CHAPITRE HI
Diseussion pathogénique
Les cas que nous venons d'exposer ne peuvent être classés dans le groupe des déments épileptiques. Les troubles psychiques non seulement n’ont pas débuté après des crises comitiales, maïs ils sont apparus dans deux cas au moment où celles-ci devenaient de plus en plus rares. On ne peut admettre que les lésions corticales diffuses, substratum de tout état démentiel, ont été déterminées chez nos malades par les crises comitiales.
Nos observations ne peuvent être considérées comme des cas de démence précoce avec. épilepsie, puisque le mal comitial a disparu au moment où s’ins: {allait l’état démentiel. Si l’on ignorait les antécédents convulsifs de nos sujets, cliniquement on n’aurait aucune hésitation à les considérer comme des déments précoces. C’est, d’ailleurs, le seul diagnostic que l’on peut poser en présence de tels malades.
Leur état mental ne peut être assimilé aux troubles psychiques qui sont consécutifs aux accès épileptiques et qui sont en relation immédiate avec eux, ou aux accidents mentaux transitoires qui constituent lépilepsie larvée. La continuité même des troubles s’op-
SARL RS pose à ce diagnostic. De plus, le syndrome mental n’a rien de commun avec les délires violents, les crises de colère ou de fureur, des accès maniaques, les impulsions qui sont des équivalents des crises convulsives. De nombreux auteurs, et principalement les anciens, ont publié des observations très intéressantes dans les quelles les crises épileptiques convulsives cessent à un certain moment et sont remplacées ensuite uniquement par des accès d’épilepsie psychique. On a même décrit des cas d’attaques prolongées d’épilepsie larvée sous forme de Iypémanie avec mutisme (Franzolini et Celotti) (1), sous forme de délire paranoïde durant quelques semaïnes caractérisé par l'apparition d’une série d'idées délirantes plus ou moins systématisées (Bianchini) (2). Nos cas diffèrent complètement de ces observations puisque des troubles mentaux sont chroniques et revêtent l’aspect du syndrome de la démence précoce. Notre première malade est démente depuis 23 ans, da seconde depuis 9 ans, la troisième depuis 4 ans. Il est une particularité intéressante à relever, c’est que nos sujets continuent à présenter, malgré leur déchéance intellectuelle, des impulsions violentes si communes chez les épileptiques, mais aussi, il faut Je reconnaître, chez les déments précoces,
I ne reste done à discuter que les deux points suivants : n’y a-t-il eu chez nos malades qu'un simple rapport de succession entre Jde mal comitial et la démence précoce ? Peut-on admettre un lien pathologique entre les deux formes mentales ?
() F. Franzouni et F. CeLorri. Attaque prolongée d'épilepsie larvée sous forme de lyÿpémanie et de mutisme (Arch. ital. per le malaltie nervose, 1881).
@) Levi Braxcinr. Epilepsie paranoïde (Arch. di psich. neurop. anl'op. crim, e med. leg., juillet 1904, et Revue neurol., t, XII, 1904, p. 15).
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I n'est pas facile de répondre à ces deux questions et on ne peut faire à ce sujet que des hypothèses.
L'épilepsie et la démence précoces sont deux affections qui se développent sur un terrain dégénératif. Les auteurs qui, dans.la pathogénie des névroses et des psychoses, attribuent la plus grosse part à la prédisposition, interprèteraient ainsi la succession de l’épilepsie et de la démence précoce chez nos sujets. Cette explication pourrait être admise d'autant plus facilement que nos malades, par leurs antécédents héréditaires qui, chez tous sont chargés, rentrent évidemment dans le groupe des grands prédisposés.
Parmi les formes morbides qui composent le groupe des psychoses des prédisposés, centaines sont très voisines, felles par exemple lépilepsie, la démence précoce, da psychose périodique. De plus, les cas de transition entre ces syndromes sont si nombreux qu’on peut des confondre et qu’au début de leurs manifestations on ne peut prévoir dans quelle direction se fera l’évolution de l'affection mentale (D’Ormea et Alberti) (1). Ces considérations permettent d’expliquer comment, chez le même malade, on peut observer soit la succession, soit la coexistence de divers syndromes dégénératifs, entre autres l’épilepsie et la démence précoce.
Tout en attachant ainsi une grande influence au terrain, ne peut-on pas envisager le problème sous une autre face et chercher une explication basée sur des considérations anatomo-cliniques ? |
L’épilepsie n’est plus considérée comme une entité morbide, mais comme ur syndrome pouvant appa-
() A. p'OrRMÉA et A. ALBERTI. Sur les affinités cliniques entre la démence précoce, l’épilepsie et la folie maniaque dépressive (Note e Riv, de Psich., vol. 2, n° 2, avril-juin 1909, p. 145).