OBSERVATION XXII
Labr... Marie, 33 ans, couturière, entre à la Salpétrière le 28 septembre 1878.
Labr..., est veuve depuis six ans et attribue la cause de sa maladie aux chagrins que lui a causés la mort de son mari. Vie régulière; caractère bon, serviable, mais emporté. Il y a dix-huit mois, maux de tête au niveau du sinciput, pour lesquels elle entre à l'hôpital, d'où onest obligé de la diriger sur la Salpêtrière, parce qu'elle trouble par ses cris le repos de la salle. Elle a eu, il y a quinze ou dix-huit mois, une attaque de nerfs.
Depuis un an, changement dans sa manière d'être, exagération dans les idées, surtout depuis deux mois. Labr... se lamente pour peu de chose, croit que son travail ne lui permet pas de gagner de quoi se suffire.
Lors de l'entrée de Labr.... à la Salpêtrière : physionomie fatiguée, yeux battus, pupilles inégales ; au début delà maladie, bourdonnements d'oreilles, émoussement du sens de l'olfaction, douleurs sincipitales, pas continues mais très vives ; parole fréquemment hésitante, bégayée.
Autopsie. — Hémisphère droit, sain.
Hémisphère gauche : Les méninges adhèrent Intimement à la substance corticale du lobule temporal dans toute son étendue et dans plusieurs endroits de cet hémisphère. Ce lobe présente une fluctuation notable, que l'on constate dans toute sa largeur et dans une étendue antéro-postérieure de 12 centim. A la partie la plus inférieure, sa circonvolution la plus interne est comme ulcérée suivant un diamètre d'une pièce de 20 centimes, et il suffit d'écarter un peu la substance pour se trouver dans le ventricule latéral ; à cet endroit, la substance grise a été arrachée par suite d'adhérences avec la dure-mère.
A la partie externe et inférieure de cet hémisphère, on remarque une tumeur assez dure, du volume d'une noisette, d'une teinte jaunâtre, à laquelle adhèrent les méninges, et qui siège en arrière de la troisième frontale, à la partie la plus inférieure de la
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frontale ascendante. En arrière de celte tumeur, on trouve une tuméfaction résistante au niveau de laquelle la pie-mère esthyperémiée, et une saillie molle qui occupe la partie la plus inférieure et externe de la pariétale ascendante. A ce dernier endroit, les méninges adhèrent intimement à la substance corticale, qui est d'un jaune gras dans une étendue antéro-postérieure de 2 centim. et de 1 centim. et demi de haut en bas. Fendue dans toute sa longueur, la deuxième pariétale offre sa substance blanche transformée dans toute son épaisseur en une sorte de bouillie blanchâtre, difllucnte.
La tumeur a envahi le lobule de l'insula, qui présente du ramollissement et un état de difQuencc considérable. Eu le fendant, on arrive sur le noyau extra-ventriculaire du corps strié ou noyau lenticulaire, qui apparaît décoloré et comme iuQltré de sérosité, tandis que le noyau intra-ventriculaire, ou noyau caudé, et la capsule interne ont une couleur et une apparence normales.
Un ramollissement blanc occupe toute la couronne de Reil, depuis et y compris le lobule frontal, le pariétal, et une partie de l'occipital.
Les méninges interpédonculaires sont épaissies au niveau du moteur oculaire commun du côté gauche, qui est comme bridé et offre à ce niveau une légère teinte grisâtre.
Le fait qui précède est le résumé d'une observation publiée par M. Voisin dans son Traité de la paralysie générale Ce cas nous offre, au point de vue des idées délirantes, un trait d'union, pour ainsi dire, entre l'émotivité qui existe dans les observations de M. Luys et les idées délirantes que présentent nos malades : « Labr... se lamente pour peu de chose, croit que son travail ne lui permet pas de gagner de quoi se suffire ». A l'autopsie, on trouve des lésions assez étendues ; mais les seules qui puissent être en rapport avec le délire sont celles qui atteignent le lobe temporal gauche. L'altération
1 Voisin; Traité delà \nralysie générale, pag. 289.
de ce dernier lobe était aussi très marqué chez une lypémaniaque qui avait tenté de suicider en se tirant un coup de révolver. La balle avait pénétré dans l'os temporal, qu'elle avait fracturé, et avait déterminé consécutivement une méningo-encéphalite du lobe sphénoïdal et du lobe temporal gauches.
Je résume brièvement cette observation au point de vue clinique ; je m'arrêterai davantage sur l'autopsie.