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ÉTUDE CLINIQUE DES PRINCIPAUX SYMPTOMES

Les symptômes que nous avons trouvés comme caractérisant la démence mélancolique, sont de deux ordres : les uns, psychiques, ont trait, soit au délire, soit à la démence ; les autres, somatiques, indiquent l'existence d'une lésion organique du cerveau.

A . — Troubles psychiques.

a. Délire. — Le délire, nous l'avons vu, est, pendant les premières périodes de la maladie, l'élément prédominant du genre d'aliénation mentale que nous étudions actuellement ; parfois même, à ce moment, on ne retrouve que lui comme expression symptomatologique. Nous avons vu aussi qu'il revêtait toujours la forme mélancolique et affectait les caractères, soit d'une lypémanie, soit d'une folie des persécutions, soit, mais plus rarement, d'une manie avec prédominance d'idées de tristesse et de persécutions.

La lypémanie est la forme sous laquelle s'exprime le plus souvent le délire. Cette lypémanie se présente à nous avec les caractères de la lypémanie par troubles fonctionnels; on y retrouve les différents éléments symptomatologiques qui existent dans cette dernière ; et nous reportant à nos observations nous pourrions plus particulièrement décrire une lypémanie anxieuse et une lypémanie stupide. Cette description ne serait pas à sa place ici, et nous renvoyons à cet égard le Lecteur aux ouvrages spéciaux de pathologie mentale. Nous voulons seulement nous demander si la lypémanie qui accompagne la

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démence mclancoliquo ne se distingue pas par quelques symptômes de la folie lypémaniaque simple. Ces faits nous répondent négativement ; à peine constate-t-on dans la première une prédominance de certains symptômes : l'anxiété est, au début du moins, généralement très marquée, les idées de suicide pour ainsi dire la règle, et les idées de ruine, de déshonneur, excessivement fréquentes, atteignent une grande intensité (Obs. i, m, x). Quant à la stupeur, qui mériterait de nous arrêter un instant, son étude trouvera mieux sa place tout à l'heure lorsque nous connaîtrons les conditions de milieu dans lesquelles se manifestent les idées délirantes chez le dément mélancolique.

Gomme lalypémanie, la foUe des persécutions se présente à nous avec les caractères que nous lui connaissons dans la folie des persécutions ordinaires. Si au début les idées de terreur sont généralement très-marquées, si le moindre bruit fait croire aux malades que leurs ennemis s'approchent, si les tendances au suicide sont fréquentes, ces différents phénomènes indiquent l'intensité du délire, rien de plus. Notons toutefois qu'à côté des idées de persécutions existent, dans tous les cas de démence mélancohque dont le délire revêt laforme que nous envisageons actuellement, des idées de tristesse qui ont aussi une grande importance, et c'est seulement sur une simple prédominance des premières que l'aliénation mentale est rangée parmi les folies des persécutions et non parmi les lypémanies. L'observation de Gib... (Obs. m) nous est un exemple de ce que nous avançons.

Quant à l'apparence maniaque qu'affecte parfois le dë-

hre dans la démence mélancohque, c'est au début seu-

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lement de la maladie qu'on pQut croire avoir affaire à une manie avec prédominance d'idées de tristesse et de persécutions ; les symptômes d'un affaiblissement radical de l'intelligence et d'une lésion organique du cerveau s'affirment bientôt (Obs. ii, xix).

Les faits nous montrent donc que dans la démence mélancolique le délire, envisagé dans ses divers éléments, n'offre rien de particulier et qu'il prend les allures de celui qu'on rencontre dans les formes mélancoliques de la folie. Mais lorsqu'on envisage ce délire dans le milieu où il se produit, on le voit emprunter à ce dernier des caractères qu'il nous est nécessaire de connaître.

Chez un individu quelconque, le délire est naturellement en rapport avec l'étendue de l'intelligence. Lorsque celle-ci est restreinte, comme chez l'idiot, le délire se ressent, dans son expression symptomatologique, du défaut de développement intellectuel; lorsqu'elle est affaiblie, comme chez le dément, la débilité intellectuelle imprime son cachet au délire, qui devient niais et se meut dans un cercle plus ou moins restreint, Or, dans la démence mélancolique, souvent dès le début, existe un affaiblissement radical de l'intelligence que peut dissimuler jusqu'à un certain point l'agitation qui existe dans les premières périodes ou dans le cours de la maladie, mais qui ne tarde pas à se préciser ; cette débilité intellectuelle se reflète naturellement sur le délire ; celui-ci devient niais, les malades répètent constamment les mêmes choses.

Ce délire, marqué ainsi, au coin de la déchéance intellectuelle, se retrouve chez tous les malades dont nous avons rapporté l'histoire ; sa débilité est plus ou moins

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' prononcée, suivant le degré do l'affaiblissement intellectuel ; lorsque celui-ci est considérable, le délire devient incohérent (Obs. v, vu). Les actes sont en rapport avec les idées, leur niaiserie est patente, et, comme les paroles, ils traduisent le plus ou moins de démence (Obs. i, iv, V, VI, VII, XVII, etc.).

Cette débiltiié du délire, qu'on peut retrouver ainsi dès les premières périodes de la démence mélancolique, est un symptôme important au point de vue du diagnostic de cette dernière d'avec la lypémanie simple. Certes, cette débilité peut exister dans celle-ci, mais elle est alors consécutive et ne se produit qu'à une période avancée, comme la démence, dont elle est un des éléments.

Un autre caractère du délire dans la démence mélancolique, c'est l'absence de systématisation ; l'agitation peut disparaître, do longues périodes de calme peuvent se produire ; le délire ne se systématise pas.

Nous venons d'étudier les principaux caractères du délire dans la démence mélancolique ; envisageons-le maintenant pendant la marche de cette dernière.

Au début, il est généralement très intense et très net, puis il va s'effaçant, laissant à l'affaiblissement intellectuel la première place. Cet effacement se fait d'une manière plus ou moins rapide (Obs. i, ii, m); dans certains cas, il conserve une intensité notable pendant toute la durée de la maladie (Obs. xv, xvii). Parfois, après une période de calme plus ou moins longue, et pendant laquelle il n'existe plus qu'un sentiment de tristesse généralisée, réapparaît une nouvelle crise d'agitation ; le délire reprend alors do l'acuité et on peut retrouver les diffé-

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rents éléments qui le constituaient au début ; le plus souvent cependant, l'acuité n'est jamais aussi grande qu'à ce moment.

Les caractères généraux du délire dans la démence mélancolique nous étant connus, revenons en quelques mots sur certains éléments de ce délire, idées de suicide, stupeur, perversions sensorielles, qui, à cause de leur importance, méritent, pensons-nous, quelques considérations particulières.

Il e^ en outre deux ordres d'idées délirantes: les idées religieuses et les idées hypochondriaques, que nous avons dû jusqu'ici laisser dans l'ombre, et qui, quoique ne jouant pas un rôle de premier ordre dans la démence mélancolique, s'y rencontrent cependant et doivent par conséquent être signalées.

Idées hijpocho7idriaques. — Les idées hypochondriaques qui, venons nous de dire, ne nous paraissent pas avoir un rôle important dans la démence mélancolique, sont de deux ordres : ou bien elles se rattachent à des altérations de la sensibilité générale et rentrent dans le domaine des perversions sensorielles : les malades se plaignent alors de ne pas avoir de forces (Obs. m, xx), de recevoir des coups (Obs. iv, xvii) ; ils accusent des sensations de brûlure à l'intérieur (Obs. xvii), de mécaniques dans le corps (Obs. ix) , etc. ; ou bien, ce qui est plus rare, ces idées paraissent purement cérébrales : ainsi Gla... (Obs. xii) s'imaginait à un moment donné n'avoir plus de dents. C'est surtout dans les cas où la démence mélancolique tend à la généralisation, que se retrouve ce dernier genre d'idées hypochondriaques, et son élude me semble absolument se confondre avec celle des idées de même

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ordre qui peuvent exister dans la paralysie générale ; nous n'insisterons donc pas à cet égard.

Idées religieuses. — Deux fois, dans les différentes observations que nous avons recueillies, nous avons constaté l'existence d'un délire religieux. Une fois (Obs. xix), ce délire était évidemment secondaire et s'accompagnait d'excitation génésique, avec laquelle il paraissait avoir des relations assez intimes. Dans le second cas, les idées religieuses faisaient davantage corps avec le délire ; on les retrouvait dès le début de celui-ci, et, en suivant le développement de la folie, on pouvait les rattacher à la disposition d'esprit antérieure du malade.

Idées de suicide. — Les idées de suicide sont excessivement fréquentes dans la démence mélancolique ; peu importe la forme que revêt le délire. Ces idées sont intimement liées à l'agitation, à l'anxiété que présentent les malades ; aussi ne les retrouve-t-on que dans les premières périodes de la maladie, alors que l'intensité du délire est considérable. Elles revêtent souvent à ce moment un caractère impulsif très marqué : on se souvient à cet égard de robservation de Dup... (Obs. i), qui s'introduisait des morceaux de linge dans la bouche pour s'étouffer. C'est pour échapper aux ennemis qui le poursuivent que le dément mélancolique, persécuté, tente de se suicider ; c'est pour éviter de plus grands malheurs à sa famille, c'est pour échapper lui-même au sort qui l'attend, quels lypômaniaque veut se laisser mourir de faim ou attente à ses jours. Lorsquel'anxiété et l'agitation disparaissent, les idées de suicide disparaissent aussi (Obs. i, ii, m, xii).

Stupeur. - La stupeur est un symptôme fréquent du

type clinique que nous étudions : certains malados pas^ sont rapidementd'un état d'excitation violente à un état de dépression marquée (Obs. v, vi). Dans ces cas, la stupeur s'accompagne de caractères spéciaux qui ne se retrouvent pas dans la stupeur des aliénations mentales par troubles fonctionnels, et que traduisent parfaitement les symptômes que nous relations dans l'observation de Sim... (Obs. V.) : physionomie hébétée, flaccidité des traits, congestions passives au niveau des pommettes, affaiblissement intellectuel. Ces caractères se retrouvent encore, mais moins accentués, chezGib... (Obs. m), chez Cous... (Obs. iv), et, à un moment donné, chez Fui... (Obs. xi) et chez Gla... (Obs. xii). Au début de la maladie cependant, et les deux dernières observations en font foi, la stupeur peut rappeler complètement celle qui existe dans les vésanies simples ; toutefois, quand on observe de près, on constate déjà certains symptômes qui mettent en garde contre la nature véritable de cette stupeur : ce sont surtout les irrigations sanguines qui arborisent les pommettes et un certain relâchement des traits de la face.

Perversions sensorielles. — La sensibilité, soit générale, soit spéciale, peut jouer un rôle dans la démence mélancolique. — La céphalalgie est un symptôme très fréquent de cette dernière maladie, et dans les périodes d'agitation, surtout au début, elle revêt une intensité considérable. Dans ces cas, la douleur crânienne peut être généralisée et avoir une telle violence qu'elle fait dire aux malades que leur tête éclate (Obs. i, xiii, xv) ; plus souvent, cette douleur est hmitée à certains points du crâne, au sommet (Obs. m), plus rarement à la région occipitale (Obs. xi).

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' Dans quelques cas, l'élément douleur peut être le point de départ de véritables perversions sensorielles . M™" Mol ... , atteinte d'une lésion tuberculeuse des poumons, se plaint qu'on lui brûle la poitrine et qu'on lui donne des coups entre les épaules.— Une autre démente mélancolique atteinte d'une lésion hépatique, et que j'observe en ce moment, tient constamment son soulier applique sur la région malade : c'est par là qu'on la fait souffrir, etc.

J'ai hâte d'en arriver aux perversions se rattachant aux organes des sens, comprenant sous cette dénomination les hyperesthésies, les anesthésies, les faux jugements, les illusions et les hallucinations.

Vhyperesthésiesensovmeesi généralement un symptôme des premières périodes de la démence mélancohque, et elle atteint le plus souvent le sens de l'ouïe ; les malades peuvent difficilement supporter le bruit, et nous avons vu plusieurs d'entre eux se boucher les oreilles afin de ne rien entendre (Obs. i, m, etc.).

Vanesthésie se constate parfois et plus particulièrement dans les dernières périodes de la maladie. Les malades deviennent plus ou moins sourdes (Obs. iv) ; la vue s'affaiblit (Obs. XI) ; souvent la sensibilité olfactive est émoussée (Obs. i, n) : M- R-. (Obs, ii) sent parfaitement l'irritation produite par du poivre place sur la lancine ou dans le nez, mais ne peut distinguer l'odeur derette substance, quelle confond avec celle du tabac. Eufin, dans les cas où la démence mélancolique se termine par des accidents aigus de la base, la cécité devient la règle (Obs. m, iv).

Les faux jugements jouent un grand rôle, et cela pendant toute la durée de la maladie ; ils se rattachent

plus particLiliôroment aux sons de la vuo et de l'ouïe. Les malades s'attribuent tout ce qu'ils entendent et s'imaginent que les cris et les injures qui se disent, s'adressent à eux (Obs. i, ii, m, iv, x, xv/xvii, xix, etc.). Le bruit des pds dans les escaliers leur annonce l'arrivée de leurs ennemis qui les poursuivent et viennent les prendre (Obs. XI, xiv). Souvent, sans qu'il y ait, àproprement parler, illusions, et en se basant sur une ressemblance plus ou moins réelle, ils croient reconnaître, parmi les personnes qui les entourent à l'Asile, des personnes qu'ils ont connues au dehors (Obs. xvii, xix).

L'élément douleur est lui aussi le point de départ de faux jugements. M""' Mol.... (Obs. xvii), par exemple, s'imagine que les douleurs diverses que font naîtra chez elle, soit un état d'anémie profond, soit surtout une lésion tuberculeuse des poumons, sont dues à ses persécuteurs.

Ces faux jugements ont une importance considérable, ils sont le point de départ d'excitations constantes qui contribuent à donner de l'intensité au délire.

Les ilhbsions objectives ont une influence beaucoup plus effacée que les faux jugements ; cependant elles existent souvent. M'"' R... (Obs. ii) s'imagine que lorsqu'elle passe à côté de deux surveillantes, et seulement à côté de ces deux surveillantes-là, celles-ci lui disent des injures. D'autres fois, les malades prennent les uns pour les autres, et dans ces cas il y a véritablement illusions ; la physionomie de la personne en présence de laquelle ils se trouvent, revêt la physionomie de celle qu'ils croient reconnaître (Obs. xvii).

Enfin, en dehors de toute excitation venant de l'exté-

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Tieur, existent assez souvent des perversions sensorielles de nature exclusivement subjective.

Ces perversions se présentent le plus généralement avec certains caractères cliniques qu'il est bon de connaître. Elles ne sont pas continues, elles apparaissent seulement dans les périodes d'acuité de la maladie et sont en rapport intime avec les poussées qui se font du côté de l'encéphale; elles affectent généralement le sens de l'ouïe et de la vue ; elles n'ont pas la netteté des hallucinations proprement dites et semblent beaucoup plutôt se rapporter à des sensations subjectives qu'à de véritables hallucinations : c'est du feu qu'aperçoivent les malades (Obs. xi) ; c'est une ombre qui les suit (Obs. m) ; ce sont des fantômes qui passent devant leurs yeux ; les voix qu'ils entendent ne leur tiennent pas des conversations suivies, ce sont certaines paroles qu'elles leur disent. En un mot, ces perversions sensorielles ont quelque chose d'indécis ; l'organe central où aboutit l'impression extérieure paraît moins atteint que la partie périphérique du sens; ce sont des perversions qui revêtent le caractère de celles que j'ai étudiées dans un autre travail et auxquelles j'ai donné le nom d'illusions subjecttves\^ons retrouverons cet ordre de faits au chapitre de la Physiologie pathologique; les résultats nécroscopiques sont nécessaires pour nous en rendre un compte exact. Cependant, parfois il peut exister au début de la démence mélancolique de véritables hallucinations. Gla. .. (Obs.xi) voyait nettement un échafaud sur lequel lui et sa famille montaient.

1 Mairet; De l'Illusion en général, des sensations visuelles comme causes d'illusions. Th. do MoDtpoUier, 1876.

b. DÉMENCE. — L'affaiblissement radical de l'intelligonce est un symptôme que les faits nous ont montré pouvoir se présenter h une époque plus ou moins rapprochée de Téclosion de la maladie. Mais le moment de son apparition est toujours suffisamment rapproché du début pour qu'on ne puisse pas confondre cette démence avec une démence consécutive au délire et pour qu'on soit obligé de la regarder comme ayant . une évolution indépendante de celui-ci. Démence et délire peuvent être les effets d'une même cause, mais évidemment ce ne sont pas deux états dont l'un tient l'autre sous sa dépendance : c'est là un point essentiel, qui me paraît ressortir de tous les faits que nous avons publiés, et sur lequel nous reviendrons au chapitre de la Physiologie pathologique.

Les symptômes révélateurs de l'affaiblissement intellectuel sont de deux ordres : psychiques et somatiques ; nous trouverons tout à l'heure ces derniers.

Les troubles psychiques, qui frappent tout d'abord dans l'ordre d'idées que nous poursuivons actuellement, sont caractérisés par un état d'embrouillement de l'intelligence sur lequel les malades attirent l'attention, insistent même. Ils ne peuvent plus, disent-ils, débrouiller leurs idées comme autrefois (Obs. m, xv). Plus tard, apparaissent ces phénomènes de niaiserie du délire que nous connaissons, et d'autres troubles que mettent nettement en relief nos observations. Les malades ne se préoccupent pas de leur situation, leurs sentiments affectifs sont diminués , leur mémoire est atteinte surtout par les choses récentes, et la déchéance intellectuelle s'affirme dans des proportions plus ou moins considérables. Ces proportions sont en effet très variables : tandis que

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.chez Sim... (Obs. v), la démence est, dès les premières périodes de la maladie, pour ainsi dire aussi marquée que le délire , tandis que chez Dup . . . et chez R . . . (Obs . i , m) , elle prend rapidement la première place, chez Gib... elle reste au second plan pendant toute la durée de la maladie. N'oublions pas enfin que l'agitation qui existe chez les malades peut dissimuler jusqu'à un certain point, et cela pendant assez longtemps (Obs. xvii), l'existence de la déchéance intellectuelle.

B. — Troubles somatiques.

Sous la dénomination de troubles somatiques, je range toutes les modifications que peut subir l'état physique dans la démence mélancohque. Ces modifications se rapportent, lés unes à l'état général, les autres aux altérations qui existent du côté du cerveau.

Les troubles reflétant l'existence d'une lésion organique du cerveau sont plus ou moins précis. Je ne parlerai pas ici des troubles paralytiques généralisés qu'on retrouve dans la démence paralytique consécutive à la démence mélancolique ; je me bornerai à l'examen des troubles somatiques de la démence mélancohque, parcourant toute son évolution en tant que démence mélancolique. Dans ce cas, ces troubles, qui généralement vonts'accentuant avec les progrès de la maladie, consistent plus particulièrement en modifications de la physionomie des malades, en paralysies localisées, en fourmillements et endolorissement des membres, en vertiges et en attaques apoplectiformes ou épilepliformes.

Dans la démence mélancolique confirmée, la physionomie dos malados revôt généralement un aspect parti-

culier : les traits ont perdu de leur tonicité ; les yeux sont battus, le regard a quelque chose d'hébété; les paupières inférieures, plisséeSjSont souvent comme infiltrées; la face offre une coloration particulière: sur un fond d'un blanc mat, s'étale une coloration jaunâtre plus ou moins marquée qui porterait à croire que le sang a subi quelque dissolution , et, fait important, des stases sanguines arborisent les pommettes et les ailes du nez. Cette physionomie ayant des caractères aussi accentués que ceux que nous venons de décrire, n'existe guère que dans les cas de démence mélancolique déjà anciens; aussi faut-il savoir en reconnaître les premiers linéaments, qu'on retrouve souvent dès les premières périodes de la maladie et qui se traduisent par un teint pâle sur lequel tranchent des stases sanguines au niveau des pommettes, par le plissement des paupières inférieures, par un certain relâchement dos muscles de la face et par un air hébété ; tous symptômes surtout appréciables pendant les périodes de calme et dont nous empruntons plus particulièrement la description aux Observations i, ir, iv, xv, xvii, xix. Cet aspect particulier de la physionomie n'est pas propre à la seule démence mélancolique, on le retrouve encore dans la démence paralytique et assez généralement dans les aliénations mentales se rattachant à une altération organique du cerveau ; mais, rapproché des troubles psychiques que nous connaissons, cet aspect est, à notre avis, d'une grande portée comme signe diagnostique.

Ce n'est pas tout: souvent, à côté des troubles précédents et les complétant, en existent d'autres que caractérisent des paralysies localisées (Obs. i, ii, vu, ix, xix, xx). C'est une légère déviation des muscles d'un côté de la

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face, se traduisant par un entraînement de la commissure labiale, par une légère trémulation lorsque les malades commencent une phrase ; c'est un peu d'embarras de la parole, embarras passager et semblable à celui qu'on rencontre parfois dans des cas d'hémiplégie; c est un peu d'inégalité pupiUaire ou plutôt un peu de paresse dans la contraction de la pupille ; c'est un certain degré d'émousseraent du sens de l'olfaction, c'est enfin une chute des paupières. Ce dernier symptôme est un des plus fréquents et me paraît avoir une valeur diagnostique importante ; il peut exister dès le début de la maladie (Obs. i, ii) ; généralement il est alors peu prononcé et s'accentue progressivement. Les deux paupières peuvent être atteintes, mais le plus souvent la paralysie prédomine d'un côté; dans nos observations, sur six cas où elle existait, elle était surtout marquée du côté gauche.

Aux troubles précédents, dont la valeur comme signes diagnostiques et comme signes indiquant la nature organique du travail central n'est pas discutable, s'ajoutent parfois d'autres troubles ayant pour siège les membres. Ce sont des fourmillements, de l'endolorissement au niveau principalement des membres supérieurs. Aux faits que j'ai déjà rapportés, et dans lesquels on retrouve ces symptômes, je puis ajouter les deux suivants, que j'observe actuellement. G..., dément mélancolique, se plaint de fourmillements au niveau des deux bras ; ces fourmillements, actuellement très peu marqués et fugaces,etaient beaucoup plus accentués au début de la maladie, il y a trois mois environ. G... est une démente mélancolique qm se plaint parfois de pesanteurs, d'endolorissement au niveau du bras gauche.

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Enfin, pour compléter l'expose des troubles somatiques du premier ordre, rappelons d'une part ce sentiment de fatigue généralisée que nous avons retrouvé chez Gib... (Obs. m), chez Cous.. (Obs. iv), chez R.. (Obs. xx), et, d'autre part, ces vertiges et ces attaques apoplectiformes ou épileptiformes qui se produisent, soit avant l'apparition du délire (Obs.iv, viii), soit au début (Obs.ii), soit dans le cours ouà la fin de la maladie (Obs. iv,vi, vu, viii, xi, xv, etc.). Sans aller jusqu'aux vertiges et aux attaques, les congestions du côté de l'encéphale sont fréquentes au début de la démence mélancolique et pendant les périodes d'exacerbation ; elles s'accusent par de la céphalalgie, par une élévation plus grande de la température crânienne, par des sensations de bourdonnements, de battements vasculaires dans l'intérieur de la tète, par une coloration plus intense de la face, et parfois par un certain état fébrile.

Au début de la maladie, le chiffre thermique peut atteindre une élévation assez considérable et osciller entre 38%5 et 39°.

Pendant le cours de la maladie, à moins qu'il n'y ait complications, comme chez Ma.... (Obs. xv), où l'inanition avait produit un véritable état de fièvre, ou comme chez Mol... (Obs. xvii), qui était atteinte de phtisie pulmonaire , l'apyrexie est la règle ; les malades ont même une tendance au refroidissement, mais à certains moments on peut constater, dans le cours de la maladie, une élévation de la température, élévation qui me paraît en rapport avec les congestions sanguines qui se font du côté du cerveau. Dans ce cas, l'élévation thermique estgéné-, ralement de peu d'importance, le thermomètre oscille entre 37°, 5 et 38" ; rarement il dépasse ce chiffre, et cette

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élévation est de courte durée. (Voir à cet égard, pag. 68, le tableau de la température de la nommée Ilug..., que nous avons emprunté à M. Voisin.)

A part les troubles que je viens de signaler, l'état général ne révèle aucun symptôme qui puisse nous arrêter longtemps. Dans les périodes d'agitation, la nutrition se ressent naturellement du refus que les malades opposent souvent à toute nourriture. Lorsque le calme revient, l'alimentation se faisant régulièrement, l'état général s'améliore vite, l'embonpoint peut môme devenir assez considérable ; cependant la nutrition continue à pécher par certains côtés ; les malades, qu'on me permette l'expression, font plus de graisse que de sang, et il arrive un certain moment où la détérioration physique s'accentue.

L'examen des différents organes peut être muet ; d'autres fois on rencontre des lésions variables, mais qui d'une manière générale indiquent un état de dégénérescence plus ou moins avancée.

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