‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 19 sur 79 · OertiGcat du D' L — « Manie aiguë. Rechute. Déjà · texte numérisé non relu

OertiGcat du D' L — « Manie aiguë. Rechute. Déjà

traité en 1878 pour paralysie générale. Violente excitation avec rémissions ; préoccupations confuses; larmes. Idée dominante qu'on veut le faire passer pour un voleur ; tendances hypochondriaques.»

27. Certificat du D' M — « Léger affaiblissement intellectuel avec excitation. Idées hypochondriaques et idées de persécutions. Parole légèrement hésitante par moments. »

28. Lorsque T est soumis à notre observation, nous constatons qu'il est en proie à un délire aigu incohérent, généralisé, avec alternatives d'excitation et de dépression . Il est difficile d'attirer l'attention du malade, toutefois il veut bien nous reconnaître. Impossible de l'interroger et d'obtenir des réponses aux questions qu'on lui pose. Il est violent, désordonné dans ses gestes et ses actes; il refuse les aliments, brise tous les objets qui sont à sa portée et se frappe contre les murs de sa cellule ; léger état fébrile, inégalité pupillaire, insomnie.

En présence de phénomènes aussi accusés, nou^ portons le diagnostic de méningo-encéphalite aiguë. Mais au bout de quarantehuit heures la fièvre devient plus violente ; il y a de la dyspnée et delà toux. Nous pinçons le malade à l'infirmerie.-

Une pneumonie droite devient évidente et se caractérise par les signes habituels fournis par l'auscultation, la percussion et l'expectoration. Cette maladie intercurrente revêt rapidement un

caractère de gravité exceptionnelle. Elle domine la situation-, l'état mental devient déplus en. plus effacé.

Le malade meurt le 6 février dans la nuit.

L'AUTorsiE. faite par M. Ghambard, directeur du laboratoire, a été rédigée par M. Vallon, interne de Sainte-Anne et aide de laboratoire.

Cavité crdniene. Parois osseuses : Rien de particulier. Dure-mère: Pasd'adbéreuccs, pas de pachyméningite, injection des régions postérieures.

Arachnoïde : Œdème sous-aracbooidien.

Vaisseaux: Pas d'atbérome.

Surface de V encéj)halc : Légère opalescence de la pie-mère dans les régions antérieures au niveau des sillons, un peu d'injection de cette membrane.

Nerfs crâniens : Adbéreuce des bulbes olfactifs qui se déchirent quand on veut les soulever. Les autres nerfs ne paraissent pas altérés.

Hémisphère gauche 595 gram.

Hémisphère droit 605 —

Mésocéphale, cervelet et bulbe 165 —

Total 1365 gram.

Hémisphère gauche: Rien au ventricule latéral; adhérences do la pie-mère, principalement au niveau de la partie antéro-externe du lobe sphénoïdal, où, après enlèvement, on voit une plaque d'excoriation. Sur les circonvolutions frontales, on trouve des plaques disséminées peu nombreuses, peu étendues et peu profondes.

Les circonvolutions sont de consistance ferme ; leur épaisseur et leur coloration sont normales.

Rien à observer après, les coupes verticales et transversales.

Hémisphère droit: Les adhérences sont sensiblement plus marquées qu'à gauche, surtout au niveau des lèvres de la scissure sylvienne; elles occupent la partie antérieure du lobe sphénoïdal; en ces points, la substance grise est ramollie.

Rien à observer après les coupes verticales et trauversales.

Bulbe ; protubérance et cervelet: Pas de granulations cpcndyraaircs sur le plancher du quatrième ventricule.

Cavité thoracique. Poumon gauche : Congestion du lobe inférieur.

Poumon droit : Dans toute la moitié postérieure du lobe inférieur, le tissu pulmonaire est compacte, la surface d'une coupe est flnement granuleuse. Quelques petits fragments nagent entre deux eaux, quelques-uns restent au fond du vase : ce sont les points où la consistance du poumon est considérable et où la pression donne le liquide le moins aéré. Le lobe inférieur est lesiège d'un œdème avec pneumonie, au deuxième degré au niveau du bord postérieur.

Cœur: Surcharge graisseuse ; volume normal, mais le ventricule gauche est globuleux; après la coupe, on constate une légère hypertrophie concentrique. — Le ventricule droit est rempli de caillots mous et cruoriques. Pas de lésions valvulaires.

Cavité abdominale: Rien au foie. Rate ferme et d'une coloration rouge foncé.

Rei7is congestionnés.

Remarques. — Il n'est pas sans intérêt de savoir que T.... a eu, en 1878, une paralysie générale constatée par cinq médecins ; cette paralysie à forme grave nous avait plusieurs fois mis dans l'obligation de porter un pronostic fatal, lorsqu'au bout de sept à huit mois survint une rémission tellement nette, tellement accusée, qu'une sortie par suite de guérison fut proposée à l'autorité compétente . Une fois dehors, notre malade reprit ses occupations habituelles et ne donna plus aucun signe de l'ordre physique, moral ou intellectuel capable de faire soupçonner les accidents antérieurs. Nous avons eu l'occasion de le rencontrer à Paris dans le courant de l'année dernière et de constater, de visu, l'intégrité parfaite de sa santé.

Nous avions à cette époque rédigé l'observation suivante : 24 août 1878. Premier certificat : D"" L... du S. . .— « Démence paralytique. Affaiblissement marqué de l'intelligence, de la mémoire, de la volonté, de la sensibilité et du mouvement. — Opti-

DÉMENCE MÉLANCOLIQUE. tOl

misme. Oontenlement. Embarras de la parole. Nulle conscience de sea actes. »

25 août 1878. Deuxième ccrtiBcat : B... — « Paralysie générale. Affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire. Idéesdélirantes de satisfaction. Périodes d'agitation avec violence. Insomnie. Hésitation de la parole. Pupilles inégales. »

1" septembre. Certificat du D' D... — « Paralysie générale caractérisée par l'affaiblissement des facultés, particulièrement de la mémoire, l'inégalité pupillaire, le tremblement Gbrillaire de la langue. Idées ambitieuses. Le malade se trouve entièrement beureux ; il gagne beaucoup d'argent, etc. »

Quelques jours après, le malade est transféré à Ville- Evrard, où la paralysie générale est de nouveau constatée par les deux médecins de cet établissement. Pendant les mois d'octobre, novembre et décembre 1878, aucun cbangement bien appréciable, sauf toutefois dans l'agitation, qui avait cessé pour faire place à un état de béatitude, de contentement et de satisfaction. Les symptômes physiques précités : inégalité pupillaire, bésitation de la parole, tremblement fibrillaire de la langue, auxquels s'était surajouté le tremblement si caractéristique de l'orbiculaire des lèvres avant et pendant l'émission des mots, étaient fortement accusés. Pendant les deux premiers mois de l'année suivante, la maladie suivait un cours régulier ; c'est seulement dans la première quinzaine de mars que la rémission commence à se faire remarquer et à s'accuser de plus en plus.

T... sort de Ville-Évrard au mois d'avril 1879.

Remarques. — Les lésions trouvées à l'autopsie étaient des lésions récentes, peu caractérisées, comme on en trouve parfois à l'autopsie des malades morts de délire vésanique aigu (manie Buraiguë, raéningo-encépbalite à forme rapide) ; elles ne peuvent être rattacbécs au premier accès de paralysie générale. Comme il est difficile d'admettre la guérison de la sclérose interstitielle ou sa régression après l'évolution lente, mais progressive, d'un processus morbide pendant sept à huit mois, faut-il donc admettre que l'état congestif seul est capable de produire des phénomènes aussi accusés et aussi prolongés ? Si oui, il devient possible d'ex-

pliqucr les temps d'arrôt, les psoudo-guérisonB ou les guérisons réelles.

Nous avons tenu à citer l'observation précédente telle que l'a rapportée M. Doutrebente, c'est-ii-dire avec les réflexions dont l'accompagne notre Confrère. Nous voudrions en faire ressortir les particularités suivantes.

T... a eu un premier accès d'aliénation mentale dont tous les symptômes rappellent ceux de la démence paralytique ; cet accès disparaît si complètement que le médecin de Yille-Évrard qui soigne ce malade le regarde comme guéri et provoque sa sortie de l'Établissement.

Pendant huit ou neuf mois, T... paraît absolument rétabli ; puis survient un second accès qui débute par des maux de tête d'une violence inouïe et par un changement de caractère; plus tard, une violente crise d'agitation se produit; les idées de tristesse, de persécutions et d'hypochondrie dominent la scène ; on constate en outre un léger degré d'affaiblissement intellectuel, la fièvre s'allume, une pneumonie se déclare et emporte le malade en quelques jours.

A l'autopsie, on trouve du côté de l'encéphale des lésions de périméningo-encéphalite qui, d'après leur degré d'organisation, ne peuvent être qu'en rapport avec le •dernier accès de fohe. Ces lésions, qui se disséminent sur les régions frontales, où elles sont très peu marquées, ont leur foyer maximum en certains points de la base du cerveau : à gauche, principalement au niveau de la partie antéro-externe du lobe sphénoïdal, où la pie-mère adhère à la substance grise ; à droite, où elles sont plus marquées qu'à gauche, au niveau des lèvres de la scissure de Sylvius et de la partie antérieure du lobe sphénoïdal. En ces points, la surface grise est ramollie.

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Les troubles qui ont existé cliezT... pendant la vie et les lésions qu'on constate chez ce môme individu à l'autopsie, offrent plus que des analogies avec les lésions et les troubles qui existent chez nos malades atteints de démence mélancolique ; ils se confondent absolument. Là comme ici, même mélange d'idées délirantes à forme mélancolique et d'affaibUssement intellectuel, mêmes altérations anatomiques. Cependant, étant donnés, d'une part les antécédents de T..., et d'autre part la tendance à la dissémination que manifestent chez lui les lésions cérébrales dès le début de la maladie, ainsi que le prouvent ces traînées opalescentes que signale M. Doutrebente du côté des lobes frontaux, bien probablement la marche qu'aurait suivie l'aliénation mentale chez T... eût été différente de celle suivie chez les malades dont nous avons rapporté l'histoire dans notre premier groupe. T... était évidemment pour nous à la première période d'une paralysie générale. Mais il n'en est pas moins vrai qu'au moment de sa mort cet individu présentait l'ensemble des caractères de la démence mélancolique ; et comme les altérations de cette dernière sont, ainsi que nous l'avons dit, absolument de même nature que celles de la paralysie générale, l'autopsie de cet homme nous permet d'assister pour ainsi dire au début des lésions qui caractérisent la démence mélancolique, puisque les altérations étaient en rapport, nous le répétons et M. Doutrebente y insiste, avec les troubles psychiques observés pendant le second accès d'aliénation mentale.

Un autre enseignement résulte encore pour nous de l'observation de T.. . : elle vient appuyer ce que nous disions plus haut de l'existence des troubles de la parole dès le début de la paralysie générale et de la difficulté

qu'il y a alors à les constater. Doux médecins ayant tous les doux, sije lis bien les noms derrière les initiales,-, uno grande habitude des maladies mentales, observent T..., et cela à peu près au même moment; l'un d'eux note chez ce malade de l'hésitation de la parole, cette hésitation passe inaperçue pour l'autre.

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