OBSERVATION VII
Démence précoce apparaissant à l’âge de 33 ans, chez une malade épileptique depuis l’âge de 24 ans. Disparition des accidents convulsifs. La malade est actuellement âgée de 37 ans.
Mme R.., âgée de 33 ans, entre à la Maison Nationale de Charenton le 21 novembre 1919,
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Antécédenis héréditaires. — Rien à signaler au point de vue mental dans les antécédents héréditaires ou collatéraux. Père mort tuberculeux; mère bien portante,
une sœur et un frère bien portants.
Antécédents personnels. — La malade n’a pas eu de convulsions ni de maladies graves pendant la première enfance, mais à 13 ans, elle est atteinte d’une chorée, à la suite de laquelle les médecins interdisent le séjour à la mer. Ces troubles nerveux auraient cessé rapidenent, mais en laissant après eux un état de nervosité inquiétant l’entourage. Réglée normalement jusqu’à la maladie actuelle pendant laquelle la malade est restée deux ans sans être réglée; actuellement règles normales.
Mariée en 1908, à l’âge de 22 ans, Mme R.. accouche, dans des conditions normales, d’un premier enfant, en juin 1909, puis d’un second, né prématurément au septième mois, en novembre 1910. Ces deux enfants sont actuellement bien portants, mais très nerveux. C’est au début de l’année suivante, à l’âge de 24 ans que la malade présente pour la première fois une crise épileptique et d’après les renseignements pris auprès de la famille, il est impossible de trouver une cause à cette crise convulsive. D’autres crises suivent bientôt, d’abord espacées, puis se répétant jusqu’à 5 fois par jour; elles s’accompagnent de perte de connaissance, de mouvements convulsifs, de morsure de la langue avec mousse sanguinolente aux lèvres, d'émission d'urine et sont suivies d’amnésie. La malade est d’ailleurs vue par un neurologue qui porte le diagnostic d’épilepsie.
En août 1911, Mme R.…. accouche, au sixième mois d’une nouvelle grossesse, d’un enfant mort-né et le même événement se reproduit dans des conditions identiques l’année suivante sans que ces deux grossesses “ient amené une suspension des crises. En 1918, par contre, ces dernières cessent spontanément et ne se reproduisent plus pendant un an,
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- Des troubles mentaux débutent soudainement le 1° juin 1919; à cette époque, Mme R.. revient précipitamment du Midi et présente une crise d’agitation violente avec hallucinations, au cours de laquelle elle crie : « au secours! ». et se défend contre des accusations imaginaires. La famille note aussi, à ce moment, des troubles de la mémoire, des idées bizarres, puis l’état d’agitation s’aggravant, la malade est internée d'office le 2 juin 1919, dans une maison de santé et transférée à la Maison Nationale de Charenton, le 21 novembre de la même année, avec le certificat suivant : « Est atteinte d’un état mélancolique avec idées délirantes polymorphes mystiques et d’indignité, de culpabilité, de persécution, d’empoisonnement, d'influence; fausses reconnaissances, humeur triste, inertie, mutisme, indifférence, gémissements, lamentations, crises de larmes, attitudes passionnelles, représentations mentales auditives et visuelles, agitation anxieuse fréquente, à prédominance nocturne, avec instabilité motrice, désordre des actes, impulsions violentes envers l’entourage, bris d'objets, refus d’aliments, alimentation presque continuelle à la sonde œsophagienne. Les troubles mentaux ainsi caractérisés rendent cette malade, qui a manifesté pendant plusieurs années des crises épileptiformes, dangereuse pour elle-même et pour autrui. D' A..». ù
Le certificat de 24 heures est ainsi conçu: « Est atteinte d’obnubilation intetlectuelle, avec négativisme, impulsions violentes, mutisme. Refus partiel des aliments. DM, 5
Examen direct, —— A son entrée, Mme R.… refuse de parler, reste étendue sur son lit, immobile, les yeux à demi ouverts, résiste à tout examen. Les réflexes patellaires sont vifs.
Depuis qu’elle est dans le service, la malade présente des périodes de dépression avec torpeut cérébrale, mutisme et refus des aliments, qui durent de quelques
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jours à quelques semaines. Entre ces périodes, elle passe par des phases de demi réveil pendant lesquelles elle parle sur un ton agressif, manifeste sa mauvaise humeur et prononce des mots incohérents, parfois enfin, elle est prise d'accès de colère subits, au cours desquels elle frappe les infirmières, brise les objets, puis retombe dans sa lorpeur et son mutisme habituels. La parole est explosive, entrecoupée d’éclats de rire; l'attitude dans ie lit, que la malade refuse de quitter est figée, mais sans catatonie. Il n’y a pas de suggestibilité, mais le négativisme est marqué. Les troubles du caractère se manifestent par des accès de violente colère, éclatant brusquement et s’accompagnant de pâleur de la face.
Mme R... présente à de rares instants des intervalles de calme pendant lesquels l’interrogatoire est possible ct permet d'apprécier son fond mental. On constate alors un affaiblissement marqué des facultés intellectuelles portant surtout sur la mémoire, le jugement et l’affectivité. La malade connaît la date de sa naissance, mais ignore depuis combien de temps elle est ici, ainsi que la date actuelle et ne sait où elle se trouve. Elle n’a pas conscience d’être ou*d’avoir été malade. L’indifférence émotionnelle est marquée, les sentiments affectifs sont très diminués.
On constate des idées délirantes polymorphes souvent absurdes, non systématisées. Au milieu de quelques idées vagues de persécution et d’empoisonnement, la malade raconte qu’elle a 40 enfants vivants, dont l’aîné a 20 ans: elle est encore enceinte actuellement de son mari, avec lequel « elle met les bouchées doubles ». Elle ne présente pas d’idées mystiques. On note quelques illusions de fausses reconnaissances, mais il ne semble pas y avoir d’allucinations ni d’interprétations.
L'examen physique ne révèle aucun stigmate congénital de dégénérescence; on ne trouve pas de traces de morsure de la langue; l'examen des gros appareils ne décèle rien de particulier, les urines ne contiennent ni
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