‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la LigueChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE II, § V. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, § V. SOI

disparut de la scr'ne politique pour aller mourir obscurément dans son év<^ché (1).

Laissons Pani^arollr passer les Alpcîi, et revenons un instant vers rarmrc; du H<'ariïais.

La(!ond;nnnalion d<' ['(W^miui' d'Iivreux, I un des phisardenls prAlicalenrs de la Li^-ue, fui, à («'lie date, le seul fait notable do riiisloiie niililaire de Henri IV dans ses rapports avec la chaire.

(ilaude de Sainetes était né dans le Perch, en 1625 (2). Protéj,^»' du cardinal d(î Lorraine, il fut employé par (îatlierine de Médieis au colhMjue de Poissy. En 1575, Charles IX le nomma évéque d'Évrt;nx. De Sainetes parut avec dislinclion au concile de Trente et aux premiers Ktats de Blois. Dès lors il avait le jroùt de la controverse, il écrivait des livres sur rEucharislie et se disiin^^uait par son amertume implacable contre les calvinistes (3). Les doctrines monarclmiues, qu'il avait ouvertement soutenues dans un livre intitulé Doctrine lie la fou catholique, faisaient souvent Tobjet de ses sermons, et il se plaisait h enseigjner en chaire (ce que n*ont pas remarqué ses biographes) « qu'on ne peut se rebeller contre son roy pour aucun prétexte (4). » Malgré ces engagements. De Sainetes se jeta des premiers et en forcené dans rUnion: ses prédications entraîn^rent tout son diocèse. Dès 1589 , Boucher , dans son traité sur la déchéance de Henri III, s'appuyait de. l'autorité de De Sainetes, « Notissinjus il le doctrinœ et eruditionis episcopus (5). y> Ce prélat

(1) Panigarolle mourut à Asti, en mai 1594, à l'âge de quarante-six ans. On le crut empoisonné. Bellarmin le fait mourir d'une indigestion. V' Weiss, Bioij. T». t. XXXII.

(2) Moreri et Bayle.

i3) Le Brasseur, Hisi. civ. et ceci, du comté d'Évreux. Paris, 1722, in- 40, pag. 353 et sui\*

(4) W De Morenne, Orah. fun. de Henri III, 1595, in 8. p. 17 et 18.

(5) De justa Henri III nbd., éd. de Lyon, p. 375. Boucher semble faire à De Sainetes un honneur de son ingratitude. L'évéque d'É\reux, à ce qu'il paraît, avait été attaché près la personne de Henri III, quand ce prince était enfant : Puero quondam monitor datas fuerat.

poussait si loin le fanatisme qu'au dire du Galliq christiana il avait vendu Thôtel de Tévêché d'Évreux au profit de rUnion, ad subveniendum factiosis. Sa haine contre Henri IV était si ardente que, se donnant des airs de pape, il publia contre le Béarnais un bref fort étendu (1), auquel sa réputation de théologien profond donna quelque crédit. Famnsiis theolofiiiSy dit De Thou, replis partibus infestissimus.

Quand Évreux eut traité avec Biron, IJie Sainctes se réfugia à I.ouviers ; mais Henri IV prit ])ientôt cette ville et en même temps Claude de Sainctes. Les agents du roi s'emparèrent des livres de Tévêque et découvrirent dans ses papiers un écrit oii il justifiait l'assassinat de Henri III et oh il établissait la nécessité de tuer le Béarnais.

Envoyé à Caen sous bonne escorte, le prélat s'obstina à défendre ses opinions, et fut sur le point d'être mis à mort ; parumres ab executione abfidt. Sur les instances du cardinal de Bourbon, De Sainctes cependant ne fut condamné qu'à une prison perpétuelle (!2). On le mena au château de Grèvecœur, près Lisieux, et il y mourut bientôt (3). Henri IV donna sa succession épiscopale à Du Perron.

Malgré ces vengeances, la position de Henri IV n'était pas brillante, il n'avait d'espérance que dans le nombre des ambitions contradictoires. Les Espagnols et les Seize à Paris ; Mercœur, en Bretagne ; le duc de Savoie, en Provence ; Lesdiguières, en Dauphiné; Montmorency ainsi que Joyeuse, en Languedoc, l'un au nom du roi, l'autre au nom de la Ligue, visaient à un pouvoir indépendant. Les prétentions du fils de Henri de Guise, récemment échappé de sa prison, et celles

(1) Paris, Bichon, 1591, in -S® de 30 pages.

(2) Thuan. Ilist., 1. CI, g 13; t. V, p. 65. — Cf. 3Iém. de la Ligue, t. V, pag. 104.

(3) Launoy, qui, dans son Hisl. du coll. de Navarre, a consacré une longue notice à De Sainctes, se contente de dire : « Sic viruin tantum et ecclesiae olim lam bene meriluni periisse valde dolendum nisi pereundi causa id juste postulasse!. » (Op., t. VII, p. 653, et suiv.) Cet optimisme fâche un peu Bayle.

CnAPITBE II, § V. ?n?

(lu j(îiino (Mrdinal de Roiirhon. (|ui nss;iyait rl«; créei un in t parti, (;()in|)li(|ii:ii('Ml ciicon* la situation.

Ce qui occupa rt rrniplit vvAW plias(* de la lÀv^uo, at furcnl surtout les iiilrif^Mies des a^çenfs de IMiili|ipe II, Taxi^ el l)i(^go dtî Ybarra, les iiioniloires du noucv, aa:ept(}s ou contredits par les parlements et les ('vè(|ues. les correspondances des It^gats Oaëlano. Se^M (depuis cardinal de Plaisance) cl Landi'iano.

Dans son inipuissan(;e d(^ laire alors la guerre avec succès, Henri IV s'edorça de };apner du terrain par la terreur. Ainsi, après la prise de (lliartres, ville dont 1^' cler^n* lui «''(ail si (lévou(^ ([U(\ Mayenne avait T'Ki ol)li^^é d'aflicher luiniènie la huile (rexconnnunicalioii, il exila cin(| prédicateurs. Je trouve nuMue dans un historien de cette cité le trait suivant :

u Louise de (Ihamhes, prieure des filles de Dieu, renconlranl un novice qui déjeunait et 1^ connaissiint d'une humeur enjouée, s'avisa de lui dire qu'il avait tort de s'enfermer dans un monastère ; qu'avec sa bonne mine il pouvait avantageusement figurer dans le monde et s'avancer dans les armées. -—Je ne demanderais pas mieux que de servir, pourvu que ce soit contre les hui^^uenots. — Quoi ! vous voudriez donc bien tuer le roi ? — Pourquoi non ? n'est-il pas liuguenot? — La prieure alla aussitôt, avec un chanoine nommé Daniel du Cormier, parent de Rabelais, dénoncer ce propos au gouverneur de la ville. Le jeune religieux fut aussitôt arrêté et pendu sur la place (1).

On a assez assisté aux excès de la Ligue ; voilà maintenant les tristes représailles des royalistes. Il est piquant de voir un parent de Rabelais s y mêler. Il semble que l'auteur même du Gargantua eût été plus indulgent.

Mais les royalistes avaient beau sévir et ftiire çà et là des exemples parmi les prédicateurs ; presque toutes les chaires

(1) Chevard, flisf. de Chartres, an x, iii-8", t. Il , pag. 4i», 455,

20 i LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.

des provinces leur étaient hostiles, presque tout le clergé défavorable. La prise de Louviers et la réclusion de Claude de Sainctes n'effraya ni ne contint les prêtres des environs. Ainsi, dans la vilh^ de Rouen, à quelques semaines de là, le pénitencier Jean Dadré faisait jurer h tous ses auditeurs de «r mourir jusqu'au dernier plutôt que de se rendre (1), » et Martin Hébert, curé de Saint-Patrice de la môme ville, tuait de sa main, dans une seule sortie, dix-sept soldats de l'armée royale (2).

Outre cette supériorité d'influence, tout l'avantage pécuniaire était du côté des ligueurs. Ils avaient l'argent de Philippe II, les cotisations des confréries, les ressources des municipalités, les revenus de la maison de Lorraine. Henri IV, au contraire, manquait de ressources. Quand l'ordre du clergé breton, lors des États de la province tenus à Rennes, consentit libéralement à lever une dime sur les bénéfices, cela fut regardé comme une étrange exception (3). Les protestants eux-mêmes foisaient comme les catholiques avaient fait aux États de Blois. Les députés de Blois voulaient que Henri III ruinât le calvinisme sans impôts ; les calvinistes, à leur tour, voulaient que Henri IV ruinât la Ligue sans leur demander un sou. Ainsi, le Béarnais ayant réclamé de La Rochelle, la ville réformée par excellence, un secours de vingt mille écus, le ministre Denort invectiva si bien en chaire que, malgré les magistrats, la somme ne fut pas payée (4). '

De toute manière le succès restait à l'Union, à ses prédicateurs. Dans toutes les villes , les sermons ligueurs devenaient une obligation, une sorte de devoir auxquels on n'osait plus se soustraire. « Les gens de bien, dit un histo-

(i) Le Duciiat, not. ad Ménipp., t. Il, p. 354.

(2) Hist. de RoueUy par S"*, avocat au parlement, 177S, in-12, t. II, pag. 80.

(3) Des Fontaine, Hist. de la Ligue en Bretagne, 1739, in-12, t. I, pag. 281.

{A\ Arcère, Hist. de La Rochelle, 1757, in-4<>, t. II, p. 73.

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rien, ëloienl lorcésiry aller pour tWiler ixiril de mon ou pn son et pillage de leurs maisons; et si n'osoit-on dire m |*;irlerlrop haut des extravagances decespreselieurs (i). » Il y eut doue des lors une sorte de /cnr/zr organisée (2). l^ cliaire était iransroriiK'e en trihune, l'église en salle de club.

On sent ijn'il faudra bien des luttes encore pour arriver à une Iransaclioii délinitive, à la tolérance religieuse, en un mot ù redit de Nantes.

(1) Journ. de Henri IV, p. tiH B (Suppl. de 1719).

(2) Celle Trrreur n'osl pas un fait iiiv«Milé apnfs coup. A Abbevillc, par exemple, dus avant la inurl de ll(;iiri III, on ouvnl à l'fchevinago des registres publics pt»ur les dénonciations. Li'i iusprctt furent arrêtés el les pr«'>ln's royalisti-s enferm^-s par \v<. moines dans le pri» iir»' de St-PiorrH. l'n pt'U plus lard, il y eut des visit»'s domiciliaires; on établit des corps do garde d la porte de l'égliso do St-NValfran, el des prùUes, munis d»* mousquets, vinrent y iiire faction. iV. Louandre père. Hitt ,1'AbhrrHlr. ÏHM. in-S.. p. 31(1 ri suiv.'

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