‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 18 sur 79 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

T...., fleuriste, âgé de 35 ans, domicilié à Paris et originaire du grand-duché de Luxembourg, entre à la Clinique le 28 janvier

Nous ne possédons aucun renseignement sur les antécédents héréditaires ; pas d'alcoolisme, pas de syphilis. A l'âge de 27 ans, notre malade a reçu un coup assez violent sur la tête, ayant déterminé une bosse sanguine avec large ecchymose qui a laissé des traces pendant trois mois. Depuis ce temps, il a toujours eu des maux de tête assez violents.

25 janvier. Orire subite d'excitation dans la journée. T se

met à crier, en disant: a Sauvez-vous, sauvez-vous! je sens que je vais faire un malheur ! » Sa femme resta quand même près de lui. Il se plaignait de soulTrir horriblement de la tête, s'accrochait à la fenêtre, de crainte de se précipiter dans la rue : la face était rouge et vultueuse, les membres étaient agités de tremblements aénéralisés. Le calme se fit cependant au bout de quelques heures; mais, dans l'état intermédiaire, entre les périodes d'agitation

et de calme, T avait manifesté des craintes d'empoisonnement.

Vers huit heures du soir, nouvelle crise d'agitation de courte durée, et, pendant la nuit, une série de crises d'heure en heure jusqu'au moment où l'agitation devint permanente. Il prétend qu'on lui a changé sa femme, que c'est une autre femme qui a couché à côté de lui; il veut l'étrangler. La peau était chaude,

1 Droucl; Annales mklico-psycholoijiques, 1871.

2 Doulrcbenlc; Annales médico-psychologiques, mars 1880.

brûlante ; les larmes, la salive, coulaient al.ondamment.On le conduit à la Préfecture le 2G au matin. Par des renseignements tardifs, nous avons appris que l'agitation avait été prércdcc d'une période d'incubation de quinze jours, pendant laquelle T..... se plaignait d'être poursuivi par la police ; il voyait partout des mouchards ; on lui mettait de la boue dans son encre pour l'empôt'hcr de faire ses comptes, etc. De plus, les maux de téte habituels étaient depuis trois mois d'une violence inouïe. Il devenait triste, soucieux, chagrin, et peu communicatif ; il ne voulait pas souffrir la moindre conversation. Dans les derniers jours enfln, il aurait eu des cauchemars affreux, des visions de fantômes et des aberrations auditives. Il entendait le pas des mouchards dans l'escalier de sa maison d'habitation.

Page 1