DIAGNOSTIC
Nous venons d'indiquer brièvement les signes qui nous permettent d'établir un diagnostic différentiel entre la démence mélancolique et les doux ordres de faits, vésanies simples à forme mélancolique et paralysie générale, avec lesquels ■ ce type clinique peut être le plus facilement confondu.. Nous pourrions presque borner là l'étude du diagnostic différentiel de ce type ; cependant la clinique nous montre des faits qui offrent, dans certains cas, quelques difficultés au point de vue de leur distinction avec la démence mélancolique.
Ces faits, qui n'ont pas encore été suffisamment dégagés du groupe des aliénations mentales avec lésions organiques du cerveau, et qui sont surtout l'apanage des vieillards, constituent cependant un groupe h part, un type morbide qui mériterait une étude attentive.
Le plus souvent, il est vrai, ce type se présente h nous avec des troubles paralytiques plus ou moins généralisés, et ce n'est plus avec la démence mélancolique, mais bien avec la paralysie générale que se pose alors le diagnostic différentiel. Cependant parfois, et surtout au début, les symptômes qui prédominc^nt rappellent tellement ceux qu'on rencontre dans la démence mélancolique, qu'ils peuvent donner le change. Un exemple prouvera la vérité de ce que j'avance.
Ram... est un homme de G2 ans, enLré à l'Asile au mois d'octobre dernier, et qui se présente à nous avec l'ensemble des symptômes suivants : Sa tôle penchée en avant, son œil craintif et timide, ses pommettes injectées, sa lèvre inférieure légèrement pendante, ses traits flasques, expriment en môme temps l'hébétude et la tristesse. Sa parole est lente, légèrement trahiante, et à
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certains moments existe un tremblement dans l'articulation (les mots. Interrogé, Ram... se plaint d'être abandonné, ruiné, déshonoré ; il se lamente et ne se rend pas compte de sa situation. Sa mémoire est moins sûre qu'autrefois, son intelligence est alTaiblie.
Quand on recherche comment a débuté, chez Ram..., l'aliénation mentale, voici ce qu'on trouve. Depuis, le commencement de l'année 1882, Ram..., à la suite de quelques contrariétés, est devenu triste, il voit tout en noir; mais c'est seulement dans le courant de septembre que le délire se manifeste nettement à l'extérieur sous la forme d'idées lypémaniaques et d'idées de persécutions : « Je suis une canaille ; j'ai tout volé, rien ne m'' appartient », repète-t-il sans cesse ; ou bien encore : (n Comment vais-je vivre? je suis ruiné, j'ai tout mangé » . Il s'imagine que les gendarmes, les agents de police, vont le prendre. Entend-il parler autour de lui, il croit qu'on l'injurie, et les idées de tristesse et de frayeur deviennent tellement intenses qu'il essaie de se pendre.
Tout, dans l'habitus extérieur et dans les troubles psychiques que présente Ram..., ne rappelle-l-ii pas absolument ce que l'on rencontre chez le dément mélancolique? La confusion dans ce cas est d'autant plus facile que les symptômes que je viens de rappeler sont de beaucoup les symptômes qui prédominent chez ce malade. Cependant, lorsqu'on l'examine de plus près, à" côté des phénomènes qui précèdent on en rencontre d'autres qui modifient le diagnostic. La marche de Ram. .. est lente, traînante; le fait-on coucher et lui demande-t-on de tenir ses jambes relevées, il ne le peut, et après quel- (pies oscillations elles retombent brusquement sur le lit; en outre ses bras , qui paraissent, à l'état do repos.