‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la LigueChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE II, 8 IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, 8 IV

(le Mayenne, de Monlpensier et de Nemours st' promenèrent (juolidieniiemc^nt dans la rue, iK)ur encoura^^rr la foule.

Mais c'iUail surtout sur les orateurs qu'on complait. Oeuxci ne parlaient <|ur de patience, aiinoiieant toujours que dans une semaiiMî au plus tard ou aurait du secours. .Mais les semaines s'itonilaient; les ressources man(|uaieiit absolument, smisdislhii'tion; tant, dit Mallhieu, ^ cesoiMteurscliarmoinit en (|uel(|ne l'aboli la langue |H)nr se plaindre et l'estomac pour aboyer après le pain (1). »

On peut ju^er de raelivilt' du clerj;é par ee tra^Muent d'une lettre de Pani^arolle au duc de Savoie : « Ils prêchent deux fois par jour en chacune éj;lise avec telle menée qu'ils ont eonlirmé le [)euple à cette résolution de vouloir plutôt mourir que de se rendre, et menacent le premier qui parleroil de composition ; et les femmes protestent a leurs maris que plutôt que de se rendre par famine, elles voudroientjmanji:er tous leurs enfants; le roy même de Navarre a confessé plusieurs fois que tout son mal vient des prédicateurs et des curez (4). »

A défaut de pain, on allait h Téglise chercher des indulgences; et quand les bouriieois sortaient du sermon, avec l'assurance que Henri IV détruirait Paris s'il le prenait (3), et que le ciel leur était assuré en cas de mort, ils rapportaient toujours chez eux Tespérance et la résignation , ils croyaient à leur propre héroïsme et assimilaient le blocus de Paris au siège de Jérusalem. Ils avaient surtout la plus grande confiance dans Christin, le missionnaire savoyard (4).

Le docteur Boucher, pour détourner l'attention des misères

(1) MaUhieu, Hist. de France, t. II, p. 44.

(2) Ap. Mèm. iV Estât recueillis de divers mss. en suite de ceux de M. de Villeroy. Paris, Thiboust, 16^2:2, in-8o, p. 611.

(3) Ihid., p. 33 A.

(4^ «... Principalmente Pietro Christino, che conteneva in fedeniaratilmente queUe genti nella speranza delsoccorso... » (Filippo Pigafelta. Relatioue delV assedio di Parigi, 1591, in-S^, p. 42. — Biblioth. Maza> rine, 21,229.)

198 LRS PnKDICATEURS DE LA LIGUE.

qui accahlaicni cliaque famille, proposa dans une assemblée de rH6lel-de- Ville de vouer la capitale h Nolre-Dame-de- Loretle, et, après la di^'livrance, de lui faire présent d*une lampe d arfj;ent pesant 300 mai'cs. Le vœu fut fiit le lende- ]nain par le prévofîides marchands et les dchevins, dans la cathédrale, en présence du Légat. Mais Cayet remarque que, le péril passé, personne ne se souvint de tenir parole; il n'y eut qu'un bourgeois qui donna quelque argent à deux religieux feuillants, pour aller à Lorette faire quelques dévolions (i).

On voit si laVpiété était sincère. Ce n'était là qu'un moyen de distraire et de] faire prendre patience. Paris se voyait réduit à la dernière extrémité : « On ne rencontroit par la ville, dit un témoin oculaire, que chaudières d'herbes cuites sans sel., marmites de chair de cheval, âne et mulet... les cuirs même se vendoient cuits... J'ai vu manger des chiens morts tout crus parmi les rues, ainsi que des os de chien moulus... (2). » On fit même du pain avec des os de mort et une mère mangea son enfant. Trente mille personnes moururent de faim en trois mois. Des reptiles couraient dans les rues désertes , et PanigaroUe disait que « c'estoit un effet de magie et une illusion du diable pour décourager les catholiques (3). » On manquait même de munitions, et les curés firent fondre les cloches et les plombs des églises pour faire des balles. Les vases sacrés furent vendus, afin de distribuer quelque farine au peuple; mais le peuple fatigué commençait à crier : Du pain ou la paix! La parole des prédicateurs, qui avait seule] (tous les témoignages sont unanimes sur ce point) fait résister la foule jusque-là (4^, allait n'être plus écoutée.

(1) Palma Cayet, Chronuî. iiovcnuatrc. up. Petitot, si^r. 1, tom, XL. p. 100.

(2) Mém. de la Ligue, t. IV, p. i>«)7.

(3) Lestoile, Journal de Henri IV, p. To lî.

(4) « ... Ne punto la fè diminuiva aUi predicaloii, el si puo dire clie siano stati in gran parte essi cagione délia perseveranti:\ et patientiade' Parigini... » (Pigafetta, Inc. ciL. p. 91.)

aiAPiTnE II, S ^- 1^3

Hiiilhîs (It's njyalislrs. — <îlmi le do Saiiicle-i rondaiiino a la «irlon (ion |iorp(^tii(>llc. - Jouno tnoitio pondu \ ChartruN pour un Keul mol. — Dadro ri Uv\\\ H/dirrl A Houcii. • I.n ininlHln* hrnorl à Li

Uochollo. -- lîne Sorl»" di- Iniiin se r«'I»-'iiid t'\ mi nssi-l.' fi.ir I i:iiii»r

aux sonnons.

\à\ (\\\c iW Parme, l'ciirii à Mayenne, vint fort ii pi'opos taire lever le sii'pe. HtMU'i IV tenta vainement, et à deux reprises, (le surprendre Paris. Il l'ut forci^. à la retraite, forn; d\'il!er {guerroyer obscurément en [)rovince, et , durant une lon^^uc ann(!c (lolH), de ne point essayer de jurandes entreprises, de se résigner à une eam|)agnc de partisan.

Les Seize triomphèrent avec clameurs de la levée du sié;îe : les chaires retentirent de bénédictions. On a de Panigarolle trois sermons italiens (1) prêches alors, et qui respirent la jubilation (^). 1/évèque d'Asti appelle Paris sa ville, et les bourgeois ses enfants, rarigi mio, Parirjinl m\ei cari!

Selon lui, la levée du siège est une heureuse faveur de Dieu , un vrai miracle. Les athées ont beau attribuer cet événement au hasard ; les philosophes au cours naturel des choses; les Politiques s'efforcent en vain de le rapporter à la raison iVÉtat ; les militaires à la valeur du duc de Parme; les tlatteurs aux combinaisons habiles des chefs : ce sont là des blasphèmes. Dieu est intervenu seul et directement dans celte grande affaire.

(1) Tre prediclic di monsignor Panigarola faite du lut in Parigt, Asti, 1592, in-So. (Arsenal, 6685 T.)

(2) Le Duchat dit, dans ses notes sur la Confess. de ^amy ^p. 367 et suiv.) : « Il y a de Panigarolle un vol. in-4o de sermons violents qu'il prononça à Paris. Ces sermons sont imprimés à Lyon avec privilège de Mayenne. » Ce volume n'existe dans^iucune des bibliothèques de Paris. Panigarolle était polygraphe fécond. Argelati, dans sa Bibliolh. Script. 31cdioL, ne cite pas moins de quatre-vingt-dix-sept ouvrages de lui. L'évèque d'Asti avait morne fait des épigrammes. On peut voir ce qu'en a imité Ménage [Menagiana, éd. de 1714, t. 1, p. ^6S).

200 LES PR]%niCATEURS DE LA LIGUE.

tf Qa'on s^ rappelle, dit Tévèque d'Asli, les souffrances de la famine. Il n'y avoit ni viande, ni poisson, ni laitage, ni fruits, ni légumes. Je dirais presque qu'il n'y avait ni soleil, ni ciel, ni air. J'ai vu une mère dont l'enfant agonisait sur son sein desséché , et qui, mourante elle-même, semblait mourir deux fois. Qu'on parie maintenant du siège deBéthulie, du siège de Jérusalem ; qu'on parle de Titus et de Sennacherib ! 'C'est un miracle (1). »

Panigarolle n'épargne pas les flatteries aux Parisiens. Il compare leurs souffrances à celles du Christ, et il les engage à persévérer. Ce ne sont pas les Gédéon, ce ne sont pas les Macchabées qui leur manquent (2). Ils ont l'appui suprême du pape, qui leur accorde un jubilé spécial; ils ont Texcellent légat Gaëtano. Tout est pour eux. Qu'ils se vengent donc, qu'ils se vengent de cette milice d'Elisabeth, qui a empreint ses cruautés en lettres de sang dans leurs faubourgs, a scritto conil sancjue ne foborghi vostri; » qu'ils se vengent surtout des Politiques et de ce Béarnais que l'Écriture avait représenté d'avance dans Achab : Rè di Navarra rappreseutato in Acliabbe, Plutôt mourir que de céder!

Voilà le langage réservé que l'évêque d'Asti tenait dans les chaires de Paris, et cependant il terminait ses sermons belliqueux par une parole de paix adressée à ses auditeurs : Andate in pace.

Dans la joie que lui causait la fin du siège, Panigarolle se ressouvint de son diocèse, et, le 4 septembre 1390, il adressa à ses (idèles un manifeste (3) sur la délivrance de Paris, leur assurant que toute la chrétienté allait profiter de ce grand événement, et que la ville d'Asti elle-même, fort intéressée dans la question, devait se hâter de faire des processions, d'adresser des actions de grâces.

Cela fait, le compagnon de Gaëtano repartit en Italie et

(1) V. Tre prediche, p. 08, 59 el 60.

(2) Pag. 21.

(3) Lettere di Panigarola, 1629, in-80, pag. 43 e seg.

Page 1