CONCLUSION. .'W
L'unité était perdue pour la France d<»s deux mnni^^es : la conservation religieuse pour les chefs ligueurs, la révolte religieuse pour les chefs calvinistes, n'étaient qu'un instrument.
II. — Li\ d<^mocrati(^ de la Ligue, ces idées hardies que la liigue a mises en avaiil et pour lesquelles on réclame les sympathies faciles de notre Age, n'étaient pas des idées originales, des idées sinct'^res. La Ligucî les avait empruntées au calvinisme, qui les avait émises lui-même s;ms y croire, (jui les avait jetées au hasard par ses ministres, par ses savants, comme mi brandon de discorde au milieu des partis.
Singulière démocratie des deux côtés : chez les protestants elle n'est qu'un organe aristocraticiue ; chez les ligueurs elle sert h appuyer les projets d'usurpation des Lorrains, puis les projets d'envahissement de IMiilipi)e IL
Henri de Guise voulait transformer son gouvernement de Champagne, non pas en fief indépendant, comme naguère les ducs de Bourgogne et de Guyenne, mais en royaume ; il profita des dissensions religieuses et fit la Ligue. G'était
auditus est. » (Guill. Barclay, de Regïto, 1600, in-i», page 36-2.) Dans les dtMMiiers temps de la Ligue, quand 1 Infante eut perdu toute chance, un partage de ce genre fut aussi le dernier désir de la cour d'Espagne. (V. Herrera, Hist. de los sucesos de Francia, Madrid, 1598, in-4o. page 275.) — Déjà Charles-Quint avait compris que le grand travail de l'unité qui s'accomplissait dans notre pays serait précisément l'obstacle qui arrêterait la maison d'Autriche. « Vous devez penser, disait-il à son fils Philippe II, à la guerre contre le roi de France, qui est un ennemi redoutable à '-anse que ses pro\inces sont contiguës los unes aux autres. » {Inslr. de Charles-Quint et de l'hilippe II, tr. par Teissier, La Haye, 1700, in- 12, p. 92.) Voilà les projets que favorisait la Ligue. On a très-bien remarqué que, comme la chute des Carlovingiens, la chute des Valois avait failli livrer la France morcelée à Ufis nouvelle féodalité. (V. Renée, Encycl. des Gens du monde, art. Henri IV, t. XIIÏ, p. 66i.) Le premier programme de la Ligue voulait même qu'on remontât plus haut : « Il faut remettre les proxinces aux mêmes droits, franchises et libertés qu'au temps de Clovis. «
organiser son parti. Comme il lui fallait être appuyé par les masses, comme il ne pouvait arriver au trône que par le principe de la souveraineté du nombre, ses docteurs, ses écrivains commencèrent à invoquer, contre Henri III, le droit de déposition par le peuple, comme par le pape. La Ligue était arrivée à son apogée quand Henri de Guise fut assassiné; elle conserva donc et développa les principes par lesquels elle était née. De là le caractère presque républicain de r Union.
III. — Le calvinisme comme la Ligue s'avisa assez tard de démocratie. Le faux libéralisme des huguenots, le faux libéralisme des ligueurs, qui avaient fait alliance, le premier avec les intérêts des gentillâtres, le second avec l'esprit fanatique des corporations, des confréries et des communes, n'ont guère servi la cause véritable de la liberté.
Ces excès, au contraire, ont amené, ont nécessité le triomphe de la royauté absolue. Ce sont les souvenirs de la Ligue, c'est la turbulence des chefs protestants qui facilitèrent et légitimèrent aux yeux des nations l'œuvre de Richelieu et par suite l'œuvre de Louis XIV.
IV. — La démocratie calvinienne et la démocratie catho- Hque ont donc été une fiction. Ni l'une ni l'autre, en aucun temps, ne se préoccupèrent de l'unité politique de la France (1); toutes deux songeaient beaucoup à l'indépendance, très-peu
(1) L'echevinage a joué un irès-grand rôle dans la Ligue. If faut cependant noter une exceplion : je veux parler de la commune de Langres. Dès 1589, les officiers municipaux firent désarmer le chapitre et tous ceux qu'on soupçonnait d'être du parti des Lorrains. Les plus obstinés furent même forcés de quitter la ville. C'est à l'énergie de Koussat, son mayeur, que Langrcs dut cette conduite à part. Dès qu'on sut la mori de Henri III, ce hardi magistrat fit assembler le peuple et proclama Henri IV roi, par acte régulièrement notarié. C'est une singularité de plus dans la Ligue. (V. Migneret, Précis de l'Hist-jirc âc Langrcs, 1835, in-8o, p. 188 et suiv. — Cf. Corrcsp. de Henri le Grand avec Jeai\ Rousmt. Paris, 1816, in S».)
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h ^('^,^'llilti. On ne» pcul h ce sujet (|ur njMiir les mots spiri- (U(*Is (le Hayle sur les |)rincipes ;niihula(oires, laiilôl abanduuncïs, laiilùt mis eu avant par ces sectairrs : « Vrais (us<mux (le passage', dit-il dans son article sur liulman, qui sont en un pays pendant VM et en un autre pendant l'Inver, lumières errantes (|ui, comme les comMesdes Cartésiens, éclairent divers tourhillons. »
V. — L'édit de Nantes a été tout aussi bien une conquête sur rintolc'i'ance des protestants que sur Tmlolérance des ligueurs; (ialvin disait presque auUmt de mal de la liberté de conscience ([ue Vi^orou que Boucher (1). Le luthéianisme, appuyé en Allemagne par les monarques et par les princes, n'a été légalement constitué que par le traité de We.stphalie; le calvinisme, repoussé en France par les rois, al)juré par Henri IV, l'a été dés l'édit de Nantes.
VI. — M. de Chateaubriand a dit dans les Études historiques : « Les Guises représentaient le passé, les huguenots révolutionnaires de réj)oquo représentaient l'avenir, n Ces sortes de formules générales sont dangereuses. Le malheur de la Ligue, au contraire, est d'avoir représenté le passj en même temps que l'avenir dans leur côté le plus absolu, d'avoir évoqué la théocratie du moyen âge et devancé en même temps la démagogie de 93. D'autre part, les huguenots ne représentaient pas l'avenir : ce -n'est pas l'avenir que Richelieu a vaincu à La Rochelle, c'est bien le passé.
VIL — On juge un mouvement historique par le but qu'il se propose, par les moyens qu'il emploie, par le résultat auquel il arrive.
[[) Les huguenots auraient volontiers supprimé la liberté de conscience. Th. de Bèze a dit en propres termes : c Libertatem conscienliis diabolicum dogma. [Epist, Theol. i.) Pour Calvin U suffit de rappeler Perrin et Servet.
Si le but de la Ligue a été purement religieux, elle commence trop tôt et elle s'achève trop tard : elle commence contre un roi catholique, vainqueur des Huguenots k Jarnac et h Moncontour; elle s'acharne, en finissant, contre un roi nouvellement converti qui n'a d'autre moyen de la ruiner que d'acheter ses chefs et ses gouverneurs. Le but de la Ligue h son origine n'était donc pas le but précis qu'on lui a prêté après coup. C'était tout simplement une révolte contre la royauté, au profit des Guises. Les États enjoignaient à Henri III de faire la guerre, une guerre h outrance aux huguenots, et en môme temps ils lui refusaient des subsides, c'est-à-dire ce qu'il fallait pour entrer en campagne.
Quant aux moyens que la Ligue a employés, on les connaît trop.
Je dirai tout à l'heure en quel sens et dans quelle mesure son résultat a été utile.
VIII. — La ligue a complètement manqué du sentiment national. Voltaire n'est pas sorti de la vérité quand il a dit, dans l'Essai sur les mœurs : « La France déchirée fut sur le point de recevoir des lois de Philippe II, et d'avoir sa fille pour reine. » Que voulait la Ligue en définitive, en fait, et hors des théories de ses docteurs ? Que voulait-elle après les meurtres de Blois? Elle voulait introduire ces étrangers qui, dès le temps de Lanoue, « frétilloient pour entrer en France. »
La ruine seule de l'Union a amené la politique de V équilibre européen ; si l'Union avait réussi, le triomphe de la maison d'Autriche était assuré.
Ainsi l'or du nouveau monde répandu à profusion par Philippe II faillit réaliser dans la Ligue ce que la politique guerrière de Charles-Quint n'avait pu accomplir. La prépondérance de la France ne se serait jamais établie, et la maison d'xVutriche devenait maîtresse de l'Europe. Philippe II le sentait bien ; la France seule, enclavée dans ses États, entravait ses plans de domination universelle.