CHAPITRE III
DEPUIS LA LEVÉE DU SIÈGE DE PARIS JUSQU*A L'aBJURATIOIS
DE HEMU IV.
Dissidences parmi les prédicateurs parisiens. — Sermons sur le siège de Chartres. — Violences d'Aubry. — Premières attaques contre Mayenne. — Proscriptions exigées pat- les prédicateurs. — Déclamalions contre Henri IV. — Vaincs tentalives de Prévost et de Chavagnac. — L'archevêque de iiondi quitte Paris. — Bulles et doctrines ultramon laines.
Parles sermons des prédicateurs parisiens on a, pour ainsi dire, l'histoire intérieure de la Ligue. Les intrigues, les pas-^ sions, les haines, les allées et venues des partis s'y traduisent fidèlement ; et chaque jour la mobilité des opinions ou l'entêtement des intérêts se trahissent sans honte par la violence du langage. Je ne crois pas exagérer en disant que la chaire fut à la fois ce qu'ont été depuis la presse et la tribune aux époques révolutionnaires ; on y annonçait les nouvelles, on y attaquait les personnes, on y discutait les intérêts de l'État.
A l'époque précise à laquelle nous sommes arrivés, l'accord n'était déjà plus parmi les puissants curés de ces paroisses populaires. Les uns penchaient vers TEspagne, les autres vers Mayenne, les autres vers le jeune duc de Guise échappé de sa prison de Tours : le plus grand nombre voulait l'omnipotence des Seize, une sorte de gouvernement municipal composé de petits bourgeois et de théologiens, qui auraient d'abord constaté leur autorité par des proscriptions, et affermi
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celle (h^inocralie iIh!()( raliqiK* par une nouvelle Sainl-llarllirlcmy des niod- 1'^; rar celle fois il élail à peine question des calviiiisles. iNoiis en viîrrons |)lnsi(îurs se prrciiiilrr dans un parli, puis rahandoniier loul à coup. On doil s'allendre à loules les incoiisc(|ijcnces, à loules les conlradiclions. il s'agissail avanl loiil de réussir, de rf^ussir en dehors de la eoncilialion cl du {{(îaniais; aussi dès (ju'une colerie rega- Kiiail des chances, la pluparl s'y rejelaienl-ils violemni^îni pour aller ailleurs, aussiiOl (|ue des offres plus avanlageuses leur éUiient faites.
Dans les premiers mois de ISîil, les sermons n'avaienl qu»deux buis : discrédiler Hijuii IV, ap|)eler la vengeance du peuple sur les Poliliiiues.
Chartres était la seconde ville de la Lii;ue. Quand le béarnais alla l'assiéger, ce lut un renouvellement de malédictions, une recrudescence incroyable d'injures.
Deux fois par jour, dans chaque chaire, on lisait les lettres arrivées de Chartres ; deux fois on faisait des vœux ardents pour cette citadelle de rUnion.
Cela commença dès le 7 mars. L'évangile du jour était l'histoire de la Cananéenne. Tous les prédicateurs, sans exception, y virent une allégorie. Paris, c'était la Cananéenne; Chartres, c'était sa fdle; et le diable qui Tobsédait, c'était le roi de Navarre (l). Il fallait prier le Christ et l'importuner pour la délivrance de cette malheureuse.
Comme le peuple se fut lassé de vœux sans succès, on lui annonçait des nouvelles imaginaires. Commelet, par exemple, frappant du pied dans sa chaire et gesticulant avec les convulsions qui lui étaient familières (2"), annonça (ce qu'il
vl) Lestoile, Journ. do Henri IV, p. 44 B.
(2) Ibid., p. 47 B. — « Commelet fait des grimaces de possédé en prêchant. » [Mem. de Co}}d'', t. VI, part. ïll, p. 251.) — On lit aussi dans la Bibl. de madame de Montpensier, pamphlet déjà eilé : « Les grimaces raccourcies du P. Commelet, jésuite, mises en tablature, par deux filles dévotes d'Amiens. » {Journ. de Henri III. p. :243 A.)
savait être faux) que du renfort était arrivé dans Chartres, et il s'écria : a Va te pendre, va te pendre, va te pendre, te dy-je encore un coup, Politique ! Ton Béarnois est bien penaud; il est entré du secours, maljçré sa moustache et ses dents. » Et, comme dit Lestoile, cela amusait les manants, ces manants qui, tout à l'heure, animés par tous ces sermons, essaieront de substituer le despotisme révolutionnaire des Seize à l'autorité de Mayenne.
Il fallait bien mêler les Politiques aux échecs de la Ligue et les rendre complices de la fortune qui trahissait l'Union. Aubry annonça hautement, le 15 avril, que Chartres avait été vendue par les modérés, et il ajouta : « Mes amis, si jamais ce méchant relaps et excommunié entre dans Paris, il nous ostera nostre saincte messe, fera de nos églises des estables à ses chevaux, tuera nos prestres et fera de nos ornements des chausses et des livrées à ses pages. » A quoi, dit D. Félibien, il ajouta par un blasphème horrible : a Et cela est si vrai comme est vrai le Dieu que je vais manger et recevoir (1). » On conçoit qu'après d'aussi calomnieuses affirmations, le peuple de Paris refusât de croire à la conversion de Henri IV, qui déjà pourtant parlait de se faire instruire.
Chartres fut prise le 19; et ce jour même néanmoins, Y Italien qui prêchait à la Sainte-Chapelle (ce ne pouvait être Panigarolle, nous avons vu qu'il était poli dans son langage, et d'ailleurs il était parti) engagea son âme au diable que jamais cette ville ne céderait (2). Voilà par quelles promesses se laissaient abuser les crédules auditeurs. On s'attendait cependant avec certitude à une capitulation, car Rose avait dit, quelques jours auparavant, que les ligueurs de Chartres
(1) Félibien, Hht. de Paris, t. II, p. 1^201. — Cf. Lestoile, Jouni. de Henri IV, p. 49 A.
(2) Journal de Henri IV y p. 48. — On ne peut citer tous les cyniques blasphèmes, toutes les allusions éhontées aux amours du roi que rappelle naïvement Lestoile.
niAiMriiK m, }ii i.
n'avaionl (iiiun nioyrn (IViiiixtIkt leurs conciloyens politiques (le hrussn' cette infâme eumpusition, et (jue c'éLùl de UMir e(furir sus et de; les trunspereer à coups d'épée (1).
Quand ce nouveau triomphe de Henri IV Tul enfin connu à Paris, tous les pràlicaleurs se nipandirenl en désolalions. e.n reproches. Ils prirent Noire- Dame à partie, l'accusant de les avoir abaiidoiiiK^s, mal^Mi' lant de prières et tant d'oiïrandes; et ces piteuses apostrophes faisaient phîurer toutes les femmes.
Aux larmes succédèrent les invectives. Tout le monde en eut sa |)art. L(; duc de Mayeime cormnença à recevoir des coups (le bec dans les chaires , et on disait tout bas qu'il ne si'uvoit faire la guerre qu'aux bouteilles (!2). On le voit, les chcts de l'Union eux-mêmes n'étaient plus épargnés; la division éclatait, et un soulèvement populaire au profit des Seize, au profil des curés, était imminent.
Mais c'est surtout contre le parti des modérés, contre les Politiques, qu'on se mit à tonner dans toutes les églises. Déjà, durant le siège de Chartres, Boucher, qui prêchait le Ciirème à Saint-Germain-rAuN.errois, avait dit qu'il fallait tout tuer, et qu'il était grandement temps de mettre la main à la serpe (S) et à." exterminer ceux du parlement et autres. Il fut si au long question de sang et boucherie^ dans un de ces sermons du curé de Saint-Benoit, qu'un conseiller de la cour, ami de Lestoile, voyant ces gestes et paroles atroces, désirait se sauver du milieu de cette foule qui écoutait, de peur que Boucher « ne descendît de sa chaire pour saisir
(1) CueiUy tint le même langage que Rose, et accusa entre autres M. de Grammont, qui était à Chartres, d'être un traître. 11 lui en fit depuis des excuses. Mais M. de Grammont se contenta de considérer la forme de sa teste ^ et de lui dire : « Je vois bien à vostre teste que vous n'estes guère sage^ » et il le renvoya de cette façon. Ibid., p. 51 B.
(2) Ibid., p. 50.
(3) Anne d'Urfé avait écrit la même chose aux échevins de Lyon.
« Il faut y mettre le rasouer. « (Aug. Bernard, Les jOTr/e, 1839, in-8, page 390.)
210 LBS PRÉDICATEURS DE l\ LIGUE.
(|uelque Politiijue au collet et le manger à belles dents (1). » Le duc de Mayenne, effrayé et n'os^mt résister à cette fureur aveugle, envoya des lettres de cacheta plusieurs magistrats avec ordre de sortir de Paris. Les i)rovocateurs applaudirent, maisen se plaignant amèrement de la mollesse du lieutenant général, et en excitant le peuple à continuer Im-mèmi^ ces insuifisanlos proscriptions.
Lorsque Henri IV eut pris Chartres, qui lui appartenait par droit canon, comme il répondait plaisamment aux compliments du maytur sur son droit divin, les prédicateurs, exaspérés, imitèrent tous le ton de Boucher contre les modérés {2). Rose dit qu'une saignée de Saint-Barthélémy était nécessaire, et qu'il fallait par là couper la gorge à la maladie; Commolet, que la mort des Politiques était la vie des Catholiques; Aubry, qu il marcherait le premier pour les aller égorger; Cueilly, qu'il voulait qu'on se saisît de tous ceux qu'on verrait rire ; et Guincestre, qu'on eût à jeter à l'eau tous les demandeurs de nouvelles.
Le roi, on se Timagine, n'était pas oublié, et on le traitait comme naguère Henri HL xiubry fit une procession spéciale « pour prier monsieur saint Jacques, le bon saint, de donner de son bourdon sur la teste à ce diable de Béarnois, et de Tescrazer là devant tout le monde. » Jean Dadré, pénitencier de Rouen, prêchant à Saint-Ouen de Paris, après une procession obhgatoire, fit lever la main au peuple de plutôt mourir que de jamais reconnaître Henri de Bourbon pour roi de France. Boucher, à son tour, assura qu'il l'eût voulu estrangler de ses deux mains, et quand il sut que le roi songeait sérieusement à se faire catholique, il dit qu'il renouvelait le dragon roux de l'Apocalypse, et que sa mère était une louve. Ce lut à qui entasserait le plus d'épithètes immondes. Bâtard, roi des boues de la Beauce, bouc Je me lasse de co-
(1) ïbid, p. 45 A, 46 A.
{"2) Félibien, Hisf. de Paris, tom. II, pag. 1202.
CIIVPITKK III, S I. 2H
pirr ('(is grossit»ro!«^, que Lostoilo, d.'ins sa honlioiiiM' un |mîu havanir, ne se lass(î pas do ivproduin*, dajHvs liose, (loiiiiiM'Iol, l.ncH'iin, Auhrv et surloul Ciieilly, « qui n'avoil pas en joule sa teste (dit ^anllali^le ^ausseur, qui iri imite u\\ peu h lan^ajce doni il se rnn(|u«') plus de cervelle qu'il va\ faudroif pour Trire un ceuf (I). » (l'est avec a*lte <'»loquenc4î de c;irre- Ibur qu'on faisait les émeutes.
Les mod(^i'és i^lnent de plus en plus forc<'îs dassister à ces sennons,car c\'stoit uni' maniue de hUitique de ne s'y poinl trouver.
Les deu\ ou trois pn'Mlicalciirs royalistes essayaient en vain de Iul4ei'. IMévusl, s'étant avisé un jour d'appeler les Seize des larrons, ne put continuer. Les mutins se mirent à sonner les cloehes, et, au sortir de l'église, un avociit dit qu'il lui l'allail faire prendre l'air, et un voisin de la paroisse était d'avis de le trainer à la voirie. Chavagnac aussi, que les ligueurs avaient suinominé le ministre, osa, combien qu'il fust menasse, s'écrier contre les voleurs qui, sous le nom do Gilholiques, pillaient impunément les maisons, et il ajouta : « CeUiy qui demande d*eslre instruit n*est pas hérétique, mais ceux-là qui lui refusent l'instruction. » C'était une allusion îi Henri IV, et le duc de Mayenne, furieux, fit dire au curé de Saint-Sulpice qu'il prit garde, ou qu'il lui ferait ;;/rm/r(' despilures (2).
Le clergé ligueur était donc maître de la place. Pour plus de liberté encore, le nouveau légat Landriano voulut forcer M. de Gondi, archevêque de Paris, de signer le décret de la Sorbonne contre Henri IV (3) ; et comme il savait que ce
(1) Lestoilo, Joiirn. de Henri IV, p. 45, -i9 A, 79 B. — Boucher assurait même que le Béarnais était tlls de Merlin le ministre, et que l'ancien évèque de Nevers, Spifame, réfugié comme protestant à Genève, u avait été décapité (le vrai motif était un adultère) que pour avoir di la vérité là-dessus. [Ibid., p. 49, A.)
(2) Ibid., p. 27 B, 46, 49 B. - Cf. Félibien, HUt. de Paris, t. II p. 1201.
rM Anquetil, Esprit de !a Lî()u<\ t. IIÏ, p. 194. — Cf. Lestoile loc.
212 KES PaÉDlCATKURS DE LA LIGUE.
prélat ne le ferait point, l'injonclion équivalait à un ordre de départ. M. de Gondi fut donc bientôt contraint de s'évader; on fit contre lui des procédures, et ses revenus furent saisis au profit de TUnion.
Les bulles du pape Grégoire XIV, qui ne larda pas à mourir, venaient souvent en aide aux prédicateurs pour raviver la frénésie populaire. On les lisait publiquement, on les affichait partout, et Rose en faisait le sermon à Notre-Dame « en grand apparat et exaltation de la majesté papale pardessus le neuvième ciel, dépression et abaissement de celle du roy jusques au plus profond des abismes d'enfer (1). » Henri IV avait fait naguère placarder lui-même aux portes du Vatican une protestation contre M. Sixte, soi-disant pape. Cette fois, les parlements de Tours et de Châlons déclarèrent « Grégoire, pape, soi-disant XIV^ de ce nom, ennemi de la paix, de l'union de l'Église catholique et de son état, adhérant à la conjuration d'Espagne, et fauteur des rebelles (2). » Le parlement de Paris lui-iuême voyait avec peine Tenvahissement du pouvoir pontifical, et, sans les exigences des Seize, il eût volontiers protesté contre cet abaissement de rÉgUse gallicane.
cit., p. 105 B. — Après sa fuite, M. de Gondi aUa en Italie pour lâcher de moïenner quelque accord. Mais le pape lui fil d'abord donner l'ordre de ne point venir jusqu'à Rome, ce que Boucher ne manqua pas de raconter avec triomphe dans un de ses sermons.
(1) Lesioile, Journal de Henri /F, p. 56 A.
{!2) V. IsambtTt, Recueil des anc. lois franc., t. XV, p. 27. — Par les buHes de Grégoire XIV, tous ceux qui suivaient le parti du roi étaient excommuniés s'ils ne Tavaient quitté sous quinze jours.
(jiAi'iraïc III, .^ II. ii3
Luii |irô(licaluiirH ]illa(|iiniil le parleniuiil. Launay prôsul» lu» Snx*. — .Création «l'un (Conseil j|«?s Dix. — A.HHcrnbN'o ndcliirnr rhrz P«;II'*iirr.
— C(»njur;ifi(m roiilro lit piôsidiMi! Hrisson. -- PnWojil ravrriil en vain.
— Kxéciition du Hrissuii ot iln Lnrdior. — Tardif urrAté et pcmla par lo curô liainiltoi). - Itouclinr formu Id projol (\'\\\w(lhamUrf ardcntf.
— I.islos (lo proscriplion n'M|ix.'«««H par li-s pn'Mlir..ii«'ijr.s. — On apprend qiift Mjiycnno dnsapprotivo cos acte». — \a couronne est of ferlo îi rinfanliî. - Arrivno do M.iyonno. — Haran^ae de Boucher. — Exil do Launay. - llooriinmalioiis des prédicateurs. — Mayenne iuiploro l'aide de la Faculté de liiôulogio.
Une, f(M'intMilali()ii (^xtraoniiiiairtî sij mariilesla chez les Seize; le pen|)le se montrait \w\ l\ courir aux armes, on (Itait mf^.conteiil de Mayenne. C'était lui qui avait nafijuère introduit, dans le Conseil de l'Union, ces modérés dont on voulait se déi)aiTasser ; une di^putation lui fui envoyée à Rethel, oii il était en campaj^ne, et il s'aperçut dès lors sans doute que les curés étaient entrés, sinon encore dans les plans, au moins dans les idées violentes de Philippe II.
Cette ambassade n'ayant pas eu de résultat, il fut résolu qu'on frapperait un grand coup contre les parlementaires, contre ces magistrats politiques qui voulaient la conciliation et la paix (1). Ce fut là pendant quelque temps le texte habituel des serinons. Rose, entre autres, dit pendant tout un prône mille pouilles de ceux de la justice, à l'occasion des
(1) Malgré le souvenu' d'Anne Dubourg, la magistrature n'était pas en meilleure odeur auprès des calvinistes zélés qu'auprès des ligueurs. Au surplus, la haine de la Réforme contre les légistes remontait plus haut. Luther n'avait-il pas dit : « Si un juriste devient chrétien, il est considéré parmi les juristes comme un animal monstrueux, il faut qu'il mendie son pain ? Les autres le regardent comme séditieux. » (Michelet, Mém. de Luther, t. II, p. 141.) La magistrature professa, sous la Ligue. entre les fanatiques de l'Union et les fanatiques huguenots, Tupinion du bon sens. Écrasée un instant entre les violences des deux partis. ceUe opinion reparut à la lin et triompha par l'abjuration de Henri IV. comme par l'édit de Nantes.
2iA LKS l»HÉUlCAiKUHS DE I.A MGLK.
relai'ds que le parlement mettait à recevoir Ncully dans son sein (1), ce Neuily qui, à la Saint-Barthélémy, avait fait tuer son rival pour la présidence de la Cour des Aides , et qui maintenant se servait de l'honneur de sa fille comme d'un moyen d'avancement. Mais ce fut Boucher le premier qui parla contre la magistrature, Boucher toujours prôt à se produire, à se mettre en avant, à se charger des démarches, et qui, si avide qu'il fut de places et de pensions, avait au besoin aussi le désintéressement du fanatisme (2k Non-seulement le cruel curé de Saint-Benoît, aidé d'Aubry, déclama sur la décision des parlements de Tours et de Chalons contre Grégoire XIV, et dit qu'il les faloit envoler tous vifs au feu avec leur bel arresty mais il donna à chacun des juges so7i quolibet, traitant le président de ïhou de taureau bannier, et le conseiller Angenou de vieil huguenot moisi (3).
Le parlement de Paris eut été un obstacle aux projets de bouleversement qu'avaient décidés les Seize et les prédicateurs ; il fallait profiter de l'absence de Mayenne et intimider les Politiques. Une occasion se présenta : elle fut saisie avec empressement.
Brigard, procureur du roi de l'Hôtel-de- Ville, fut arrêté au sujet d'une lettre qu'il avait écrite à son oncle, engagé dans le parti de Henri IV. Boucher, qui savait les charges fort peu graves, et qui devinait un acquittement, monta en chaire et demanda hautement le gibet. Comme la lettre ne contenait absolument rien de répréhensible, même au point vue de la Ligue, Brigard fut acquitté par le parlement. De là, un texte fécond pour les tribuns de l'Union. Commelet et le docteur Mariin demandèrent l'emprisonnement de la
(1) Lestoile, Journal de Henri IV , p. 53 A.
(2) lie 28 aug. 1591, congregatur universitas ad deliberandum de legato ad comilia urbis mitlendo, quod onus detrectabat Genebrardus : nec erant pecunia? in ii.'rario, nec qui vcUent negolium istud suscipere, sed ultro se protulil Bucherius (Bulaei, Ilist. Univ, parisiens., iom. W. pag. 805).
(3) Lestoile, Journal de Henri IV, p. 58 B.
CHAPlIltK 111. .^ 11. MA
cour coniriK^ une nicsun; nécessaire, el le curé de Saiolx\n(lr(5-(l(;s-Arcs, Auhry, (|ui rcnclu^rissiiil encxjre sur se* conWres, noimiia en chaire le conseiller Tardif, son [laroiftsien, ftn des plus (jctis de bien de ce quartier, et le Iraitade mescbnntetde traistre, ajoutant qu(^ « souscxiulciir déjouer au\(|nillcs en son jardin, on faisoitcliés lui des assenihléeset monopoles i^onlre les callioliiiues (!)• » On va voir où cetU^ insolrnie sortie mena le malheureux Tardif.
Le lendemain de la mise en liberui de Hri^^ard, ii imaupèrc de Lesloile n'nconlra le chanoine Launay, qui lui dit (|ue « c'estoit une sc(M(iMle injuslic.; el (|u'ils en mourroienl Ions (^). » (iCs paroles (liaient le pnîs i^^e d'une insurrection. IVIlotier s'écria : « iMessieurs, c'est trop conniver, n'attendez ny raison ny justice de la cour de parlement : il faut désormais jouer des cousteaux (3). » Ce conseil fut immédiatement suivi.
Les Seize se rassembk'^rent sous la présidence du chanoine Launay et du docteur Martin, et un Conseil des Dix fut créé pour aviser en toute liberté et avec tout pouvoir aux nécessités de la situation. \près plusieurs jours de délibération, ce comité secret vint chez Launay dans la matinée du 14 novembre, tenir une séance extraordinaire. La piteuse Uaijédie des jours suivants, qui devait être accompagnée dune « Saint- Barthélémy des Politiques, » y fut résolue el la réunion renvoyée à la nuit, pour décider du moyen d'exécution (4).
Cette assemblée nocturne eut lieu chez Pelletier, curé de Saint-Jacques-la-Boueherie, et dura jusqu'au matin. La mort du président Brisson, lii:ueur violent et qu'on trouvait trop modéré, et des conseillers Tardif et Larcher y fut résolue.
(1) Lestoile, p. 61 B, 62 A. — Félibien, Hid. dcPa^is, t. II, p. I:i03.
{t\ Journal de Henri IV, p. 6i A.
(3) Palma Cayet, Chronolo'ji-' noveunairej coUecl. Petitol, sér. I, I. XL, p. 364. — Pasquier, I. XVII, tel. 1, dans ses Œuvres, l. li, p. 482 A.
{À) Ljsîoile. Jo!'rn. '• Huri IV, p. 65 A.
:216 I^KS i'UÉDICATKl us l)K LA MGl'E.
Des hommes armés attendaient à la porte en grand nombre. Le lendemain, à sept heures, Pelletier, accompagné de La Bruyère et autres ligueurs, alla avertir officiellement le chef de la garnison espagnole des raisons de la prise d'armes, et le curé de Saint-Gosme, Hamilton, qui, ce jour-là, marchait dans Paris « armé jusqu'aux dents, avec force satellites, » fit visite dans le même but au colonel des troupes italiennes (1).
Jean Prévost, curé de Saint-Séverin, averti du danger que courait son bon ami Brisson, ne voulut pas tremper dans ce crime et courut lui dire « qu'il n'avoit pu dormir sans lui donner avis de se sauver, sans lui conseiller même de résister par la force. » Pendant ce temps. Boucher, Télève de Prévost, qui persistait plus que jamais dans TUnion, tandis que son maître s'en retirait tous les jours. Boucher, Tun des conducteurs de la menée, prétexta un voyage à Vincennes, pour ne se pas commettre dans l'exécution (2).
Il n'était plus temps pour Brisson. Les conseils de Prévost étaient venus trop tard, et tous nos prédicateurs habituels ne furent pas aussi prudents dans leur cruauté que le lâche Boucher. Bussy Le Clerc, commandant de la Bastille, eut ordre de fermer toutes les rues du palais , et Brisson fut arrêté avec Larcher, conduit au Ghâtelet et immédiatement mis à mort dans une salle basse. Gomme Tardif n'arrivait pas assez tôt au gré de ces furieux, Hamilton, avec nombre de prêtres et de suppôts de l'Université, courut le chercher. Ils le trouvèrent malade, saigné d'un instant, et, l'arrachant de son lit, ils le traînèrent dans la chambre oîi venaient de périr ses collègues. On serait tenté de croire que Voltaire exagère en disant qu'ils le présentèrent au bourreau (1); ce n'est pas
(1) Lestoile., p. 66 B, 67 A. — Assemblée secrète, ap. Danjou, Arch. cur., sér. I, t. XIII, p. 318. — Félihien, Hist. de Paris, t. II, p. 1203.
(2) Félibien, ibid., p. 1204; — Lestoile, ibid., p. 65 B et 66 B.
()5 Lesloile, ibid., p. 73 A. — Voltaire, Jlist. da parlement, cluxxxii, d. Renouard, t. XXlll, p. 144.
«HApiiiir. III, j^i II. jn
assez pourl;ml : L<stoilfi assure ([ii'il fiiî prnfiii pnr criirU-inrli» ni(>mr.
Le paru des Sn/r ri des ciins \u\ (invait pas s'arnMrr là. ri il sninpara du pouvoir. On deslitiia, on ronfisrpia, on diicn^a pour plusieurs charges l'iMeciion [)0|)ulair(', on (il unf» lisie de quaraiiln-cpialre conseillers deslin<fs h comijoser un»* rhamhri' ardente, Oi^lait là une idt'e de Ikiuelier. (> Irihunal v(^rilal)leinent nWoliitiounaire devait « eo^noisin; du fait des li(^réli(|ues, fauteurs et adlufrans, Iraislres et conspirateurs eouiro la religion, Testât cl \\ ville de Paris. »
Le dessein d'une inijuisilion pareille annonçail des proscriptions. Les Seize tirent chacun |)our leur (|uartier des/;r/- />/V/\s roiKjes (i), (jui comprenaient les noms de tous les l*olitiques, marqut's d'un C, d'un l) ou d'un P, ce qui voulait dire : Clui$sé,da(jtiéf pendu. Lesloile ne raconte pas sans terreur ciue dans la list;î de sii paroisse, qui avait été rédigée par Aubry, cuivde Sainl-\ndré-des-Arcs ,et quelques autres, il vit son nom suivi d'un 1) (:2). Mais les Espagnols et les Italiens se refusèrent à ce massacre des modérés, et l'un des chefs étrangers se moqua même de Pelletier, qui voulait « quitter sa robe et son bréviaii'c pour prendre le coutelas et la hallebarde. »
On apprit bientôt à Paris que Mayeime désapprouvait ouvertement les mesures du Conseil des Dix. Dans cette conjoncture, les Seize crieront bien haut contre le lieutenant général, et dirent que, « puisqu'on Tavoit fait, on le pouvoit défaire. » Ils écrivirent alors au roi d'Espagne pour offrir décidément la couronne à l'Infante, lui disant textuellement : « Tous les vœux et souhaits de tous les catholiques sont de voir Vostre Catholique Majesté tenir le sceptre de cette cou-
(I) On dirait que les détails donnés ici par LesloUe ont été copiés dans quelque historien du temps des Armagnacs et des Bourguignons; le rapport est frappant. (V. les textes cités ap. Michelet, Hist'jire d" France, t. IV, p. 257.)
{■2) Lesloile, ibid.. p. GS, 69.
LES l'fŒDICATEUKS iïE LA LIGIJK,
ronne et régner sur nous. » Parmi les signataires de cettr lettre, je trouve le docteur Martin, Génébrard, Hamilton el Launay en qualité de président (1). Ce projet anti-national, que la populace, gagnée par les doublons de Philippe II, eût volontiers appuyé, éclaira l'opinion sur les Seize et sur les prédicateurs. Il était évident que les uns voulaient une démocratie municipale, les autres un gouvernement étranger.
Le duc de Mayenne, averti à temps, revint en toute hâte. Quand on sut son retour, les bravades se changfTcnt en actes de soumission. Les troupes nombreuses qui escortaient le lieutenant général inspirèrent quelque peur aux Seize, qui, dlntolérables qu'ils étaient, commencèrent à faire joug. Boucher vint à leur tête au-devant de Mayenne et le harangua. Le duc ne lui dit pas, comme l'affirme à tort Lestoile (2), qu'il Ventendroit une autre fois. Pasquier rapporte les propres paroles du curé de Saint-Benoît, qui remontra à Mayenne « que tout ce qui avoit esté fait par eux estoit pour son service, et asseurance de la cause commune d'eux tous. » Le prince, après l'avoir ouï tout au long débonnair entent, lui répondit qu'il venait exprès pour accommoder toutes choses.
Mayenne cachait son jeu. Maître de Paris, il cassa définitivement le Conseil de l'Union, donna les places municipales à des Politiques, et condamna à mort, de sa propre autorité, neuf d'entre les Seize. On n'en prit que quatre : Amehne, Louchart, Aimonnot et Henroux, qui furent pendus. Dès trois heures du matin, quand on alla pour appréhender le chanoine Launay qui avait été promoteur et président de toutes les assemblées contre Brisson, il était en fuite ou plutôt caché, car, après l'amnistie qui fut publiée quelques semaines après et dans laquelle il était compris, le duc de Mayenne, quittant
(1) 3Iénipp., t. 11, p. 412; — Cf. Lestoile, 7oc. cit., p. 62 B, 70 B.
(2) Pasquier, 1. XVll, lettre 2 (t. II, p. 489 A). — Lestoile, Journ. de Henri I F, p. 74 A.
tiiAMim-: III, i:; II. §!•
(le noiiviî.iii Pan>i, IViiimnn;» vu oxil ii l.i sollicilalion (i«'s mo- (l(Ws(1).
Cl'IUî (îruM'^nciiKî iiilcrvcnlion du laihhî Mayenne» rrirn|K)sa pas silence aux pn^dir.ileurs. Il seiiihlait que l'aflrclion |>opulaire les mit h ouvert, et Mayenne, (|ui n'avait pasnMulé devant les armes des eoiijun^s, recula devant la parohî vengeresse de la chaire. Tous les eurds criJ'rent que la religion (iUiit perdue on pendue (()laisanlerie di^^ne du temps), et appelèreiil la salhî du Louvre oii avaient été cx^'cutés 1rs (|uatre rehcllos lu eliapelle de Saint- Lourhard ('2), Bouclier poussa l'andace plus loin : il adressa s()lenn(;lleinent au duc de MayciiiK* une iiai'anj^uc, une nklamuion dans la(|uelle il traitait iinpudeniinent cette veii^^eaiice puhliipiede boucherie, et les victimes de saints martyrs. Mayenne lut ohlifçé de l'aire bonne contenance, et, dans une réponse prudente et évasive, il se contenta de parler de rol)éissancc nécessaire i)our la défense d'une si haute cause, de Tulilité des exemples et de l'assurance que devaient avoir les catholiques de n'être plus inquiétés (3). MiyenriC [)erdait tout le terrain qu'il avait gagné. Boucher était plus insolent que le Conseil des Dix.
Les prédicateurs continuèrent pendant plusieurs semaines sur ce sujet. Cueilly, entre autres, « instigué, dit Pasquicr, par quelques âmes espaignoles, » déclama vivement contre le lieutenant général , loua la mémoire de Louchard et de ses compagnons, assurant que leurs âmes étaient béatifiées en
(1) Lestoile, loc. ciL, p. 78 B et 7(5 B. — Bayle. — Moreri. — Le Duchat, notes sur la Ménipp., t. II, p. 146 et suiv.
{'à) Lestoile, loc. cit., p. 75 B.
(3) Joannes Bucerus, homo vecors, catholicorum bonorum ac zelatorum uomine, orationem expostulatoriam ad ipsiim habuit 3Ieduanium, qua publicam ultionem carnitloinam merito supplicio facinorosos aflfectos Dei martyres, insiuni impuJentia voc ibat, ad quam Meduanius prudenlia iiîsita paiicis respondit, qureJam de obedientia, qua» in tamjusta' causa^ defcnsione necessaria esset, et quam paucorum pœna ad ceterorum terrorem sarciri oportuerit, pricfatus ; de cetero se curaturum, ut boni catholici metu, in que eos versari aiebat Bucerus, brevi solverentur. (^Thuau. l. Cil, g i4: t. V, p. 108.)
220 LES prp:dicateuhs m: la ligue.
l'autre monde. Une autre fois il fit le panégyrique d'Amelinc, qu'il appela son bon ami, Mayenne fut fort irrité de tout cela; mais il n'osa point faire saisir le curé de Saint-Germain et se contenta de porter plainte à la Faculté de théologie, qui réprimanda l'insolent orateur (1).
8 ni
Boucher est surnommé le roi de la Ligue. — Harangues de PeUeli«T rt de Feuardent. — Projets de conversion du roi. — Comraelet. — Aubry. — Lrtlre des crockHeurs à Cueilly. — Accusalions en chaire contre les personnes. — Rose déclame sur madame de Monlpensier. — Réquisitoire de Dorléans. — Le parlement n'ose continuer les poursuites. — Discrédit de la chaire. — Sermons sur la convocation des états généraux.
La révolte armée était vaincue; l'insurrection de la chaire triomphait. Mayenne , pour condamner à mort neuf des Seize, c'est-à-dire neuf membres du gouvernement de la Ligue, ne consultait que sa volonté ; et pour imposer silence, au contraire, à un prédicateur qui l'insultait, il lui fallait recourir à l'intermédiaire de la Sorbonne, c'est-à-dire à des complices du coupable.
Boucher, par son opposition aux menaces de Mayenne, devint l'homme de la situation ; l'Université le choisit immédiatement pour vice-chancelier (2), et il fut regardé pendant quelque temps comme le vrai roi de la Ligue (3). Dès lors il communiqua directement avec le duc de Parme, dans les intérêts de l'Infante. Mayenne menaça en vain le curé de Saint-Benoît « de luy crever l'autre œil {Boucher était borgne) s'il le faschoit (4). » Boucher, par son influence considé-
(l) Pasquier, l. XVII, lett. !â, t. II, p. 491 B. — Lestoile, loc. cit., p. 80 A.
{% Du Boulay, ïlisl. iniv. parisiens., t. VI, p. 808.
(3) Pièces à la suite du Journal de Henri III, p. 315 A.
(4) Dial. du Maheustre, ap. Ménipp., t. III, p. 498.
r.HAPiinr. m, .^ m.
rable, donna un instaiil dt^s rliaiices, au moins parmi la |K)pulace de Paris, aux iirojcls d<î IMiili()|M' II. C'est pour c^îla (|U<î la Mthiippt^t' dit d<î lui : « (le borj^^ne, \M:u\i drs plus mesclianis et sc<H(^rals, vous ronHîssera qu<; son (ril,(îsmaillé d or d'Kspagrio, m vaul rirn (1). »
La chaire, crlh* IrihuiK^ pcrinanciih-, iuiij«)iji>. ouverte et reviMued'uii earaelere sa(Té, (îlail la V(*rital)le [)uissanee de Boucher et des eunis. Ils le sentaient et ne se firent pas faule, pendant toute l'anniîe ir;î)2, de mettre ii profit la pn5dication, d'abuser sans cesse de la parole sainte. /w^/M^ de leur crédit, comme le dit F(5Iibien, ils se d«'clarèrent ouvertement contre la pai\, contre la paix m(^me avec la condition expresse du retour de H(mri IV au eadiolicisme (2); ils parl^rent en maîtres, en honuncs qu'il faut consulter et qui disposent du pouvoir.
Chacun d'eux cherchait à se distinj^uer par quelque mesure plus violente, par quelque apostrophe bien inouïe. Génc^brard, que la Lig:ue venait de niconipenser en lui donnant l'archevêché d'Âix, ne voulut le céder à personne en zèle furieux : il prêcha tons les jours. Pelletier, de sa propre autorité, excommunia tous ceux de ses paroissiens qui parlaient de paix et de recevoir le Béarnais revenant ù la messe; il défendit de plus rentrée de son église et annonça qu'il refusait Tenterrement à tous ceux (jui, mali^ré Tautorisation de Mayenne, se permettraient le moindre rapport, la moindre relation, môme de commerce et de trafic, avec ces Politiques et ces royalistes, dont le sang devrait teindre les pavés, Feuardent, à son tour, prédit que le Béarnais serait positivement frappé du tonnerre et qu'il ne s'en fallait plus inquiéter. A. l'imitation de Pelletier, Boucher refusa l'absolution aux partisans de la conciliation, ne voulant pas, dit-il, qu'on
(i) Harangue de d'Aubray, ap. Ménipp., t. I, p. 178.
(2) Voir particuUèrement, sur les sermons de cette année 1595, FéUbien, Histoire de Paris, t. II, p. 1209. — Cf. Lestoile, Journal de Henri !V, p. 80 A, 83 A, 87 A, 90, 91 A, 95 A, 99 A, 100 A.
222 LKS PHÉniCATEURS DE LA LIGUE.
pendit la amnmne de Frajice à un gibet. Le curé de Saint- Benoit crut aussi devoir renouveler, contre Henri de Bourbon, les folles accusations de magie qu'il avait si souvent répétées il propos de Henri de Valois. Quand le Béarnais fut blessé dans Tescarmouche d'Aumale, oîi il montra une si imprudente valeur, Boucher assura que « sa chair, ou plutôt charogne, avoit été entamée, mais point enfoncée pour les caractères qu'on avoit descouvert qu'il avoit sur lui. » Ces sottises, on le comprend, firent rire aux dépens de Boucher et commencèrent à compromettre sa dictature oratoire (1).
Les projets de conversion que déjà le roi affichait hautement portèrent une vive atteinte à l'unité de la Ligue. Le bruit se répandit que les habiles de l'Union , Villeroy et Jeannin, s'occupaient de négociations, et cela fit réfléchir sur cette tentative inouïe, qu'avaient faite les Seize, d'une démocratie sacerdotale, sur l'appui que, dans leur dépit ou leur corruption, les tribuns de la chaire prêtaient maintenant aux agents de Philippe H, répandus dans toutes les villes, initiés à toutes les combinaisons politiques et maître dès lors d'une immense influence.
En voyant que l'autorité de leur parole diminuait, les prédicateurs exagérèrent encore leurs violences ; mais souvent quelque protestation maligne, quelque silence désapprobateur venaient leur apprendre que le pouvoir leur échappait, que le ridicule et l'infamie de ces déclamations éhontées commençaient à se dégager et à apparaître aux yeux des plus obstinés.
Ainsi Commelet avait beau tempester par-dessus les aultres; il avait beau, en voyant trois de ses auditeurs sortir au milieu de son sermon, crier au public qu'il fallait regarder au nez ces Politiques et les poursuivre, le public riait et res-
(1) Rose, en 1592, attaqua aussi le Béarnais avec un tel cynisme que les éditeurs de Lestoile n'osent pas reproduire le passage et renvoient au ms. (Voir Ji.urn. de Henri IV, p. 95 B.)
oiiAPiMu: m, .t; m. HB
l;nt impassible. V;\v liîiirs paroles irn^mes, on voit que l60 pn^dicaU'urs n'avaiiMil plus iVntirr assriitirneril du peuple, liariiillon m <Maii n^duil à dire, pour faire croire que le lir^irnais nc^ n^f^nerail jamais : « Ouand il n'y auroil(|ue moi, j(^ IVmpescherai. » Auhrv , qui diîelarail tous les Poliliqucs (/r/mm^v, el (|ui, en cas (h; paix, [)ropos;iil de se mettre i\ la Iftle d'une sédition, oii il en tuerait le plus quil ptmrrmt, Aubry avouait « ipie qui eust ouvert le corps k lx*aucoup de Sii paroisse, on leur eust trouv(i un jçros B<îarnois dans le ventre. « Cueilly, de son côté, qui, dans les premiers temps où l'on parlait de conciliation, avaii , par ses turbulences, forcé le j^ouverneur de Paris à de nombreuses recherches et arrestations, convenait (|ue la plupart des^ensde son quartier avaient sipné la pi'tition des st'mimneux {\), et, dans sa colère, désignait de la main le maitre des requêtes Tronson et sa famille, pour qu'on eut à tout jeter à la rivière.
Ces emportements du cun'' de Saint-Germain-l'Auxerrois lui valurent une bonne plaisanterie, de quelque auteur peutêtre de la Ménïppée, de quelque bourgeois caustique des environs. Il s\ivisa de dire, dans son sermon du 9 août, qu*jl abandonnait aux crocheteurs les maisons des Politiques en pillage. Les crocheteurs, excités par un rieur sans doute, se formalisèrent du ton de Cueilly, et lui adressèrent une lettre qui le lendemain fut affichée dans tout Paris :
« Monsieur de Cueilly , nous trouvons fort estrange de ce que vous voulez vous aider de nous pour assassmer et voler tant de gens de bien et d'honneur. Encores que soions pauvres gens et simples, si est-ce que nous sçavons fort bien que les commandements de Dieu sont au contraire, desquels vous ne parlés point en vos prédications. Qui vous croiroit ce seroit prendre le chemin de gaigner paradis par escalade,
^l) On appelait semonneux ceu\ qui étaient d'avis qu'on députât vers le roi, pour l'engager à se convertir, et qui voulaient se soumettre à lui après sa conversion. (Lestoile, loc. cit.. p. i(X) A.)
224 LES PRRDICATEURS DE LA Llf.UE.
comme vos quatre marlirs du Louvre, qui font la cuisine en enfer, en attendant vous et vos confrères. Voilà les fruits et récompenses de vos pensions d'Espaignc pour trahir vostre patrie et y planter toutes sortes de religions... Partant ne laites estât de nous en vos assemblées de sabbats et méchantes factions.
« Nous vous estrénerons au premier jour de Tan d'un chaperon verl.
« Vos bons amis, en faisant mieux,
« LES CROCHETEUS. »
Il ne faudrait pas croire, malgré ces épigrammes courantes, que riniluence des prédicateurs se fut annulée; loin de là; mais elle était en décadence, et ils faisaient tout pour la ressaisir, même dans le détail. Ainsi, on les voit intervenir dès lors dans les plus simples actes de l'administration, discuter la validiié d'une élection, contester les titres d'un candidat, s'ingérer dans toutes les nominations municipales.
Mais c'est surtout par les personnalités, dernière ressource des partis, que les orateurs cherchèrent à se faire craindre de ceux qui désertaient leur cause Les faibles en étaient atteints comme les puissants, les simples bourgeois comme les fonctionnaires. Gueilly accusait faussement le prévôt des marchands de trahison, et Rose s'en prenait à un simple apothicaire, disant « qu'il lui seioit mal de parler d'affaires d'estat: toutes fois qu'il pensoit qu'en remuant ses drogues, une fumée lui estoit montée au cerveau, qui lui avoit mis ces fantaisies-là en la teste. »
Ces attaques nominales ramenèrent l'assiduité de l'auditoire. On eût couru des dangers, on eut été noté comme royaliste par les factieux en ne suivant pas les sermons. Personne, par exemple, n'osa manquer à la procession anniversaire de la journée des Barricades et à l'homélie qui fut, à cette occasion , prononcée dans l'église des Augustins par maître Laurent Dupré.
CHAPITHK III, .^ III. 228
Rien n'est l)rus(|ue, d'ordinairr (l.ins 1rs clianjs'oments de ropiiiion, et le discnîdit des prédialeurs, bien qu'en s'auginenlant cliacnie jour, lui plusieurs ann(V»s encore fi devenir |;,('în('rale. Nous ne soinnics donc pas au hoiil. Il nous reste bien des fureurs à redire, bien des paroles sc'dilicuses h i*nre^isli'er.
Quehiue propres d'ailleurs que l'Il au fond, la cause de Henri IV, ce prince citait bien loin du tn^ne, et Boucher ainsi que Rose pouvaient être crus du grand noinbn! quand ils disaient le premier, que le B(''arnais n'avait qu'à conquérir le royaume du ciel, s'il le pouvait, mais qu(î songer au royaume de France, c'éUiil folie; le second, qu'il était possible, sous le bon plaisir du pape, « de recevoir le Navarrois pour capucin et non pour roy. »
L'absolue liberté de parole (I) semblait un droit récent de la chaire que les curés se gardèrent d'abdiquer dorénavant. Ils en usèrent surtout au profit de l'Espagne, qui avait fini par les gagner presque tous à force d'argent. Les princesses lorraines, dont ils ne servaient plusrambilion,se plaignaient amèrement d'eux et de leur délaissement ; M*"*^ de Nemours ne se cacha plus pour dire qu'ils recevaient pension de Philippe II (:2), et M"*^ de Montpensier se permit aussi, sans
(1) Du côté des ligueurs, bien entendu, car en celle année 1592, les attaques se renouvelèrent plus vives contre les curés royalistes. Benoist était traité de diable des halles par Rose [Journ. de Henri IV j p. 83 A}, et calomnié publiquement parGarin [Dial. du Mah.y ap. Ménipp.^ t. III, p. 495). D'un autre côté, Chavagnacse voyait grossièrement injurié par le colonel des ItaUens [Jbuvn. de Henri IV, p. 91 A). Le parti des modérés, au surplus, ne fut pas heureux alors en ce qui concernait la chaire. Il perdit Jean Prévost, curé de Saint-Séverin (Jbid. p. 88), et un fou s'avisa de prêcher la paix au collège Cambrai et de se faire arrêter, ce qui fut un sujet de raillerie contre les Politiques qui s'en vengèrent par une épigramme :
Plus fols sont aujourd'hui ceux-là
Auxquels il faut qu'un fol remonstre leur folie.
(2) Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 99 B.
220 ii:s i»iu:nicATEURS de la ligue.
aucua doute, quelque aigre reproche, car Rose se mit à la déchirer danf; ses sermons (1).
Une réaction s'organisa donc lentement contre ce despotisme de la chaire, contre ce joug que les plus éminents avaient été obligés de subir. Dans ces conjonctures, Hamilton, avec son esprit entreprenant, essaya de réunir les différents orateurs dans une unité formidable. Plusieurs assemblées eurent lieu à cet effet, une entre autres chez Garin, aox Coi'deliers, oîi tous les prédicateurs jurèrent de plutôt mourir que de jamais admettre le Béarnais converti (2).
Le Parlement jugea le moment favorable pour prendre une mesure. L'avocat général Dorléans, ligueur et pamphlétaire connu pour sa violence, fit devant Mayenne une harangue oîi il déclara qu'une répression était urgente, et qu'il fallait refréner leurs langues (3). ('e réquisitoire jeta le trouble parmi les curés. Ils allèrent trouver Mayenne et insistèrent auprès de lui avec tant d'insolence pour qu'il destituât Dorléans, que le duc, impatienté, leur conseilla de ne plus se mêler des affaires d'État, et leur dit qu'il saurait bien détruire leur petit empire de Sorhonne, leur royauté théologale.
La cour nomma deux délégués pour informer ; mais, bien qu'ils fussent convaincus que « depuis que la France estoit catholique, il n'avoit esté veu si grande licence de mal faire aux prédicateurs , » ces commissaires reculèrent devant la gravité, devant la difficulté de leur mission, et s'en tinrent à quelques formalités préliminaires.
Par leurs engagements envers la maison d'Espagne, les prédicateurs étaient tombés en discrédit, même auprès des ligueurs les plus zélés. On le voit par le Dialogue d*entre le Maheustre et le manant, qui parut plus tard, en décembre 1393 (4). Ce curieux pamphlet, qui a été tour à tour
(1) Lesloile, p. 83 A.
['!) Ibid., p. ICI A.
(3) lbid.,^.96B. — DiaL dîi3Iaheustre,aLipMènipp.,i.lll, p. 489,548.
(4) Le Supplément à Lestoile, de 1736 (V. Journ. de Henri IV, p. 103
CNAFITRR III, ^ III. tfT
atlribuiî ii Croiiii^, roriSiîUlm* au Grand-ronsi'il , ri Holand, conseiller aux Moiinairs et Fuii des Sci/e, met li nu la politique inddoisc, s;ins fermeté et sans grandeur, du duc de Mayenne.
Uii()l(iue ce soit là ium^ produetion du parti de TUnion, la viirité y apparaît et si» fait jour par la repartie, par l'enlralnoment du dialogue. Le.s prédicateurs {(a^^cis reçoivent en |)assant ce qu'ils mdrilenl. « il suffira, dit le Maheustrc, de la monstre d'un coutelas, à ces mercenaires es|)a^noliséR... On est habitué îi les ouïr crier... Par Dieu! ils me respondront de mes meubles qu'ils ont volés et fai( vendre... Ils sont gens iporants , idiots, outrecMiidés , ambitieux, sanj^uinaires... » Le Manant avoue lui-miime que « ce sont des hommes de collège qui ressentent un peu leurs escoliers et ont plusde paroles que d'elVet. » Voilà, par les aveux mûmes d'un ligueur, la décadence qui se manifeste ; mais dans cette décadence, une singulière puissance se retrouve encore : a Vous n'avez personne à voslrc party, dit le Maheustre, qui nuise plus au nostre que vos docteurs, curés, prédicateurs... j> et il ajoute un peu plus loin que « seuls ils troublent tout et empeschent les affaires du roy (1). »
J'avais donc raison de dire plus haut que la chaire n'avait pas seule créé la Ligue, mais que presque seule elle l'avait maintenue durant tant d'années.
On parlait, depuis plusieurs mois déjà, de la convocation des États généraux. Depuis la mort de Charles IX, la Ligue n'avait même plus de chef apparent, et on était incessamment ballotté des coups d'État indécis de Mayenne aux proscriptions populaires des Seize. Philippe II voulait un dénoùment. L'affaire importante, selon lui, c'était d'abord de nommer un
A), fait paraître le Dialogue du Maheustre en novembre 1592. Mais ces Suppléments, on le sait, ne sont pas authentiques, et il y a eu au moins des interpolations. Lestoile lin-mème contredit ce fait avec détails. (V. p. 183 et suiv.). — Cf. le P. Lelong, n» 19,534. (l) Ap. Ménipp., t. III, p. 427, 429, 455, 480. 585.
roi. Les chances n'avaient jamais été plus favorables pour sa fille. Une circonstance, une bataille, pouvaient tout déjouer : il eût voulu voir déjà la couronne sur la tête de l'Infante. Dans l'espérance de séduire les députés, ses agents denfiandaient donc à toute force la réunion immédiate des États. Bien des obstacles s'y opposaient. Le Parlement, qui songeait dès lors à s'emparer de la puissance législative, voyait avec ombrage ces élections l'ivales. Les royalistes, de leur côté, ne voulaient pas qu'on pût mettre la couronne en question, et protestaient. D'autre part, les Poliques, craignant une collision et désirant un conipromis, n'espéraient pas alors trouver dans une assemblée tumultueuse des garanties de modération et de paix. Mayenne aussi, qui n'était pas sûr d'être nommé roi et qui voulait améliorer ses chances, reculait toujours et trouvait prétexte d'ajourner.
Il fallait cependant prendre un parti. Les prédicateurs commençaient à faire de ces retards sans fin le programme de leurs déclamations. Le docteur Martin, entre autres, avait dit quec( chascun tiendroit les Estais en sa maison, et qu'il n'en falloit pas espérer d'aultres (1). » Le duc céda donc aux Espagnols et aux prédicateurs : les États s'ouvrirent le 26janviel39:^.
§ IV
Droit des États Généraux d'après la Ligue. — Traité de Pigenat en faveur du duc Charles de Lorraine. — Garin injurie les États. — Le Légat essaie en vain de lui interdire la parole. — iMenaces de Commelet. — Cynisme sans frein des prédicateurs, surtout à l\'gard de Henri IV. — Feuardent, Guincestre, Simon Fillieul. — Sorties contre Harlay et contre Mayenne. — Génébrard attaque la loi salique. — Aubry et Cueilly avouent qu'ils sont vendus à l'Espagne. — Le curé de Saint-xVndré-des-Arcs conseille le msurtrier Barrièie.
Don Ybarra, dans une dépêche qu'il écrivait de Paris à son maître, Philippe II, lui disait : a Le fait des États n'est
(1) LQsioile, Journal de Henri ly, p. 104.
r.HAPrTIlK III, j^ IV.
fliriin nm^ssoin» ; hs ligiHMirs disenl cpi'ils pasMTonl par co. (|(ii srra :\\rM avrc les princes (i). » l/asserlion |)0ijvail (^liy exacte en fait ; mais la MHV)rie du dn)it d'r^leetion parles Klalsfut mlunnoinsle jçrand instrument ou au moins le jirand simulacn> {\c ri'nion.
Dès le (kil)ut de la Ligue, on avoit senti, mt>me a l étranger, riinporlance de ces idées démocralirjues, comme, moyrn d'apiler la France, lin léjrisle ilalieu, (|in, plus lard, en loKS, inlervini (Micore par un pamphlet en laveur du (cardinal d(î Bourbon (4), iMalleo Z impini ((|ue De Tliou traite d extravagant), publia, deux années après la promulgation du formulaire, en lf)78. une disserlalion en l'orme, oii il maintenait aux Élats le pouvoir inaliénable de Télection (3). Boucher n'avait fait qu'adhérer à cette doctrine, la développer et la pousser à ses dernières conséquences. L'Union l'adopta, et un juriste, Pierre Saint-Julien, ne tarda pas à soutenir que si l'hérédité s'était lon?:temps substituée à l'élection, « ç'avoit esté plus par recoj;noissan('e que par aucune force de loi (4). j>
Les nombreux prétendants à la couronne de France encourageaient ces publications, parce que le droit des Étals généraux, la souveraineté populaire pouvaient seuls leur faciliter Taccès du Irone. Il fallait bien être choisi, être élu; les prétentions diverses, les ambitions les plus contraires, semblaient accéder à celte condition préliminaire ; chacun espérait en profiter.
Philippe II surtout, pour frayer le chemin à rinfante, réveillait le vieux fantôme de l'élection cl faisait appel au passé. Mais il lui fallait en même temps combattre cette tradition antique, populaire sous le nom de loi salique, et qui interdisait aux femmes Thérédité du trône, tradition qui dans le xvi^ siècle
(1) Sismondi, ///s/, des Fi-ançais, t. \\1, p. 177. (!2) r. P. Lelong, no 28, 50 i.
(3) Degli Stati di Frauda et délia loro potenza. Par., 1578, in-S». {A) Discours par lequel il appert que le royaume de France est éU:ctif et non héréditaire. 1591, in-8o.
même, avait été soutenue par Claude de Seyssel et Guillaume Poslel, comme elle devait Tètre plus tard par Pasquier, par Antoine Loisel, par Pierre Dupuy. C'était alors une question vitale, et non pas une querelle d'érudit. 11 ne s'agissait point, comme il s'est agi depuis pour Chifdet et Dominicy , pour Daniel, pour Vertot et pour Foncemagne, d'éclaircir un point obscur de la science. Fallait-il, oui ou non, faire de la France une province de la maison d'Autriche? Tel était le problème.
Philippe II trouva des appuis par la corruption. Génébrard et plusieurs autres prédicateurs se mirent à attaquer la loi salique, en faveur de laquelle protestèrent honorablement quelques voix isolées : celle de Jean Guyard, à Tours (i), et celle d'Antoine Hotman , qui avait à réparer de précédents écarts (2).
Chaque prétendant donc se faisait de la sorte soutenir par des traités, par des pamphlets, qu'on répandait à profusion. Le Béarnais lui-même avait risqué, dès 1585, de faire exposer ses droits à la succession dans une Apologie catholique (3), que publia un royahste de Montauban, Pierre de Belloy. Mais cela lui valut aussitôt une amère réplique de Bellarmin, au nom du saint-siége (4) ; et quand de Belloy, deux ans plus tard, s'avisa de réfuter ces arguments ultramontains (o) , ce fut, dit Palmat Gayet, au grand risque de sa vie. L'heure de Henri IV n'était pas venue : il prit sa revanche par des victoires ; son parti la prendra aussi plus tard par un pamphlet qui fera oublier tous les autres : la Satire Ménippée,
(1) V. P.Lelong, no 28,509.
(2) Il avait défendu en 1585 les prétentions du cardinal de Bourbon, et s'était attiré, on le sait, une réfutation de son frère François Hotman, le libéral auteur du Franco-GaHia et du De aucloritate comitiorum . V. P. Lelong, 28,484 et 85, 28,513.
(3) 1585, in-8o.
(4) Responsio adprœcipua capita Ai)ulû(jiœ pro successione Henrici Navarreni. Rome, 1586, in-S-^.,
(5) 3Ié7n. de la suce, des Bourbons. La Rochelle, 1587, in-8o.
uiAPiriiK III» jii IV.
i)(Ys (in'il s';l^^^it sf^riiMisemcnl (l<; rofivrxiucrirs Kl.ils ^timk** raii\, les public.'Uiniis des pnHrndaiils sr inullipliiM'riil. l)i\n% (rUr \\m\v dOpiisculcs ouhlits, je; dislin^u^^ un lilndlr (|iji nous IoiicIh* Av plus pW's. Pigenat, (uinidc Sainl-Nirolas-drs- (Ihamps. on osl l'auliMir il). Ce pnidiraleur était sans doulc vendu au duc (Ihaiios de Lorraine dont il d<^fend. pivs(|ue seul, les priHendus droils. Il v a dans \r livre de Pigenat une partie. lh(iori(|ue et une partie pratique, l'application après la doctrine, .le vais extraire les principales propositions :
« Im\ puissance de rcfgncr nonobstant toute succession vient de Dieu qui, par les clameurs du peui)le, d(;clare culuy qu'il vent ([ui connnaiule comme vo\.Vi)xpopuli,v(fX Dei (2)... La succession doit estredéclan'c bonne par le consentement de la nation (^)... Un prince peut estre privé de sa principauté pour sa malversation ou autre incident : il p(Hit estre déposé comme (lilapidateur, dissolu, scandaleux ou inutile (4)... »
Voilà connnent IMû^enat entend la souveraineté nationale; la souveraineté pontilicale lui parait également légitime et conciliable avec les droits du peuple. Après avoir cité avec affectation l'exemple de Grégoire VII, il ajoute : « Le pape a puissance au temporel... Les Druides ne faisoient-ils pas l'office de prestre et de juge ? Melchisedech n'étoit-il pas sacerdos et rex?.,. (5). »
Le grand ennemi qu'il y a à combattre, selon Pigenat, c'est le parti des Politiques, « ceux, dit-il, que nous appelons Maheutres h Paris, Freins ou Mettins en Champagne, Gnilbedoins en Basse -Normandie et en Poictou, Bigarrez en Provence (6). » Il faut prendre contre eux des mesures sévères,
il) L'aveuglement et grande considération des Politiques, dicts Maheutres, lesquels veulent introduire Henri de Bourbon à la couronne. Paris, Thierry, 159^2, in-8o. (Bibl. roy., L. 1535, 3.)
i'i) Pag. 5, i^,
(3) Pag. 35.
(4) Pag. 41, 57.
(5) Pag. 59, 59.
(6) Pag. 69.
et le curé de Saint-Nicolas propose de dépouiller de leurs bénéfices et de livrer au bras séculier les ecclésiastiques qui favoriseront ces traîtres (1).
Quant au choix que les États auraient à faire, Pigenat n'hésite pas. La noble race de Lorraine est la mieux méritante, et Vépée de Charlemagne redeviendra l'épée de la France (2). « La couronne sera remise en la personne de Charles, duc de Lorraine, vray et légitime héritier (3). »
C'est ainsi que les ligueurs étaient divisés à la veille des États; c'est ainsi que le vénal curé de Saint-Mcolas-des- Champs se faisait l'organe d'un parti sans chances sérieuses.
Mais revenons à l'histoire.
Tandis que Henri IV tenait la campagne avec des chances diverses, et attendait les événements, Mayenne sentit que l'occasion était capitale, et, retrouvant un instant toute son activité, il chercha à diriger, à dominer les élections. L'entreprise était difficile; il réussit et échoua en même temps. L'assemblée eut un caractère terne, indécis, flottant : elle ne se dévoua pas à Philippe II; mais, en revanche, elle ne soutint pas ardemment les prétentions du frère de Henri de Guise. Ces élections sans couleur marquaient au fond la véritable situation de la France. La Ligue commençait à s'affaiblir dans l'opinion, et le désir d'une solution pacifique était manifeste.
Les véritables États généraux, on le devine, se tinrent pour ainsi dire en dehors des États mêmes. C'est dans la chaire que fut la tribune, c'est chez les Seize que s'accomplirent les menées et les intrigues de l'assemblée (4). C'est entre les chefs
(1) Pag. 113.
(2) Pag. 117, 118.
(3). Pag. 10. — Le prévoyant Pigenat se réserve toutefois une issue vers le parti espagnol, en faisant bon marché de la loi salique : « Le règne d'une femme, dit-il, ne seroil contre la loy de Dieu ni de nature. » Pag. 19.
(4) Cinq de nos orateurs firent partie des États : Génébrar, archevêque
rJIAPlTHR lli, .^ IV. fB
inlliHînIs (hîs diflV'n'nts parlis (|ihî s«; conrcrlj^ninl h»s arran- ^rdienls, los n(5^M)ciali()ns. L(s Klals jouf'rent in un roi»» 9a\condaire, iiial^ni la f,M'avit(5 solefinollc» (h; leur mission.
liCs pn^dicalc^urs ne Ws (^par^niTcnt pas. I.c œnlelier Oarin, qui, dans Uis d(»rnières anin'cs do la Ijgue, inonlra jusqu'Ji la lin une ra^çe de foreen^î, osa, en prtehant devant les df^pult^s n^unis, se nio(|ner ouvertcmtînt d'eux et dire que Irura beaux États, r'rsfoit la cour du un Pétault. Le h!^at olïens(! suspendit en vain le pn^(îlieur; la Sorhonne lui rendit aussitôt la parole. Ce nVtait là qu'une plaisanterie : (lomnielet en vint aux menaces. Diseourant sur lV;van^ile de « la naeelle ai:!:it& par la tempête, »il s'appuya di^sainl-Ambroise pour assîu'er que Judas étiiit dans cette l)ar(|ue, ee qui le conduisit à din», que parmi les députés il n'y avait pas un Judas, mais vin^t, mais trente; puis il s'écria : « On les coj^noitra au vote. A ceste heure, mes amis, ruez-vous hardiment dessus, estouffés les moi, car ils en sont (1). » On conçoit, après cela, qu'il ne fut pas prudent de se déclarer Politique.
Mais les curés sentirent vite que les Etats, avec leurs lenteurs, leurs indécisions, dans une aussi pressante conjoncture, tomberaient d eux-mêmes sous le ridicule. Cette issue, que personne n'avait soupçonnée, faisait la partie !)elle h Henri IV, s'il se voulait convertir. Le Béarnais redevint donc encore une fois le point de mire des attaques, qui se produisirent aussitôt dans toutes les chaires avec un cvnisme révoltant.
d'Aix ; Rose, évèque de Senlis ; Boucher, curé de Saint-Benoit ; CueiUy, curé de Saint- Germain l'Auxerrois ; Jean Dadré, pénitencier de Rouen.
Génébrard, Boucher, Dadré, Cueilly, jouènint un rôle secondaire. Mais Rose prit aux affaires de cette assemblée une part importante : c'est lui qui communique le plus souvent au tiers les délibérations des autres ordres. Son nom reparait à chaque instant. {\o\t Procès-verbaux des Etats (jénéraux de 1593, publ. par A. Bonard. Paris, 184iî, in-4o. et un article sur le livre de Ch. Labille dans les Études littéraires, t. I, p. 299 et suiv.)
{l)Journ. de Lestoile, p. 125 A, 112.
On ne saurait s'imaginer à quelles platiludes, à quelles liasses personnalités, à quelles ignobles allusions les prédicateurs en étaient réduits. Ce n'était pas assez, dans l'espoir de réveiller l'enthousiasme abattu, d'inventer de fausses nouvelles toujours démenties, de dire, comme Garin, que les traîtres politiques devaient livrer Paris h un jour indiqué ; d'imaginer, comme Cueilly, (|uelquc défaite désespérée des royalistes (1) ; la chaire fut ravalée à une dispute de carrefour, à un commérage de halle. Il faut faire justice en osant citer : la sœur du curé Pelletier ayant mis au monde un enfant monstrueux, Feuardent en fit un longue description qu'il appliqua ensuite au Béarnais. Les femmes elles-mêmes ne furent plus épargnées. Commelet prêcha les « mascarades de quatre filles surannées ; » Guincestre compara longuement la France à une de ses paroissiennes qui était tombée dans un ruisseau et fit révangile des boues; Aubry enfin, qui tyrannisait tous ceux de son quartier jusqu'à prendre au collet un malheureux chapelier dont le zèle pour l'Union diminuoit, Aubry alla plus loin : il insulta en chaire madame la heutenante générale, belle-fille du président Séguier, et la malheureuse femme, atterrée sous sa parole, était vis-à-vis de lui dans l'auditoire (2).
Simon Fillieul, prieur des carmes, qui marqua beaucoup par ses sermons, en ces années 1393 et 1594, ne se fit pas non plus scrupule de nommer les gens dans ses attaques. Ainsi il racontait en chaire, comme un fort beau trait, que, prêchant à Saint-Barthélémy, devant le premier président Harlay, il avait accusé ceux de la justice d'épargner les huguenots, et que, Harlay l'ayant demandé le lendemain pour lui faire reproche de cette supposition gratuite, il avait offert une liste que le président n'osa pas demander, parce qu'il s' y seroitvu en tête {3).
(1) Journ. de Lestoile , p. 120.
(2) Ibid., p. 116.
(3) Ibid., p. 122.
CIIAmHK III, Ç^ IV.
Simon Filln^ul ne s'en tini pas \li : il traïUi Màyenmt de fainMnt, 1rs ^Tands du royaume d'ambitieux, «l Ir roi de coiiuin (vrai terme de he.saoier, dit Lesloile), de tyran au(|uel on devrait pniférer /<' Tuni.
Évidemmeni le prieur des (firmes (Hait du parti efp^gmd. He^iueoup de prédie^iteiirs, ainsi (|ue lui, ne s'en Gicliiâient plus. (li^néhranl, dans ses eonf<^renees de Notre-Dame, montra que la loi saliiiue |)oiivail (Mre elian^^ée selon le gré du lé^^islateur; puis il rrpn'senla combien rin^résie (^tait perilleus(» (piand la puissance élail e^onjoinle à l'erreur, s'appuyanl particulièrement sur ce (|ue les (iaiilois ne communiquaienl jamais avec les chel's condamni's par Irs druides (1). Singulier arfrument ! G(^n(^l)rard partait de la thi^ocratie pour frayer le chemin à rinlanle.
Aubry et Cueilly d«^passèrent Géncbrard, et, dans le cynisme de leur infamie, ils avouaient en chaire qu'ils tîtaienl vendus à l'étranger. « Beaucoup de gens de bien ne reçoivent-ils |)as pension d'Espaigne ? » disait le curé de Saint-Germain- TAuxerrois; « on ne m'en a jam;iis offert, sT'criait celui de Saint-André-des-Arcs, mais quelle diflicuUé fait-on ;\ cela (2)? »
On ne sait vraiment comment trouver des transitions naturelles entre toutes ces lionK'lies. Les uns se vantaient de leur vénalité; les autres, pour arriver plus vite à une solution, demandaient un nouveau Jacques Clément. Ainsi Commelet, parlant d'Aod qui tua le roi Moab [Juges, 1. III) : « Il nous taut un Aod, disait-il, fut-il moine, fût-il berger, fût-il goujat, fût-il huguenot même, n'importe ! » et cela après avoir mis parmi les anges le meurtrier de Henri III (3).
(1) Mallhieii, Ilist. de France, t. II, p. 128 el 129.
(2) Lestoile, lor. cit., p. 122.
(3) Ce trait, qu'Antoine Arnauld a si vivement reproché aux jésuites, dans son plaidoyer en faveur de l'Université, à la fin de 1594, était prêché, selon Lestoile, le 2 février 1593. Palma Cayet rejette cela aux fêtes de Noël; peu importe. Mais, ce qui est singulier, c'est que tout à coup Commelet parla presque en royaliste dans son sermon du 7 avril. Expliquant le mol de l'Écriture : Die nobis palam qui es /tt? il s'écria
La mise en pratique, on le sait, suivit bientôt l'enseignement. Pierre Bar^^rc, quelques mois plus tard , essaya de tuer le roi de Navarre. Ce misérable avait été, h l'avance, consulter Âubry. Le curé de Saint-André le reçut bien, l'embrassa, lui offrit h boire (1), et, s'adressant au P. Varades, j^îsuite, il rassura que « ce seroit bien fait et qu'il gagneroit une grande gloire en paradis (2). » Les tliéories de la Ligue ne se modifient pas : .lean Chàtel aussi trouvera un apologiste dans Boucher.
C'était donc une sanglante, mais trop réelle plaisanterie de la Satire Ménippée quand, quelques mois plus tard, elle montrait Aubry a revenant de confesser Pierre Barrière (3), j> fait qui nous est attesté de toute part. Il y eut là un complot manifeste de plusieurs prédicateurs contre Henri IV. Barrière essaya de frapper le Béarnais un mardi, et le dimanche précédent Aubry disait en chaire : « Patientez, car vous verrez un miracle très-exprès de Dieu dedans peu de jours ; vous le verrez, voire le tenez pour jà advenu (4). »
que «si le roi se convertissait sans faintisr, il serait le premier qui fléchiroit le genouil. >> Vertement réprimandé par sa compagnie et par les ligueurs, il se rétracta le lendemain. D'Aubigné a rapporté ce trait avec sa verdeur caustique de huguenot piqué : Tel qui venoit dédire : « Il nous faut un Aod^ » ou de prescher le meurtre des rois en tiltre de coup du ciel, ceux-là mesmes se mirent sur les louanges, et, au lieu de dire le Béarnois et le bastard, ils le nommoient restaurateur et noble présent du ciel. » D'Aubigné précipite un peu les dates, mais nous n'en sommes pas à la dernière évolution de Commelet. (V. Hist. Univ., t. III, p. 288. — Cf. Lestoile, Journ. de Henri IV. p. 116 et 125.)
(1) Mém.de Condé, t. VI, part. III, p. 144.
(2) Procès fait à Barrière, ap. Danjou, série I, t. XIII, p. 367. — Cf. Lestoile, Jour, de Henri IV, p. 170 B et 174 A.
(3) Ménipp., t. I, p. 55.
(4) Mém. de Condé, t. VI, part. III, pag. 144. — Cf. Ménipp., t. I, page 5.
CMAPITHK III, § IV. f87
Itolii iliitiiH) aux prnlicatodrs dans la Satire Mempper. — HarariKa» de (juillaumtî lluse. — L.i Dcmtinulotjic de ta Sorfumne — Conférence d«) Suresiios. — D^pAclio do Diego d'Ybarra ii IMiilippu II. Contradiclions do Pigenal «t do Boucher. — S«5rmorm contre la CoUf férouc(\ — (jiiiiiceslro commoncii d se modérer. — Auhry vtridu «i mômtî lomps X l'KspaKiio ol à inadanio do Nemours. — Il lutte 4« plaies plaisanteries avec Boucher. — l.o crédit du curé do Saint- l^enolt (litiiinup. — I/avcugle Norniandin.
J'ai noinintUout à l'Iieure la Mchiippée. Ca lui un ^mu\ éyéimnvni dans la Liyue, comme c'est un j^rand monuujenl dans los lellres. (le s[)iriluel pamphlet, qui tïit en même temps une bonne action et un acte de loyal courage, n'a d*intériM pour nous que dans ses rapports directs avec la chaire. Les prédicateurs avaient joué un grand rôle dans la Lij;ue; ils liennent donc une grande place dans la Ménippée; et comme la Mcnippcc '}(iU\ sur la Ligue un ridicule inelfaçable, les prédicateurs eurent de ce ridicule la part la plus large et la plus amère.
Lins la première édition de l'ouvrage, il était question d'un prêcheur dès le début. La préface supposait que le manuscrit de cette satire, composée d'abord en italien, avait été trouvée, je ne sais où, en présence du docteur Lucain, lequel n'avait pas su la traduire en français (l), ce qui était sans doute une épigramme mordante contre la langue de ses sermons.
Les spirituels et caustiques auteurs n'attendirent pas, pour se moquer des prédicateurs, d'en être arrivés, dans leur livre, à ces com[qin}s> harangues qu'ils prêtaient aux principauxdéputés des États. Dans la mordante description des tapisseries de la salle des délibérations, les bordures représentent, entre
(I) Mém. de Condè, t. 11, p. 9. Cette préface delà Satire Ménippée est d'ordinaire rejelée dans les notes.
autre choses (1), « les faces de Boucher, Guincestre et le Petit-Feuillant exhortant le peuple à la paix par une figure nommée antiphrase. »
Dans presque chacun des amusants discours que les profonds railleurs prêtent successivement, comme on Ta dit (2), \ Tambilion extravagante de M. le lieutenant, au dévouement vénal du Légat, au pédanlisme séditieux de Tévéque de Senlis, aux rodomontades insolentes et cruelles d'un parvenu sans hofineur et sans esprit ; dans presque chacune de ces haranguer, les faiseurs de sermons sont mis dans leur vrai jour. Le légat avoue hautement qu'il a fait part de son butin à ses prédicateurs affidés, et hypothéquez sous bon tiltrCy et qu'il peut leur faire faire rage au besoin (3). L'archevêque de Lyon h son tour, d'Espinac, dit malgré lui la vérité sur Tinfluence de la chaire : « Je laisse, dit-il, à MM. les prédicateurs de tenir lousjours en haleine leurs dévots paroissiens, et réprimer l'insolence de ces demandeurs de pain ou de paix. Ils sçavent les passages de l'Escriture pour accommoder à leurs propos et les tournevirer aux occasions comme ils en auront besoin (4), »
Les prédicateurs avaient leur place dans les tapisseries du début; ils ne sont pas oubliés dans les tableaux de la fin. On y voit représentés « les curez des grosses paroisses avec soufflets d'orgues dont ils souffloient au derrière de plusieurs manants qui se laissoient emporter au vent. D'aultres se tenoient tout debout la gueule bée et ouverte, et les dits curez leur souffloient en la bouche et les nourrissoient de vent (5). » Voilà à quel degré de mépris en étaient tombés ces chefs puissants des paroisses qui partageaient quelques mois auparavant le despotisme municipal des Seize.
(1) 3Jém. de Condé, t. I, p. 24.
(2) M. Nodier, dans son édit. de la Ménipp., 1824. in-8o, t. I, p. iij.
(3) Édit. de Ralisb., t. I. p. 35, 39, 48.
(4) Ihid., p. 75. Celle harangue est de Rapin.
(5) Ibhl, p. 196.
CMAPITRK m, § V. 239
Je ne me lasse pas de traiiscrir*! ces irails piquanls de la MénipiuU\ oii esl l)aloii(ie la lyraïinie des \irM\cnUnivs, ci où la raison revfil des lornies si vives et si rr*illeuses. An surplns, ce n'est pas senirnii^nt par la plais;inlerie iioulîonne qui» Uapiii, Passerai el lenrs inp^iieux anns aUa(pirrent i'omnipolence de la chaire. On sait riiner^nqne, luiriuKjue de d'Au- Inay, qui fornui la partie sérieuse du painphlel, el où une conviction si sinc-ère, si profonde, si entrainanle, est relev<*e par une dialerli(iue serrée, incisive. Les orateurs des conciliabules calliolicpies y reçoivent en passiint, comme on s'imagine, les dédaigneuses apostrophes dont ils étaient dignes: a Les prédicideurs, dit IMthou, lauteur de ce remarquable morceau, se sont rendus si vénaux et si mesprisez par leur vie scandaleuse qu'on ne se soucie plus d'eux ny de leurs sermons, sinon quand on en a alïaire pour prescher (pielques fausses nouvelles. » Ailleurs encore, IMtliou engage le peuple à se garder de ces t'nchantcurs corrompus, ([ui amusent lcssimi)les, avec le prétexte de religion, « comme les renards amusent les pies de leurs longues queues pour les attraper et manger à leur aise (1). »
La Satire Ménippée montra ce que peut l'esprit au service d'une bonne cause. La Ligue était frappée au cœur; les prédicateurs ne se relevèrent jamais des sarcasmes qui les atteignaient. L'aménité de ces plaisanteries attiques, malgré leur naïveté un peu crue, cette verve de bon sens, cette malice pleine de goût , contrastaient si bien avec la férocité et le cynisme des déclamations ampoulées de la chaire, que tout le monde demeura convaincu. Il ne resta aux prédicateurs que la populace même qui ne lisait pas la Ménippée et que quelques milices entêtées de l'Union.
Mais, parmi nos tristes héros, c'est Rose surtout qui fut, par cette publication, je devrais dire par cet événement, atteint et écrasé. L'évéque de Senlis est sûr de vivre : Rapin a bien voulu lui prêter, dans la Ménippée. une longue harangue (2\
(l) Édit deRatisb., t. III, p. 159.
^2) Ibid., p. 78 à 96
et le vouer ainsi h rimmortalité du ridicule. Ce discours supposé est un clief-d'œuvre.
Il le faut lire tout entier, et je n'oserais le mutiler en citant. Il suffira de détacher quelques phrases qui se rapportent plus directement au rôle des curés et des docteurs.
On peut, sans aucun doute, par le morceau de Rapin, se faire une idée des sermons réels de Rose. La harangue qu'on lui attribue n'est autre chose qu'une parodie, et le pédantisme de l'évêque de Senlis, hérissé de latin et de citations, s'y produit sous une forme singulièrement comique. Ces paroles heurtées, mêlées, sans suite, rappellent en quelques points le plaisant discours de Janotus de Bragmardo quand il redemande les cloches dans Rabelais (1). Rose, qui toutefois est bien plus verbeux, semble toujours fort satisfait de sa propre éloquence, et il dirait volontiers, comme maître Janotus, s'admirant lui-même : « Ha ! ha ! ha ! c'est parlé cela ! »
Rose était alors recteur de l'Université, et il commence par louer la Ligue d'avoir tué TUniversité; car, comme l'a dit le dernier et le plus spirituel des éditeurs de la Ménippée, par un artifice dont Lucien a fourni de piquants modèles, chaque orateur semble, dans cette satire, forcé, au gré d'une puissance invincible, à exprimer les vérités positives de sa situation, au heu des arguments que devait lui suggérer son intérêt mieux entendu et plus adroitement déguisé.
Cette incurable manie de parler à toute heure et à tout propos, qui dévorait Rose, ne tarde pas à devenir manifeste, car il s'écrie dès la première page : « Je suis meu d'une indicible ardeur de mettre avant ma rhétorique et estaler ma marchandise en ce lieu, oîi, mainte foi, j'ay fait des prédications qui m'ont, par le moyen du feu roy, fait de meusnier devenir évesque, comme par vostre moyen, je suis d'évesque devenu meusnier. » Cela s'attaquait au talent de l'évêque de Senhs;
(1) Gargantua, ch. xviii.
CHAPiiiii': III, s V. i41
sa inoraliKi ailleurs ii'i'lail pas jiliis iiirna^i'e : a Je vousfouriiiray. lui l'ail diriî llapiii, laiil dr passades (1« IKs^rilun» que vous voudrez, car j'en ay à n^vriidre. Mais âurloul, Messieurs, je vous recommande nos pensions... je vous adverlis de honne heure, si vous ne lournissez à rap|M)inclemenl, il y a dan(ACr (|ue nous ne nous niellions Ions i\ prouver (jn'il n'est (|ue d'avoir un roy lé^ilime. «
Nous avons dt^jà vu (|ue Kos(î ('(ail laxc^ de 1 )lie par plusieurs; ici il l'ail montre de sa dtïmence : « croyez-moy, et vous CT'oirez un loi. » Kl, après avoir entendu son diseoiirs, le lieutenant dit tout bas au h^al : « Ce fol icy {^asl(îra tout nosire mystère. »
Mayenne, en ellet, avait à se plaindre de Rose, qui depuis lonjilemps était passé aux Espa}!:nols, et (jui, dans les haranj;uos de la Minippée, pousse rinsohînce jusqu'à conseiller au\ Guises, s'ils veulent un tiôiie, d'aller conquérii* Jérusalem.
Au surplus, il serait assez dil'licile de déterminer le rôle exact de Guillaume Rose dans ralfaire des Étals et de Téleclion. Il clianii;ia plusieurs fois de parti (1), et Rapin a parfaitement raillé sa poliiique extravagante, cuand il le fait, à la fin, voter a pour un marguillier de Gentilly qui chante bien au lutrin, » le tout au milieu des huées, des sifflets et des applaudissements, ce qui fait répéter au malencontreux orateur le mot du prédicateur Garin sur les Étals : « G'est la cour du roy Pétault. »
La Ligue pendant plusieurs années avait usurpé presque seule le monopole de la publicité. Les presses de Lyon, de
(i) Ainsi le Dialogue du Maheustre le met, et avec nûson, parmi les ^' ospagnolisez; » Rose attaqua même madame de Montpensier, dont il avait été le pensionnaire, ce qui semblait nn parti pris contre les Guises ; puis, tout à coup, il dit qu il ne voulait pas d'uu roy rstranger. C'était du nouveau, comme dit Lestoile. Cela lui échappa sans doute le jour où, comme il s'en plaint dans la Ménipppo^ on lui avait fraudé l'assignation envoyée d\Espafjne (V. Journ. d^ Henri ÏV. p. 45 A, 118 A, 83 A.)
Paris, de Rouen, de toutes les municipalités insurgées avaient multiplié à l'envi ces pamphlets sans nombre qui allaient ranimer le zèle affaibli de la foule, tandis que partout, dans chaque ville, des orateurs séditieux, formant par toute la France une formidable association politique, les reproduisaient dans leurs chaires en y ajoutant le feu de l'improvisation, l'accent, le geste, la passion.
La Satire Ménippée transporta tout à coup du côté des Politiques l'avantage littéraire, la supériorité de Tesprit, et ce fut alors, parmi les partisans de Henri IV, à qui s'escrimerait par la presse contre le despotisme démagoiçique de rUnion. La Ménippée était, on Ta dit, une sorte de bataille dlvry, dans Tordre de Tintelligence; après cette victoire éclatante, il y eut de toutes parts des escarmouches moindres. Les prédicateurs lurent attaqués dans une foule de petits écrits virulents. La Démonoloyie de la Surbonne, entre autres, que Goulart a insérée dans son recueil (1), les démasqua sans pitié.
En parlant tout à Theure du meurîre que Barrière tenta sur Henri IV, à la fin d'août 1393, en parlant de la Ménippée, j'ai anticipé de quelques mois sur les événements, et j'ai eu tort peut-être, car l'odieux d'un pareil acte aurait mieux ressorti encore après les essais de conciliation qu'avait tentés le Béarnais, après la Conférence de Suresnes.
En consentant à la Conférence de Suresnes, en décrétant une trêve provisoire, en admettant la discussion , les États facilitèrent le chemin à Henri IV : dès que la Ligue se concertait avec les conseillers du Béarnais, elle reconnaissait implicitement ses droits ; il ne s'agissait plus que d'une conversion; or le Béarnais s'était dit que « Paris valoit bien une messe, » et bientôt il ne devait plus hésiter « à faire le saut périlleux. »
Philippe II, avec l'astuce prévoyante de sa politique, sentit
(1) Ap. Mém. de la Ligue, éd. de Goujet, t. V, p. 403 et suiv.
(HAIMTHK III, {) V. Ml
toute la ti;ravih'î (U* la siiiiatiori, et ses ajçenls enrenl ordre de redoubler d'activité, de eonjurer le dauber. Le duc de Keria se ra|)|)ro('lia (loiic, inoiniMilaru'^meiil de Mayenne contre le daiij^er (•oinimiii. et, rnal|;r'î la diversité des intérêts, on résolut (le l'rapiHîr un eoup déeisif.
Un des députés du roi d'Kspapne à Paris, don Diego d'YIiarra, éerivil à son niaiire, à propos de la (îonf»îrence de Suresncs, une rcMna-'cprihle (lépéc.lie (|ui es!, pour notre point de vue restiviiil, du plus haut inhiiél. Ltis rrlations intéressées des pn'diealeurs avec la cour de Madrid y sont manifestes, y apparaissent dans tout leur jour (1).
Ybarra énumere les noms des députés des Ktatsqui allaient à la Conférence de Suresnes, et il en compte trois pour le elerjçé; je le laisse parler : « 1** L'archevêque de liVon (:2). Il a promis de bien aller, ha prometido andar bien.,, — 2** L'év6(|ue d'Avranches (3). On avait d'abord choisi Rose (jui valait bien mieux, mais il a cnint de se mettre entre les mains de rennemi : Ksiaba antes elegido el obispo de SertliSy era mucho mejor suijeio; ha temido meterse en manos del enemigo (i)... — 3" L'abbé de Saint- Vincent (o) ; on avait d'abord soni;é au curé Boucher: il est bien plus induent, et très-zélé pour le service de Votre Majesté; mais il n'y a pas grand mal. Habiase pretendido ftiese el cura Buxiei\ perso7ia de muchas partes, y seguro en el servicio de Su Magestad; pero no es malo. » Voilà la diplomatie qui trahit les secrets de nos orateurs. Il est avéré, il est patent que Boucher, que Rose étaient officiellement vendus à l'Espagne et bien d'autres avec eux. Qu'on ne perde pas de vue le mot de don Ybarra sur Rose : mejor sugeto; nous aurons besoin de nous en souvenir tout à l'heure.
(1) Archives du royaume, H. 1413; papiers de Simancas, B 78, pièce 234. (Comm. par M. L. DessaUes.)
(2) Pierre d'Espinac.
(3) François Péricart.
(4) Rose motiva son refus sur ce qu'i/ serait mal vu. ^5) Geoffroy de BiUi, depuis évèque de Laon.
La Conférence de Suresnes, en hâtant une décision, réveilla, surexcita toute la partialité des passions politiques. Le langage des prédicateurs répondit à la véhémence et à l'emportement des ambitions. Les brusques revirements de partis, les opinions laissées tout à coup et reprises, les inextricables complications des intrigues se traduisirent dans la chaire. Comment expliquer la violence inconséquente de beaucoup de ces orateurs gagés ? Pour comprendre la diversité de leurs paroles, il faudrait connaître la diversité de leurs petits intérêts de chaque jour. On se croirait dans les clubs de 1793; c'est déjà la même grossièreté de langage. Quand un parti gagne des chances, quand son influence s'accroît, il est absous. Gloire à la faction qui peut triompher; honte sur elle si elle est vaincue. C'est là un triste spectacle dans l'histoire de la moralité humaine.
Les États avaient désigné des hommes tout à fait considérables pour assister aux Conférences de Suresnes : Jeannin, Villeroy, Brancas. Les royalistes n'étaient pas moins bien représentés : Renaud de Beaune, Rchomberg, Bellièvre , De Thou. Avec de pareils hommes, on semblait devoir marcher vers une solution concihante.
Dans cette conjoncture, Mayenne et le duc de Feria, chacun de son côté, multiplièrent les démarches et les corruptions. Pigenat et Boucher, qui appartenaient résolument et invinciblement au parti espagnol, se laissèrent entraîner, un beau jour, à exalter le duc de Mayenne qu'ils attaquaient d'ordinaire, ce qui paraît fort estrange au bon Lestoile (1). Nous verrons Rose, à l'instant, montrer la môme inconséquence, la même versatilité dans une circonstance bien autrement grave et solennelle. Les plus modérés aussi semblaient se laisser égarer. Le curé de Saint-Eustache, Benoist, qui resta toujours fidèle à Henri IV, s'échappa à traiter son maître, dans je ne sais quel moment de vertige, ou plutôt de peur, de relaps in-
(1) Journal de Henri JV, p. 126 A.
rjlAPfTHK MI, ^ V. • 9411
digne de la courimni', VMw.w, (ju'il \\'\y,\v,\ (|ii(îl(|H(îsscmainrs plus lard , (;n osant (ju.ilifier de meclianls , devant le duc de Mayenni^ lui-rrii^iue, ceux (|ui s'oi)pos(Tai(înt k la conversion du ^(^.arnais. (li^le coiiduilearnhipuiia permis à IJouchrr de maltraiter Benoist dans ses Sennans imprimais, oii il lac cuse de « vouloir toujours toml)cr, comme les chats, sur ses pieds (1). »
Avant que la ConH^rence ne se lut n^unie, les prédicateurs avaient essayé crinlimider les déput^'^s désip^nés. Le prieur des carmes surtout, Simon Fillieul, parla de trahison, attaqua nommément l'archevêque de Lyon , traita les membres de fauteurs d'hérésie^ et déclara que, s'ils faisaient la paix, ils pouvaient se donurr de cjarde. Prescpie tous parl^rcnt sur le mèuje ton, excepté le curé de Saint-Gcrmain-l'Auxerrois, Cueilly, qui, je ne sais pourquoi, loua la Conférence. « C'est un moyen, dit-il, de se concilier la noblesse; je sais fort bien ce qu'il en est. Tout est arrêté; quelque bonne mine que fasse le Béarnois, on est résolu à ne le point recevoir (2).
Les menaces des prêcheurs n'empêchèrent point rassemblée. Elle se réunit , pour la première fois , vers la fin d'avril 1593.
Chaque séance fut successivement dans chaque église Vo\> jet d'une apologie,- ou le plus souvent d'une invective. Les quelques prédicateurs royalistes faisaient de leur mieux (3) . Morenne et Benoist ne parlaient que d'accord et de paix, tandis que le bon Chavagnac, curé de Saint-Sulpice, désespérant de ses paroissiens ligueurs, les menaçait tout simplement des paillards turcs. Cependant le parti de Henri IV gagnait çà et là quelques partisans dans le clergé. Guincestre, dont on se rappelle les fureurs et que d'Aubigné, au IIIMivre
(1) Boucher, Sermons de la simulée Co7iversion, p. 77. — Lestoile, Ibid., p. 126 A, 135 A.
(2) Lestoile, Ibid., p. 125 B. 127 A.
(3) ïbid., p. 132 A, 137 B.
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de ses Tragiques, a pu inellre parmi les meurtriers de Brisson :
Boucher et Pigenat et le sanglant Guincestre;
le curé de Saint-Gcrvais, dis-je, se montra en cette circonstance fort modéré, pendant que le jésuite Gommelet, dans l'incertitude du dénoûment, se tint entre les deux, comme il convenait à la prudence rusée de sa secte.
Mais c'était là encore l'exception. Toute la kirielle, pour parler le langage de Lestoile, essaya de conjurer le danger d'un rapprochement par une nouvelle accumulation de grossièretés et de mensonges contre Henri IV. Aubry et Boucher se distinguèrent surtout, Âubry au nom de Mayenne qu'il loua; Boucher au nom des intérêts de l'Infante. Aubry, qui prenait de toutes mains, appartenait d'ailleurs à l'Espagne, malgré quelques éloges ainsi données en passant au lieutenant général de l'Union. Il y avait longtemps qu'il disait: « J'aime mieux avoir un catholique étranger pour roy que non pas un François qui fust hérétique. » Mais comme madame de Nemours lui envoyait modestement son plat accoustumé pour son dîner, il fallait bien faire de temps à autre quelque concession. Sa théorie étant que le mestier de prédicateur est de toujours crier, Aubry crut bien servir la cause de Philippe II en s'en prenant surtout au Béarnais qu'il déchira, le traitant tour à tour de loup, de tigre bon à brûler, attaquant ceux qui « grenouilloient la paix , la paix , comme dans un marais, coac, coac, coac, » et s'écriant enfin : « La paix! hé! pauvre peuple, pensez-y; ne l'endurons point, mes amis ! plustot mourir. Prenons les armes, ce sont armes de Dieu... Un bon ligueur (et je vous déclare que je le suis et que je y marcherai le premier) vaincra toujours trois et quatre Politiques... Qui frappe le premier a l'advantage (1). » L'au-
(1) Lestoile., p. 13:2 A, 134 B, 135 A. 137 A.
OUPITHK III, § V. 247
tor^té do la Ij^uc avait hr.iu d/^croUn^ le fanatisme de oe langap<^ relcnail ♦^nœn^ la poimlace.
B(>nclicr ne vouliil le cMrr m rien 2i Anbry ; il avait coutume d'ôtre au premier ran^ en [vireille occasion et il préteiulit dc^passor en plaisanterii s elTrontées lo curé de Saial- Andr(5'des-Arcs. C'est alors (|u*il se permit un plat jeu de mois souvent cité. On c(H(îl)rait, le 14 mai 1o93, Tanniversaire des Harrieades, et Boneher, faisant en chaire ra[)olo^^ie du [)rincipe d'insurreclion, louait cette journcîe « la plus belle, dis;iitil, qui fut jamais au monde. » Il avait pour te\te ce mot de riicnture : Kripc nos de luto, et équivmpiant^Tossif^rement sur \i\ sens de la traduction (|u'il donna : « Il est temps de se desbourber , de se deshourbonnev', ce n'est pas à tel boueux, bon à jeter au tombereau, que le tronc appartient, (luoi qu'eu puissent dire les larrons, paillards et bouljxres. » Voilîi ce que IjCstoile a ouï dire de ses aureilles sur celte maison de Bourbon que Gann comparait à la maison d'Achab. La Satire Mcnippce ne laissa pas tomber le trait; elle le consigna dans la Harangue de d'Aubray. (( Nous desbourber !... Les pauvres Parisiens en ont dans les bottes bien avant et sera prou difficile de les desbourber (1). Ces lazzis de mauvais goût étaient trop dans les habitudes des esprits d'alors pour ne pas provoquer une réplique. Le jacobin royaliste Béhmger, qui prêchait îi Saint-Denis, apprit le mot de Boucher et conseilla aux ligueurs de se déboucher.
Ces inconvenantes équivoques du curé de Saint-Benoit n'avaient plus de succès. Boucher commençait à devenir ridicule : il n'était plus aimé de la foule. Passant, à cette date, sur le pont Notre-Dame, avec une cochée de prédicateurs, il essaya de se montrer à la portière et fut hué. Est-ce le décJin de popularité, ou bien le désir de reconquérir quelque puissance dans une autre paroisse, qui fit abandonner à Boucher sa chaire de Saint-Benoit ? Je ne sais. Ce qu'il y a de
(1) Sat. Menipp., t. I, p. 106.
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sûr, c'est qu'en mai 1598 il y insrtalla un docteur aveiig^le, nommé Nonnandin, précurseur fanatique de l'éloquent aveufî:le l.ejeune. Nonnandin se constitua l'apôtre des Seize. Comme Boucher n'avait qu'un œil, les plaisants do son quartier dirent « qu'on avoit échangé leur cheval borgne contre un aveugle (1). » En France, les temps de révolution sont aussi des temps de plaisanteries.