‹ De la Démence Précoce consécutive au mal comitialChapitre 10 sur 23 · CUS M AA · texte numérisé non relu

CUS M AA

Depuis cette époque, les crises peu fréquentes se succèdent à intervalles très irréguliers, la malade prenant du bromure à petites doses et d’une façon intermittente. Ces crises, d’une durée à peu près égale, trois à quatre minutes, débutent parfois par un cri, les convulsions sont aussi fortes à droite qu’à gauche, le stertor consécutif dure de 1 heure à 2 heures et la malade ne garde aucun souvenir de sa crise. Elle présente parfois de l’incontinence des urines et s’est à plusieurs reprises mordu la langue.

Son éducation, entrecoupée à plusieurs reprises par les accès délirants, est satisfaisante et est particulièrement orientée vers la musique. Depuis l’âge de 21 ans, Mlle R..., professeur de musique, gagne sa vie en donnant des leçons. Plutôt gaie, de caractère enjoué, elle a parfois des mouvements d’impatience avec sa famille mais est très douce avec ses élèves. À ce moment, Mile R... prend régulièrement 4 grammes de bromure par jour.

Dès l’âge de 28 ans, on note chez notre malade des accès de tristesse se reproduisant à intervalles irréguliers ; elle regrette de ne pas être comme les autres jeunes filles et surtout de ne pouvoir, à cause de sa maladie, songer au mariage.

En juillet 1908, à la suite d’une crise convulsive suivie d’un accès délirant, Mile R.., alors âgée de 31 ans, se met à faire des actes bizarres, dit des paroles incohérentes et est obligée d'interrompre ses leçons. Ne quittant plus le domicile de ses parents elle s’oceupe encore du ménage, brode, mais bientôt ne veut plus rien faire, si ce n’est parfois jouer un peu de piano. Plutôt gaie, cependant, elle parle beaucoup mais ses propos sont déraisonnables, elle passe une partie de son temps à écrire et à griffonner partout. A certains moments et sans motifs, elle a des crises de larmes, appelle ses parents, à d’autres, elle se montre violente envers eux, leur dit des paroles désagréables, grossières même et cherche à les frapper. Le sommeil de la malade est assez bon mais

DS l'appétit est mauvais, elle mange peu. Les règles se suppriment et la malade engraisse d’une façon anormale, passant dans l’espace d’un an de 118 livres à 152 livres, Les crises, depuis l'apparition du syndrome mental, ne se Sont pas modifiées ni dans leur nombre, ni dans leurs caractères.

Etat à l'entrée, — La malade, âgée de 33 ans, présente à l'examen de nombreux signes de dégénérescence : les cheveux sont implantés bas, la voûte palatine est ogivale, les dents, déformées, sont irrégulièrement disposées. Mile R.. présente une obésité à type segmentaire comme dans la maladie de Dercum, mais sans phénomènes douloureux.

A peu près orientée dans le temps, Mlle R... connait l’année, le mois et le jour de sa naissance, mais dit avoir 39 ans alors qu’elle en a en réalité 33. Elle se croit dans une maison de suppliciés, parce que, dit-elle, elle a entendu qu’on prononçait le mot « supplicié »; elle ne voit pas qu'elle se trouve au milieu de malades. Elle a des illusions de fausses reconnaissances. Elle sait qu’elle a eu des crises nerveuses, elle se trouvait mal, dit-elle, et perdait connaïssance. Puis elle parle seule, prononce des propos incohérents, dit entendre des voix. Elle se trouve bien ici, n’a à se plaindre de personne mais dit que le médecin l’ennuie en l’interrogeant. Elle énumère convenablement les objets qu’on lui montre, compte 5 + 5 = POMO USER OS B — 72: 6x7, = 4A2Y AS — 17 ; mais répond 262 quand on lui demande 21 — 6, dit qu’on lui a soufflé ce chiffre et il lui est finalement impossible de résoudre la soustraction. La malade manifeste de l'indifférence pour ses parents et ne demande pas à les voir.

L'examen physique ne révèle rien du côté des gros appareils ; les urines sont normales. On constate un tremblement de la langue et des extrémités. Les réflexes patellaires sont exagérés. Pas de troubles oculaires ni de la sensibilité,

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Après un mois de séjour, les règles supprimées depuis deux ans réapparaissent en même temps qu’une crise comitiale avec convulsions toniques et cliniques qui dure six minutes. La crise est suivie de stertor et on constate une morsure de la langue maïs pas de gâtisme.

Depuis son entrée, l’affaiblissement intellectuel a progressé d’une façon continue. La malade a eu à plusieurs reprises des impulsions violentes à frapper ; elle passait la plus grande partie de ses journées parlant seule, riant sans motif, accomplissant des gestes stéréotypés principalement celui de se balancer. L’indifférence émotionnelle s’est accentuée peu à peu au point que la malade ne faisait plus attention aux jours de visites et que la vue de ses parents ne lui causait aucun plaisir.

Voici par année le nombre des crises présentées par la malade pendant son séjour à la maison de santé :

ANNÉES NOMBRE DE CRISES ANNÉES | NOMBRE DE CRISES 1909 1 1918 8 1910 0 1919 4 1911 1 1920 9 1912 1 1921 | 6 1913 10 1922 | 1 Cet EU: | | | Etat actuel. — Après 13 ans d’internement, Mlle RE

âgée de 46 ans, présente peu de changement dans son état ; les crises comitiales restent rares. La malade passe son temps assise sur une chaise, ne s’occupant jamais à rien ; quoique peu soigneuse et négligée dans sa tenue, elle n’est pas gâteuse.

(1) Les années 1914-15-16 manquent ; les crises n'ayant pas été relevées régulièrement pendant la guerre,

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Quand on l’interroge, elle sourit béatement, tenant les paupières closes et agitées d’un clignotement constant. Elle ne répond aux questions posées que si on insiste ; à l’aide des textes de Binet et Simon on peut évaluer son niveau mental à celui d’un enfant de huit-ans. Indjfrérente pour ce qui l'entoure, elle ne maniteste aucun plaisir des visites de ses parents. Elle dit se trouver bien ici, y être heureuse et ne tient pas à retourner chez elle. Les réponses de la malade sont: entrecoupées de grimaces, de ‘sourires, parfois même d’éclats de rire et sont toujours puériles quand elles ne sont pas incohérentes. Ainsi, non seulement elle ne sait pas son âge, mais encore elle dit ou bien qu'elle a 29 ans ou bien qu’elle a 9 mois. Mile R... est toujours sujette à des phases d’excitation avec impulsions et se livre alors à des violences envers les autres malades ou les infirmières.

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