et le noyau a toutes les qualités et la saveur d’une bonne amande,

Ïl a recueilli un assez grand nombre dé variétés nou ‘velles de pommes et de poires, dont les qualités participent d’une manière PAPE de celles des variétls croisées entr’elles : il a reconnu que les produits obtenus étaient le plus souvent supérieurs aux variétés croisées elles-mêmes; l’agriculture a adopté les variétés de froment qu'il lui a procurées, et les jardiniers du continent, comine ceux de la Grande-Bretagne, cultivent son pois ridé comme le meilleur et le plus tendre de tous les pois de seconde saison: il est parvenu à hâter la précocité de plusieurs variétés de fruits qui ne môürissaient . poiut en Angleterre ; pour cela il sème les pepins ou noyaux de variétés précoces dont il a encore hâté la maturité dans la serre; il Les féconde avec les fleurs d’autres variétés , elles-mêmes bonnes et précoces, et il sème les semences des fruits qui en résultent, semences dont il obtient le plus souvent des variétés plus précoces que celles qu'il avait croisées : il a ainsi hâté un peu la maturité des raisins; mais la nature borne ses dons, établit des limites qui ne se dépassent pas, et nous doutons qu'il obtienne jamais une variété de raisins productive et de bonne qualité qui puisse tout.à-fait réussir dans le climat de la Grande-Bretagne.

Avant Knight, Kolrœuter avait beaucoup multiplié ses expériences sur le croisement et les a étendues à un grand nombre de familles végétales. Il résulterait de ses expériences, ainsi que de celles de William Herbert, que les plantes issues des croisemens produisent des individus qui diffèrent souvent de ceux aùxquels elles sont dues , par le port de la plante, la forme ‘la nuance des feuilles , la couleur, le nombre et l’arrangement des fleurs , la forme et la qualité des fruits ; ainsi, les rosiers-

Rte / noisettes et les rosiers-thés semblent constituer des espèces qui se perpétuent et diffèrent essentiellement des rosiers aux croisemens desquels ils sont dus; cependant ces variétés qui fleurissent ensemble ont fini elles-mémes par se confondre dans des variétés nouvelles qui appartiennent à la fois aux deux races.

Mais les expériences sur les croisemens établissent encore que les plantes hybrides à l'instar des mulets sont d'ordinaire plus vigoureuses que leurs ascendans; que si quelques-unes sont stériles comme les mulets encore, plusieurs autres aussi grainent et fructifient abondamment ; cette stérilité et cette fécondité se rencontrent à Ha fois dans les produits des semis de graines provenant d’un même croisement. °A

On a particulièrement remarqué que lorsque les individus produits ressemblent peu aux individus producteurs , leurs caractères distinctifs se retrouvent alors dans les ascendans des générations précédentes: ce phénomène a été nommé Afavisme par Duchesne qui l'a, le premier, plus particulièrement remarqué, et que nous. aurions dû citer parmi ceux qui, dans le siècle dernier, ont étudié les groisemens avec intelligence.et avec fruit.

- La nature fait quelquefois elle-même tous les frais de ces croisemens. Lorsque les plantes ne sont pas à une grande distance l’une de l’autre et que leur floraison est simultanée, la poussière des étamines va souvent féconder les variétés voisines et congénères: c’est ce phénomène qui donne le plus souvent naissance aux variétés distinctes qu’on obtient par les semis immédiats.

Depuis quelques années que l’horticulture, en France, a été pratiquée avec plus de soin, que chaque jardinier fleuriste a voulu obtenir quelque variété nouvelle et in-

téressante à mettre dans le commerce, les observations sur l’hybridité se sont beaucoup multipliées : on a aïdé la nature dans quelques-uns de ses croisemens, et ce sont ceux-là qui ont donné les résultats les plus satisfaisans. |

Les naturalistes, pour opérer les fécondations artificielles, coupent les étamines des fleurs qu'ils veulent féconder, quelques jours avant qu’elles ne lancent leur pollen, et mettent en contact avec ces fleurs celles de la variété qu'ils veulent croiser , en choisissant le moment où cette variété va projeter son pollen: cette manière d'opérer facilite beaucoup le succès de l'opération

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