‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 14 sur 79 · ZU · texte numérisé non relu

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Les observations qui précèdent ont toutes été emprun. tées fi l'intéressant travail de MM. Yoisin et Burlureaux intitulé : De la Mélancolie dans ses rapports avec la paralysie générale, et couronné par l'Académie de Médecine.

La comparaison de ces observations avec celles que nous avons recueillies nous-même, nous a montré qu'elles leur sont semblables et que chacune d'elles vient confirmer l'existence du type clinique que nous cherchons à dégager : ici comme là, même expression symptomatologique, même mélange de délire et de démence ; ici comme là, mêmes lésions anatomiques constituées par une périencéphalite chronique localisée.

MM. Yoisin et Burlureaux n'ont pas compris les faits

qiù précèdent de la môme manière que nous. Ces médecins les ont regardés comme appartenant à la paralysie générale, dont ils, constitueraient la première période; ils ont pensé que dans ces cas, si la mort n'était pas venue interrompre le cours de la maladie, une paralysie générale se serait développée. Cette interprétation mérite discussion, d'autant que cette discussion nous permettra d'établir d'une manière précise la place de la démence mélancolique dans le cadre nosologique.

Il serait difficile de nier qu'une étroite parenté unit ces faits à la paralysie générale. Cette parenté s'affirme, au point de vue anatomique, par l'existence, dans les deux cas, d'un travail organique de même nature, travail constitué par une périencéphalite chronique, et, au point de vue syniptomatologique, par l'existence de troubles intellectuels et de certains troubles paralytiques localisés (chute des paupières, déviation de la commissure labiale, inégalité pupillaire, etc.), absolument semblables à ceux qu'on peut rencontrer dans la paralysie générale à forme mélancolique, à une certaine période de celle-ci. En un mot, cette parenté s'affirme par des liens tels que ces faits doivent être considérés évidemment comme appartenant à la même famille que la paralysie générale. Mais de là à les confondre absolument avec cette dernière, il y a loin : il y a entre eux la différence qui sépare une inflammation localisée d'une inflammation diffuse ; et quant à l'analogie des symptômes, soit intellectuels, soit somatiques, elle s'explique parfaitement, comme nous le verrons, par l'analogie du travail organique et par le siège et la localisation de ce dernier.

Certes, la péritonite qui se localise au pourtour d'un organe contenu dans la cavité abdominale est une péri-

tonite au mémo titre que celle qui se dissémine sur l'ensemble de la séreuse ; et cependant quel est le Clinicien qui confondra ces deux ordres d'inllammation ! En seraitil différemment entre les faits que nous envisageons et la paralysie générale? Évidemment non ; peu importe lo; siège de l'inflammation : partout où elle existe, elle est soumise aux mêmes lois.

Est-ce, je le demande, l'élément durée, comme semblent le penser MM. Yoisin et Burlureaux, pour les observations que nous leur avons empruntées, qui a manqué à ces mêmes observations ou à' celles qui nous sont personnelles, pour que l'inflammation se diffusât, comme dans la paralysie générale ? Cette interprétation me paraît difficile à admettre, puisque c'est par années qu'il faut compter dans la plupart de ces cas la durée de la maladie (Obs. i, ii, m, iv, vi, vu, viii, ix), et que la clinique (Obs. i, ii, viii) et l'autopsie (Obs. m, vm) affirment l'existence de la lésion dès les premières périodes, dès le début même la maladie. Non, ce n'est pas l'élément durée qui a manqué à ces faits pour que le travail organique se diffusât ; ce qui leur a manqué, c'est ce qui manque à toute inflammation qui reste localisée : les causes qui leur ont donné naissance, le terrain sur lequel ils se sont développés, ne se prêtent pas à cette diffusibilité. Cette interprétation, l'Étiologie l'affirme, et nous la retrouverons avec détails au chapitre de la Physiologie pathologique.

Si les observations dues à MM. Voisin et Burlureaux, comme celles qui nous sont personnelles, appartiennent à la même famille que la paralysie générale, elles ont donc une individualité propre, elles sont à cette dernière

ce qu'une inflammation locale est à une inflammation (lifluse; elles constituent évidemment un type clinique.

La constitution de ce type me paraît avoir une réelle importance, soit au point de vue scientifique, soit au point de vue pratique.

Au point de vue pratique : si MM. Voisin et Burlureaux ont confondu cette périencéphalite localisée avec la paralysie générale, les résultats nécroscopiques, ainsi qu'il ressort des explications données par ces auteurs, jouent dans cette manière de voir un plus grand rôle que la physionomie clinique que présentait la maladie. Le plus souvent, si j'en crois ce que j'ai vu, les faits dé ce genre sont confondus avec les vésanies simples, ce qui se comprend d'ailleurs par l'allure qu'ils présentent à leur début, alors que le délire semble constituer toute la maladie. Puis, plus tard, lorsque la démence se confirme, ces faits sont rangés dans le groupe si vague des folies chroniques, à moins, comme nous le verrons tout à l'heure, qu'à F affaiblissement intellectuel s'ajoutent des troubles paralytiques se généralisant, auquel cas ils sont regardés comme se transformant en paralysie générale.

Cette confusion entre des faits s'accompagnant de lésions macroscopiques du cerveau et la fohs simple n'est-elle pas regrettable au point de vue thérapeutique ? On ne traitera certainement pas ces deux ordres de faits de la même manière, et il me semble inutile d'insister davantage pour démontrer dans ces cas l'importance, en ce qui concerne le traitement, d'un diagnostic précis porté aussitôt que possible.

Au point de vue scientifique, la connaissance de cette périencéphalite localisée soulève d'importants problè-

mes d'Étiologie, de Physiologie pathologique et de Pathogénie ; elle permet d'étudier les rapports des lésions avec les symptômes, des causes avec les lésions, et son étude rapprochée de celle de la paralysie générale peut, à certains égards, éclairer cette dernière. Enfin l'existence de ce type clinique ramène sous les lois ordinaires de la pathologie cette périencéphalite qu'on ne connaît, pour ainsi dire, jusqu'à présent qu'en tant qu'inflammation difi"use, en nous montrant à côté de celle-ci une périencéphalite localisée, et comme trait d'union entre les deux, ainsi que nous allons le voir, une périencéphalite généralisée.

Nous venons de séparer de la paralysie générale des observations confondues jusqu'à présent avec elle, et, les rapprochant d'observations personnelles, nous les avons montrées se rattachant à un type clinique nettement déterminé et que caractérise, au point de vue anatomo-pathologique, une périencéphalite chronique localisée. Mais la clinique nous montre que, limitée aux faits précédents ou à des faits de même nature, la connàissace de ce type serait incomplète.

Toute inflammation chronique localisée, lorsqu'elle ne rétrocède pas, a de la tendance à gagner les parties avoisinantes ; cet envahissement est parfois très lent, d'autres fois plus rapide, ce qui dépend beaucoup des conditions de terrain sur lequel s'est développée l'inflammation, et parfois, lorsque le terrain s'y prête, cette inflammation peut se généraliser à tout l'organe. La périencéphalite chronique localisée n'échappe nullement aux lois

qui régissent l'inflammation en général, et dans ce cas la lésion, d'abord limitée, peut s'étendre aux parties contiguës, envahir progressivement la plus grande étendue ou toute l'étendue des hémisphères cérébraux. Les faits nous permettent de suivre celte marche envahissante du travail organique.

Chez M"'^ Gib... {Ohs. m), comme nous le montrent les résultats de l'autopsie, l'inflammation, quoique de date déjà ancienne', s'est peu étendue au pourtour de son point de départ. Primitivement limitée à l'hexagone de Willis, elle ne fait que gagner la protubérance, les circonvolutions de l'hippocampe, la partie antérieure des lobes sphénoïdaux et les lèvres de la scissure de Sylvius (Pl. I et II).

Chez M. . . (Obs. viii), l'inflammation, ainsi que le révèle son aspect, recouvre d'abord l'espace interpédonculaire antérieur, gagne la protubérance, le bulbe, et s'étend aux lobes sphénoïdaux et frontaux inférieurs, donnant lieu en ces points à des adhérences des méninges avec la substance corticale, laquelle est notablement ramollie.

Chez Cous... (Obs. iv), ainsi qu'il ressort de l'autopsie, le travail organique, d'abord limité à la partie antérieure des lobes sphénoïdaux, s'étend progressivement à toute l'étendue des lobes frontaux inférieurs, et empiète un peu sur les lobes frontaux supérieurs (Pl. III, fig. 1) et sur les lobes frontaux internes. lien est de même chez Mol... (Obs. XVII, Pl. Y).

Cette tendance à la généralisation du travail organique

' Voir, pour le rapport cliroaologiquo des lésions avec l'évolulioa de la maladie, le chapitre de l'Anatomie pathologique ot celui de la Physiologie pathologique.

s'accentue encore davantage dans l'observation suivante, que nous empruntons h Galmeil ' .

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