‹ De la dégénération et de l'extinction des variétés de végétaux propagés par les greffes, boutures, tubercules, etc., et de la création des variétés nouvelles par les croisemens et les semisChapitre 8 sur 18 · XIII · texte numérisé non relu

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Quelques faits, de puissantes analogies et des observations attentives sur les espèces fruitières, nous avaient ‘aussi amené, mes frères et moi, à l’opinion de la création de variétés nouvelles de fruits par les semis. En 1801 , des pepins de beaux fruits, semés par l’un de mes frères dans un jardin ont donné, quelques années après, une variété de beurré analogue au Beurré blanc, et qui en diffère néanmoins pour l’époque de sa maturité, pour

3 90: = « sa forme et sa saveur plus relevée. Plus tard, un semis de pepins d’Api nous a donné une variété plus grosse, plus productive, moins saisonnière, un peu moins fine et moins relevée, mais qui se conserve très- bien, et dont le bois.est exempt entièrement des chancres de son

type. Ges deux variétés sont conservées par la greffe et

sont supérieures à un grand nombre d’autres qui se trouvent dans le commerce. Des variétés assez nombreuses de pêchers et d’abricotiers, produits de nos semis de noyaux, et dont plusieurs étaient de très-bonne qualité, ont de parce qu’elles n’ont pu supporter Le plein vent. 1816, lorsque la Société d'Agriculture de l'Ain se in à entreprendre la culture d’une petite ferme expérimentale, nous lui proposàmes, comme l’un des objets spéciaux de ses travaux, la recherche par les semis de variétés de fruits de toute espèce. Pour faire profiter le pays de toutes les découvertes déjà faites, la Société fit venir de la pépinière du Luxembourg les variétés de Van-Mons qui s'y trouvaient, et on demanda à M. Van- Mons lui-même, à Bruxelles, une collection de ses principaux résultats. Dans la même année, on commença à greffer en fente dans la nouvelle pépinière sur des coignassiers et paradis, les bourgeons ou tiges des semis que nous avions établis par nos essais personnels; depuis

‘cette époque, chaque année des semis nouveaux nous -

ont fourni des bourgeons et des yeux pour des greffes nouvelles sur les sujets placés dans les rangs de nos pépinières ; les produits de semis des pèchers, des abricotiers, ont été placés à l'abri de murs qui les protégent. Depuis plusieurs années nous avons vu fructifier de nouvelles et bonnes variétés : malheureusement nous avons été deux fois obligés de changer de position et une partie

de nos arbres a péri à la transplantation. | |

Dans les deux locaux où se sont faites nos expériences, la nature du sol et une mauvaise exposition contrarient beaucoup la fructification; de mauvais voisinages nous dévastent nos fruits avant ieur maturité; mais, malgré tous ces inconvéniens , nous avons rencontré plusieurs variétés de très-bonne qualité, qui ne sont pas supérieures aux meilleures de celles qui sont connues, mais

‘ : :qui peuvent être mises. immédiatement après. Nous avons plusieurs Beurrés qui méritent d’être conservés avec soin: une variété que nous avons désignée sous le nom de Fondante de Challes ; une autre douée d’un parfum particulier que nous avons nommée Rosée de Challes. Cette année, parmi vingt-cinq sujets qui nous ont donné leurs fruits au milieu de variétés, les unes mauvaises et d’autres passables, se trouve une poire d’une saveur analogue à la Crassane, moins âpre, d’une forme

- -Beurré, et qui s'annonce pour devoir être d’une excel- - lente qualité; cinq à six variétés de poires étaient comparables aux fruits médiocres des pépinières, mais nous les négligeons, et dans les années prochaines, des variétés nouvelles seront greffées sur les sujets qui les ont données, 18 Les pepins de pommes nous produisent des résultats le plus souvent moïns avantageux que ceux de poires. Cependant, cette année, nous avons recueilli une Galville blanche, d’une forme plus longue que celle des pépinières , mais de qualité tout-à-fait comparable : une petite Reinette s’annonce aussi pour être fine, de bonne qualité et productive.

- Les désavantages des deux positions où se sont trouvés nos semis, se sont surtout fait sentir aux. arbres à noyaux, aux pêchers, aux abricotiers. Malgré les abris

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que nous leur avons donnés, plusieurs individus des deux variétés qui nous annonçaient et nous avaient déja donné quelques bons fruits, ont péri avant d’en pouvoir tirer greffe; une variété de pêchers, remarquable surtout par la manière dont elle portait ses fruits, a péri, ainsi que les individus qu’on en avait greffés ailleurs, par les gelées d'hiver. Ge pêcher portait ses fruits sur des lambourdes comme les pruniers; ces lambourdes duraient un temps indéfini, en sorte que l’arbre n’offrait pas ce grand inconvénient particulier à son espèce de ne porter de fruits que sur de jeunes bois, inconvénient que combat, avec avantage, une taille judicieuse, mais qui fait périr, au ‘bout de peu d’années, les pêchers en plein vent; cette faculté de ce pêcher ne s’est pas transmise par les semis, mais seulement par la greffe: il est à croire que les semis, long-temps continués, auraient fait arriver cette variété à un caractère de fixité qui l’aurait rendue trèsprécieuse pour le plein vent: le fruit d’ailleurs était d’assez bonne qualité, de grosseur moyenne, maïs, dans certaines années, il avait un peu d’àäpreté.

Chaque année, à mesure que les fruits produits sont jugés, on rebotte à l'automne le sujet qui a porté les espèces mauvaises ou médiocres , et il repousse, dans l’année suivante, des bourgeons sur lesquels peuvent quelquefois se placer, dès le mois d’août, de di hs greffes à écusson.

Noyre pays, à ce qu'il surahiel serait très-favorable à la naissance de variétés intéressantes. M. Hudelet, docteur-médecin , l’un de nos collégues, d'un semis, dans son jardin, de quelques pepins de Beurré, a obtenu un très-beau fruit de bonne qualité qui ajoutera à nos richesses de fruits d'automne ; M. Dubost, que nous avons

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précédemment nommé, d’un petit nombre de semis qu’il a laissé porter fruit, a obtenu une Reinette franche, fé-. conde, vigoureuse, très-sucrée, mais un peu moins relevée que l'espèce ordinaire; il a aussi recueilli, de ses semis, une variété de Bigarreau häâtif qu'il propage par la greffe, et son jardin est, en quelque sorte, le conservatoire dés fruits nouveaux et de bonne qualité que procurent nos semis ,qui, dans leur lieu originaire, subissent un sol et une exposition tellement défavorables, que leur influence va souvent jusqu’à les faire périr.

Pendant que nous travaillions avec nos propres moyens, nous avons voulu nous aider des résultats produits ailleurs : deux fois M. Van-Mons nous a envoyé des greffes de ses variétés les plus nouvelles, qu'il a dû choïsir parmi celles de qualité supérieure; nous en attendons le fruit, et, cette année même, une vingtaine, au moins, de ce; individus portent des fleurs: il nous les a envoyées avec les numéros de son catalogue; mais 1l lui est si difhicile de maintenir de l’ordre parmi cette multitude d'individus procréés chaque année, que sans espérer que nous possédions tout ce qu’il a de mieux, nous y trouverons du moins, pour le sûr, quelques excellentes variétés. Son premier envoi, il est vrai, a donné des fruits médiocres, surtout en pommes; mais on n’a point, dans nos jardins, de meilleurs fruits que les espèces de poires qui lui sont dues.

Les pêchers, les-pruniers, les cerisiers que nous avons recus de Bruxelles ne nous ont non plus rien produit d’intéressant ; il leur faudrait encore par conséquent, pour les améliorer, suivant le système de M. Van-ons lui-même, le semis successif de plusieurs générations.

La Société de l’Ain fait en outre venir, chaque année,

les variétés nouvelles de toute origine; elle a mis à contribution pour cela les pépinières de MM. Baumann , en Alsace; Audibert, à Tarascon; Jacquemet et Bonnefond, à Annonay; Transon-Gombault, à Orléans ; elle s’est procuré plusieurs variétés de poires et de pommes d’Amérique, variétés nées dans ce climat nouveau pour elles, du semis de pepins des fruits d'Europe; il sémblerait que nos variétés n’y conservent pas leurs qualités indigènes : il est à croire que des semis successifs d’espèces améliorées finiront par y donner des résultats avantageux et assortis au climat, au sol et au goût des habitans, et que les bons résultats obtenus en Amérique; reportés en Europe et une fois acclimatés, nous donneront'des variétés nouvelles qui auront des propriétés et des qualités tout-à-fait différentes de celles de notre climat, et qui pourront leur être égales ou supérieures.

Les résultats qu'ont donnés les semis américains, compléteraient, s’il en était besoin, la preuve que les semis sont le moyen que la nature emploie pour varier ‘ses produits, et appuieraient le principe de M. Van-Mons qu'une variété de fruits, pour offrir de grandes et | promptes variations par les semis, demande un climat différent de celui qui Pa produite.

& XVIT.

De tous les fruits que l’homme emploie pour sa nourriture , son usage et ses plaisirs, le Raïsin est, sans comparaison, le plus important; consommé en’nature, il présente un des fruits les plus sains, les plus agréables, les plus varlés, et qui se conserve le mieux; converti en vin, il donne le produit le plus important après celui

des céréales : les deux millions d'hectares de vignes du sol français produisent en moyenne quarante millions Whectolitres qui, au prix moyen de quinze francs, donnent une valeur de six cents millions de francs ; et cette valeur énorme est encore faible, car Chaptal, en 1810, l'évaluait à sept cent dix-huit millions, et, depuis, elle n'a fait que s’accroître : remarquons en outre que ce produit de trois ou quatre cents francs, par hectare, est donné par des terrains dont moitié, au moins, par leur position et leur nature, seraient tout-à-fait improductifs et se couvriraient à peine de mauvais bois.

Ce produit fonde un immense commerce dans le pays lui-même et avec l'étranger; il forme la principale source de richesse d’un tiers ou d’un quart de la France; il donne à l’état une partie importante de ses revenus; il occupe cinq à six millions de bras d’une population. forte, robuste et frugale: sa consommation augmente la masse du travail en accroissant la force du travailleur; elle remplace dans la nourriture autant de grains au moins qu’en pourrait produire la même étendue de sol cultivé en céréales, et faite avec modération, elle répand, de toutes parts, la force, la santé et le plaisir.

L'amélioration de ce produit est donc de la plus haute importance et justifiera les développemens dans lesquels nous croyons devoir entrer : cette amélioration n’est cependant que le corollaire, que la conséquence rigoureuse de tout ce que nous venons de dire, et nous y arriverons par les mêmes moyens que nous avons indiqués pour tous les autres produits du sol, c’est-à-dire, par le choix fait avec discernement des variétés qui existent et de celles, surtout, que nos soins et notre industrie peuvent faire naître.

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Sans doute la qualité des vins dépend beaucoup du so], du climat et de l'exposition; cependant nous voyons toute nature de sol produire de bons vins: la terre calcaire semble préférable à quelques-uns, les vignobles de Bourgogne y sont en grande partie situés; mais une partie du Beaujolais , le vignoble de Hermitage et presque tous les bons vins de la côte du Rhône sont placés dans le sol primitif; ici, nous les trouvons dans les granites , dans les gneïss, les pétro-silex ; là, dans les grès; plus loin, dans les terrains sablonneux. Les meilleurs vins blancs se trouvent dans la marne, dans les calcaires à bélemnites; on rencontre de très-bons vignobles ; comme de médiocres dans les terrains volcaniques; les terres fortes et la terre argilo-siliceuse elle-même, lorsqu’elle est bien égouttée, produisent de bons vins dans beaucoup de pays: toutes les natures de sol semblent donc pouvoir donner des vins de bonne qualité.

Les expositions chaudes , le midi et le levant sont sans doute encore très-favorables; mais le coteau d’Ai qui donne le meilleur vin de Champagne est situé en plein nord. ÆApertos Bacchus amat colles , a dit le poète latins cependant les plaines dans le Bordelais donnent de fort bons vins; et en Champagne, une partie des bons vignobles d'Epernay, d'Hautvillers et d’Aï,se trouve en plaine.

La vigne est une plante méridionale qui demande un climat chaud , un soleil actif et des étés longs ; cependant : les vins de Champagne, les vins du Rhin ne le cèdent | qu’à un petit nombre de. vins méridionaux; et le succès de la vigne est assuré avec quelques circonstances favorables dans toute la zone terrestre placée entre quarante et cinquante degrés de latitude. |

Ainsi done, le sol, l'exposition et le climat, sont

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sans doute d'importantes circonstances dans la culture des vignobles; mais leur réunion n’est pas indispensable à la qualité des vins. | Une autre.circonstance semble influer encore puissamment sur ce point important, c’est la nature du plant que l'on cultive: et d’abord , c’est le plant qui donne l’abondance du produit et la précocité; e’est à ses qualités qu’on doit la couleur, la spirituosité et en grande partie la saveur des vins : les deux premières circonstances, la fécondité et la précocité ne peuvent donner lieu à aucun doute ; quant à la spirituosité, nous savons que les plants produisent des moûts plus on moins sucrés, et que c’est le sucre qui fait l'alcool auquel est due toute la spirituosité des vins; enfin, quant à la saveur, elle dépend essentiellement de-celle du raisin qui, souvent, se transmet au vin.

Nous distinguons, outre la saveur, le parfum ou le bouquet du vin; la saveur lui serait donnée par le rai- .sin lui-même; c’est le goût du muscat, par exemple. Les vins du Beaujolais ont une saveur qui se ressemble, que nous attribuons au raisin, puisque. le plant est le plus souvent le mêine sur presque tout ce grand coteau; la saveur des vins de Bordeaux qui ressemble à la violette, à l'iris et à la framboise, et qui appartient à une grande partie des vins de ces immenses vignobles, proviendrait aussi, nous le pensons, de la nature des plants. Dans les hauts crus, il s’y joint un parfum, un bouquet, qui seraient dus au sol et au climat : les vins de Bourgogne se distinguent plus par leur parfum que par leur saveur proprement dite.

Le parfum est aussi sensible au palais qu’à Fodorat, pendant que la saveur ne l'est: qu’au palais; il ne so

développe souvent qu'au bout de quelques années : la saveur qui provient du raisin se fait, au contraire, sentir presqu'aussitôt que la fermentation est achevée ; le parfum serait bien encore dû en grande partie à la nature du plant, puisqu’en changeant ces plants, il disparaît ou se modifie; mais il est plus particulièrement dû au sol et au climat, et, par conséquent, il n’est pas au pouvoir de l’homme de le donner; la saveur, au contraire, qui appartient au raisin, qui peut se transporter avec lui, est une des circonstances qu'il est donné à l’homme de pouvoir développer, d'agrandir ou d'améliorer; toutefois, nous devons dire encore que le sol et le climat peuvent plus ou moins exalter cette saveur: cependant les saveurs fortes, comme celles du muscat , résistent à toutes les modifications de sol , de | climat et d'exposition, L'expérience nous apprendra si la saveur particulière , que les semis de pepins de nos raisins ont fait développer dans les vignes américaines, se conservera dans nos chimats (1}. C’est un: point d’étude important offert aux œnologues.

On a beaucoup dit, et avec raison, qu'en transportant

(TI) Le raisin Isabelle conserve dans notre climat une saveur: Propre | qui tient de plusieurs autres; mais il est douteux que cette saveur transmise au vin lui donne de Pagrément. Effectivement M. Lakapal, qui a passé dans ce pays vingt ans de sa Vie à s’essayer de toutes manières à produire de bons vins, pense, d’après sa propre expérience . et les vains efforts qu’on y fait depuis deux siècles, que l'on ne parviendra pas à y produire des vins de bonne qualité: mais on pourrait penser que, de même que nos meilleurs plants tr ansplantés en Amérique

n'ont rien produit de bien, les plants américains transplantés dans notre climat favorable et acclimatés dans nos pays, pourraient donner des résultats intéressans.

| DL A TRE - les plants d’un vignoble , on ne transporte pas la qualité des vins: ainsi, un très-grand nombre de plantations, faites avec le petit pinceau auquel on attribue les vins fins de Bourgogne, n'ont donné souvent que des vins médiocres et asséz peu comparables à celui qu'il donne sur les coteaux de Bourgogne; cependant, le vin qu'il a produit a presque toujours été supérieur à celui du pays; et, au cap de Bonne-Espérance, où des négocians hollandaïs l'ont transporté, il donne le vin de Constance dans lequel les qualités premières du vin de Bourgogre. se sont exaltées et ont reçu de leur haute latitude un cachet méridional qui, au goût de bien des personnes, les a beaucoup améliorées : chaque climat apporte donc à un plant une certaine modification. En s’acclimatant dans un pays nouveau pour lui, il se change plus ou moins en bien ou en mal, mais en conservant cependant en grande partie ses qualités ou ses défauts originaires. |

Lorsqu'on voulut mettre à exécution l’idée de Rosier, pour assurer la synonymie des plants de vignes cultivés en: France, la culture qu’on fit d'un très-grand nombre de plants qu’on avait réunis de-tous les points de France au Luxembourg, offrit peu de résultats satisfaisans; les plants se modifièrent, ils devinrent assez peu reconnaissables pour les habitans des pays mêmes qui les avaient fournis; on s’attendait à pouvoir en réunir un grand nombre sous des noms communs, mais la plupart conservèrent des qualités distinctes, et il resta constant que le nombre des variétés cultivées en France était trèsconsidérable; il aurait fallu un plus long espace de temps pour permettre aux variétés qui s'étaient modifiées dans

. des climats différens, de revenir à leurs unes primitives ; mais

Tout établissement vient tard et dure peu.

La collection des vignes expérimentales et la belle pépinière qui y était jointe ont été supprimées pour faire place aux exigences de luxe de l’un des grands corps de l'Etat : cependant il reste encore des débris de la collection de vignes, et on nous promet quon reprendra les travaux d'étude sur les différentes variétés qui s” y trouvent. ;

Il résulte donc bien de tout ce qui précède, que l'abondance, la qualité, la saveur des vins, dépendent en grande partie des qualités du cépage qui Les fournit, et que toute méthode qui tendra à l'améliorer, influera essentiellement sur l’un des plus importans produits du sol français.

Nous avons dit précédemment qu'il en était des variétés de raisin comme des autres fruits; que, par leur longue propagation , parle bouturage, elles dégénéraient et finissaient par s’éteindre; ainsi les vignes Aminées qui, sous Gaton, montraient beaucoup de vigueur et donnaient le vin le meilleur et le plus abondant, sous Columelle avaient perdu toutes léurs qualités, étaient devenues faibles , peu productives et périssaient promptement ; ainsi encore les coteaux qui donnaient aux Romains ie Massique , le Falerne , le Sorrente, ne donnent plus en grande ‘pärtie que des vins médiocres: or, le sol, le climat, Fexposition, sont toujours les mêmes, le plant seul a donc changé; maïs il a changé parce qu'il a péri et qu'il est arrivé à la fin de l'existence individuelle. que la nature lui avait marquée, et il a été remplacé par

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d'autres de moindre qualité. Il n'est pas du tout à croire que le remplacement du plant ait pu avoir lieu par d’autres raisons que par l’affaiblissement de ses qualités. La réputation de ces vins était immense ;-elle étaït répandue partout où les lettres latines étaient cultivées: leur prix n’a donc pu cesser d’être très-élevé, et on n’a dû y renoncer en changeant le plant, que parce que le plant luimèine a manqué à ceux qui le cultivaient.

Plus près de nous, le vin de Surène était destiné à la table de l’ empereur Julien; lorsqu'il habitait la petite Lutèce , il le préférait, à ce qu’il semble, À ses vins de Grèce et d'Italie; plus tard, sous Henri IV, il était en- Core servi par choix à la table de nos rois; sur la fin de Louis X[V, Chaulieu le chantait dans ses vers et nous disait: % |

Et l’on m'’écrit qu’à Surène, Au cabaret on a vu

La Fare et le bon Silène Qui, pour en avoir trop bu,

Retrouvaient la porte à peine

D'un lieu qu'ils ont tant connu.

La Fare et ses aimables compagnons avaient done choisi Surène et son vin comme le lieu et l'attrait de leurs rendez-vous épicuriens. Le témoignage de pareils hommes ne peut être suspect ; ils étaient les connaïsseurs les plus habiles et les plus exercés d’une cour très-recherchée : le vin de Surène était donc alors très-bon,

.….… Lheuw quantüm mutatus ab zllo !

Mais aucune des circonstances qui influent sur les vins n’a pu changer; le plant seul a donc changé, puisque ce vin est maintenant cité comme le type des plus mauvais: or, le plant qui donnait de si bon vin, un vin

recherché et par conséquent très-cher n'a pu être abäñdonné que parce qu'il a dégénéré, qu'il a cessé d’être productif, et qu'il périssait dans le vignoble dont il avañt fait toute la qualité. Si on ne l’eût pas remplacé pat

ces motifs, il resterait encore dans le pays des vignes

donnant de bon vin: or, les qualités produites maintenant sont toutes inédiocrés ou-mauvaises. Nous devons donc conclure que ce plant, ou ces plants productifs de

bon vin ont cessé d'exister: la vigne ne fait donc point : | a VIS

d'exception à la loi générale, et sa propagation par

boutures., aui n’est évidemment que la continuation de . iq ql :

l'existence d’un même bourgeon, et son prolongement!, ‘h à à "ET: 2e) , ne peut donc pas la défendre du sort commun réservé à 1 : os AAC | toutes les existences matérieiles.

Mais il n’est pas plus douteux pour les raisins que

pour les autres fruits, que les semis peuvent en régé-

nérer les variétés, ou en créer beaucoup de nouvelles, parmi lesquelles un choix éclairé pourra recueillir d’excellens résultats. Toutes nos variétés actuelles, propagées par le bouturage et la greffe, ont été nécessaire-

ment, dans l’origine, des produits üe semis, et chaque 4

pays viticole en compte un grand nombre, toutes plus au moins distinctes entr'elles ; mais ces semis semblent avoir été généralement dus au hasard ; ici, moins encore que pour les autres fruits, on peut citer des recherches spéciales ; lors donc que ces semis seront faits d’une ma= nière suivie et dirigés convenablement, nul doute qu'ils ne nous produisent un grand nombre d’heureuses nouveautés. | Hit La durée des variétés de vigne serait plus longue, nous le pensons, que celles des variétés d’arbres à fruits: d’une part, 1l semble qu'on s’est moins occupé de leur

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amélioration et que, par conséquent, les variétés ont moins perdu de leur longévité en se perfectionnant ; d’autre part, le traitement qu'on fait subir à la vigne pour la cultiver, tend à prolonger sa durée; ce grand arbuste qui, dans les climats qui lui conviennent, lorsqu'on labandonne à ses propres forces, s’élève jusqu’au sommêt des grands arbres, dans la culture ordinaire, réduit à de petites ins. use peut-être moins ses forces ; ainsi presque tous les fruits cultivés que nous voyons s’affaiblir, diminuer de: produits et refuser en quelque sorte de s'élever à leur taille originaire, reprennent de la vigueur et donnent encore des produits abondans lorsqu'on les élève. en arbres nains et au’on: les contient par la taille ; c’est ce que l’on peut remarquer pour la Calville blanche, la pomme d’Api, le Beurré blanc, le Beurré gris et même la Reïinette franche; il est done à croire que l'état de vigne basse prolonge la durée des variétés de raisins et conserve plus long-temps leur fécondité.

Les variétés des vignes des bois et. des buissons sont presque toutes médiocres ou mauvaises; mais c’est. qu’elles résultent de la propagation par les oiseaux, des variétés sauvages et indigènes dont le semis réussit avec beaucoup plus de facilité que celui des pepins ‘des variétés cultivées; le cas est ici le même que pour les poiriers et pommiers sauvageons qui sont encore, par. rapport aux fruits cultivés, d’une qualité relative plus mauvaise que celle des raisins sauvages; toutefois, ici, comme pour les variétés de poiriers et de pommiers, on rencontre quelquefois des variétés aussi bonnes que celles cultivées. Nous possédons une variété de raisins blancs trouvée sur la lisière d’un bois dans les monta-

gnes de Savoie, qui, maintenant cultivée en hautins, y donne un vin abondant et d’assez bonne qualité ; nous pensons que cette variété est le produit d’un pepin de nos variétés cultivées, d’autant mieux que, dans les vignes sauvages, le raisin blanc est très-rare. Ve

Rosier cite une variété de raisins venue de semis qui donnait d’excellens fruits dans le jardin du chevalier Jansen, à Passy: le plant Rouvroi, trouvé chez M. de Rouvroi, près de Lille, est dû à un semis. J'ai vu chez M. Gréa, ancien député, plusieurs variétés très-intéressantes, comparables aux meilleures de celles que nous cultivons, et qui sont le produit immédiat d’un seul semis peu nombreux; déjà il les multiplie dans ses vignes et il se propose de faire chaque année de nouveaux semis.

Nous avons vu précédemment que Knight avait fait, sur les semis et les croisemens des variétés de raisin, des recherches qui lui ont donné des résultats avantageux; 1l.a particulièrement hâté la précocité des variétés hâtives, et plusieurs d’entr’elles ont enrichi lhorticulture anglaise.

Dans notre écrit de 1617, nous avions déjà signalé tout l'intérêt que pouvait offrir la recherche des variétés

de raisin; aussi, dès l’origine des expériences de la © Société, dans le clos de Prou, nous en avons fait des semis; mais notre position sur un plateau exposé aux influences et aux brouillards de prairies marécageuses , immédiatement voisines, a beaucoup contrarié jusqu'ici la fructification des produits de nos semis: cependant, nous avons obtenu une variété de chasselas de bonne qualité, que nous n'avons pas conservée parce qu'il ne nous à pas paru supérieur au chasselas cultivé ; nous

persisterons néanmoins dans ces expériences, parce que ce sont celles qui peuvent nous donner les plus importans résultats.

Les variétés singulières et tout à fait remarquables que nous renvoie l'Amérique, comme résultant des semis de nos variétés d'Europe, achèveraient de prouver que les semis de pepins de raisin nous offrent un puissant inoyen de varier les qualités de plants que nous possé- ‘dons, par le choix entre un très-grand nombre de sujets nouveaux, et d'améliorer par conséquent, par ceux choisis comme les meilleurs, la culture de la vigne et de ses produits,

On a vu, depuis à peine deux siècles, créer la réputation comme la qualité des vins de l'Hermitage : nous. pensons que ce résultat serait dû autant à de nouveaux plants qu’à l'exposition et au sol favorables de ce nouveau vignoble. LS |

Les vins de Bordeaux ont à peine un siècle de grande réputation; ils ont été mis en vogue par le maréchal de Richelieu : depuis ce temps, leur consommation et l’estime qu'on eñ fait n’ont pas cessé de s’accroiître. Si les qualités qui les font rechercher eussent existé depuis très-long-temps, il n’est pas douteux qu'elles n’eussent &té dès long-temps connues et appréciées. Les habitans de ce pays sont de tous les Français cèux qui savent le mieux se faire valoir eux-mêmes, ou faire connaître les ‘avantages de ce que leur pays renferme de bon; depuis des siècles 1ls affluent à Paris et dans les grands centres de commerce et de consommation : il nous semble donc tout-à-fait certain qu'ils eussent dès long-temps abreuvé l’Europe de leurs excellens vins, si ces vins eussent possédé anciennement toutes les qualités qui les distinguent

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aujourd'hui; mais, là comme ailleurs, lé climat, le sol ni l’exposition, n’ont pu varier: le plant seul aurait donc changé; ce serait donc à la propagation de plants nouveaux, de plants assortis au pays, et qui n’ont pu être produits que par des semis, que serait due cette immense amélioration. 1

Près de nous, un plant nouveau a fait depuis peu de très-grands progrès. La partie du vignoble de la rive gauche de la Saône, qui appartient au département: de l'Ain, a vu s’introduire, dans le siècle dernier, un plant nouveau sous le nom de Bourguignon noir : c’est du vignoble de Thoiïissey que le reste du littoral a tiré les boutures qui ont servi à le propager : ce plant est productif, donne sur tout bois, et son vin est coloré et d’assez bonne qualité: les vignobles de la rive droite se le sont bientôt approprié; Thoissey est encore le lieu d’où l’on préfère le tirer; en sorte qu’une grande partie des vignobles du Mäconnais et du Beaujolais se reuouvellent presque exclusivement avec cette variété qu'ils tirent, chaque année, en grande abondance de Thoïssey. Avec ce nouveau plant, la qualité des vins s’est modifiée: ici, elle semble avoir perdu quelque chose, là s’être améliorée; en sorte que la réputation et le prix des vins ne se sont pas encore mis d'accord avec leurs qualités respectives. rt

Nous pensons que le plant qui a donné ces résultats est un plant nouveau. Malgré son nom de Bourguignon noir,on ne le trouve pas dans le vignoble de Bourgogne : il ressemble, sous quelques rapports, au Gamet noir; comme lui, il est très fécond et produit sur tout bois, mais le Gamet ne donne que des vins médiocres, et qui ressemblent peu à celui du Bourguignon noir : le Bour-

suis non noir en serait une variété de semis ; Mais variété beaucoup supérieure à son type.

- Ge plant, qui convient très-bien sur les deux rives de la Saône, transporté dans le vignoble du Revermont, n’y a pas uniformément réussi : il-y a trouvé un climat plus rude, qui a nui à son produit; cependant, il y donne des vins beaucoup meilleurs, mais moins abondans que les plants indigènes : et il est bien à remarquer que dans tous les sols, les climats et les expositions où l’on met ce plant, son vin a un fonds de saveur ou de parfum identiques ; ici, il est plus exalté; là, moins sensible; mais on le retrouve partout, tant il est vrai que la nature du plant influe au moins autant sur la saveur et la qualité des vins que le sol et l’exposition.

La recherche de plants nouveaux par les semis agrandit beaucoup les chances d'amélioration dans la culture de la vigne. Le choix parmi les plants anciens serait sans doute déjà très-utile ; mais parmi les plants anciens, Ja plus grande partie a dé parcouru une portion plus ou moins avancée de la carrière qui leur est destinée ; quelques-uns même s'affaiblissent déjà : ainsi, peut-être, le Pineau, qui a fait la gloire et la réputation des vins de Bourgogne, se serait affaibli d’une manière sensibles aussi, de nouveaux plants én prennent-ils la place en beaucoup de lieux, et changent le vin délicat et léger, d’une conservation et d’un transport difficile que donne le Pineau, contre un vin plus moëlleux, plus coloré, d’une durée plus longue et d’un transport plus facile.

Mais c’est surtout aux semis que nous devons avoir recours pour avoir des plants nouveaux et de bonne qualité: les choix pourront porter sur un beaucoup plus grand nombre d'individus ; et ces individus nouveaux

seront jeunes, auront par conséquent une longue existence à parcourir. | Nous croyons devoir réunir ici quelques observations qui pourront être utiles à ceux qui voudront donner quelques instans à ces intéressantes recherches.

Des croisemens spontanés ou artificiels, dont on suivra le développement, feront naître un grand nombre de variétés, toutes plus ou moins différentes, qui se distingueront les unes des autres par leur saveur, leur fécondité , et les vins qui en résulteront, offriront des qualités diverses qu’on pourra assortir au goût et aux besoins des consommateurs. Sans doute, on ne nivellera pas la qualité des vins: Le sol, le climat et l'exposition favorables, auront toujours un bien grand avantage; mais partout cependant on pourra améliorer, parce que, partout, en choisissant dans les semis réitérés des meilleures variétés du pays, on pourra trouver un plant nouveau doué des qualités qui manquent à l’ancien.

EI serait même beaucoup à désirer que ces expériences se multipliassent et se fissent dans beaucoup de vignobles. Chaque pays, chaque climat, demandent dans le plant quelques qualités spéciales qui ne se conservent pas dans leur intégrité, dans les pays dont la variété n'est pas originaire. Les variétés indigènes se trouveront toutes acclimatées, et peut-être plus convenables au pays, parce qu’elles y auront pris naissance; cependant, il sera très-utile de profiter encore des recherches des autres cantons : on essaiera les plants particulièrement bons qui y auront été trouvés, et on en jugera les résultats après leur acclimatation: mais aussi bien que quelques plants étrangers pourront perdre de leurs qualités, d’autres pourront ÿ en gagner; ainsi un plant nouveau ne

pourra être jugé qu'au bout de quelques années, où Île climat aura, en quelque sorte, exercé sur lui ses diverses os

Pour suivre ce travail avec ensemble, les soins doivent être multipliés, demandent beaucoup de temps, un esprit d'observation ét une volonté suivie, assez rares dans le monde: mais avec un peu de bonne volonté, chacun peut remplir une partie de la tâche, et concourir au but général : quelques pepins des meilleures variétés, recueillis et semés immédiatement dans un coin du jardin, au moment de la vendange, peuvent fournir sans beaucoup de peine des sujets intéressans d’observations.

Un espace de cinq à six ans suffit au pepin pour donner son premier fruit; mais il faut employer une taille appropriée et qui laisse grandir le cep tous les ans d’un pied au moins, en sorte que sa tige se compose de portions des bois de chaque année; on diminuera l'embarras que peut donner son aHongement et on rapprochera le mounent de la fructification , en courbant le cep à plusieurs reprises , ou en le contournant autour d’un tuteur; on gagnerait probablement encore du temps en greffant les plants de semis sur des ceps anciens; les greffes portent souvent du fruit la première année, et cela est très-rare pour les Crossettes et même pour les Ghevelus.-

Les premiers produits peuvent faire présumer facilement si le nouvel individu sera productif; la saveur plus ou moins sucrée du raisin fera juger la spirituosité du vin qui en proviendra; s'il a une saveur propre, agréable, on peut espérer qu'elle se transmettra au vin; s'il mûrit de bonne heure, il sera précieux pour les climats peu inméridionaux et les expositions froides; les plants qui

offriront plus ou moins ces divers avantages devront être multipliés et transportés dans le vignoble. Pour gagner un où deux ans on les greffera sur les CE PR anciens plutôt que de les planter en crossettes. H

Avec les premiers produits obtenus on pourra faire des essais de vinification en petit qui pourront faire préjuger d’une manière presque certaine les résultats ultérieurs; il est bien à remarquer que la fermentation s’accomplit tout entière en petite masse comme en grande; elle est seulement moins prompte parce qu’elle laisse évaporer plus de chaleur; mais on peut y suppléer en choisissant le lieu où on la fait: les qualités que feront espérer les premiers essais s’amélioreront plutôt que de diminuer; on sait que le vin des vieilles vignes comme le fruit des vieux arbres est de meilleure qualité que celui des; jeunes. Si ces premiers essais sont favorables on procédera dans le vignoble à la multiplication un peu en grand du plant en expérience, et ses produits achèveront de donner tous les moyens de le juger. | R

Dans les vignobles ordinaires qui produisent des vins qui ont peu de réputation, le remplacement du plant par un plant de choix et déjà éprouvé ne peut probablement que faire gagner; dans les grands vignobles dont le vin est cher et recherché, vignobles qui ne forment pas un centième ROUE de l'étendue cultivéé en vigne, le

changement de plants qui modifierait nécessairement la

qualité des vins doit se faire avec beaucoup de mesure et de circonspection : les chances d'amélioration sont beau- coup moindres pour les bons produits que pour les produits médiocres; toutefois, on peut regarder comme. certain que des soiñs nombreux et suivis amèneraient encore à trouver des plants plus avantageux que ceux

que l’on possède et qui ne semblent dus qu’au. hasard ou au choix parmi des plants produits fortuitement; d’ailleurs ces plants fins vieillissent plutôt encore peutêtre que les plants communs: il faut donc pourvoir à leur remplacement; la recherche des plants nouveaux et l'étude de leurs produits sont donc aussi importans dans les vignobles précieux que dans les vignobles ordinaires; mais cette étude y demande plus de soins, et tout renouvellement de plant doit s’y faire avec plus de circonspection.

Îl est À croire aussi qu’en choisissant dans des semis nombreux on arriverait à découvrir des plants moins sujets à couler, qui craindraient moins la gelée et qui, par cette double raison, permettraient la culture de la vigne dans des natures de sol et de climat où elle ne réussit pas par suite des brouillards et de l’humidité.

. De même qué nous avons proposé de choisir pour les fruits nos pepins et nos noyaux sur les meilleures espèces et sur celles particulièrement dont nous voulons renouvelér ou multiplier les variétés; de même aussi prendrons-nous nos pepins de raisins dans les variétés de meilleure qualité, dans celles que nous voudrons renoûveler et varier; on prendra préférablement les pepins des variétés cultivées en plein vignoble, parce que les germes auront pu êtré croisés au milieu de tous leurs congénères plus facilement que dans les ceps cultivés isolément ; si on donne à ces essais quelque étendue, il pourra être utile de faire des semis séparés des espéces distinctes; on sémerait aussi à part les variétés qui donnent leur raisin sur tous-bois: ces variétés plus fécondes “qui produisent encore une récolte après les gelées de printemps, même après celles d'hiver, demandent un

EN de soin spécial; le vin qu’elles donnent n’est pas toujours de bonne qualité; il serait important de chercher à les améliorer sous ce point de vue ; on remplirait par ce moyen le double but de l’agriculture, Fabondance et la

bonté du produit; c’est parmi ces variétés quon trouve

celles auxquelles on attribue deux ou trois récoltes par année; elles sont généralement d’une moindre durée et on est obligé de renouveler plus souvent les vignes qui en sont peuplées. .

On sèmerait aussi, mais à part, les variétés de saveur

marquée, les Muscats, par exemple, dont on chercherait à modifier plutôt qu’à exalter la saveur; déjà l’on est arrivé à avoir dans le Jura une variété précoce de muscats ; si on l’obtenait productive et très-sucrée ef l'ajoutant en plus ou moins grande quantité à d’autres raisins, on aurait probablement un vin très-agréable.

Il serait encore à propos de se procurer les plants

qui, dans le midi, donnent des eaux-de-vie sucrées, l’eaude-vie d’Andaye, par exemple; ces raisins contiennent

une saveur sucrée volatile très- précieuse à donner au vin et aux eaux-de-vie; c'est À cette saveur qu'on doit les véritables vins de ae on les contrefait avec le sucre ou le moût bouill; mais ces additions rendent le vin épais et sirupeux et leur effet ne se conserve pas longtemps, pendant que la saveur sucrée dont nous parlons est plus fine, plus agréable que celle du sucre et constitue un vin léger et Gélical qui conserve indéfiniment cette qualité,

Gomme la couleur est un avantage maintenant trèsrecherché on sèmerait le Teinturier, dont on pourrait sans doute obtenir par les croisemens naturels ou artificiels queïque variété qui, en conservant sa puissance

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colorante, serait plus productive et donnerait un vin de meilleure qualité. |

L'étude des variétés produites par l'Amérique offrirait un grand intérêt et pourrait peut-être donner des résultats de la plus haute importance; ces variétés, à ce qu'il semble , ont rapporté de leur climat natif un parfum particulier et spécial qui pourrait nous donner des vins de qualité toute nouvelle; on continuerait de demander aux Américains leurs variétés nouvelles et de bonne qualité à mesure qu’ils les produiraient ; leur essai auquel on ajouterait le semis des pepins de ces variétés exotiques dont les plants auraient crû et fructifié au milieu des plants indigènes nous offriraient une multitude .de combinaisons diverses qui, étudiées avec quelque soin, nous conduiraient peut-être aux plus heureux résultats:

Nous devons faire remarquer ici que la saveur du raisin ne se transmet pas toujours au vin; pour qu’elle se transmeite au vin, il faut qu’elle puisse résister à la fermentation , et que ses principes ne se décomposent pas par le travail que doit subir Le moût pour se changer en vin: ainsi la saveur de la plupart de nos fruits, des framboises, des fraises, des abricots, la saveur de. quelques parfums, de la menthe, de la vanille, se détruisent par la fermentation, pendant que la saveur du Muscat et de quelques autres raisins, celle de la cannelle, du girofle, de l’anis, du café, se conservent dans cette opération. {1 semblerait que la plupart des saveurs volatiles peuvent se conserver pendant la fermentation, pendant que celles non volatiles se détruisent ; celle du Muscat ferait exception. Nous avons fait sur ce sujet, comme sur plusieurs autres parties d’œnologie , des essais nombreux que nous pourrons faire connaitre quelque

Tr | jour : il y a particulièrement sur les saveurs À donner au vin, sur celles qui lui conviennent ou ne lui conviennent pas, un travail trés-intéressant à faire qui pourrait être d'une grande utilité pratique.

Mais si, comme nous ne pouvons en douter, ae semis UNE et une étude bien faite de leurs produits peuvent beaucoup accroître Ja quantité, et varier et améliorèr la qualité de nos vins, les mêmes avantages pour-

FONt aussi 5€ recueillir Peur nos eaux-de- -vie et nos

produits de distillation. Il est À croire qu’en multipliant

les variétés cultivées, nous en trouverions dont le’ par-

fum serait volatil comme l’alcohol, comme la saveur ‘de l'eau-de-vie d’Andaye, comme celle du rhum et de l’eaude-vie de Cognac; ces parfums nous donneraient des eaux-de-vie de qualités nouvelles et spéciales, et art un bouquet comme nos vins. |

Nous pourrions nous étendre beaucoup encore sur ce sujet; mais ce que nous avons dit, suit, à ce qu'il semble, pour prouver que les semis sont pour les vignes un immense moyen d'amélioration, que nos vins peuvent leur devoir un grand accroissement de quantité comme de qualité : la carrière est nouvelle, personne ne semble y être encore entré; elle attend un nouveau Van-Mons, un homme jeune, actif et dévoué, qui veuille

et puisse y consacrer des travaux suivis et consciencieux;

mais si on ne peut rencontrer un homme spécial qui se

dévoue à parcourir cette carrière , tout au moins, comme

nous l’avons dit plus haut, chacun de nous peut y faire

quelques pas; la Société de l'Ain qui a entrepris depuis vingt ans des travaux sur les variétés de fruits, les conünucra et les multipliera spécialement sur les raisins;

les sociétés ne meurent pas, nous a dit Van-Mons, mais

Fe A: CH « cependant la direction de leurs travaux change avec le temps et les hommes qui les composent (r).

Le but principal que nous nous étions proposé dans les développemens qui précèdent, était d'établir que, pour les raisins aussi bien que pour les autres fruits, les semis seraient un grand moyen d'amélioration; si nous sommes parvenus à faire passer notre conviction dans L'esprit de ceux qui nous liront, nos désirs seront remplis ; nous aurons semé un germe qui, peut-être, fructifera plus tard.

Après le développement où nous a entraîné le sujet important des vignobles et des vins, nous rentrons dans

nos questions générales.

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