‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 13 sur 79 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

La nommée Ilug. . . , âgée de 46 ans, est entrée dans mon service le 14 juillet 1874.

Les certificats portent : délire mélancolique, idées de persécutions, hallucinations, tentatives de suicide et de meurtre.

La malade a toujours été très nerveuse. Il y a six ans, elle a ressenti des phénomènes hystériques. Elle a eu beaucoup de chagrins, surtout après la mort de son mari, qui était malade depuis trois ans d'une maladie du cerveau. La guerre de 1870 l'a vivement impressionnée, et depuis ce temps elle est restée peureuse, effrayée ; se croyait poursuivie dans les rues ; entendait sans côsse des voix qui l'injuriaient derrière les murs. Depuis six mois, ses hallucinations ont augmenté: elle sentait des mécaniques dans son corps ; ces mécaniques correspondaient avec le plafond et disaient sa pensée. Elle sentait des odeurs de chlore qui la suffoquaient.

Dans ces derniers temps, elle se sauvait de sa chambre, afin de trouver les individus qui lui parlaient et qui étaient, croyait-elle, au nombre de deux à trois mille.

Depuis six mois, elle a fait plusieurs tentatives de suicide, et une nuit elle a cherché à étrangler sa fille. Dans les derniers huit jours, elle a eu du tremblement de tout le corps répété plusieurs fois par jour, mais sans perte de connaissance. La mémoire des faits récents a beaucoup diminué, elle ne terminait aucune chose ; il y a un mois, elle a présenté une fois quelques idées de richesse. Elle a dit à sa fille qu'elle avait des domestiques, un cocher, qu'elle allait être servie, qu'elle avait un héritage dont on l'avait frustrée. (Le dernier fait est vrai, il s'est passé il y a cinq ans ; à cette époque, elle ne paraissait pas s'en être préoccupée.)

A son arrivée ici, elle se présente avec une physionomie hébétée, presque de la stupeur, et les paupières demi-baissées. Il semble que la pupille droite soit plus large que la gauche, mais on ne peut l'affirmer.

• A. Voisin ot lîurlureaux, lot: cit., pag. 28.

Odorat diminué, acuité visuelle égale des deux côtés ; mais elle dit avoir depuis un certain temps la vue brouillée, sans pouvoir expliquer si les deux yeux sont également brouillés. Ouïe normale, mais a des bourdonnements d'oreilles. Pas de trem])lement de la langue ni des lèvres. Parole assez facile en ce moment, mais elle a eu de la difficulté de trouver les mots, il y a trois mois.

Lourdeur de léte; elle dit être assaillie par des idées qui la troublent ; il lui arrive, dit-elle, de parler sans penser et inconsidérément. Elle entend le jour et la nuit des voix qui lui parlent de choses affreuses ; elle a pensé qu'on voulait lui couper le bras, la langue: « Croyez -vous que, dans mes rêves, je m'étais condamnée, moi et ma fille, à nous couper la langue et le bras ! »

Elle a des hallucinations de l'odorat ; il lui semble qu'elle sent du chloroforme. A son refus de manger, elle donne pour raison : ■ « Ah! je ne puis pas dire cela ; c'est trop bêle, trop effrayant ».

Elle parait être continuellement sous l'influence de grandes terreurs.

A la demande : Pourquoi elle a voulu tuer sa fille, elle répond : «■Des idées, des idées dans la tête ; la police, les personnes tournent autour de moi, cela m'a épouvantée n.

La malade étant amenée près de la fenêtre, on constate que la pupille droite es[ un peu plus large, mais à un demi-jour les pupilles sont égales.

Très légers tremblements des mains levées en l'air. Fièvre musculaire des deux mains normale. Marche facile. Sensibilité à la douleur normale aux quatre membres et au tronc.

Souffle doux systolique au premier bruit du cœur et au cou. T. axill. ; 37°, 5; P. 84", développé.

Douleurs le long du tronc, palpitations, suffoca lions. Vésicatoire à l'occiput.

20 juillet 1874. Commencement du traitement par les bains froids à 20» ; séjour dans l'eau : dix minutes. Après ce temps, mise dans une couverture de laine où le réchauffement et la réaction se font bien. La malade en est retirée au bout d'une demiheure.

28 août. Agitation extrême ; essaie toutes les journées à s'enfuir.

Pupilles illégales, droite plus dilatée. Tremblements fibriUaires fias sur les bords de la langue, sans ataxie.

11 septembre. Le traitement a été continué. Les bains sont donnés à la température de 12 à 13°.

Pupille droite toujours plus large que la gauche. Elle fait des réponses suivies sur ce qu'elle ressent. Mémoire assez bonne. Accuse toujours des douleurs frontales et des idées tristes. Elle entend encore des voix et elle dit toujours qu'on veut lui couper bras et jambes ; a des idées de mort.

Odorat conservé. Pas d'ataxie. Parole facile. Dort peu. Ohlo-

ral 1 gram.

25 septembre. Pupilles égales. A toujours des douleurs de tête etdcs hallucinations réitérées.

Elle commence à ramasser des cailloux.

3 octobre. Pupilles inégales, la droite plus large. Bains froids

P. 70°, petit, irrégulier.

Avant le bain : T. axill. 37°, 1.

Pendant le bain, le pouls monte à 82; devient plein, régulier et presque bondissant.

Respiration lente : 14 inspir.

Aussitôt après le bain : T. axill. 34°,2. La réaction se fait bien.

9 octobre. Pupilles égales.

Elle me remet une lettre qu'elle avait écrite, il y a trois mms, a son frère. Une autre lettre écrite en janvier exprime un état de tristesse. Les caractères sont bien tracés dans les deux.

15 février 1875. L'état ne s'est pas amélioré ni aggravé. L'état dominant est toujours la mélancolie.

J'ai pris, depuis janvier 1872, la température de cette malade, deux fois par jour. Il ressort de mes observations qu'il survient de temps eu temps de la fièvre qui vient corroborer mon diagnostic de paralysie générale.

La malade a quitté mon service en 1879, dans un état de grande amélioration et ne conservant qu'un peu de débilité mentale.

(Voir au verso la tempcvalurc de la nommée llug., du [3 janvier au 20 février 1875.)

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