‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la LigueChapitre 15 sur 22 · S II · texte numérisé non relu

S II

Cinq nrrmont, i^ftqui'h ^ht trnietr de In Kimulre couvemion du roy dé A'aiwnr»', |Kir lo V. Poiiliainn. - Hio^rapltio «Ir» ci; moine. — Aii.ilyic (li'^lnilh'MHlo SOS siTinofis pn'rlu's i\ Pnifinrs. • - linpiidctito .ipoiita.<iio <]«3 Porlhaiso. — Pr^ilicalions i\ AtnionH, à Lyon, il Dijon.

l^)rllKiise, coiniiKî lioiiclici', pivclia dans l'é^Misode Poitiers, dont il tîtail lliculo^al, contre la conversion du roi de Navarre ; puis il recueillit ses scnnons et les publia (1). C'est un volume extrêmement reclierclié des bibliophiles à cause de son excessive rareté (:2), mais dont les historiens n'ont tiré aucun parli que je sache (3).

Je ferai donc pour le livre de Porthaise ce (|u<* j*ai fait pour le livre de Boucher. Mais qu'était ce Porthaise? c'est ce qu'il convient d'abord d'examiner.

Jean Portais, ou Protaise, ou plutôt l^orthaise, comme il signe sur ses livres, a pour sa science reçu beaucoup d'éloj^es des biographes. Colomiès en tient le plus grand cas comme hébraïsant (i). Dom Liron l'appelle un des plus doctes écrivains de son ordre, et il ajoute « qu'il fait honneur ii sa

(1) Cinq sermons ihi R. P. F. J. Portltnisp, de l'ordre de Saint- François, théoloijal de l'êfilise de Poictiers, par luy prononcez en icelle, esqucls est truicté de la simulée conversion du roy de yacarre. Paris, Bichon, 1594, in-8». (Bibl. de r Arsenal, 6,04i, H.)

(2) Les bibliographes sont unanimes : <f Ce volume rare est très-recherché. » (Brunet, Manuel du libraire, au mot Porthaise.) — « Volume toujours recherché. Le dernier exemplaire a été vendu, à Paris, 163 fr. M (Leber, Catal., 1839, t. II, p. 236, n« 4,123.) — « Sermons fort rares et qui n'ont pas été réimprimés. » (Renouanl. Calai, d'un amateur, t. IV, p. 138.)

(3) M. Capeiigue (Hist. de la Réforme et de la Lujue, t. VI, p. 348) a pourtant indiqué en note les deux volumes de Boucher et de Porthaise. Cette note a cinq lignes et contient trois erreurs. Porthaise est appelé Ponthoise; l'éditeur du livre de Boucher, Chaudière, est nommé Chandret, et Boucher lui-même est qualitié de docteur de Saint-Benoîty ce qui transforme une paroisse en une Faculté de théologie.

(4) In hebraica litleratura non mediocriter versatum. (Gallia orienta- Us, 1665, in-40, p. 63 et seq.)

pairie (1). » On peut se rappeler Génébrard et Crespet, autres érudils qui s'étaient jetés avec acrimonie dans la Ligue. Poi'tliaise est un génie de même espèce, un scholastique bilieux et amer qui embrasse avec dureté un parti extrême. Les auteurs du Supplément à Lestoile, dans Tédition de 1719, ont bien compris ces natures de pédants passionnés, quand ils ont dit, en généralisant beaucoup trop : « Les gens d'église, élevés pour la plupart dans la barbarie du collège, y prennent un caractère dur et féroce et ne se rendent jamais, persistant toujours dans Terreur et l'entêtement (2). » Porthaise, toutefois, ne persévéra dans la Ligue que pendant les triomphes de la Ligue. Nous le verrons renier ses principes, dès qu'il s'agira de ses intérêts. De Thou l'a justement qualifié, quand il a dit : « Portashis aliqiia litterarum ostentatione claruSy cœteriim impudentia prœditus, »

Porthaise, ce renommé théologien, comme l'appelle La Croix du Maine, était néà Gastines, aux environs de Laval (3). Après avoir été aidé dans ses études par la maréchale de la Vieuville, il devint franciscain assez jeune, et la chaleur qu'il mettait dans ses sermons le fit rechercher par les paroisses. Son caractère polémique se révéla de bonne heure. En 1567, il soutint à Anvers desluttes publiques contre les calvinistes. Quelques années plus tard il eut, à propos de son ordre, des démêlés avec le roi et le Parlement; il refusa de paraître devant la Cour qu'il injuria, et fut exilé du couvent de Paris et envoyé en province. Le pape lui-même désapprouva sa conduite. Il y a là-dessus toute une lettre de Paul de Foix, ambassadeur à Rome, qui transmet h Henri III l'adhésion du pontife (4).

Malgré son peu de mesure, Porthaise fut élu provincial

(1) Singidarit. histor., 1739, in-12, t. IIÏ, p. 84 à 94.

(2) V. Journ. de Henri /ï^ éd., Champoll., p. 228 B.

(3) V. éd. de Rigoley de Juvigny, au mot Jean Portais.

(4) Lettres de Paul de Foix à Henri fil, Paris, 1628, in-40; p. 318 et suiv.

cHAi'iThi: IV, 55 II. 281

(le son ordre r;mii<V suivante, n\ 1^8.*^ (1). (In h* rcfrouvc Ihc^olopl (1(3 lV)ili('rs en l.'îHÎ), et servant de piineipal sii[»[)At aux lijçiieiirs. Tous les arfçiimenls Ini étaient bons pour entraîner les I^oitevins dans le parti de l'Union : il flattait mt^mn leur intéiMH et pi(|uait leur amour-propre urbain et lo("il : <t Quelle honte! disait-il, on a lransport(Me Parlement ii Tours. En pareille eirconstanee Charles Vil m l'avait-il pas fait v(înir h Poithiers (2) ? » ('onvaineus par eet argument personnel, l(»s paroissiens de Porthaisc se soulevèrent unanim(îment contre l'autoriti! royale.

Moreri ne cite pas de Porthaise moins de onze ouvrap^es, sauf un trait(' contre l'astrolop^ie, ([ui n'est môme pas fort curieux, ce sont autant de livres de controverse qui n*ont plus le moindre intér(ît. Il n'en est pas de nKîme de ses sermons imprimés (3). Le volume de Boucher représente les doctrines politi([ues des Seize; le volume de Porthaise, les doctrines des municipalités provinciales. Il est bon de comparer.

Le réveil des idées Ihéocratiques qui, dans leur opposition contre la royauté, s'appuyaient alors sur la démocratie, comme elles s'étaient appuyées au moyen âge sur la féodalité, ce réveil est plus manifeste encore dans Porthaise que dans Boucher. Porthaise n'est pas au centre même de la Ligue ; il n'a pas les passions des Seize et les halles à satisfaire. L'échevinage de Poitiers ne demande pas les mêmes précautions populaires que la turbulente municipalité parisienne. Porthaise semble donc le véritable représentant du clergé ligueur et de ses doctrines.

Il n'hésite pas h soumettre directement le roi au pape ; ce

(1) Moreri. »

(è) Thibaudeau. Hlst. du Poitou, 1785, in-12, t. V, p. 144.

(3) Ces sermons furent sans doute publiés à deux reprises et à mesura de l'impression, car il y a une seconde partie chiffrée à part. M. Ant.- Aug. Renouard (Cat. d'un amat., t. IV, p. 138) remarque que les deux derniers sermons manquent dans beaucoup d'exemplaires.

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