‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 36 sur 79 · OBSERVATION XX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX

Car... était âgé de 17 ans lorsqu'il entra à l'Asile, au mois de . mai 1877.

Une certaine inQuence héréditaire pèse sur lui : son père et sa mère sont excentriques. Parmi les antécédents personnels du malade, on trouve des faits digues d'attirer notre attention. Lorsqu'il vint au monde, le volume de sa tête n'était pas du tout en rapport par ses proportions avec le développement du reste de son corps. Dans sa jeunesse, Car... présentait des traces très nettes de scrofule.

k l'âge de 2 ans, Car... a des convulsions qui se répètent plusieurs fois. Plus tard, lors de son éducation première, on remarque

chez lui une paresse considérable de la mémoire et de l'intelligence ; cependant, grâce surtout à son a])plicalion, Car... peut arriver à a(>prendre îi lire et môme à écrire en faisant très peu de fautes d'ortiiograplic, et avant son entrée à l'Asile ce malade dirigeait une classe de petits enfants auxquels il apprenait à lire.

A lage de 12 ans, Car... perd accidentellement un œil à la suite d'un coup de plume métallique. Pendant trois ans, il souffre de cet œil et de la tête; pendant ce temps, le père du malade s'aperçoit que son fils a des absences, qu'il comprend plus difficilement qu'avant, oublie vite ce qu'on lui dit, et qu'il est devenu très impressionnable. Lorsque les douleurs consécutives à la blessure disparaissent, les absences et l'état intellectuel que nous venons de signaler persistent.

A l'âge de 16 ans et demi, Car... perd son grand-père; il veut le voir sur son lit de mort. La vue de ce cadavre l'impressionne profondément et produit chez lui un véritable état de peur. A partir de ce moment, les absences deviennent plus prononcées, l'impressionnabilité augmente ; Car... ne se couche plus sans mettre dans son lit un bâton pour se défendre contre les malfaiteurs et sans s'assurer que les portes sont bien fermées ; il devient jaloux de ses frères et se plaint que ses parents les préfèrent à lui.

L'état précédent se continue ainsi pendant deux mois environ. A ce moment, une émotion détermine un violent accès de délire pendant lequel Car... se plaint de voir du feu. Cet accès ne dure que quelques heures, mais il laisse après lui des traces incontestables. Car... devient méticuleux, susceptible; il vit seul et son intelligence s'affiiiblit. Bientôt le délire s'accentue, le malade s'agite, se plaint qu'on le persécute, devient méchant et tente de se suicider en se jetant du haut d'un premier étage. C'est alors qu'il est amené à l'Asile. A fait des excès d'onanisme.

Lorsque nous vîmes Car..., il présentait les signes de lalypémanie s'accompagnant d'une violente agitation, d'une incohérence très marquée, et d'une élévation considérable de la température au niveau du crâne. Peu à peu des périodes de rémissioase produisent et prennent de plus en plus d'importance ; pendant leur durée, Car... est calme, un peu affaissé, et sa physionomie, avec ses

ÉTIOr.OGlE.

traits fatiguée, ses yeux battus, indique que l'incendie est loin (f'être éteint chez lui ; l'agitation en eiïet ne tarde pas à revenir, se présentant avec les mêmes caractères que précédemment et entraînant chaque fois après elle une diminution de la portée intellectuelle. L'intelligence s'affaiblit lentement, mais progressivement. Actuellement, 0... 3.. . est dans une période d'agitation; son délire devient de plus en plus incohérent.

Ainsi, chez un individu dont le cerveau est évidemment prédisposé, à la suite d'une lésion inflammatoire de l'œil qui entraîne après elle la perte de la vue et des maux de tête, apparaît un délire lypémaniaque dont on peut suivre le développement, délire qui s'accompagne, comme le 'démontrent les symptômes, d'une lésion organique du cerveau et d'affaiblissement intellectuel, réunissant ainsi les caractères principaux de celui de la démence mélancolique.

Dans ce cas, il me semble qu'il ne peut y avoir de doute sur les rapports qui existent entre la lésion de l'œil et le développement de l'aliénation mentale. Ge n'est d'ailleurs pas la seule fois que nous trouvons parmi les antécédents de nos malades des lésions de l'œil. Gla... (Obs. xiii) présentait aussi une altération de cet organe ; un éclat de fer avait nécessité chez lui une pupille artificielle. Nous avons signalé en outre l'amaurose comme existant parmi les antécédents héréditaires de certains de nos malades (Obs. ii, m).

LêsionsdcVoreille.-^VoWie peut être le point de départ de la démence mélancolique. Je rappellerai à cet égard la remarquable observation qui suit, et que j'emprunte à Galmeil * .

1 Galmeil; loc. cit., pag. 79. ^2

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