‹ De la Démence Précoce consécutive au mal comitialChapitre 8 sur 23 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Malade de 62 ans, démente précoce à 28 ans, épileptique à 33 ans. Diminution des crises sans modification du syndrome mental.

Mme B..., âgée de 33 ans, entre à la Maison Nationale de Charenton en décembre 1894.

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Antécédents héréditaires. —— Père mort à 78 ans, bien équilibré. Mère fantasque, ayant des idées orgueilleuses. Deux cousins germains du côté de la mère sont morts suicidés. Un frère aliéné, puis guéri, meurt à 44 ans; un autre frère, alcoolique, meurt à 50 ans.

Antécédents personnels. — D'une santé généralement bonne, a eu une instruction soignée. Quoique d’un caractère entier, elle était pourtant douce et plutôt bien équilibrée. Mariée à 26 ans, elle eût trois enfants morts-nés, la déception qu’elle éprouva de ces trois accidents semble avoir été très grande.

A 28 ans, Mme B. devient mélancolique, puis présente des crises nerveuses, pendant lesquelles elle énonce des idées de persécution. Elle accuse sa famille de ne plus l’aimer, se plaint qu’on l’abandonne, qu’on ne s'occupe pas d'elle. Ces crises, au début espacées et ne durant pas plus d’une heure, deviennent de plus en plus fréquentes. En même temps apparaissent des hallucinations de l’ouie : « on iui parlait de tout ». Devenue violente et menaçante envers les membres de sa famille, Mme B... est placée dans une maison de santé ouverte, où elle reste huit mois sans amélioration.

Après un séjour dans sa famille de deux à trois mois, il n’est plus possible de la garder, et Mme B.. est placée de nouveau à Suresnes. Toujours mélancolique et surtout persécutée, la malade présente à cette époque des idées de grandeur; elle se croit duchesse. Mme B... reste 4 à 5 ans à Suresnes, puis est transférée à la Maison Nationale de Charenton, en 1894, avec le certificat suivant : « Est ‘atteinte de délire mélancolique, avec idées de persécution, hallucinations de l’ouïe, troubles de la sensibilité générale, et périodes d’excitation, pendant lesquelles elle devient violente contre les personnes de son entourage. Suresnes, 24 décembre 1894. D' R... »

Les certificats de 24 heures et de quinzaine, en plus des troubles mentionnés dans le certificat d'admission,

TI Normes

hotent une diminution de la mémoire et précisent que le langage et les écrits de la malade sont incohérents.

Trois ans après son entrée à la Maïson Nationale, en décembre 1897, Mme B.…. présente une première crise épileptique; l’année suivante, la malade a de nouveau une crise convulsive, et bientôt les attaques épileptiques deviennent relativement fréquentes, se répétant au rythme de { à 3 par mois.

Incohérente et méfiante, la malade ne répond pas aux questions qu’on lui pose, repousse le médecin à la visite, craignant qu’on en veuille à ses affaires. Elle a dans sa chambre un berceau et une poupée, et, telle une enfant, elle s'amuse avec ces jouets, prenant soin de sa poupée, la couchant et ia berçant, ou bien la promenant dans ses bras, et elle se fâche quand on y touche. Assez fréquemment, elle présente des crises d’excitation, pendant lesquelles elle frappe les personnes de son entourage.

Actuellement, après 29 ans d’internement à la Maison Nationale, Mme B.. ne présente pas de changement. Agée de 62 ans, elle est en excellente santé physique; elle présente un certain degré d’obésité, remarquable en ce que la graisse est disposée d’une façon segmentaire, comme dans la maladie de Dercum, mais on ne constate aucun phénomène douloureux. Elle ne gâte pas et mange seule, quoique malproprement.

Lorsqu'on pénètre dans sa chambre, elle nous accueille par un flux de paroles incompréhensibles, parmi lesquelles on distingue cependant : « laissez-moi tranquille! ». On a l'impression que la malade parle une langue étrangère, très vite et sur un ton de colère. Elle manipule un journal en tous sens, sans paraître s’y intéresser, et fait avec les lèvres un geste stéréotypé, qui donne l'impression auditive d’un baiser à vide. Elle a toujours sa poupée dans sa chambre et continue à s’en amuser, sans permettre qu'on y touche. Elle s’occupe également d’une tapisserie, à laquelle elle travaille d’une

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façon automatique, avec une aiguille après laquelle elle ne met pas de laine.

Au cours de l’interrogatoire, Mme B.… présente plusieurs fois des mouvements de colère et nous menace du poing.

Les attaques épileptiques sont maintenant plus rares; on en note : 4 en 1921, 5 en 1922, et aucune depuis le début de 1923.

La démence épileptique, qu’elle soit consécutive à des accès convulsifs fréquemment répétés ou à de simples vertiges, est un aboutissant commun de lépilepsie. Elle présente Ia particularité d’être progressive et de frapper surtout des sujets jeunes. Suivant l’âge du sujet chez qui s’installe cette démence épileptique, elle revêt des formes bien distinctes :

« 1° Quand l’affaiblissement intellectuel survient dans les premières années de la vie, les malades ressemblent à des idiots congénitaux ;

« 2° Quand la démence survient avant la puberté, les malades ressemblent à des imbéciles ;

3° Quand la démence survient à la puberté ou dans les quelques années qui la suivent, les malades ressemblent à des déments précoces » (1).

Ainsi, il existe des épileptiques chez qui, à l’âge de ‘la puberté, ou dans les quelques années suivantes, se développe une démence présentant les caractères de la démence précoce. Chez ces malades, on constate un affaiblissement intellectuel spécial, respectant pendant un temps les acquisitions antérieures; le malade continue à savoir lire et écrire, conserve le souvenir

(1) L. MarcHanp. Epilepsie et démence épileptique (In Rev. de psychiaitrie, 1907, p. 231).

ot) Lee

de ce qu’il a appris. Le trouble consiste surtout en une apathie que rien ne saurait vaincre, le malade restant des heures sans bouger. Les sentiments affectifs s’affaiblissent et tendent à disparaître. Des idées délirantes peuvent même s'installer, mais jamais dans ce cas le délire ne sera coordonné, trahissant par là l’affaiblissement intellectuel. Les impulsions et les crises de colère avec violences et bris d'objets sont fréquentes. ;

Dans ces cas d'association de la démence et de l’épilepsie, les rapports entre la psychose et la névrose sont variables : ou bien l’épilepsie et la démence suivent une marche parallèle, ou bien la démence se développe progressivement sans que l’on puisse noter de modification dans les manifestations comitiales, ou bien encore au fur et à mesure que la démence s’installe, les crises convulsives ou les vertiges diminuent de nombre jusqu’à n'être plus au bout d’un certain temps que des manifestations relativement rares de la névrose primitive. L'observation suivante d’une malade de 46 ans, épileptique depuis l’âge de 10 ans et demi, démente à 31 ans, qui ne présente plus actuellement qu'une crise par an, est particulièrement caractéristique.

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