CHAPITRE III
Étiologie.
C'est plus particulièrement en nous basant sur les observations que nous avons recueillies nous-même et dans lesquelles nous avons pu rechercher avec soin les antécédents des malades, que nous étudierons l'étiologie de la démence mélancolique.
Il est un premier point qui nous frappe -.c'est surtout parmi les femmes que nous avons rencontré ce mode d'aliénation mentale. Ce fait ne tient pas à ce que nous observons plus particulièrement des femmes que des hommes: le service auquel nous sommes attaché comme Médecin-adjoint renferme au contraire plus d'hommes que de femmes, et cela dans la proportion de six à cinq environ. Cette différence dans le tribut quepaientles deux sexes à la démence mélancolique tient-elle au sexe luimême, c'est-à-dire aux fonctions différentes qui caractérisent la femme ? Certes, les troubles menstruels peuvent avoir une influence dans le développement de la maladie (Obs. II, X. XVII); mais à part l'Observation x, que nous retrouverons plus loin à propos de la paralysie généralisée consécutive, cette influence ne nous parait pas avoir une importance plus considérable dans la démence mélancolique que dans les autres formes de l'aliénation mentale. C'est ailleurs qu'il faut chercher le pourquoi de cette prédominance du sexe féminin, pre-
dominance il est vrai plus apparente que réelle, car si, au lieu de considérer la démence mélancolique simple, on envisage cette démence se terminant par la paralysie généralisée, cette prédominance disparaît complètement. C'est à la nature des causes, c'est à la nature du terrain sur lequel la maladie s'est développée, qu'il faut demander la solution du problème qui précède ; c'est là un point qui ressortira mieux de l'étude qui va suivre, et que nous retrouverons au chapitre de la Pathogénie.
Les chagrins, et surtout les chagrins et les soucis domestiques longtemps prolongés, jouent un grand rôle dans l'étiologie de la démence mélancolique. Nous retrouvons cette cause chez Dup... (Obs, i), chez R... (Obs. ii), chez Gib... (Obs. m), chez Cous... (Obs. iv), chez Sim... (Obs. v), chez Gr... (Obs. vi), chez Nie... (Obs. vu), chez Hug. . . (Obs. xix) , chez Ma.. . (Obs. xv), chez Mol. .. (Obs. xvii), cbezRou... (Obs. xix), etc.; en un mot, dans la plupart des observations que nous avons rapportées. Mais dans ces différents cas, l'importance étiologique de cette cause est variable : tantôt elle a une influence purement occasionnelle (Obs. u, m, vi), tantôt elle a une influence déterminante (Obs. xv) ; tantôt enfin elle domine complètement l'étiologie, ainsi qu'il ressort des Observations IV, XVII et de la suivante.